07 janvier 2015

Massacre à Charlie Hebdo

Si vous aviez suggéré à Cabu, un dessinateur plus ancien que le Club Dorothée, qu'il mourrait début 2015 sous les balles d'une bande d'islamistes en maraude, il aurait sans doute éclaté de rire.

france,terrorisme,islam,médias,liberté d'expressionC'est pourtant ce qu'il vient d'advenir aujourd'hui à Paris dans les locaux de Charlie Hebdo. Les dessinateurs Charb, Wolinski, Cabu et Tignous sont morts. Parmi les autres victimes, deux policiers dont un chargé de la sécurité de la place. L'attaque fut planifiée le mercredi en fin de matinée lors d'une réunion de rédaction, s'assurant de la présence de toutes les cibles. Les assaillants déjouèrent les codes de sécurité, purent tirer sur leurs victimes pendant plusieurs minutes et parvinrent même à s'enfuir. A l'heure où ces lignes sont écrites, ils courent toujours, insulte finale aux forces de police.

Mené à Paris en plein jour et contre la caste ô combien soudée des journalistes, l'attentat a reçu une résonance médiatique maximale à l'échelle mondiale.

La France avait pu se croire à l'abri mais cette sécurité était illusoire. Trop longtemps le danger terroriste islamique était nié ou minimisé. Les jeunes fous partaient en Syrie et n'en reviendraient pas ou seraient arrêtés à leur retour, pensait-on. On n'aurait à craindre que de rares attaques de "loups solitaires" impossibles à profiler. La réputation des services de renseignement était sans tache, Vigipirate - instauré en 1995 - ferait le reste. Dans l'esprit des gens, les attentats envisagés sur sol français auraient porté avant tout contre des intérêts étrangers installés sur le sol hexagonal - des ambassades étrangères, des synagogues, des juifs et leurs écoles. Pas vraiment des français "normaux", encore moins des journalistes, et surtout pas des gauchistes. Ces perspectives étaient tout simplement inenvisageables.

La France se réveille d'une somnolence coupable. Le réveil est rude.

De nombreuses personnalités musulmanes se sont immédiatement mises en mode damage control pour limiter la casse médiatique, chantant sur tous les tons que ces terroristes se réclamant de l'islam portent tort à l'image de la communauté musulmane. C'est évidemment vrai. En revanche, aucun n'expliquera jamais en quoi ces islamistes auraient eu tort selon leur religion d'agir ainsi, et pour cause: violence et agression sont des valeurs fondamentales de l'islam.

Rien ne dit que les islamistes seront rapidement retrouvés. Ils peuvent compter sur d'innombrables sympathisants. Il suffit de voir comment certains ont réagi sur Twitter:

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Certains s'indignent moyennement, dira-t-on

Tout le monde n'aimait pas Charlie Hebdo, et parmi ces gens certains n'aimaient pas Charlie Hebdo à cause des caricatures anti-islamique qu'il publiait souvent. Il existe dans notre société actuelle des règles non-écrites en matière d'humour: il est autorisé de se moquer des catholiques, des politiciens de droite, des politiciens de gauche (avec tendresse ou seulement s'ils sont vraiment détestés), des hétérosexuels, des Américains et des riches. Il est nettement plus malaisé de se moquer des homosexuels, des immigrés, des arabes, des noirs, des juifs, des journalistes ou, enfin, des musulmans.

terrorisme,liberté d'expression,islamSi Charlie Hebdo tenait un peu la ligne ci-dessus, il empiéta fortement hors de la zone de confort humoristique en abordant le sujet des caricatures de Mahomet, puis en osant régulièrement en remettre une couche. Le rappel au règlement vient de tomber. Quelqu'un osera-t-il encore se moquer de l'islam demain? Des caricaturistes prendront-ils toujours leur plume pour faire une satire de Mahomet ou de toutes les absurdités contenues dans le coran? Voilà la question que tous les journalistes avides d'introspection devraient poser à leurs confrères sur les plateaux de télévision, voilà la question que Darius Rochebin ne posera pas au dessinateur Barrigue dans son interview au journal ce soir.

Les caricaturistes et autres dessinateurs de presse se définissent volontiers comme des rebelles courageux ; nous verrons, demain et les autres jours, ce qu'il en est. En France et dans les autres pays européens, se moquer de l'islam ne comporte pas exactement les mêmes risques que tourner en ridicule le Pape François. Remerciez des décennies de politique migratoire. Quant à la liberté d'expression érigée aujourd'hui en principe fondamental, il est on ne peut plus savoureux d'en entendre tant de bien en France ou en Suisse de la part de gens qui en sont les fossoyeurs.

