27 septembre 2018

Brett Kavanaugh, prédateur sexuel: plus c'est gros plus ça passe

Pour écarter un candidat gênant, les accusations d'agression sexuelles sont terriblement efficaces - parce qu'il n'y a même pas besoin de prouver quoi que ce soit.

Roy Moore

Fin 2017, le candidat républicain Roy Moore put s'en rendre compte lors de sa campagne en Alabama: dans la dernière ligne droite, un mois avant l'élection, jusqu'à neuf femmes lancèrent des accusations sur sa conduite supposée des décennies plus tôt - de 1970 à 1991. Lisons ce qu'en dit la RTS:

La femme, alors âgée de 28 ans, était venue le voir pour une affaire de garde d'enfant. En la raccompagnant à la porte, il lui a mis une main aux fesses. "Il ne les a pas pincées. Il les a attrapées", a-t-elle raconté.

Son témoignage s'ajoute à ceux de plusieurs femmes ayant côtoyé Roy Moore à partir de la fin des années 1970 dans l'Alabama, et qui ont rapporté des faits allant de baisers à des agressions sexuelles et attouchements, pour deux d'entre elles, la plus jeune étant alors âgée de 14 ans.


Roy Moore, s'estimant victime d'une cabale, refusa de se retirer de l'élection. Mais le doute s'empara d'une partie des électeurs, un nombre suffisant pour faire pencher la balance. Le candidat fut battu, sur le fil, par son adversaire démocrate. Après cet épisode, ces affaires disparurent de la vie publique, mais ne donnèrent lieu à aucune condamnation.

Roy Moore pourrait avoir été trente ans plus tôt un prédateur sexuel. Il pourrait aussi avoir été injustement traîné dans la boue à travers une machination montée par des adversaires politiques ne reculant devant aucune ignominie. Et dans ce dernier cas, le modus operandi serait tout trouvé: des "révélations spontanées" lâchées avec un timing impeccable, un mois avant l'échéance.

Christine Blasey Ford

Que Roy Moore soit républicain, que les faits qui lui soient reprochés remontent au minimum à plusieurs décennies, que les accusatrices aient des liens avec les Démocrates et n'aient amené avec elles aucune preuve n'est certainement qu'une coïncidence avec le cas qui nous préoccupe.

Toujours est-il qu'en septembre 2018, un mois avant l'élection pour sa nomination à la Cour Suprême, Brett Kavanaugh fut lui aussi la cible de "révélations" quant à son passé. Le calendrier étant serré, la dénonciation anonyme fut rapidement dévoilée comme celle de Christine Blasey Ford, accusant le juriste de 53 ans de l'avoir pelotée lorsque les deux étaient encore lycéens et mineurs.

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Christine Blasey Ford et Brett Kavanaugh, image illustrant les articles de nombreux médias francophones. La juxtaposition du portrait posé d'une jeune femme souriante d'une vingtaine d'années et de la photo peu flatteuse d'un homme dans la cinquantaine et les yeux dans le vague est délibérée. Elle renforce l'identification du public avec la supposée victime et sous-entend une perversion liée à l'âge - alors que les protagonistes étaient tous deux mineurs au moment des faits allégués.

Les médias se jetèrent avec appétit sur l'affaire, susceptible de faire dérailler la nomination du juge juste avant les élections de mi-mandat prévues pour début octobre. Sans doute trop empressé d'informer le grand public, ils omirent ou passèrent comme chat sur braise sur un certain nombre de faits:

  • Trente-cinq ans plus tard, Christine Blasey Ford ne se rappelle pas le lieu de la "fête" où les attouchements eurent lieu. Elle ne se rappelle pas la date des événements. L'individu qu'elle cita comme témoin de la scène démentit catégoriquement ses propos, ainsi que la présence de M. Kavanaugh. Elle affirma qu'elle était alcoolisée au moment des faits. La seule chose dont elle semble se rappeler absolument est l'identité de son agresseur.
  • Christine Blasey Ford est une donatrice du Parti Démocrate et engagée à gauche.
  • Christine Blasey Ford enseigne la psychologie des Affaires sociales à l'université de Palo Alto. Mal notée par ses élèves, elle dispose néanmoins de toutes les compétences professionnelles pour s'adonner à une stratégie de manipulation.
  • Et elle s’est entourée de trois avocats travaillant depuis des mois à empêcher la nomination de Kavanaugh par tous les moyens, et selon toute apparence payés par George Soros.
  • Christine Blasey Ford prétend avoir entamé une "thérapie de couple" en 2012 pour se remettre de cette agression. Malheureusement, aucune preuve remontant à cette période ne permet d'étayer cette affirmation.
  • Christine Blasey Ford écrivit une lettre en juillet parlant d'une agression subie par elle trente-six ans plus tôt. Cette lettre fut envoyée à deux élues démocrates, dont la sénatrice de Californie Dianne Feinstein. Pendant un mois, Dianne Feinstein ne dit rien de cette accusation pendant l'examen de la candidature de Brett Kavanaugh. Elle n'en dit pas davantage lors d'un entretien d'une heure seule à seul avec Brett Kavanaugh. L'idée qu'elle ait gardé cette accusation dans la manche pour des questions de calendrier est évidemment pure spéculation.
  • Christine Blasey Ford prétend que depuis que son nom a été révélé elle "vit un enfer" et que des menaces de mort ont été proférées contre elles. Cependant, il n'existe aucune trace de ces menaces, et personne ne semble avoir été inquiété pour les avoir proférées.
  • Christine Blasey Ford ne porta pas plainte, ne se fit pas examiner par un médecin, ne relata pas cet événement dans un journal intime, ne le raconta ni à ses parents ni à aucun proche ou ami capable de corroborer cet épisode aujourd'hui.

