03 novembre 2019

Oubliez le Brexit, c'est l'Europe qu'ils veulent sauver

Le 31 Octobre 2019 devait être une date très particulière: le jour où le Royaume-Uni aurait - enfin! - quitté l'Union Européenne.

Des engagements forts avaient été pris ; c'était le principal objectif du gouvernement anglais, tel que rappelé par la Reine elle-même dans son discours de réouverture de la session parlementaire. Le Trésor anglais avait même commencé à battre quelques milliers de pièces de 50 pence commémoratives. Il faut désormais les détruire en les fondant à nouveau - en attendant la nouvelle date, je suppose. Heureusement pour lui, le métal n'a pas de mémoire. Les gens, si.

Il y a anguille sous roche.

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Boris Johnson a été porté au poste de Premier Ministre par un plébiscite de la base du parti, comme une sorte de Winkelried du Brexit. Il réussirait là où Theresa May avait plus qu'échoué. Il serait la volonté qui toujours trouve un chemin.

Reconnaissons-lui plusieurs succès: le plan de relation entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne, "impossible à renégocier" depuis deux ans selon Mme May et M. Junker, fut finalement remis sur la table. Le fameux "backstop" irlandais, caillou dans la chaussure du Brexit, vilipendé par les autorités anglaises, trouva une solution. Mieux, le Parlement britannique alla même jusqu'à accepter ce nouvel accord négocié avec l'UE!

Dans ces circonstances, le report du Brexit jusqu'au 31 janvier semble inconcevable. Mais l'énigme n'en est une que pour ceux qui n'ont pas compris la nature profonde du Brexit - non pour les Anglais, mais pour l'Union Européenne.

Le front anglais et le recul de Boris

Comme expliqué dans ces pages le mois dernier, Boris Johnson subit depuis sa prise de fonction une véritable guérilla de la part du Palais de Westminster. Les Parlementaires lui infligent camouflet sur camouflet. Ils n'osent le démettre mais font tout ce qu'ils peuvent pour lui couper les ailes, miner ses capacités de négociation et plus généralement saboter les efforts de son gouvernement pour accomplir le Brexit.

Plus intéressant encore, et ne comptez pas sur le moindre média pour le rappeler, les parlementaires actuellement élus ne représentent plus guère qu'eux-mêmes ; ils sont particulièrement peu représentatifs du peuple, tellement lassé des tergiversations depuis trois ans qu'il aurait volontiers accepté un Brexit sans accord.

Les élus en question le savent tant et si bien qu'ils ont toujours refusé à Boris Johnson de convoquer des élections, de peur que l'agitation de la campagne électorale et les échéances du calendrier ne précipitent un Brexit sans accord.

La classe politique anglaise ne veut pas d'un Brexit sans accord. À aucun prix. Jamais.

Boris Johnson, et croyez ma tristesse sincère en l'écrivant, fait aussi partie de la classe politique anglaise. Alors qu'il déclarait crânement deux mois plus tôt qu'il préfèrerait être "mort au fond d'un fossé" plutôt que de repousser le Brexit, il se dégonfla comme une baudruche en demandant un report à l'UE.

En cela, il se plia à une décision illégale du Parlement, puisque celui-ci outrepassa ses prérogatives en la formulant. Il aurait pu choisir de désobéir. Rien de plus simple: il n'aurait eu qu'à faire la sourde oreille pendant quelques jours. Il aurait même pu porter l'affaire devant les tribunaux, le deuxième meilleur moyen de dépasser des délais après l'envoi en commission parlementaire. Il aurait ainsi risqué au pire quelques jours de prison - selon des modalités encore à éclaircir, le cas étant inédit - mais peu de choses en sommes. Emporté par la bonhomie de son Premier Ministre, le Royaume-Uni serait alors sorti de l'UE sans accord le 31 octobre. Boris Johnson aurait ainsi laissé son nom dans l'Histoire tout en devenant, en ayant respecté ses promesses, le plus populaire de tous les hommes politiques britanniques.

Pourquoi Boris Johnson s'est-il ainsi couché? Sa force de caractère est sans doute bien plus faible que ce que beaucoup espéraient de lui. Il y a eu des signes avant-coureurs, comme le fait qu'au pied du mur et par solidarité gouvernementale il ait lui-même voté en son temps en faveur de l'accord de Brexit concocté par Theresa May (avec le Backstop irlandais et tout le tremblement). Chacun a toujours tendance à ignorer les faits contraires aux espoirs qu'il nourrit.

D'accord. Boris Johnson a obtenu des victoires tactiques, mais s'est montré étonnamment faible au moment crucial en transmettant une demande de report du Brexit à Bruxelles. Dont acte. Mais il reste un mystère, et un mystère plutôt important. Pourquoi l'Union Européenne a-t-elle accepté de repousser le Brexit de plusieurs mois? À partir du moment où elle était satisfaite du nouveau Brexit (et tout semble montrer qu'elle l'est) il n'y avait aucune raison de repousser le Brexit, et encore moins d'autant.

Ce "petit mystère" est une entourloupe de première pour faire échouer le Brexit et maintenir le Royaume-Uni dans l'Union Européenne. Et les risques de retourner le vote de juin 2016 n'ont jamais été aussi grands.

Explications.

Garçon, l'addition

La grande force des médias présentant le Brexit a été de le montrer comme un débat interne à l'Angleterre. Face à des autorités européennes forcément intelligentes et responsables, les Anglais s'étripaient comme de beaux diables sans parvenir à s'entendre. Ni à jamais présenter des solutions dignes des autorités européennes, pour ainsi dire.

C'est beau, et très faux.

Si je devais résumer en quelques phrases toute la fausseté de ce point de vue sur le Brexit, les voici:

  • Le Royaume-Uni est la cinquième économie mondiale.
  • Le Royaume-Uni est la deuxième économie de l'Union Européenne, derrière l'Allemagne et devant la France.
  • Le Royaume-Uni est aussi riche et puissant que les dix-neuf économies les plus faibles de l'Union Européenne, réunies.

Sur le plan économique européen, le départ du Royaume-Uni de l'Union Européenne est aussi énorme que si celle-ci passait de 27 membres à 8 membres. Et ce n'est même pas exact parce que c'est le deuxième membre le plus riche qui s'en va, et non la famille des cousins pauvres qui se remettent péniblement de leur demi-siècle de joug soviétique, alliée aux forçats obligés de se soumettre à l'euromark allemand.

L'Union Européenne ne veut pas que les Anglais s'en aillent. Point.

Ils contribuent bien trop au budget de l'Union.

Toutes les tractations depuis le lendemain du vote sur le Brexit, jusqu'à la durée interminable de ces tractations elles-mêmes, ne servent qu'à perpétuer les contributions anglaises au budget de l'UE. C'est aussi simple que ça!

Par conséquent, tout Brexit sans accord doit être rendu absolument, rigoureusement impossible. Tout Brexit "ordonné" doit faire en sorte de perpétuer les contributions anglaises au budget de l'UE pour les siècles des siècles, fut-ce au prix de discussions perpétuelles. Les détails finaux ne seront jamais réglés, comme un divorce traîné devant les tribunaux et qui en fin de compte ne se conclurait pas, malgré des années de procédure.

Voilà la vérité.

Risque maximum

Le Brexit est plus en danger aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été depuis trois ans. Et paradoxalement, l'apparente raideur de Boris Johnson sur le sujet en est la cause.