Lorsque François Hollande s'est rendu sur les lieux, il n'était pas accompagné d'un officier du renseignement, d'un général de l'armée ou même d'un préfet de police ; il était avec de son conseiller personnel en communication. Voilà le genre de réponse immédiate que nos autorités sont capables de délivrer. Comme d'autres lieux jugés sensibles, les locaux de Charlie Hebdo étaient sous la protection d'une surveillance policière discrète ; pas de quoi stopper l'assaut surprise d'une équipe d'islamistes soigneusement préparée, cependant. Cela relativise quelque peu le sentiment de sécurité que les autorités tentent d'instiller en plaçant le plan Vigipirate au niveau "alerte attentat" - à moins que ce ne soit "rouge clignotant", "feu divin" ou n'importe quelle autre dénomination que le service marketing du gouvernement aura jugé appropriée.

Charlie Hebdo était un journal satirique aussi irrévérencieux que provocant. Je pensais un moment à un titre digne de lui et de son prédécesseur Hara-Kiri, comme "Gags en rafale à Charlie Hebdo: Douze morts" mais combien de gens se seraient offusqué avec raison de cet hommage douteux? L'humour n'est pas drôle lorsque l'on parle de la mort des siens et que les corps sont encore chauds. Mais si les cadavres du jour s'étaient compté dans une église ou dans les locaux de Minute, le journal d'extrême-droite honni, Charlie Hebdo n'aurait guère hésité à faire dans la faute de goût.

C'est là sans doute que se révèle la véritable leçon du jour: être de gauche ne protège pas des islamistes. Vous êtes encarté chez les socialistes ou les communistes? Vous êtes ami du "peuple palestinien"? Vous exécrez les juifs et souhaitez tout le mal du monde à un type comme Zemmour? Pas de problème. Vous aurez droit à la mort à votre tour, comme tous les autres chiens d'infidèles.

La leçon est certainement choquante pour beaucoup de belles âmes à Paris et ailleurs, qui pensaient peut-être qu'arborer un keffieh, cuisiner "exotique" et célébrer la diversité les sauveraient de la folie meurtrière des islamistes. Il n'en est rien. Projetant trop loin son goût partagé pour la destruction de la civilisation occidentale, le gauchiste de base peu regardant sur ses amitiés pourvu que l'autre haïsse l'Occident autant que lui oublie que les musulmans (et les islamistes en particulier) n'ont rien de cool. Ils sont croyants, et n'allez pas brandir votre athéisme sous le nez. Ils ne tolèrent pas le mariage gay. Ils ne veulent rien entendre de l'égalité homme-femme. Ils ne pardonnent pas - et pratiquent volontiers la mutilation, la décapitation, la lapidation et d'autres peines lourdes et sans rémission, assez loin des jours-amende-avec-sursis dont nos progressistes post-modernes sont si friands.

Le massacre de l'équipe éditoriale de Charlie Hebdo est là pour le rappeler. La gauche se berce d'illusions en croyant partager des valeurs avec ces gens-là, c'est ce que crient des gens comme Riposte Laïque depuis des années à la gauche officielle - celle-là même dont les spins doctors et autres spécialistes en communication travaillent d'arrache-pied pour remodeler la réalité. Dès demain, ils nous expliqueront que le massacre qui vient d'avoir lieu dans les locaux de Charlie Hebdo par des islamistes aux cris de Allah Akbar n'a rien à voir avec l'islam.

Ils endormiront le peuple, ils savent le faire - jusqu'à la prochaine attaque.

04 janvier 2015

Pour les Fêtes, prenez un peu de langue de bois

Certains lecteurs curieux du Figaro seront comme moi tombés sur une chronique au titre cinglant - Oui-oui au pays du déficit et du chômage - évoquant un site encore plus curieux, édité par le gouvernement français, le "kit repas famille".

Je préviens, c'est du lourd.

Le Kit Repas Famille (ou encore #KitRepasFamille en langue 2.0) est une espèce de pense-bête sensé donner réponse à tout sur chaque sujet politique qui viendra immanquablement à émerger pendant un repas en société - et comment répondre pour montrer que le pouvoir socialiste a plus d'un tour dans son sac, non mais!

 A mi-chemin entre le bingo et le jeu de l'oie, le style et les sujets abordés montrent qu'on est dans le plus grand professionnalisme:

kit_repas_famille.jpg
(cliquez sur l'image pour agrandir)

Sous chaque vignette, un argumentaire résumé destiné à prouver que le Gouvernement Travaille™ et que si les résultats ne sont pas là ils ne sauraient tarder. La version web donne accès à des liens vers un argumentaire "avancé" pour les plus masochistes ; les autres pourront se limiter à une version à découper et à coller pour avoir judicieusement le petit manuel socialiste dans la poche au moment opportun:

- Moi, je le dis franchement, je n'arrive plus à boucler mes fins de mois.

- ...

- Qu'est-ce que tu fais Dédé à regarder ton pantalon ? On dirait que tu as trouvé un rat au fond de ta poche ?