On pourrait encore continuer longtemps sur l'histoire de Mme Blasey Ford et son exploitation par les Démocrates dans la nomination de M. Kavanaugh. Pour "témoigner" devant une commission du Sénat, la femme fit état d'une liste de demandes relatées par Guy Millière:

Christine Blasey Ford a demandé à ne pas aller à Washington : les gens du Sénat ont proposé de venir chez elle en Californie, ou dans un bâtiment officiel californien proche. Elle a dit ensuite que, finalement, elle viendrait à Washington. Mais trois fois de suite, la date ne lui a pas convenu. Puis après avoir accepté une date, elle a dit qu’elle ne pouvait venir en avion ou en train car elle ne supportait plus les espaces fermés depuis “l’agression” il y a trente-six ans. Elle s’est rendue à Hawaii récemment, et ne semble s’y être rendue ni en bateau ni en planche à voile. Elle a décidé de venir en voiture, mais a demandé à disposer d’une voiture plus confortable que la sienne, et a dû prendre le temps de la choisir. Elle a dû ensuite choisir la robe adéquate pour aller à Washington, et cela a pris du temps supplémentaire.


Elle formula également l'exigence de ne jamais se retrouver dans la même pièce que son prétendu agresseur, de parler en dernier, de connaître à l'avance les questions qui lui seraient posées, de ne témoigner qu'à l'issue d'une "enquête approfondie du FBI" - requête qui lui fut refusée...

Depuis, les "révélations" se succèdent - avec notamment deux nouvelles accusatrices et même une troisième pour l'instant, chacune venant avec des descriptions plus glauques les unes que les autres, laissant planer le doute sur l'absence de témoins, de plaintes, de preuves matérielles, évoquant à chaque fois des fêtes très alcoolisées mais pointant le candidat avec une certitude absolue. Les dénégations de M. Kavanaugh affirmant qu'il ne perdit sa virginité que vers vingt-cinq ans ne semblent guère entrer en ligne de compte, pas plus que le témoignage de 35 femmes avec qui il avait travaillé ou eu une relation, qui affirmèrent qu'il s'était toujours comporté en parfait gentleman.

Brett Kavanaugh, 53 ans, a été au service d'une carrière impeccable dans la magistrature. Il a été conseiller juridique de l'ancien président républicain George W. Bush. À chacune de ses six promotions, sa carrière d'adulte a été passée au peigne fin par le FBI, sans que rien ne soit découvert. Quant à Roy Moore, il avait lui aussi gravi les échelons jusqu'à être juge constitutionnel dans la Cour Suprême de l'Alabama, et soumis à pareilles vérifications.

L'avocat du diable?

Ne soyons pas aveuglés par les manœuvres dilatoires des Démocrates américains pour retarder l'élection d'un juge à la Cour Suprême. Il existe une possibilité non nulle que M. Kavanaugh soit effectivement un prédateur sexuel, ou l'ait été à la fin de son adolescence trente-cinq ans plus tôt, déclenchant une vague de dénonciations tardives.

Nous savons que cette possibilité existe parce que de nombreux exemples montrent les liens entre les positions d'influence et la perversité sexuelle - de Yannick Buttet à Harvey Weinstein ou Tariq Ramadan en passant par le plus ambitieux d'entre tous, Dominique Strauss-Kahn. Le destin tient à peu de choses: il s'en fallut de quelques minutes pour que l'avion de ce dernier ne décolle de New-York et le préserve du scandale de sa relation sexuelle imposée à une femme de chambre d'un hôtel de la Grande Pomme. Selon toute vraisemblance, il serait devenu Président de la République Française à la place de M. Hollande.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas prendre pour argent comptant les femmes accusant Roy Moore ou Brett Kavanaugh? Il n'y a pas de fumée sans feu, n'est-ce pas? Mais le feu de qui, en l'occurrence?

Il y a des différences fondamentales entre les uns et les autres. Dans un cas, les accusatrices ont systématiquement des liens avec les adversaires politiques, dans l'autre elles viennent de tous horizons - y compris du propre camp idéologique du suspect. Mais la différence la plus nette vient de la chronologie des faits reprochés. Tant Roy Moore que Brett Kavanaugh furent mis sur la sellette pour des histoires remontant à trente ans ou plus. C'est comme si les deux pervers sexuels en puissance s'étaient soudainement calmés et assagis dans leur prime jeunesse, avant même que leurs carrières respectives ne décollent.

Il n'est pas invraisemblable que de jeunes hommes trop entreprenants se "rangent" et adoptent après des années d'excès étudiants une vie plus tranquille, mais ce schéma diverge fortement de celui du pervers sexuel qui associe le pouvoir à l'érotisme et profite de sa position pour exercer une pression de plus en plus forte sur ses collègues féminins. Dans ce cas de figure, les excès avancent avec le narcissisme et le degré atteint dans la pyramide sociale. Les exemples cités plus haut - Yannick Buttet, Harvey Weinstein, Tariq Ramadan ou Dominique Strauss-Kahn - continuèrent à imposer leurs pratiques sexuelles à des femmes non consentantes parfois quelques heures avant que le scandale n'éclate.

Corollaire de cette différence, lorsque l'affaire perce enfin les "langues se délient" et les témoignages se multiplient - de toutes époques et de tous horizons idéologiques, comme nous l'avons souligné. Aucun pervers sexuel ne se rajoute des difficultés en choisissant de ne s'en prendre qu'à des adversaires politiques. Et c'est à ce moment-là que le grand public découvre alors qu'en réalité "tout le monde savait". La perversité de certains était un secret de Polichinelle dans les milieux concernés, en particulier celui des journalistes. Rien de tel ici.

Un inquiétant virage

Nommé en 1991, le juge Clarence Thomas fut le premier à être accusé d'agression sexuelle juste au moment de sa nomination. Encore un Républicain, encore une accusatrice démocrate, encore un timing parfait. Sa réponse reste dans les mémoires. Les Démocrates comprirent alors l'intérêt d'amener plusieurs accusatrices.

Nous ne savons pas encore si Brett Kavanaugh sera élu juge de la Cour Suprême ou non, mais cette affaire laissera des traces. Dans la famille du candidat à la Cour Suprême, pour commencer. Dire que Brett Kavanaugh a été traîné dans la boue serait bien en-deçà de la réalité. L'affaire remet aussi en question la présomption d'innocence et l'exercice du droit: il n'y a plus de procès, plus de confrontation contradictoire, plus d'éléments à charge ou à décharge. Il suffit d'une volée d'accusations portant sur des faits invérifiables remontant à plus de trente ans et un individu parfaitement qualifié peut être jeté au rebut sans autre forme de procès.