Les Libéraux-Démocrates anglais, le DUP, les Travaillistes, sont complices de Bruxelles, et je ne serais pas surpris que de l'argent change discrètement de main pour expliquer cet amour inconditionnel. Ils veulent tous que le Royaume-Uni reste dans l'UE. Les Travaillistes par exemple préconisent un deuxième référendum entre "rester" et "rester" - rester formellement dans l'UE et donc renier le vote de 2016, ou approuver une "relation future" avec l'UE tellement proche des obligations d'un membre de plein droit que cela ne fera aucune différence, en particulier au niveau des contributions budgétaires. Pour les Libéraux-Démocrates, c'est encore plus simple: ils demandent à ce qu'on annule le Brexit, ni plus ni moins. Que le référendum aille au diable!

Les Conservateurs menés par Boris Johnson donnent l'impression de vouloir partir de l'UE, mais comme le montre l'exemple récent donné par le Premier Ministre, leur résolution s'écroule devant l'obstacle. Boris Johnson a fait de gros efforts pour nettoyer les écuries d'Augias de leurs éléments les plus europhiles, mais la tâche est trop herculéenne. Les électeurs ne seront pas plus omniscients pour faire le tri. Après les nouvelles élections de Décembre, il y a de fortes chances pour qu'un bonne minorité des nouveaux élus des Conservateurs soit encore composée de vendus à Bruxelles, simplement parce qu'ils sont enkystés dans la structure du parti.

Le Parti du Brexit de Nigel Farage est le seul qui soit crédible sur la question du Brexit et sur la concrétisation du vote anglais de 2016. Et récemment, il a commencé à sérieusement tailler des croupières aux autres partis, en particulier les Conservateurs.

Visant avant tout à sauver sa paroisse, Boris Johnson explique donc que pour que le Brexit se concrétise enfin il faut "voter Conservateur". En les plaçant en tête des intentions de vote des électeurs, les sondages montrent que ceux-ci sont prêts à le croire. Nigel Farage le croit-il?

La dispute ou l'accord entre le Parti du Brexit et les Conservateurs est une des clés du scrutin. Si les deux partis parviennent à se partager les circonscriptions (ce qui revient au Parti du Brexit à avaler son chapeau) et à éviter les duels fratricides au sein du camp du Brexit dans les circonscriptions stratégiques, alors le futur parlement pourrait être à majorité pro-Brexit et les deux mouvements, travaillant main dans la main, pourraient parvenir enfin à le délivrer.

Ça fait beaucoup de si.

Le plus plausible est que le Nigel Farage et Boris Johnson ne parviennent pas à un accord, ou que celui-ci s'effondre avant le dépôt des listes. Conservateurs et Parti du Brexit s'affronteront dans une série de duels fratricides qui pourraient voir triompher le camp adverse, laissant le Parlement entre les mains de partis totalement opposés au Brexit.

Ils auront alors tout loisir de dénaturer encore plus l'accord de Brexit en faveur de Bruxelles à coup d'amendements, et resteront en poste pour assurer une "transition post-Brexit" qui ne se terminera jamais. Jeremy Corbyn pourrait même finir Premier Ministre à la faveur de la confusion et mettre en branle son agenda politique marxiste, incluant nationalisations massives et plans quinquennaux... Que du bonheur pour nos amis anglais.

Peu importe: à Bruxelles, on a retrouvé le sourire.

14 septembre 2019

Les Anti-Brexit tirent leurs dernières cartouches

Mauvaise semaine pour Boris Johnson. À en croire la presse continentale européenne de ces derniers jours, il a été giflé, il a pris une douche écossaise, un camouflet, il s'attire les foudres des Irlandais, il subit revers sur revers, des défaites, il est le dos au mur, il a bu le calice jusqu'à la lie. Pour tout dire, alors qu'il n'est pas en poste depuis un mois et demi, il a déjà un bilan calamiteux.

Fichtre!

On dirait que le Premier Ministre Boris Johnson vit ses dernières heures... Alors qu'en vérité, ce sont plutôt ses adversaires qui grillent leurs dernières cartouches ; aucune surenchère de termes négatifs ne permettra de cacher cette réalité bien longtemps. Mais cela mérite quelques explications.

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Boris face au Marais

De quoi Boris Johnson est-il coupable pour mériter pareille condamnation médiatique? De populisme, bien entendu. Le populisme, voilà l'ennemi. Le populisme, dans ce dossier, revient à vouloir appliquer la décision de quitter l'Union Européenne, exprimée en juin 2016 dans les urnes par près de 52% des citoyens de Sa Majesté.

On l'aura compris au traitement du dossier, la classe médiatique européenne est franchement europhile. Toute subtilité ayant disparu des rédactions depuis longtemps, il faut vraiment être épais pour ne pas s'en rendre compte.

Dans d'autres pays de l'Union, lorsque les gens ne votent pas correctement, on s'adapte. En France ou aux Pays-Bas, on passe les traités refusés par le Parlement. En Irlande, on revote. La Suisse mérite largement sa place dans ce petit monde à travers le refus de la classe politique d'appliquer l'initiative contre l'immigration de masse. Comme disait Coluche, si voter servait à quelque chose, cela aurait été interdit depuis longtemps.

Mais voilà, Boris Johnson a eu le toupet de démissionner du gouvernement précédent parce qu'il estimait qu'il trahissait le vote des citoyens, et souhaite désormais appliquer la décision. Son mandat? Faire en sorte que le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne, ni plus ni moins. Plus de ce Brexit interminable et constamment repoussé. Tant pis si cela doit signifier un hard Brexit, une sortie sans accord.

En face de lui, et c'est ce qui causera leur perte, les anti-hard-Brexit (faute d'un meilleur nom) avancent en ordre dispersé. Il y a ceux qui veulent rester et que les citoyens qui ont voté pour le départ de l'UE en 2016 aillent au diable ; ceux qui sont d'accord pour partir, mais "pas de cette façon" ; et ceux qui souhaitent rejouer le match avec un nouveau référendum.

Une seule chose les unit, la volonté d'arrêter Boris. Cela ne suffira pas.

Qui s'accroche?

Depuis qu'il est au pouvoir, Boris affronte une succession de coups d'éclats. Ils se suivent avec une régularité toute médiatique. Qu'il s'agisse de la démission de la Ministre du Travail Amber Rudd, du passage dans l'opposition d'un député ou de la rupture de Jo, le propre frère de Boris (ce qui a permis au grand public de découvrir que Boris avait un frère), chacun tire son quart d'heure de gloire comme il peut.

Les politiciens et leurs relais dénoncent comme un "coup d'État" la volonté du Premier Ministre de fermer le Parlement pendant cinq semaines, sans mentionner que la session parlementaire qui vient de se dérouler est la plus longue depuis 400 ans, ni qu'il est parfaitement en droit de le faire.

Les décisions du Premier Ministre font quant à elles l'objet de contestations devant les tribunaux, alors même que le Parlement outrepasse ses prérogatives en exigeant "un Brexit avec accord, sinon rien" lorsque la politique étrangère n'est pas de son ressort.

Comme chacun peut le constater, les médias donnent le mauvais rôle à Boris. Ils tentent de le faire passer pour affaibli et isolé. Pourtant, hors du Parlement, il est loin d'être seul contre tous. En plus des deux tiers des membres du Parti Conservateur qui l'ont nommé à son poste en remplacement de la médiocre Theresa May, M. Johnson a avec lui la population anglaise. Selon l'institut de sondage ICMresearch, en cas d'élections anticipées, son parti est crédité de 37% des voix, contre 30% pour les travaillistes et 9% pour le parti du Brexit. Loin d'être "effrayés" par un Brexit sans accord, les Anglais sont tellement excédés par la tragi-comédie de leur classe politique qu'ils sont désormais une majorité à vouloir le Brexit par tous les moyens.

Tout le monde le sait en Angleterre - même et y compris les parlementaires qui s'opposent à Boris Johnson.

