25 septembre 2021

Charity Business

Mercredi, le Canard Enchaîné nous parle d'Equalis, l'association par qui le scandale arrive. L'information est reprise dans la presse dès le lendemain: les cadres supérieurs de l'association "à vocation sociale" se sucreraient abondamment sur le dos de la bête.

Le Figaro nous explique la politique de rémunération toute empreinte de rigueur:

Son patron depuis sa création est Arthur Anane, travailleur social [sic!] de carrière, décoré de la Légion d'Honneur en 2016. L'homme a géré le regroupement des différentes associations à l'origine d'Equalis, et est par ailleurs président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS), réseau de 800 entités à visée sociale ou humanitaire. Selon Le Canard Enchaîné, il se serait «octroyé» un salaire de plus de 16'500 euros bruts mensuels en 2020 [plus de 9 fois le salaire médian français], ainsi que 533 euros d'aide au logement, et 2'097 euros alloués par mois pour la location achat de sa voiture de fonction, un puissant SUV Audi, dans sa version 456 CV. Une puissance nécessaire pour rejoindre rapidement les différents centres d'hébergement ou d'insertion gérés par Equalis ?

Sept directeurs adjoints bénéficieraient de salaires compris entre 94'000 et 130'000 euros bruts annuels [entre 4 et 6 fois le salaire médian français], et dix salariés auraient des voitures de fonction. Bien qu'une note de service exclue les «BMW, Mercedes, Jaguar, Lexus», les autres marques sont manifestement acceptées, à des tarifs souvent importants (750 à 900 euros de leasing mensuel) et incluant l'essence gratuite.


Avec toutes ces taxes écologiques et la consommation d'un SUV de 456 CV, mieux vaut laisser la note de la station-service à quelqu'un d'autre, en effet.

Le Canard Enchaîné ne révèle jamais ses sources, mais nul besoin d'enquêter: les journalistes se contentent de relever tous les scandales qu'on leur soumet anonymement (et trier les dossiers authentiques des opérations de désinformation, ce qui n'est pas toujours simple.) Ici, on devine que des employés d'Equalis ont pu être assez scandalisés. Un membre du Conseil d'Administration se lamente: "Pour moi, ils ont perdu pied, ils ont perdu de vue l'objet social de l'association".

Non, ils ne l'ont pas perdu de vue, ils le contemplent juste de très loin, dans le rétroviseur, en appuyant à fond pour faire rugir le moteur!

Mais puisqu'on en parle, quel est l'objet social de l'association, justement?

Née en 2020 de la fusion entre trois précédentes associations (La Rose des Vents, Agir Combattre Réunir et Via Habitat), Equalis est un important acteur de l'«économie sociale et solidaire», gérant plus de 70 établissements sur neuf départements, majoritairement en Île-de-France. L'association propose ainsi de l'hébergement d'urgence, des centres de soins, des activités d'insertion économique, et des services à l'enfance. Elle mène de nombreuses actions en faveur des migrants ou SDF. Elle compte près de 1'000 salariés, pour un budget d'environ 85 millions d'euros en 2020, une somme majoritairement composée de fonds publics.


L'article ne dit pas quelle proportion du budget concerne les migrants plutôt que les SDF, mais j'ai ma petite idée.

Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le proverbe, pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Le plus amusant est d'entendre la présidente du Conseil d'Administration, visiblement complice dans la dérive, expliquer: "Equalis a une croissance forte qui nécessite des professionnels expérimentés et bien formés". Dans un milieu non-concurrentiel biberonné à l'argent public, de quel genre d'expérience doit-on disposer, au juste, pour obtenir ces salaires princiers? Avoir ses entrées dans l'Open Foundation de George Soros? Être super doué pour cirer des pompes des fonctionnaires et leur faire toucher des rétro-commissions? Ou pire encore?

On aimerait que le scandale Equalis - qui court depuis juin, nous explique le Canard, ce qui soulève d'autres questions sur le manque curiosité des médias généralistes - ne soit qu'une exception solitaire. Mais il n'en est rien.

Rappelons-nous, en Suisse, l'affaire du salaire du directeur de Texaid, l'organisation de recyclage de vêtements usagés. L'homme s'était octroyé un salaire de 550'000 francs annuels. Pas timide, il s'était fait remarquer en achetant deux villas à Baar (ZG), une commune fiscalement intéressante, pour les démolir et construire du neuf - un projet devisé à 10 millions de francs.

Rappelons-nous aussi, en Suisse, de l'affaire Carlos, un repris de justice adolescent vivant seul dans un appartement de quatre pièces et demi, choyé par toute une équipe d'animateurs, de conseillers, d'avocats et d'assistants sociaux pour la modique somme de 29'000 francs mensuels, le tout au nom de la "réinsertion" - qui échouera d'ailleurs.

Le point commun entre ces trois affaires? Des parasites institutionnels qui, sous couvert d'humanisme, de réinsertion, de recyclage ou d'autres nobles concepts dans l'air du temps, s'en mettent plein les poches. Dès qu'il y a de l'argent public à prendre, on se bouscule au portillon. Certaines de ces tâches, comme l'accueil des migrants illégaux et autres abuseurs de l'asile, contribuent directement à détruire le pays hôte ; ils n'en ont cure. Toute l'industrie de l'aide sociale roule et vote pour la gauche et continuera jusqu'à l'effondrement du système.

Les obligations de transparence sont souhaitables, mais ne seront jamais suffisantes: elles servent juste à éliminer les moins discrets d'entre eux. L'exemple d'Equalis nous montre que dans ce milieu on se sent assez sûr de soi.

Tant que le grand public acceptera que ses impôts financent de telles organisations plutôt que de se reposer sur la charité privée, la seule qui puisse garantir un contrôle par celui qui paye, la gabegie continuera.

09:03 Publié dans Europe, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ong |  Facebook