Les Démocrates se sont lancés dans un pari extrêmement risqué. Quoi qu'affirment les sondages, il n'est pas certain que le citoyen américain se reconnaisse beaucoup dans les élucubrations de Mme Blasey Ford. La manœuvre pourrait ne pas réussir non plus: le vote se déroule au Congrès, entre des politiciens expérimentés, qui ne sont normalement pas aussi influençables que le quidam moyen. La volonté des Démocrates de jouer la montre est par trop évidente.

Que les Démocrates réussissent ou non, la carrière de Brett Kavanaugh sera définitivement entachée, et à travers lui la réputation de la Cour Suprême et la confiance du peuple américain dans ses institutions. Gageons que toutes les prochaines nominations républicaines verront surgir leur lot de "scandales de la onzième heure".

Et si Brett Kavanaugh l'emporte et rejoint finalement la Cour Suprême, espérons pour les Démocrates qu'il soit aussi bon juge qu'il doive l'être, parce qu'il est peu probable qu'il oublie la façon dont il aura été traité lors de sa nomination.

23 septembre 2018

Pourquoi la gauche déteste la Constitution

Quel point commun entre le processus de nomination d'un nouveau juge à la Cour Suprême américaine, l'adoption par la Suisse d'un "accord-cadre" avec l'Union Européenne, ou les inquiétudes des "élites" du même pays face à l'initiative sur les juges étrangers prévue le 25 novembre?

Il tient en un seul mot: la Constitution.

Dessine-moi une Constitution

D'après Wikipédia, une Constitution est "une loi fondamentale ou un ensemble de principes qui fixe l'organisation et le fonctionnement d'un organisme, généralement d'un État". Voilà qui n'éclaire pas beaucoup. Plus loin, l'article rentre dans des considérations plus techniques en tentant une définition formelle:

La Constitution est un acte juridique, le plus souvent concrétisé par un ou plusieurs documents écrits nouveaux. Cet acte se situe au sommet de son ordre juridique : tout autre acte juridique doit être conforme à ses prescriptions. Ainsi, selon la théorie de la hiérarchie des normes, la Constitution se trouve être la loi fondamentale qui légitime toutes les normes inférieures.

Cette théorie est complétée par le principe de constitutionnalité, qui indique que la Constitution est le principe suprême du droit d'un État et que son respect, obligatoire et nécessaire, est assuré par une cour constitutionnelle, que ce soit un Conseil constitutionnel (comme en France) ou une Cour suprême (comme aux États-Unis).

Cette place au sommet de la hiérarchie des normes résulte du fait que la Constitution est créée par le pouvoir constituant originaire, et révisée par le pouvoir constituant dérivé ou institué. C'est donc un acte juridique imposé par le pouvoir constituant à tous les organes de l'État et à la société. Elle relève donc d'une logique verticale du pouvoir, comme les lois ou les règlements.


De par sa nature et sa légitimité, la Constitution est le sommet de la hiérarchie des lois d'un pays. Rien ne saurait lui être supérieur - dans un État de droit tout du moins.

Efface-moi une Constitution

constitution,socialismeComprendre cette notion permet de comprendre l'absurdité dans laquelle la Suisse s'est fourvoyée depuis 2012 et la décision stupéfiante du Tribunal fédéral décrétant que le droit international primait sur la Constitution! Lisons ce qu'en dit Roger Koppel:

Il y a six ans, le Tribunal fédéral à Lausanne enterrait la Suisse ou, pour être précis, la démocratie directe. Les juges ont en effet décidé que le prétendu droit international primait sur la Constitution fédérale, sur les décisions du peuple, sur le souverain de droit. Le peuple et les États dépouillés de leur pouvoir d’un seul trait.

Y a-t-il eu une levée de boucliers à Berne? Les soi-disant représentants du peuple, qui ont prêté allégeance à la Constitution et aux droits populaires, sont-ils montés aux barricades? Ils ont au contraire approuvé la position venant de Lausanne et ont commencé eux-mêmes à piétiner la démocratie directe. (...)

Ce ne sont pas là des théories délirantes. Ce ne sont nullement des exagérations. Hélas ! J’ai pu le constater par moi-même au Palais fédéral lors de la non-application de l’initiative sur l’immigration de masse qui avait été acceptée par le peuple et les cantons: les politiciens dénaturent froidement les décisions du peuple.


L'UDC se retrouva donc dans la situation ubuesque de devoir lancer une initiative pour remettre la Constitution au sommet de la hiérarchie des normes en Suisse... Autrement dit, depuis 2012, la Suisse n'est plus un État de droit. Cela ne pose de problème à personne et surtout pas à ceux qui sont aux commandes!

La situation helvétique est sans équivalent sur le plan international. Il n'existe aucun pays dans le monde où les traités signés aient une valeur supérieure à sa Constitution. Les discussions, quand il y en a, tournent autour de la hiérarchie entre les traités et les lois, qui découlent de la Constitution, et non la Constitution elle-même. La façon de résoudre ces conflits revient soit à réécrire les lois, soit à dénoncer ou à renégocier les traités posant problème.

Dans ces circonstances, on comprend mieux l'empressement du Conseil Fédéral à vouloir signer avec l'Union Européenne un "accord-cadre", validé par le peuple, qui soumettrait pour de bon et de façon officielle la Constitution helvétique à l'ensemble toujours croissant des traités européens - et à leur jurisprudence tentaculaire. Cette approche permettrait d'écarter définitivement toute influence de la démocratie directe sur la conduite des affaires. Les référendums et les initiatives ne pourraient plus affecter que le peu de sujets que ne couvre pas encore la législation européenne.

Le plus amusant, si l'on ose dire, c'est que l'accord-cadre avec l'UE mettra la Suisse dans une situation de subordination pire que celle de n'importe quel pays membre de l'Union. Ne comptez pas trop sur les médias helvétiques pour vous révéler ce petit détail!