Nous en avons eu la preuve définitive lundi soir. Le Parlement refusa l'offre du Premier Ministre de convoquer des élections anticipées pour la mi-octobre. Au pied du mur, les élus anglais ont choisi de s'accrocher à leurs sièges. Les anti-Brexit, majoritaires parmi les élus du Parlement, savent très bien qu'ils sont minoritaires dans l'opinion et le seront dans les urnes au prochain vote.

Nous assistons donc ainsi une nouvelle fois à la démonstration d'une classe politique parfaitement consciente de sa non-représentativité mais accrochée au pouvoir comme une palourde à son rocher. Toute ressemblance avec d'autres pays européens est fortuite...

Remise à plat

Aujourd'hui, David Cameron ne regrette rien, mais peu importe. Il n'a plus aucune crédibilité. Son appel à une réforme de l'Union Européenne et à un référendum du Brexit n'étaient que des miroirs aux alouettes dont la seule finalité était de le maintenir au pouvoir. Mais la population anglaise refusa de suivre le script prévu. Elle s'empara de la première occasion de s'exprimer pour dire ce qu'elle pensait du Super-État européen et de la trajectoire à donner au Royaume-Uni dans cet ensemble.

Depuis, la classe politique britannique se déchire pour donner l'impression qu'elle prend au sérieux l'expression populaire tout en faisant exactement le contraire. Theresa May fut l'incarnation vivante de cette école de pensée ; vidant le référendum de toute substance, elle élabora en connivence avec Bruxelles un accord de soumission perpétuelle tellement honteux qu'elle fut désavouée par son propre camp. Personne ne s'étonnera que les politiciens européens répètent depuis que c'est "le meilleur accord possible" - tout dépend du point de vue où l'on se place.

Boris Johnson est quant à lui un héros aux motivations peut-être moins nobles qu'on souhaiterait. Au pied du mur, il s'aligna et soutint le traité de Brexit ramené de Bruxelles par Mme May. Aujourd'hui, s'il est en butte contre une bonne partie des caciques de son propre parti, c'est parce qu'ils jouent sur des objectifs différents. Eux veulent maintenir le Royaume-Uni dans l'Union Européenne, quoi qu'il leur en coûte ; lui cherche moins à respecter la volonté populaire qu'à sauver le Parti Conservateur du naufrage, quitte à l'épurer des éléments les plus compromis. Il est sans cesse grignoté par le Parti du Brexit de Nigel Farage, un mouvement à la dénomination aussi limpide que le verbe de son fondateur.

Personne ne veut rien renégocier. Le Parlement britannique rejeta à plusieurs reprise (ce qui est déjà illégal, on ne vote pas plusieurs fois sur le même texte!) le traité de Mme May. L'Union Européenne, calcifiée par la règle de l'unanimité et par une position qu'elle pense avantageuse, refuse de reculer d'un pouce. Côté anglais, le Parlement est incapable de formuler une demande intelligible sur ce qu'il veut précisément renégocier, et de quelle façon.

La "frontière extérieure de l'Union" en Irlande du Nord ne verra jamais le jour, les gouvernements irlandais et britanniques ayant annoncé que ni l'un ni l'autre ne verserait un centime d'euro pour mettre en place une frontière physique. On imagine mal la Commission Européenne envoyer des contingents de douanier européens là-bas pour embêter les Irlandais alors qu'il n'y a plus d'argent anglais dans les caisses. Mais personne ne veut rendre son indépendance politique au Royaume-Uni.

Boris Johnson pliera-t-il? Ira-t-il quémander une nouvelle extension de trois mois du Brexit à la fin octobre, comme ses parlementaires lui imposent? Deviendra-t-il le Winkelried du Brexit? Si personne ne trouve le courage de percer l'abcès, il se pourrait bien que le Brexit dure encore des années. Cela détournera encore plus la confiance des électeurs anglais des partis traditionnels. Voilà ce dont M. Johnson ne veut pas.

Les Anti-Brexit ont trépigné, légiféré, attaqué en justice, vilipendé et trahi. Tout l'arsenal y est passé. Ils n'ont plus rien dans leur besace. Sur ce champ de bataille dévasté, l'initiative appartient maintenant à Boris Johnson.

12 juin 2019

Comment le Brexit est devenu inévitable

Brexit "dur", Brexit "souple", Brexit repoussé sine die, les Anglais ne savent plus à quel saint se vouer.

Pourtant, alors que Theresa May tire sa révérence, la situation politique outre-Manche permet de se livrer au jeu des pronostics. Voici les miens:

  • Boris Johnson sera le prochain Premier Ministre ;
  • le Brexit sera probablement un Brexit sans accord, mais sans que cela soit certain à ce stade ;
  • le Brexit interviendra le 31 octobre 2019.

"Les prévisions sont difficiles, surtout quand elles concernent l'avenir" disait l'humoriste Pierre Dac. Comment lancer de telles hypothèses dans le brouillard (londonien) actuel, où pas un analyste politique ne parvient à déceler quoi que ce soit?

L'entrée en lice de M. Johnson

Le moins que l'on puisse dire c'est que Boris Johnson aura attendu son heure. Entré au niveau national de la politique en 2008 en prenant la Mairie de Londres, Boris est toujours resté ambigu sur sa volonté de participer à la course pour le rôle de Premier Ministre, essentiellement parce qu'il était conscient de la faiblesse de ses chances. Il abandonna ainsi à mi-parcours en 2013. Bien que Tory, donc membre du parti le plus puissant au Parlement britannique, il sait qu'il n'est pas aimé des hautes sphères du parti. Trop incontrôlable, trop fougueux, trop politiquement incorrect. Ce qui séduit l'opinion dégoûte la bonne société. Ses cheveux désordonnés couleur paille et ses saillies en interview lui donnent des similitudes rédhibitoires avec un certain Donald Trump, sans compter qu'il avait aussi la nationalité américaine jusqu'en 2016...

royaume-uni,brexit,ue

Dix candidats se bousculent pour succéder à Theresa May. Une pléthore. La sélection se déroulera sur plusieurs semaines avec des débats télévisés et des éliminations progressives des moins bien notés. S'il parvient en finale, le poste de Premier Ministre ne fait aucun doute - le vote sera alors entre les mains des quelque 160'000 membres du Parti conservateur, auprès desquels le politicien hors norme est très populaire.

Les bookmakers et les éditorialistes s'interrogent: se peut-il que Boris Johnson échoue avant? Qu'un vote de sanction des premiers tours de scrutin, dans lesquels le résultat est uniquement entre les mains des députés conservateurs, le fasse échouer? Les ennemis de Boris Johnson sont nombreux à l'espérer. Mais ils se trompent. Ils raisonnent avec un logiciel périmé, un mode de pensée qui était celui de Theresa May et d'un monde dépassé par le Brexit.

Tout a changé au Royaume-Uni. Deux élections ont complètement recomposé la classe politique.

Les élections européennes

La victoire du Parti du Brexit aux élections européennes d'outre-manche ont fait les gros titres, mais ce n'est pas encore assez. Le résultat de Nigel Farage est un séisme politique inédit. Connu pour ses spectaculaires interventions au Parlement Européen, Nigel Farage avait décidé de retourner à la vie civile et d'abandonner le UKIP (dont il s'était distancié) mais la gestion catastrophique du Brexit par le gouvernement May l'amena à réviser ses positions. Il décida donc de repartir dans l'arène politique pour que la majorité qui avait clairement décidé en 2016 que le Royaume-Uni quitte l'UE ne soit pas spoliée de sa décision.