- (Dédé, s'éclaircissant la voix) Mais non tu es beaucoup plus riche que ce que tu crois! Le Gouvernement a pris une série de mesures pour le pouvoir d'achat : baisse de l'impôt sur le revenu pour certains ménages, réforme du mode de calcul du prix du gaz et de l'électricité, frais d'agences immobilières réduits (divisés par 2 à Paris), encadrement des loyers à la relocation...

- Certains ménages, pour sûr, mais certainement pas le nôtre. Et qu'est-ce que tu me chantes sur les frais d'agence immobilière à Paris? On vit à Tourcoing depuis seize ans! Quant au calcul du gaz et de l'électricité, tu m'excuseras mais ça monte...

- ...Sans compter la loi consommation qui permet de réduire le prix de bien des choses : assurance emprunteur, produits à lentilles, tests de grossesse...

- Dédé ? Qu'est-ce que tu baragouines sur ces machins d'assurance dont je n'ai jamais entendu parler ? Des produits à lentilles ? Des tests de grossesse ? Tu es sûr que tout va bien ? Tu crois que ces machins changent notre pouvoir d'achat au quotidien ?

- Je... Euh... (Dédé fouille nerveusement les petites fiches dans sa poche alors qu'une vague de sueur le submerge)


Oui, bon, on ne peut pas gagner à tous les coups.

La propagande gouvernementale française semble sans limite. On cherchera en vain par quel texte de loi l'Etat socialiste s'alloue ainsi l'argent des contribuables pour faire son autopromotion. Quant aux diplômés communicants derrière l'opération de comm, on dénichera une photo possible de la fine équipe au détour d'une page non trouvée sur le site, probablement en pleine séance de brainstorming.

Les réponses choisies mélangent allègrement le vrai et le faux. Ainsi, à l'assertion "les Français travaillent moins que les autres" le gouvernement répond que la productivité horaire française est supérieure à ses équivalents allemands ou anglais - ce qui est rigoureusement exact. Avec un Etat obèse représentant 57% du PIB du pays et le carcan des 35 heures, le secteur privé n'a pas d'autre choix que de lutter comme un lion pour éviter l'effondrement immédiat, une simple question de survie. Mais cette vérité-là n'est évidemment pas bonne à rappeler. Alors, à la place, on a droit à une statistique invraisemblable comme seuls des énarques peuvent en pondre:

"En 2 ans, 1 société sur 6 a introduit des produits nouveaux qui n'existaient pas sur le marché."


Produits nouveaux, quelle étrange définition! Selon quels critères ? Quel marché ? Par des "sociétés" de quelle taille ? Avec quel taux de réussite ? Et pourquoi sur une période de deux ans ? Ramener cette mesure improbable à une société sur 12 en rythme annuel faisait moins vendeur, sans doute...

On notera le mélange pêle-mêle de catégories rigoureusement opposées, comme "le problème c'est l'austérité / le problème c'est que l'Etat dépense trop", ou encore "l'Etat ne fait rien pour les patrons / l'Etat fait tout pour les patrons". Les auteurs ne s'en cachent même pas, plaçant ces thèmes les uns à coté des autres sans doute pour susciter une forme d'humour.

Le résultat suscite un certain malaise. Quelqu'un qui défend quelque chose et son contraire ne peut pas être de bonne foi. A moins de renoncer à la santé mentale, ou à toute représentation réaliste de la réalité.

Mais ce paradoxe est au cœur du socialisme - le mythe d'une perception de la réalité plus forte que la réalité elle-même. Le socialisme se joue des mots et les mots représentent d'ailleurs son seul domaine d'existence. Pour que le socialisme réussisse il suffit en théorie que suffisamment de croyants sincères se forcent à scander "tous ensemble tous ensemble" dans une incantation (les manifestations, autre symbolisme de la gauche, sont une autre célébration propice au phénomène) et alors, selon le dogme, la réalité pliera.

L'insécurité est un "sentiment" - il suffit de la nier, et nous nous sentirons en sécurité. La croissance est "dans les esprits". La consommation dépend du "moral" des ménages plus que de leur réelle situation économique. La courbe - parlons plutôt de ligne droite - du chômage s'inversera par la force de la volonté du Président et de son équipe...

C'est le règne de la pensée magique, mais cette pensée magique est le seul domaine d'influence du socialisme. Si la prospérité pouvait se payer de mots le socialisme et ses avatars auraient été couronnés de succès depuis longtemps. Nous savons qu'il n'en est rien ; mais inlassablement, parce que c'est sa seule façon d'agir, le socialisme essaye de formater les esprits, d'embellir la perception de la réalité, de faire passer des vessies pour des lanternes. Un travail de bénédictin pour lequel toutes les bonnes volontés sont requises, au point de devoir fournir un kit de prêt-à-penser en langue de bois jusque dans les repas familiaux lors des fêtes de fin d'années.

Pitoyable de devoir en arriver là, et tout aussi pitoyable de penser que pareille opération puisse sauver la France du naufrage.