"We the people" vs. "Us the government"

Le long article de Wikipédia sur la Constitution n'explique pas à quoi sert une Constitution. Ce rôle était pourtant bien compris des Pères Fondateurs des États-Unis d'Amérique et tient en une phrase:

La Constitution définit explicitement les tâches, et donc les limites, de l'État.


En d'autres termes, la Constitution écrit noir sur blanc quels sont les tâches de l'État et surtout, donc, quelles tâches ne le concernent pas.

Ses auteurs souhaitant éviter la dérive vers la dictature, la Constitution américaine a été rédigée en termes simples et compréhensibles par le commun des mortels. Elle définit de la façon la plus claire possible les choses dont l'État fédéral américain ne peut pas s'occuper, notamment en décrivant une liste de droits "inaliénables" des citoyens américains à travers le fameux Bill of Rights.

La Constitution américaine est parfaitement amendable. Même le Bill of Rights pourrait être remis en question à travers des majorités politiques suffisantes. Ceux qui souhaitent abolir certaines de ses dispositions "problématiques" à leurs yeux, comme le droit de porter des armes ou la liberté d'expression, n'ont jamais obtenu de telles majorités.

Faute d'avoir le succès politique suffisant, la gauche américaine, puisqu'il faut l'appeler par son nom, a progressivement noyauté l'institution chargée d'interpréter le respect des lois votées vis-à-vis de la Constitution, c'est-à-dire la Cour Suprême. Un nombre grandissant de juges de la Cour Suprême, nommés par des Présidents démocrates et des Chambres complices, ont donc milité pour une interprétation de plus en plus souple de la Constitution.

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Prenez l'Obamacare par exemple. La Constitution écrit noir sur blanc que le gouvernement américain ne doit pas faire de la vente forcée (de contrats d'assurance-maladie par exemple) et ne mentionne nulle part qu'il doive s'occuper de l'assurance-santé des gens. Peu importe! On présentera l'Obamacare comme une sorte de "taxe sélective" qui frappe ceux qui refusent de courber l'échine, et le tour est joué.

Là encore, on comprend mieux l'hystérie de la gauche américaine qui fait feu de tout bois pour empêcher la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour Suprême. La division n'est pas entre "gauche" et "droite" ou entre "conservateurs" et "progressistes" comme le prétendent les médias, mais entre "constitutionnalistes" et "non-constitutionnalistes" tout court - ceux qui veulent que la Constitution garde un sens et ceux qui ne voient en elle qu'un vieux bout de papier sans valeur.

Avec une majorité de gauche confortablement installée à la Cour Suprême, celle-ci pourrait tout aussi bien être dissoute: jamais les juges de la Cour ne contrarieraient les plans d'ingénierie sociale d'un Président démocrate en lui opposant la Constitution.

Contenir le pouvoir politique

Une fois appréhendée l'essence du rôle d'une Constitution - définir les buts et les limites de l'État - l'opposition de la gauche devient tout à fait évidente.

L'objectif des socialistes, communistes, écologistes, radicaux et autres étatistes est l'omnipotence de l'État, et par extension de la caste qui le dirige. L'État doit pouvoir se mêler de tout, s'immiscer dans les moindres rouages de la société - les familles, la sexualité, la religion, la santé, l'alimentation, le bonheur subjectif de tout un chacun - et ensuite légiférer, intervenir, réglementer, surveiller et punir. La croissance infinie de l'État est à ce prix.

Selon les pays et les Constitutions, les stratégies opérées par la gauche sont différentes. Aux États-Unis d'Amérique, la réforme de la Constitution est hors d'atteinte ; la gauche se contentera alors de l'ignorer en prenant progressivement le contrôle des institutions chargées de la faire respecter.

En Suisse, la Constitution fédérale est battue en brèche par le gouvernement et les juges - aucun des deux n'ayant à rendre de compte au peuple souverain. La voie privilégiée est celle du prétendu "droit international", un droit hors-sol, diffus, changeant et expansif, dont l'interprétation à géométrie variable permet les lectures les plus abusives.

Outre un souverain pusillanime et aisément manipulé, la Suisse accuse également son âge. Nombre de ses Constitutions ont été écrites à une époque où certains droits semblaient si naturels que leur rédaction a été omise. De plus, les articles constitutionnels sont souvent rédigés (ou réécrits à la faveur d'un "toilettage") avec des termes aussi généraux que possible, ce qui permet ensuite les interprétations les plus flexibles.

Partout où elles ont encore un sens, les Constitutions sont minées, perverties et ignorées par ceux pour lesquels le pouvoir politique ne saurait souffrir d'aucune limite.

D'autres pays ont des Constitutions si piètrement rédigées, ou des castes politiques si puissantes et des contre-pouvoirs si faibles que le problème ne se pose même pas : à partir du moment où ils sont au pouvoir, les dirigeants font tout simplement ce qu'ils veulent. Il est difficile d'imaginer de tels endroits comme des paradis pour le reste de la population.

"Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins." -- Henry David Thoreau

16 septembre 2018

Bonne santé de l'économie américaine: merci Obama?

Le dernier débat économico-politique du moment: la bonne santé de l'économie américaine serait à mettre au crédit du Président sortant, Barack Obama, et non à celle de son Président actuel, Donald Trump. La polémique surgit avec un timing tout à fait judicieux alors que se profilent les élections de mi-mandat.

barack-obama-11530968525cgpqnawypv.pngPour découvrir ce dernier narrative venu d'outre-atlantique, il suffit de lire la presse francophone, laquelle reprend sans retenue les médias américains pourvu qu'ils fussent marqués à gauche. Ainsi, dans Le Devoir, on lit en toute objectivité que Barack Obama, "relativement discret depuis son départ de la Maison-Blanche", est "sorti de sa réserve (...) pour mettre les points sur les i."

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire pareil panégyrique sans s'étrangler. Notez comme le journaliste présente Barack Obama, quelqu'un qui se sent "obligé de réagir" face aux mensonges de Trump. Au nom de la Vérité, le vieux guerrier pétri de sagesse sort bien malgré lui de sa paisible retraite... Retraite dans laquelle, il faut bien le dire, l'ex-président n'est jamais rentré. Et qu'annonce le 44e président des États-Unis depuis l'Illinois?