À la surprise générale, mais d'une façon conforme aux sondages, le Parti du Brexit lancé en avril 2019 remporta un succès phénoménal. Il arriva en tête dans presque toutes les régions d'Angleterre - sauf Londres, qu'on peut difficilement encore qualifier "d'anglaise" au sens ethnique du terme.

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Score et variation des partis lors des élections européennes.

Le graphique ci-dessus montre une intéressante variation de l'électorat. En 2014, le UKIP avait fait une percée remarquable mais cinq and plus tard il s'effondre totalement, ses électeurs se reportant massivement sur le nouveau Parti du Brexit. Les citoyens ont donc clairement suivi le leader du Brexit sans éprouver de fidélité envers un parti. Mais le transfert massif du UKIP vers le Parti du Brexit n'explique pas tout ; le nouveau parti a encore siphonné 7% d'électeurs supplémentaires aux dépens des autres formations. Les Libéraux Démocrates progressent sensiblement alors qu'ils étaient en perte de vitesse, signe là encore d'un vote sanction contre le dualisme gauche-droite installé aux commandes depuis des générations. Les Conservateurs sont relégués à une humiliante cinquième place. Les Travaillistes sont aussi de grands perdants de l'élection, leurs pertes n'étant que peu compensées par la modeste hausse des écologistes.

Les états-majors politiques des partis historiques sont sortis sonnés de l'élection européenne. Peut-être se sont-ils dit que ce n'était qu'un très mauvais moment à passer? Après tout, 2014 vit la percé du UKIP sans que la politique intérieure anglaise, la seule qui soit réellement importante, n'en soit durablement affectée. Pendant les cinq ans qui suivirent le UKIP ne parvint pas à décrocher le moindre siège de député. Mais l'élection complémentaire de Peterborough vint rapidement doucher leurs espoirs.

La complémentaire de Peterborough

Fiona Oluyinka Onasanya était députée travailliste pour la circonscription de Peterborough depuis 2017. Selon Wikipédia, "après avoir été reconnue coupable d'entrave à la justice en décembre 2018, elle est radiée du parti. Condamnée à trois mois de prison en janvier 2019, elle perd son siège de députée le 1er mai, une pétition de rappel ayant réuni le nombre de signatures nécessaire." Son éviction amena logiquement à la tenue d'une élection complémentaire.

Premier scrutin d'importance nationale après la raclée des européennes, les partis traditionnels firent feu de tout bois à Peterborough pour essayer de conjurer le sort des élections précédentes. Le chef des Travaillistes Jeremy Corbyn se rendit sur place pour faire campagne, de même que l'ancien Premier Ministre Gordon Brown et des ténors des Conservateurs comme Boris Johnson et Jeremy Hunt. Seule Theresa May fut absente, pour des raisons bien compréhensibles.

Au bout du compte, les Travaillistes gardèrent leur siège, ce qui permit à Jeremy Corbyn de fanfaronner devant les médias. Il déclara que la victoire de son parti était le signe que la "politique de la division" ne triompherait pas, et d'autres formules plaisantes que des journalistes épris de facilité s'empressèrent de recopier dans les médias locaux et étrangers. Si l'humeur était joyeuse pour les Travaillistes, il est probable que les sourires aient surtout été de façade, car les résultats détaillés de l'élection montrent une toute autre histoire.

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Score et variation des partis lors de l'élection législative complémentaire de Peterborough.

Les Travaillistes gagnent, certes, mais de justesse avec seulement 2% d'avance. Ils perdent 17% par rapport au scrutin de 2017. Le Parti du Brexit, qui se présentait pour la première fois, arrache directement 29% des votes. Les Conservateurs perdent 25% des voix, plus de la moitié de leur force électorale. La poussée des Libéraux Démocrates se confirme. Les autres ramassent les miettes.

La complémentaire de Peterborough illustre un changement fondamental dans la politique britannique: la percée du Parti du Brexit se confirme aussi lors d'élections locales. Les chefs politiques peuvent peut-être se réjouir que le siège soit resté chez un des deux champions historiques, chacun sait en son for intérieur que c'est juste un heureux accident. Si pareille configuration se reproduit lors des prochains scrutins nationaux, les élections tourneront au bain de sang. Le Parti du Brexit va réaliser un véritable raz-de-marée aux dépens des Travaillistes et des Conservateurs, menaçant jusqu'à leur existence même au plan national.

Le Brexit, vite!

Les histoires de "backstop Irlandais", les innombrables votes sur le même Traité de Brexit indigeste concocté par Theresa May en connivence avec Bruxelles, tout cela n'a plus aucune importance. Les états-majors travaillistes et conservateurs viennent soudainement de réaliser que leurs atermoiements et leurs joutes politiques stériles au cours des années écoulées n'ont profité ni à l'un ni à l'autre comme chacun l'espérait, mais à un nouveau venu mené par Nigel Farage et qui pourrait bien les emporter tous les deux.

De "thème" politique lancinant donnant lieu à d'innombrables subtilités picrocholines étalées sur des mois, le Brexit est devenu du jour au lendemain une patate chaude d'une variété mortelle. La classe politique britannique tient désormais à s'en débarrasser au plus vite, en espérant que le Parti du Brexit s'évapore dans la foulée.

Voilà pourquoi Boris Johnson risque fort d'être élu Premier Ministre en juillet. Il n'est pas sûr qu'il arrive à négocier un nouvel accord - quoi qu'au pied du mur les technocrates de Bruxelles se découvrent soudain des réserves de négociations insoupçonnées - mais il y a de bonnes chances qu'il parvienne à faire sortir le Royaume-Uni de l'UE d'une façon ou d'une autre et le plus vite possible.

Pour défendre les intérêts anglais il ne sera pas très difficile de faire mieux que Mme May, mais quel que soit le deal que Boris ramène du continent on peut s'attendre à ce que celui-ci déclenche l'enthousiasme soudain tant des Conservateurs que des Travaillistes. En l'état, toute prolongation du délai de Brexit et toute perspective de traîner en longueur pour faire un nouveau référendum vient de partir à la poubelle.

Et si Bruxelles tente de jouer à son petit jeu habituel, il est même possible que les Anglais choisissent de partir sans rien au 31 octobre - laissant l'Union Européenne avec ses piaillements de basse-cour et une belle ardoise se comptant en milliards d'euros.

Le grand public anglais s'est lassé des atermoiements interminables de sa classe politique durant les dernières années. Il ne se gêne plus pour le dire. Tout d'un coup, grâce à des citoyens anglais bien plus matures que leurs élus, chacun semble réaliser qu'il est important que le Brexit soit un succès pour tout le monde, et surtout, qu'il ait enfin lieu.

Voilà des nouvelles plutôt réjouissantes.

01 juin 2019

Un Parlement Européen ingouvernable

Les élections européennes sont sous toit depuis dimanche dernier. Elles laissent présager d'une belle pagaille de cinq ans à Bruxelles.

Certains, comme Guy Millière, se désolent que le "réveil des peuples" n'ait pas eu lieu. D'autres, médias en tête, se réjouissent que la terrible "vague populiste" n'ait pas été au rendez-vous, ou qu'elle fut moindre que ce que craignaient les rédactions, et qu'elle soit contrebalancée par une "percée verte" dans la droite ligne de l'activisme écolo-militant redoublé de ces dernières semaines.

Tous ces gens se trompent.

Vu des États-Unis, on peut se méprendre ; mais même aux États-Unis, l'élection de Trump en 2016 s'est jouée à peu de choses. En réalité, le "réveil des peuples" n'a eu lieu nulle part. Le constat est implacable: au sein de nos sociétés démocratiques occidentales se trouve une proportion énorme et irréductibles d'électeurs perdus. Ces gens appartiennent à deux catégories bien distinctes, les amorphes et les complices.

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Facile à reconnaître, les amorphes sont les plus nombreux, des citoyens naïfs, bienveillants, et fiers de constituer la masse du troupeau. Lecteurs assidus des médias mainstream, ils se contentent de suivre le mot d'ordre des autorités et se font un devoir de répéter en boucle les arguments des élites - ils n'en connaissent pas d'autres. Ils méprisent avec enthousiasme les groupes qu'on leur a dit de mépriser et lisent religieusement les articles qui demandent s'il faut avoir "peur" de ceci ou cela. Souhaitant être du côté des "gagnants" lors des élections, ils votent régulièrement contre leur intérêt mais le réalisent après coup. Les plus éveillés d'entre eux sont constamment déçus de ceux pour qui ils ont voté mais, telles les femmes battues, n'en reviennent pas moins au bercail à chaque échéance, persuadés que les fautifs ont fait amende honorable et que, cette fois, ils changeront vraiment de politique.

Les complices, eux, sont très motivés. Les politiques mortifères pour leur pays (immigration de masse, surendettement de l'État, dissolution dans l'UE, islamisation...) ne les effraient pas le moins du monde, ou du moins pas à court terme, parce qu'ils en profitent directement ou se pensent protégés de leurs effets ; et selon la doctrine de Keynes, "à long terme nous sommes tous morts", alors on fait avec. Fonctionnaires ou travaillant dans une profession réglementée, ils vivent en ville et dépendent de l'État dans une écrasante proportion. Ils ont avantageusement remplacé les socialo-communistes par Macron et les Verts. Ils pensent que le vivre-ensemble est quelque chose de "génial" mais font des pieds et des mains pour que le peu d'enfants qu'ils ont échappent à la carte scolaire et à la mixité qu'ils prônent pour le bas peuple. Rongés par le cynisme et la doublepensée, ils s'efforcent de ne pas côtoyer des gens "qui pensent autrement". Ils glissent leur bulletin dans l'urne en estimant que, même si tout empire, leur statut les assure de rester parmi les mieux lotis.

La proportion amorphes/complices et leur force cumulée est très différente selon chaque pays. À l'Ouest, ils ont longtemps constitué une majorité, et même lorsqu'ils reculent ils participent à des minorités conséquentes. Mais il faut examiner un peu plus en détail le résultat des élections européennes pour comprendre. Si le réveil des peuples n'est pas une vue de l'esprit, il intervient à un rythme différent selon les régions d'Europe.

Le groupe de Visegrad

Les pays de l'Est ont vécu suffisamment longtemps sous le joug du totalitarisme pour en reconnaître un quand ils le voient - fusse-t-il "light" comme celui de l'Union Européenne d'aujourd'hui. Pour une analyse détaillé, le Visegrad Post fait œuvre utile en détaillant pays par pays. En résumé:

[En Hongrie, on assiste à une victoire] écrasante et sans surprise du Fidesz, le parti national-conservateur de Viktor Orbán, avec 52,30% des suffrages. Pour le Premier ministre hongrois, en guerre ouverte avec le monde « libéral » et l’élite bruxelloise, cette victoire absolue lui offre encore une fois un argument de légitimité démocratique pour continuer sa politique – anti-immigration, pro-chrétienne, pro-famille – et s’impliquer plus encore dans la politique à l’échelle continentale. (...)


Si le scrutin Slovaque est plus difficile à décrypter, celui de la République Tchèque impressionne: le parti libéral-conservateur du Premier Ministre ouvre le bal, suivi du parti libéral-conservateur et eurocritique ODS, du parti pirate (contre la régulation d'Internet), d'un autre parti libéral-conservateur TOP 09 ("Tradition, responsabilité, prospérité"), et enfin du parti Liberté et Démocratie Directe, "patriotique, anti-Islam, anti-immigration et fortement critique de l’UE" explique le Visegrad Post. Et ce sont les cinq premiers!

En Pologne, première victoire du PiS à une élection européenne, améliorant son score par rapport à 2014 (+11,32%). Le parti national-conservateur au pouvoir depuis l’automne 2015 comptait sur ces élections, à six mois du scrutin législatif, pour prendre la mesure de sa capacité de mobilisation. C’est chose faite et le résultat est plus que satisfaisant pour le PiS. Conforté par ce résultat dans leur politique à échelle européenne, le PiS, parti leader du groupe CRE, entend bien se faire entendre plus que jamais à Bruxelles.


Dans tous ces pays la participation est en forte hausse, et ce n'est visiblement pas pour chanter les louanges de Bruxelles.

France, pays de toutes les magouilles

Macron est un margoulin ; on le sait depuis l'élection à la Présidentielle où il réussit à éliminer son plus dangereux concurrent, François Fillon, avec des révélations très anciennes mais fort opportunes, récoltées à travers de solides amitiés à Bercy lorsque le jeune Macron était ministre de l'industrie.

Pour lancer un scandale, tout est dans le timing, comme l'annonce en France des hausses du tarif de l'électricité juste après les élections européennes. Certaines fois il échappe aux meilleurs, comme dans l'affaire Benalla, mais ici l'enjeu était d'importance et Emmanuel a fait de son mieux. Un attentat au colis piégé à Lyon à quelques heures du scrutin? Le principal suspect fut interpellé dès dimanche mais, au vu de son patronyme, on préféra taire tout détail sur l'affaire jusqu'au lendemain pour ne pas interférer sur l'humeur populaire...

Les Français ont donc voté dans l'œil du cyclone médiatique, entre un attentat islamiste passé sous silence et une hausse d'impôt prévue quelques jours plus tard. Dans cette France travaillée soigneusement pour être apaisée, le Rassemblement National arrive en tête. La carte est impressionnante.

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(Cliquez sur l'image pour l'agrandir, ou ici pour les résultats complets)

Le Président Macron s'était personnellement engagé à placer La République En Marche devant le Rassemblement National ; son échec est patent. "On ne peut pas annoncer qu'on a gagné quand on finit deuxième", lâcha Edouard Philippe au soir de l'élection. Les médias sont prompts à rappeler que le score en pourcentage du RN est inférieur à celui du Front National de 2014, il est en réalité supérieur en termes de bulletins rentrés, grâce à une participation plus élevée. Alors, on s'engueule.

On peut le dire, en France, la plupart des complices et des amorphes se retrouvent derrière LAREM. Ils représentent un socle à peu près irréductible de 20% des électeurs. Ils constituent le même groupe que ceux dont on se demandait comment ils arrivaient à soutenir encore Hollande à la fin de son calamiteux quinquennat.

La fragmentation des résultats confirme le premier tour des présidentielles: en France le bipartisme est mort. Les socialistes historiques suivent le chemin des dinosaures, les restes du centre-droit s'évaporent dans l'insignifiance. Même la révolution hurlée par le tribun Mélenchon prend un coup de vieux. Seuls les Écologistes tirent leur épingle du jeu mais l'hystérie climatique ne pourra pas durer éternellement. Elle se marie mal avec la gestion réaliste d'un pays ; les militants idéalistes d'aujourd'hui seront les déçus de demain et les adversaires aigris d'après-demain...

Tous les scrutins, toutes les institutions étaient manipulés pour écraser les concurrents du PS et de l'UMP historiques ; mais désormais le RN est l'acteur majeur de la politique française. Il promet de rafler la mise à chaque nouvelle élection. Plus aucune magouille électorale ne permettra de le juguler. Mairies (le RN arrive en tête dans 70% des communes!), conseils régionaux, sénat, vont progressivement tomber dans l'escarcelle du RN. La revanche du duel Macron-Le Pen lors de l'élection présidentielle de 2022 s'avérera bien plus inconfortable pour le candidat de Bruxelles, et il faudra plus qu'une rediffusion de La Grande Vadrouille entre les deux tours pour faire obstacle au mouvement de Madame Le Pen.