Barack Obama a d’abord rappelé le contexte : lorsqu’il avait pris ses fonctions en 2009, l’économie américaine perdait 800 000 emplois chaque mois. C’était la crise mondiale, avec des effets inédits depuis la Seconde Guerre mondiale. Donald Trump est, lui, arrivé dans une économie assainie. « Quand j’ai quitté mes fonctions, le revenu des ménages était proche d’un record […] et les salaires augmentaient », a fait valoir Obama. « Quand j’entends combien l’économie se porte bien, je dis : rappelons-nous quand la reprise a commencé. Je suis heureux que cela se poursuive, mais quand on entend parler de miracle économique […], je dois leur rappeler que les chiffres relatifs à l’emploi sont assez proches de ce qu’ils étaient en 2015 et 2016. »


On enchaîne avec les prétendus "experts" qui tentent de donner vie à cette version des faits:

« Il n’y a aucun doute que le crédit est à mettre au compte d’un mélange » des deux présidences, estime Douglas Holtz-Eakin, ancien directeur du Bureau du budget du Congrès. (...)

« Les chiffres montrent clairement que l’expansion a démarré sous le président Obama […] et Trump surfe sur les tendances dont il a hérité », a, de son côté, avancé Jared Bernstein, l’ancien conseiller économique du vice-président d’Obama, Joseph Biden.


Je suis le premier à admettre que Barack Obama accéda à la présidence dans une économie en crise, et dont il ne portait personnellement aucune responsabilité. Son idéologie, en revanche, était largement partie prenante dans le désastre, notamment à cause de l'octroi forcé de crédits immobiliers, pour des raisons raciales ou politiques, à des personnes manifestement insolvables. Et tout cela remonte à dix ans aujourd'hui.

Comme d'habitude, le New York Times est le fer de lance de la réécriture historique du moment, écrivant que "la reprise économique commencée sous Obama est maintenant présentée comme celle de Trump". L'article commence par admettre que sur pratiquement chaque critère mesurable l'économie américaine se porte bien, et passe les 1'400 mots suivants à expliquer que cette embellie n'a rien à voir avec l'agenda économique de Trump.

Que le New York Times présente une opinion politiquement marquée comme une vérité est son droit le plus strict, mais cela n'a rien à voir avec de l'information. Les propres archives du journal sont disponibles et abondantes pour se rappeler, il n'y a pas si longtemps, quelles étaient les perspectives économiques alors que Barack Obama s'apprêtait à transmettre le flambeau de la présidence à son successeur démocrate Hillary Clinton - un travail de vérification dont l'Investor's Business Daily se donne la peine.

La crise des subprimes survint au début du premier des deux mandats de Barack Obama. Il disposa de huit ans pour essayer de redresser la barre. Or en 2016 l'économie était encore en stagnation. La reprise après la crise était la plus faible depuis la Grande Dépression de 1929.

En fait, le New York Times lui-même décrivit l'économie sous Obama de cette façon en 2016:

"Pendant trois trimestres de suite, le taux de croissance de l'économie a oscillé autour d'un maigre 1%. Lors du dernier trimestre 2015 et du premier trimestre 2016, l'économie a cru à un faible taux de 0,9% et 0,8% respectivement, en rythme annuel. Les premières estimations pour le deuxième trimestre de cette année, annoncées vendredi, présagent d'un décevant 1,2%."


Le taux de croissance ne fit guère mieux pendant les trois derniers trimestres de 2016. Et le 27 janvier 2017, après que le gouvernement annonce que la croissance pour l'ensemble de 2016 atteignait un piètre 1,6% - le taux le plus faible depuis 5 ans - le New York Times rendit compte que "le Président Trump visait un taux de croissance juste un peu plus élevé." Le bureau bipartisan du Congrès sur le budget prévoyait une croissance de 1,9%.

La croissance fut d'une faiblesse si persistante pendant les deux mandats d'Obama que les journalistes commencèrent à préparer le grand public en évoquant une "stagnation permanente". Ils disaient que l'Amérique entrait dans une longue période de croissance faible et stable, résultante d'une lente hausse de la population et de la productivité. En août 2016, le New York Times déclara que "la réalité sous-jacente de la croissance faible hantera quiconque remporte la Maison Blanche."

Le mois suivant, CBS News annonça "qu'avec la croissance américaine en berne pendant plusieurs années, de nombreux économistes en viennent à penser que le pays est entré dans une période prolongée où toute croissance sera plus faible qu'elle ne fut par le passé."

En d'autres termes, il n'y avait aucune prédiction d'envolée de l'économie sur le radar de quiconque lorsque Trump prit place dans le Bureau Ovale. Maintenant que l'économie dépasse les attentes de tout le monde, les critiques de Trump prétendent que les ingrédients étaient déjà dans le gâteau, et le gâteau déjà dans le four.

donald_trump_PNG29.pngC'est vrai, l'activité économique dépend de paramètres mondiaux sur lesquels même le Président des États-Unis n'a pas prise. Mais l'Amérique va plutôt mieux que le reste du monde aujourd'hui.

Un mauvais Président peut ralentir, voire définitivement oblitérer l'activité économique de son pays en empilant des lois destructrices les unes après les autres - voyez le Venezuela pour la feuille de route. Un bon Président ne peut pas créer la croissance par sa seule volonté, mais peut faire en sorte que le cadre légal, fiscal et juridique devienne favorable à la création d'entreprises et aux profits. L'activité économique croît alors, et avec elle l'emploi et les salaires ; et à terme, même les rentrées fiscales augmentent.

C'est l'éternelle division entre les socialistes qui veulent changer la façon dont on distribue les parts de gâteau, et les libéraux qui font augmenter la taille du gâteau - pour tout le monde.