L'Italie derrière Salvini

matteo-salvini-rally-european-parliament-elections.jpgDans la péninsule le vote européen était l'occasion de mesurer la force respective des membres de la coalition au pouvoir, Ligue du Nord et Mouvement Cinq Étoiles. Le résultat est supérieur à ce qu'annonçaient les sondages: la Ligue prend la tête et fait plus du double de son partenaire de coalition (34,26% contre 17,06%). Même Le Monde parle d'humiliation. Le Mouvement Cinq Étoiles a perdu seize points en un an.

[Face] à une telle déroute, les ficelles de la rhétorique politicienne ne sont d’aucun secours : avec à peine 17 % des suffrages, contre près de 33 % en mars, et surtout 4,5 millions de votants alors qu’ils étaient 11 millions lors des législatives, le verdict des urnes est sans ambiguïté. Luigi Di Maio peut avancer qu’il s’agit d’« apprendre », que « le mouvement court un marathon, pas un 100 mètres », ces mots ne tromperont personne : seul devant une nuée de photographes, il est apparu dans la peau du condamné, quémandant à ses ennemis – et surtout à ses amis – la chose la plus rare et la plus précieuse en politique : un peu de temps.

En disposera-t-il vraiment ? Rien n’est moins sûr, tant la très opaque direction du M5S doit donner un signal fort à ce qui lui reste de base militante, alors qu’elle est confrontée à la crise la plus grave de sa jeune histoire. Les défaites des derniers mois dans des élections locales avaient été présentées comme des épiphénomènes, et attribuées au manque de cadres. Cette fois, ces arguties ne sont d’aucun secours.


Les résultats italiens sont importants car le pays est stratégique sur plusieurs plans. L'Italie reste en première ligne face à l'assaut d'immigration clandestine que subit l'Europe. Le pays est un des plus endettés et sa dette publique reste fragile, mais c'est aussi un membre fondateur de l'Euro. Et Matteo est un des plus farouches adversaires d'Angela Merkel. La prochaine crise de l'UE pourrait bien venir de la botte italienne.

La colère anglaise

Lorsque les Français sont en colère ils enfilent des gilets jaunes et occupent des ronds-points avec des revendications plus ou moins cohérentes, illustrant ainsi des décennies de ravages de l'Éducation Nationale sur l'esprit logique. Les Anglais font autrement: ils votent.

farage_happy.jpgLa victoire de Nigel Farage est étourdissante, et montre la maturité démocratique du peuple anglais face à une classe politique défaillante. Malgré toutes les manipulations d'une Theresa May sur le départ après avoir perdu deux ans à essayer de faire signer par les députés anglais le traité colonial qu'elle avait négocié en secret avec l'UE (parfois même dans le dos des ministres de son propre gouvernement!) les Anglais se sont lassés de cette trahison et ne se sont pas gênés pour le dire.

Les Anglais ne se sont sentis liés par aucune loyauté, aucune habitude, et n'ont plus montré la moindre crédulité. Ils ont voté en masse pour un parti qui n'existait pas il y a quelques mois, le parti du Brexit. Le 20 janvier, Nigel Farage déclare au Guardian: "Si le gouvernement revient sur sa parole et trahit les millions de personnes qui ont voté pour le Brexit, il nous faut un parti prêt à se lever et à se battre pour l'obtenir. Je suis tout à fait prêt pour l’extension ou la révocation de l’article 50 et, si cela se produit, je reviendrai à la charge."

Chose dite, chose faite. Nigel Farage ne se sent plus solidaire de son ancien parti le UKIP, dont la ligne s'est éloignée de la question européenne. Le parti du Brexit est officiellement lancé le 5 février. Trois mois plus tard, voilà le résultat du scrutin:

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Le Brexit est en tête avec 31,6% des voix. Les Libéraux Démocrates arrivent en deuxième position avec 20,3%. Les Travaillistes suivent avec 14,1%, puis viennent les écologistes avec 12,1%. Les Conservateurs de l'incompétente Mme May viennent en cinquième position avec 9,1%, une gifle méritée. 40% des Conservateurs, déçus de l'absence de leadership du gouvernement sur le Brexit, auraient choisi de voter pour le parti du même nom.

Évidemment, et les éditorialistes sont nombreux à le noter, le vote massif en faveur du Brexit augmente les chances d'une sortie sans accord. Les futures relations entre le Royaume-Uni et l'UE se règleront devant l'OMC. Cette perspective n'est pas pour déplaire à Nigel Farage, qui clame qu'une sortie sans accord vaut mieux que pas de sortie du tout, mais il est aussi possible que les Anglais parviennent à renégocier un traité plus équilibré avec l'UE pendant les quelques mois qu'il leur reste.

La perspective d'une sortie de l'UE du Royaume-Uni semble acquise même sur le continent. Tous les partis politiques visent avec appétit les sièges anglais qu'ils s'apprêtent à reprendre au Parlement européen... Nigel Farage se prépare à faire le plus court mandat de Député Européen de l'histoire. Ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont!

L'Europe sans gouvernail

Le Parlement Européen s'apprête à devenir ingouvernable - les blocs sont émiettés et même à l'intérieur de chacun, comme le PPE, les dissensions sont proches de la rupture. Ce n'est pas un problème en soi, puisque le Parlement n'a presque pas de pouvoir. Il ne peut pas proposer de textes de loi, ce privilège est réservé à la Commission européenne. Sur certains thèmes, il approuve ou rejette certains textes sans pouvoir les amender. Sur d'autres, il n'a qu'un avis consultatif. Il ne peut pas non plus décider de la révision des traités, dont le pouvoir revient aux états membres.

Voilà pourquoi, in fine, ces élections européennes n'ont pas plus d'importance que les précédentes. Mais elles donnent un indicateur précieux de la température politique de plusieurs pays européens, et certains atteignent clairement le point d'ébullition.

19 avril 2019

Les faillites de Notre-Dame

La destruction par le feu de Notre-Dame de Paris, le poumon culturel et historique qui subsistait au cœur de la capitale française, marque incontestablement la fin d'un cycle.

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Depuis l'incendie, les hommages rendus par les politiciens semblent sincère - de la même façon qu'on ne réalise la valeur d'une chose qu'une fois qu'on l'a perdue. Mais le sont-ils vraiment? Et comment en est-on arrivé là?

Faillite de l'État Français

"Les millions affluent pour reconstruire la cathédrale, mais lorsqu'il s'agissait simplement de financer les travaux de réfection, il n'y avait personne", se plaignit sur les ondes un fonctionnaire français du Patrimoine. La remarque est typique de ce qui tient lieu de réflexion à tous les niveaux de la société française: avec plus d'argent, tout irait drôlement mieux.

Avec plus d'argent, Notre-Dame n'aurait pas pris feu? Curieuse défense pour un chantier de réfection transpirant l'incompétence dès le premier jour.

Pourquoi collecter des millions pour rebâtir la cathédrale alors que le versement de l'assurance aurait suffi? Mais pour toucher une assurance, il aurait fallu que le chantier soit assuré en premier lieu (des économies de bout de chandelle pour lesquelles nos Vaudois n'ont pas été meilleurs). Ne pas assurer un chantier revient à s'exposer à un risque inqualifiable.