Quoi qu'en disent les acrimonieux médias occidentaux, les Américains se reconnaissent bien davantage dans la seconde catégorie que la première. Ainsi, l'optimisme grandit à travers la société américaine lorsque Trump remporta l'élection face à son adversaire Hillary Clinton et ses "enthousiasmantes" perspectives de stagnation. Maintenant que Trump a mis en place de nombreuses dérégulations et que la baisse de la fiscalité est sous toit, nous devrions continuer à voir une croissance américaine solide.

Les médias travaillent sans cesse à faire rentrer leur narrative dans les esprits, mais pour l'instant ils échouent. Les sondages montrent clairement que le grand public donne crédit à Trump pour l'embellie économique que traversent les États-Unis. Ils ont raison, et les médias ont tort.

12 août 2018

Internet: la bataille de l'information fait rage

Quel point commun entre Twitter, Facebook, Reddit ou encore Google? Ces acteurs majeurs de la communication d'aujourd'hui se présentent comme des parangons de vertu et d'équilibre, mais ce n'est qu'une façade. Profondément engagés à gauche, ils pèsent de tout leur poids contre ceux qu'ils considèrent comme le camp adverse.

Google, YouTube et al.

L'implication partisane de Google dans la bataille entre les camps républicains et démocrates en faveur des seconds a fait l'objet de nombreuses études, dont celle-ci, particulièrement détaillée. Que ce soit en termes de dons des employés pour les partis politiques, de parcours de carrière allant d'une position de dirigeant dans l'entreprise à celle d'un partenaire de campagne pour un candidat ou simplement de lobbyisme auprès des élus, l'entreprise entretient un engagement idéologique profond.

En termes pratiques, Google oriente les résultats de ses recherches. Par exemple, lorsque Hillary eut un malaise lors de la matinée des cérémonies du 11 septembre 2016, amenant ses gorilles à la balancer évanouie dans son van blindé avec autant d'élégance que si elle avait été un quartier de bœuf, la nouvelle défraya la chronique puis devint virale, malgré les tentatives de YouTube de censurer toutes les vidéos en rapport. Mais Google mit en place un filtre pour "protéger" le grand public de ces interrogations. Il suffit aujourd'hui encore de taper "Hillary Clinton Health" dans la barre de recherche de votre navigateur pour voir des suggestions sur Mme Clinton - mais aucune sur sa santé, jamais. Le terme "Health" est tabou dans Google Suggest lorsqu'il est associé à Hillary Clinton. On peut se poser la question de la pertinence de ce filtre maintenant encore alors que cette histoire est derrière nous ; il est probable que personne chez Google n'ait simplement pensé à l'enlever.

Avoir une opinion politique n'est pas un problème en soi. Elle le devient si celle-ci interfère avec la neutralité prétendument assurée par la plateforme, et quand celle-ci a un quasi-monopole dans l'accès à l'information du public. Comme on s'en doute, Google a sa propre police du discours. Pour éviter d'être directement mise en cause, l'entreprise de Mountain View décharge habilement sa politique de censure à plus de 100 ONG et agences gouvernementales pour aider YouTube à déterminer les contenus "extrémistes", allant des "discours de haine" à des vidéos de recrutement terroriste. Mais qu'est-ce qu'un "discours de haine", pour commencer? Il n'en existe pas la moindre définition légale, ce qui permet de cibler n'importe qui.

médias,mensonges,internet,censureGoogle et YouTube s'engagent à ne pas communiquer le nom de leurs partenaires dans ce programme, mais cette discrétion laisse présager le pire. Nous en avons la preuve à travers certaines ONG qui choisissent tout de même de révéler leur participation, comme l'Anti-Defamation League ou No Hate Speech, des organisations très politisées qui sont bien plus concernées par l'élimination de toute expression conservatrice sur Internet que par celle des vidéos de décapitation de l'État islamique, comme de nombreux contributeurs libéraux, conservateurs ou journalistes indépendants purent en faire l'amère expérience.

L'hypocrisie de YouTube et Google va plus loin ; lorsqu'ils ne peuvent directement interdire certaines vidéos - une hésitation qu'ils éprouvent de moins en moins souvent - ils peuvent encore les cacher, en exigeant un accès restreint à YouTube en présentant leur contenu comme "pour public averti" ou en choisissant de les démonétiser, privant effectivement les producteurs de la vidéo des revenus reliés à son visionnement. À défaut d'interdire d'antenne, ils étranglent financièrement les canaux qui les dérangent.

Le but de la manœuvre est clairement de promouvoir certains contenus au détriment d'autres.

Facebook et Reddit

Facebook est un acteur majeur de la distribution d'information aujourd'hui, et la posture pro-démocrate de Facebook n'est plus à démontrer. Elle fut révélée il y a plus de deux ans dans les colonnes de The Guardian, un journal dont les vues ne sont pas vraiment de droite.

D'anciens employés de Facebook décrivirent le processus en détail:

[Des employés] de Facebook ont ​​régulièrement supprimé les articles d’intérêt intéressant les lecteurs conservateurs de la section d’information "tendances" du réseau social. (...) Ils avaient aussi pour instruction d’injecter artificiellement des articles sélectionnés dans le module de nouvelles, même s’ils n’étaient pas assez populaires pour justifier leur inclusion, ou dans certains cas, ne buzzaient pas du tout. Les anciens employés, qui travaillaient tous en tant que sous-traitants, ont également indiqué qu’ils avaient reçu l’ordre de ne pas inclure de nouvelles concernant Facebook dans le module des tendances. (...)

Les histoires couvertes par les publications conservatrices (comme Breitbart, Washington Examiner et Newsmax) qui étaient assez nombreuses pour être prises en compte par l’algorithme de Facebook étaient exclues à moins que les sites classiques comme le New York Times, la BBC ou CNN ne couvrent le même sujet. (...)

Dans d'autres cas, les employés injectaient une histoire, même si elle n'était pas largement discutée sur Facebook, car elle était jugée importante pour que le réseau ressemble à un endroit où les gens parlaient de nouvelles difficiles. "Les gens ont cessé de se soucier de la Syrie", déclara un ancien employé. "[Et] si cette tendance se traduisait sur Facebook, Facebook aurait mauvaise allure." Ce même opérateur déclara que le mouvement Black Lives Matter avait également été injecté dans le module d'actualités de Facebook. "Facebook a subi beaucoup de pression à cause d'une absence de sujet tendance sur Black Lives Matter", déclara l'individu. "Ils ont réalisé que c’était un problème, et ils l’ont renforcé dans l'algorithme. Ils lui ont donné la priorité sur d'autres sujets. Lorsque nous l’avons injecté, tout le monde a commencé à dire: «Maintenant, je le vois comme numéro un»". Cet exemple d'injection est particulièrement remarquable parce que le mouvement #BlackLivesMatter est né sur Facebook, présence puissante des médias sociaux.


Cette manipulation des tendances n'est pas propre à Facebook. Reddit (phonétiquement "Read it", "je l'ai lu") est un site web communautaire de partage de liens permettant aux utilisateurs de soumettre leurs contributions et de voter pour celles proposées par autrui. Ainsi, les liens les plus populaires se retrouvent propulsés en page d’accueil. Le site se situe en quatrième position des sites américains les plus fréquentés, car on peut parler de tout sur Reddit. Quel que soit le sujet, il y a forcément d'autres passionnés avec le même centre d'intérêt. Ceux-ci se regroupent sur des "canaux" dévolus à un thème précis - comme la politique.

reddit_censor.jpgCertaines des manipulations de Reddit sont le fait de ses utilisateurs. Par exemple, le fameux canal /r/politics, prétendument non-partisan, a été de longue date colonisé par la gauche américaine qui y détient désormais les influentes positions de modération. Rien de plus facile donc que de filtrer tout contenu gênant (une nouvelle favorable à l'Administration Trump, par exemple.) Pour éviter de donner l'apparence d'une modération partisane, la manœuvre est en deux temps. D'abord, un complice se contente de poster un lien vers un article positif pour Trump ("Sprint va rapatrier 5'000 emplois aux États-Unis, annonce Trump") en lui associant volontairement un commentaire violemment hostile et contraire à la charte du canal ("Prenez ça sales crétins gauchistes!"), ce qui permet à la modération d'effacer le tout. Ainsi, l'article disparaît instantanément. Et si un utilisateur bien intentionné tente plus tard de soumettre la même nouvelle, il recevra un message d'erreur lui disant que ce lien a déjà été proposé à la communauté.

Mais les manœuvres partisanes s'étendent jusque dans l'administration du site, comme les utilisateurs de Reddit purent s'en rendre compte lors de la campagne présidentielle américaine de 2016 opposant Hillary Clinton à Donald Trump. Chacun avait son propre canal - r/HillaryClinton pour la première et r/The_Donald pour le second. Il devint vite assez évident au vu des chiffres de fréquentation que le candidat républicain était bien plus populaire que celui de son adversaire démocrate.

Reddit modifia alors le canal standard /r/popular , une sorte de méta-catégorie listant les contenus les plus populaires, pour filtrer les contenus "présents un peu trop souvent" selon les administrateurs du site. Après quelques temps il fut possible d'établir des statistiques sur l'origine des contenus les plus souvent écartés:

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(cliquez pour agrandir)

On notera qu'il ne s'agit pas simplement de filtrer tout contenu politique de cette rubrique: ni r/HillaryClinton ni r/politics n'apparaissent dans ce top 25. Écrivons-le clairement: Reddit installa un filtre pour écarter toute information venue de r/The_Donald, qu'il s'agisse de nouvelles positives pour Trump ou de révélation de scandales concernant l'opposition à sa présidence. Reddit modifia également son algorithme d'affichage afin de "pondérer" les votes - autrement dit, diminuer arbitrairement l'influence du canal pro-Trump.

Bien entendu, les responsables du site s'abritèrent derrière la ritournelle habituelle de la "préservation de la diversité". Cependant, toute tentative de présenter les choses sous l'angle de la neutralité vola en éclat lorsqu'en 2016 le PDG de Reddit Steve Huffman admit publiquement avoir effacé, voire modifié lui-même des contributions d'utilisateurs pro-Trump qui s'en prenaient à lui dans une discussion sur le site parce que ceux-ci "l'énervaient".

Dans un monde où les lois criminalisent de plus en plus le discours, qui réalise les conséquences provoquées par un individu capable de modifier sournoisement vos propres textes publiés en ligne, sans laisser la moindre trace?

Twitter et le Shadow banning

La neutralité apparente de Twitter est d'autant plus facile à défendre que Donald Trump est un des plus populaires utilisateurs de la plateforme ; mais comme le proverbial arbre qui cache la forêt, la frénésie de micro-messages du Président cache une campagne d'épuration idéologique de grande ampleur. Même le compte de Donald Trump n'est pas à l'abri de la censure de Twitter. Avant qu'il ne devienne président, de nombreuses discussions eurent lieu à l'interne pour déterminer s'il avait "franchi les limites" (une expression de novlangue destinée à exprimer la patience des censeurs vis-à-vis les cibles dont ils tolèrent péniblement l'existence). Ces débats continuèrent même une fois qu'il emménagea dans la Maison Blanche, et chacun se souvient avec quelle facilité Bahtiyar Duysak, un ex-employé de l'entreprise, ferma le compte du président le 2 novembre 2017 pendant une dizaine de minutes. Twitter annonça qu'il s'agissait d'une bévue, mais le public put tout de même découvrir la vulnérabilité des comptes. De nombreux employés de l'entreprise pouvaient fermer d'un simple clic le compte de n'importe quel utilisateur. Et ils ne s'en privent pas.

médias,mensonges,internet,censureSi la vitrine Trump peut continuer à sévir sur Twitter, celle-ci est soigneusement encadrée. On peut ainsi noter que l'algorithme de Twitter "pousse" systématiquement les réactions anti-Trump au sommet des réponses lors de chacun de ses tweets. Le nombre de "likes" et de "reposts" de ces questions, comparés aux statistiques similaires des rares réactions pro-Trump qu'on peut trouver dans le fil de réponse montre clairement qu'une "pondération" est à l’œuvre, pour rester poli.