Bien entendu, une compagnie d'assurance aurait pu refuser le mandat ou, plus probablement, poser des exigences aussi élevées que ses primes. Ce n'est que justice: une assurance n'est pas là pour éponger la bêtise et l'inconséquence, mais pour se prémunir contre un risque. Rétorquer que Notre-Dame était "inestimable" n'est pas un argument recevable. Tous les jours, des œuvres d'art tout aussi "inestimables" voyagent à travers le monde, parfaitement assurées. Et là encore, les assurances jouent parfaitement leur rôle de prévention: l'emballage, les vibrations et le taux d'humidité sont vérifiés en permanence pour les tableaux anciens, en plus d'une expertise scrupuleuse au départ et à l'arrivée.

Si l'État français n'avait pas failli dans sa mission de sauvegarde du patrimoine, il aurait assuré le chantier de réfection de la toiture de Notre-Dame. Il aurait signé un contrat d'assurance de chantier. Il se serait plié aux exigences du contrat, comme un stockage approprié des matériaux inflammables, un système de détection d'incendie digne de ce nom, une vérification du personnel et une certification des systèmes électriques des échafaudages, des rondes… Autant de choses qui auraient pu éloigner le risque d'un sinistre comme celui qui emporta la cathédrale cette semaine.

À la place, l'État français choisit de s'affranchir des règles de bonne gestion qu'il n'hésite pas à imposer au secteur privé. Des fonctionnaires - qui ne seront pas limogés - firent "des économies" de moyens et de contrôle des risques en renonçant à contracter une assurance. Ils mirent en place un ensemble de précautions de chantier qui n'étaient visiblement pas à la hauteur. Le résultat s'étale depuis plusieurs jours en une de tous les journaux du monde.

Il faut l'écrire: il n'y a aucune fatalité là-dedans. La destruction de Notre-Dame est la responsabilité de l'État français. La cathédrale était le monument le plus fréquenté d'Europe avec 13 millions de visiteurs l'an dernier. Sa toiture avait survécu à plus de 700 ans d'histoire et deux Guerres Mondiales. Il aura suffi de quelques années de social-démocratie française pour que tout parte en fumée.

Faillite du Vivre-ensemble

L'incendie de Notre-Dame est-il volontaire? Dans les médias, la question est taboue. Aucun article francophone sur le drame ne mentionne des mots comme "islam", "attentat" ou "terrorisme". Dès les premières minutes (!) de l'incendie la police présentait l'événement comme un "incendie accidentel". Établir les conclusions de l'enquête avant même qu'elle ne débute, voilà un bon moyen de gagner du temps.

D'une certaine façon, le porte-parole qui lança cet énorme bobard n'avait pas tort: l'incendie de Notre-Dame sera accidentel. Pour la simple et bonne raison que l'enquête lancée sur le sinistre, la vraie, a déjà limité son champ d'investigation aux "causes accidentelles", et nulle autre.

Les Internautes furent nombreux à mentionner l'incongruité d'un visiteur dans les tours le soir du sinistre - un ouvrier, explique-t-on. Le départ et la rapidité du feu suscitèrent l'incrédulité jusque chez l'ancien architecte en charge de l'édifice - en direct sur le plateau de France 2. De lourdes poutres de bois de chêne massif qui s'embrasent comme des allumettes? Le doute s'immisce malgré le bétonnage de la vérité officielle…

"On n’est pas responsable politique quand on se complaît dans le complotisme", rétorqua, avec la subtilité qui le caractérise, le nervis Christophe Castaner, dont on raconte qu'il serait ministre de l'Intérieur. En revanche, l'incompétence et l'hypocrisie se conjuguent parfaitement avec la charge politique. Car si on ne sait pas quelles sont les causes du sinistre de Notre-Dame, ce n'est que le brasier qui cache l'incendie de forêt. 875 églises ont été vandalisées en France, rien que l'an dernier.

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La carte 2018 des attaques christianophobes (attaques d'églises et attaques dans des églises)

Les médias ne parlent du sujet que du bout des lèvres. Une tache aveugle tellement béante face à l'ampleur des faits qu'elle attire l'attention de médias étrangers, quelques jours avant l'incendie de Notre-Dame...

La célèbre cathédrale n'est pourtant même pas la seule église de Paris à brûler cette année. La deuxième plus grande église de Paris, l'église Saint-Sulpice, a fait l'objet d'un incendie volontaire le 17 mars, il y a tout juste un mois. En aviez-vous entendu parler?

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Incendie criminel à Paris - mais à l’église Saint-Sulpice plutôt que Notre-Dame. Tout va bien.

Quant à Notre-Dame, le hasard est taquin: la cathédrale est en feu la semaine même le la condamnation d'une certaine Inès Madani… Pour avoir tenté de faire sauter Notre-Dame avec des bonbonnes de gaz en 2016.

Oui, les églises de France sont sous pression. Et la destruction de Notre-Dame fait des heureux - je vous laisse deviner qui. Des gens qui laissent éclater leur joie dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Faillite des élites

Notre-Dame a brûlé. Vous savez, l'œuvre d'art. Le monument historique. Les réactions de certains hauts responsables démocrates américains ont un point en commun:

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...Vous n'y trouverez ni le mot "église", ni le mot "catholique". Un problème de saisie au niveau du clavier, sans doute.

Notre-Dame était certes un joyau architectural de l'art gothique, une mémoire du passé, un symbole de Paris, une attraction touristique majeure, tout ce que vous voudrez, mais c'était aussi, et surtout, une église. Une véritable église, ouverte au public, à la prière et au culte. Pas une ex-église, une église reconvertie en musée ou quoi que ce soit d'autre. Une église catholique.

Et ça, il leur est impossible de l'écrire!

Le virus mental qui affecte la gauche américaine a traversé l'Atlantique depuis longtemps. La nouvelle polémique qui enfle désormais en France concerne la reconstruction de Notre-Dame. Rien n'oblige à reconstruire la toiture à l'identique, rappellent avec empressement les serviteurs de la France de Macron. État entendu que la réalité d'une "éventuelle contrainte" ne peut aller se chercher que dans l'examen de traités internationaux ; le peuple français n'a pas, et ne doit jamais, avoir son mot à dire!

Alors qu'Emmanuel Macron lance un programme "ambitieux" de reconstruction en cinq ans (rappelons que Notre-Dame fut construite entièrement en 60 ans, avec la technologie disponible au XIIIe siècle…) quelques personnes en viennent à se poser la question: si le but est de reconstruire ce qui a été détruit par le feu, pourquoi l'Elysée souhaite-t-il lancer un concours ouvert "aux plus grands architectes internationaux"? Mais s'inquiéter de cela, c'est probablement être "d'extrême-droite"…

Sur France-Info, un architecte interviewé se lâche: bien sûr qu'il faut profiter de l'occasion pour faire quelque chose de différent! Et utiliser les matériaux modernes d'aujourd'hui, l'acier, le béton! Tant pis si ça choque! Les générations futures pardonneront volontiers, comme elles pardonnent aujourd'hui des merveilles architecturales parisiennes comme le Palais Beaubourg, la Tour Montparnasse, les Colonnes de Buren ou l'Opéra Bastille…

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Notre-Dame 2.0 va avoir de l'allure.

Par une inconséquence coupable, la toiture de Notre-Dame a été détruite sous l'égide du Président Macron. Tout porte à croire que l'homme-enfant parvenu, désespéré de laisser une trace dans l'histoire, trouvera dans la réfection de la toiture de la cathédrale le moyen d'en faire le symbole de son passage au pouvoir.

Avec une inauguration prévue en 2024, nous saurons assez vite ce qu'il en est. En attendant, beaucoup d'autres églises brûleront en France d'ici la fin de l'année et lors des suivantes, dans des incendies forcément accidentels et le plus grand silence médiatique.

07 avril 2019

Les petits papiers du Qatar

Le grand public connaît le Qatar surtout pour son rachat du club de football Paris-Saint-Germain en 2011, par le biais du fonds souverain Qatar Investment Authority. Mais ce n'est de loin pas la seule façon dont l'émirat s'immisce dans les affaires occidentales à travers des agissements sont autrement plus sinistres.

quatar_papers.jpgL'explication est dans Qatar Papers, le dernier livre de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Les deux journalistes (le premier travaille sur France Inter, le second au Figaro) se connaissent bien depuis qu'ils furent capturés et pris en otage en 2004 par l'Armée islamique en Irak. Ils en restèrent prisonnier pendant plus de quatre mois, largement de quoi tisser quelques liens et perdre une certaine naïveté.

Depuis cet épisode, les deux auteurs ont publié différents livres sur le Qatar comme Qatar - Les secrets du Coffre-fort (2013) ou Nos Très Chers Émirs (2016). Les Qatar Papers suivent mais ont le mérite de reposer sur des documents incontestables. Citant le quatrième de couverture de leur dernier ouvrage:

Les "Qatar Papers" révèlent la cartographie du prosélytisme en France et en Europe mené par Qatar Charity, la plus puissante ONG de l'émirat. Ces documents confidentiels, divulgués pour la première fois, détaillent la plupart des 140 projets de financement de mosquées, écoles et centres islamiques, au profit d'associations liées à la mouvance des Frères musulmans. Ils dévoilent le salaire payé à Tariq Ramadan, figure de l'islam politique que Doha sponsorise hors de ses frontières.
Au terme d'une enquête dans six pays européens et une douzaine de villes de l'Hexagone, les auteurs exposent la dissimulation, parfois le double langage, des associations islamiques sur leur financement étranger, ainsi que la politique de l'autruche suivie par de nombreux maires, par électoralisme ou ignorance. Ils pointent l'absurdité de la situation : avec le seul argent des fidèles comme subside, comment les mosquées en France pourraient-elles se priver des aides venues de l'étranger ?
Un voyage dans les coulisses d'une ONG richissime et opaque liée au sommet de l'État qatarien, comme le révèle son financement par plusieurs membres de la famille régnante, les al-Thani.


Les Qatar Papers reposent sur une fuite qui a permis aux journalistes de mettre la main sur la comptabilité de Qatar Charity, une ONG qatarie chargée d’aider les communautés musulmanes en Europe - c'est-à-dire, de financer la progression de l'islam, principalement par le biais des Frères Musulmans.

La manne financière du Qatar inonde les Frères Musulmans d'Europe

En France, Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères Musulmans, véritable "tête d'affiche des Frères dans l'Hexagone" avant ses mises en examen pour viols, a rapatrié du Qatar des "fonds personnels" pour un montant de 590'000 euros. Il a en outre acheté avec son épouse deux appartements à Paris, pour un montant de 670'000 euros. À ces modestes flux financiers en euros s'en ajoutent d'autres. 24Heures précise ainsi que le prosélyte musulman n'est pas en reste sur le territoire helvétique:

[Tariq Ramadan] touche 35'000 euros par mois comme «consultant» de la Qatar Foundation, une autre ONG de l’Émirat. C’est ce que montre une note de l’organisme de surveillance financière Tracfin en France. La même note précise que début 2018, au moment de son arrestation, Tariq Ramadan a reçu 19'000 euros d’organisations comme la Ligue des musulmans de Suisse, dont le siège est à Prilly.


Largement de quoi se payer quelques chambres d'hôtel de luxe pour y avoir de troubles relations avec ses "conquêtes". L'argent versé aux vedettes de l'islamisation n'est cependant qu'un filet d'eau parmi les rivières d'argent qui se déversent en Europe. Citant toujours 24Heures:

Un tableau interne de 2014 [donc une seule année!] liste 113 projets de mosquées et de centres islamiques, financés à hauteur de 71 millions d’euros par l’ONG, soit un peu moins du tiers de leur coût total. En Suisse, la Qatar Charity aurait injecté plus de 3,6 millions d’euros dans cinq projets, dont Prilly, Bienne, La Chaux-de-Fonds et Lugano.


Au cœur de cette nébuleuse, le couple formé par Mohamed et Nadia Karmous joue un rôle central. Le livre indique que leur Musée des civilisations de l’islam à La Chaux-de-Fonds - soutenu par l'extrême-gauche, bien entendu - a reçu près de 1,4 millions de francs suisses en deux ans entre 2011 et 2013. Nadia Karmous, égérie de la RTS, se fit remarquer de par sa défense résolue de Tariq Ramadan dans ses multiples affaires de viol ; on comprend mieux désormais ce qui les relie.

Son mari Mohamed occupe quant à lui de nombreuses fonctions administratives: trésorier de l'Institut européen de Sciences humaines (un nom ronflant pour un centre de formation inféodé aux Frères musulmans), président de la Ligue des musulmans de Suisse et du Wakef suisse… Des associations qui ont financé les mosquées de la Madretschstrasse à Bienne (mosquée Salah-Eddine) et de Prilly (Complexe Culturel musulman de Lausanne).

Dans cette commune de l'Ouest lausannois, le Qatar aurait contribué par le biais de la Qatar Charity à hauteur de 1,6 million de francs en 2011. Cela n'exclut pas l'apport de fonds supplémentaire délivré à travers des associations-écrans comme celles gérées par les époux Karmous, qui permettent de donner l'apparence d'une "diversification" de l'origine des dons et de cacher l'origine des fonds. Une partie de l'argent reçu par Tariq Ramadan a ainsi transité par la mosquée de Prilly.

Une législation à revoir

Contacté par la rédaction de Tamedia, Mohamed Karmous explique juste que l'influence du Qatar n'est, selon lui, pas un problème "puisque nous respectons les lois suisses".

Même ligne de défense du côté de l'ancien président de l'Union Vaudoise des Associations Musulmanes Pascal Gemperli, le converti modèle pour les médias, qui prétend que le financement des mosquées du pays est à "98%" d'origine suisse. Une affirmation d'autant plus facile à formuler qu'elle est impossible à prouver au royaume de l'argent liquide passant de main en main. Elle ne semble clairement pas cadrer avec la compatibilité des Qatar Papers. "Qui finance influence", rappelle Georges Malbrunot.

Visiblement, les lois d'ingérence étrangère en matière de prosélytisme religieux sont à revoir d'urgence. Ivan Rioufol rappelait récemment la déclaration faite en 2002, à destination du monde européen, par le théologien Youssef al-Qaradâwî, référence des Frères musulmans, réfugié au Qatar:

"Avec vos lois démocratiques nous vous coloniserons, avec nos lois coraniques, nous vous dominerons."


Qatar Charity
"a des partenariats avec la fondation Bill Gates, travaille avec le programme alimentaire des Nations unies, l'Unicef, l'Organisation mondiale de la santé..." explique M. Gemperli. Effectivement, mais ces partenariats ne démontrent rien d'autre que le niveau d'infiltration atteint. Les Frères Musulmans bénéficient d'une bienveillance douteuse en Europe de l'Ouest mais d'autres pays sont plus clairvoyants, comme la Russie qui a classé l'organisation comme terroriste depuis 2003. Pour Moscou, cette définition correspond à trois critères:

  • Des activités visant à changer l'ordre constitutionnel russe à travers la violence, ce qui inclut des méthodes terroristes ;
  • Des liens avec des groupes armés illégaux et d'autres organisations extrémistes opérant dans le Caucase ;
  • Des associations ou des liens avec des organisations considérées comme terroristes par la Communauté internationale.

Il serait plus que temps que les esprits des politiques européens commencent enfin à se réveiller - du moins, ceux des élus qui ne sont pas déjà vendus aux Qataris.