D'autres contributeurs de Twitter ont moins de chance que le Président américain. C'est le cas de Scott Adams. Le créateur de Dilbert, devenu supporter de Trump à la suite d'une longue analyse de l'échiquier politique, découvrit comment Twitter archivait artificiellement ses messages afin de les rendre plus difficiles à lire, avant de subir un "shadow ban" en 2016 également. Son crime? Avoir demandé à son public de lui envoyer des vidéos d'agression de partisans de Donald Trump perpétrées par des partisans d'Hillary Clinton... Alors qu'il ne fait nul doute que si des supporters de Trump avaient été filmés en train de s'en prendre à des Démocrates, l'information aurait fait la Une de tous les médias.

Le Shadow Banning est une technique de modération plutôt ignoble mais très utilisée par Twitter, Reddit, et d'autres. L'utilisateur qui en est victime utilise toujours la plateforme comme si de rien n'était - il peut poster des contributions, commenter celles d'autrui, et voit ce qu'il publie - mais en fait il est le seul à les voir. Elles sont cachées aux autres utilisateurs, qui ne peuvent ni les lire ni les commenter. Pour des profils comme celui de Scott Adams, la mise à zéro de popularité du jour au lendemain est suffisamment notable pour que l'auteur se doute de quelque chose, mais des dizaines de milliers d'anonymes n'ont pas cette chance. Ils postent sur des réseaux sociaux qui sont pour eux aussi fermés et déserts que des chambres fortes, simplement parce qu'ils n'ont pas les "opinions convenables". Ils se retrouvent à parler dans le vide sans même le savoir - une sentence encore plus vile que de leur notifier officiellement une fermeture de leur compte.

Souriez, vous êtes censurés

"J'ai remarqué un phénomène général sur Internet. Tout forum où règne la liberté d'expression et pas ou peu de modération devient de droite. Les idées de gauche ne peuvent subsister sans censure ni modération." -- anonyme


Le Shadow Banning, le filtrage des opinions et la pondération des nouvelles suffisent un moment, mais un moment seulement. Devant la résistance de l'opinion publique face à ceux qui ont pour mission de la modeler, les majors d'Internet sont récemment passés à la vitesse supérieure. On assiste depuis quelques jours à une vague sans précédent de fermeture de comptes, de suppression de pages et de groupes Facebook, d'élimination de canaux YouTube et ainsi de suite - et la nouveauté est que la chasse aux sorcières semble désormais coordonnée, comme Alex Jones d'Infowars.com peut en témoigner. Alors qu'il maintient son site en ligne depuis près de vingt ans, vit en quelques jours ses comptes YouTube, Apple, Facebook et Twitter disparaître, une information qui fut relayée même sur des médias francophones.

Les imbéciles justifieront la mise au pilori en disant qu'Infowars.com est un site "controversé". Il est incontestable que l'approche de l'information du site fait la part belle au sensationnalisme, mais cela ne justifie en rien une censure - censure qu'aucun major ne songerait à appliquer à un site de propagande d'extrême-gauche comme Mother Jones, coutumier des mêmes dérives. Et au vu de leur track record depuis deux ans, Infowars.com est un site bien plus fiable que peuvent l'être CNN ou le New Work Times...

La vague est tellement vaste qu'elle cible tout azimut - même des individus parfaitement respectables, même des candidats républicains officiels dans le cadre de leur campagne électorale, ce qui pose de sérieuses questions sur l'information démocratique du public.

En Suisse et en Europe de l'Ouest, où les citoyens dorment paisiblement, la bataille pour la réinformation n'a même pas commencé - et au vu du degré d'apathie entretenu au sein de la population, elle ne commencera peut-être jamais. Mais aux États-Unis, elle fait rage. Il n'est d'ailleurs pas sûr que les majors la remportent ; depuis sa mise au ban, Infowars.com est en train de susciter un intérêt démesuré de la part du grand public, selon le bien connu Effet Streisand. Bien malin qui peut dire comment tout cela se terminera. Nous en aurons sans doute un aperçu lors des élections de mi-mandat aux USA, où les Démocrates font feu de tout bois pour reprendre une majorité parlementaire.

Tant que les GAFA resteront massivement engagés à gauche, la bataille restera inégale. En attendant, en matière de pluralisme des médias et de liberté d'expression, l'Occident ne se comporte pas mieux que les régimes totalitaires dont il se permet régulièrement la critique.

19 juillet 2018

Football et politique

La Coupe du Monde s'est achevée avec la victoire de la France contre la Croatie, mais dans deux pays impliqués dans la compétition, la France et la Suisse, plusieurs polémiques subsistent.

La France, deuxième étoile et gueule de bois

La victoire de 2018 n'a clairement pas le même goût que celle de 1998. Pour tous ceux qui ont pu vivre les deux événements, le constat apparaît comme une évidence. Il y a de nombreuses raisons à cela. La France partait largement favorite dans la finale, et n'en faisait même pas mystère. Le jeu mis en place par l'entraîneur Didier Deschamps sacrifiait le jeu spectaculaire sur l'autel de l'efficacité. De très nombreuses équipes favorites - Brésil, Portugal, Espagne, Allemagne - furent éliminées bien plus tôt que ce que leur réputation présageait, diminuant l'attrait des "affiches" à défaut de celui des enjeux. Mais surtout, la France ne fit que répéter un exploit déjà accompli. C'est une triste loi de l'existence, mais aucune répétition ne peut avoir la même force que l'original.

emeutes_france.pngLa communion avec le public sur les Champs-Élysées, de 4 heures en 1998, n'aura cette fois-ci duré que 12 minutes, laissant des milliers de supporters frustrés.

Le soir même de la victoire, des émeutes, des saccages et des incendies de véhicules gâchèrent la fête dans plusieurs villes de France - Paris, Lyon, Marseille - laissant près de 300 personnes en garde à vue, 45 policiers blessés, et d'innombrables déprédations. De nombreuses femmes avouèrent avoir subi des agressions sexuelles dans la rue.

Le Président Macron tenta bien une récupération politique de la bonne humeur générale, mais jusqu'ici sa tentative semble échouer:

L’épopée victorieuse de l’équipe de France de football n’a (...) pas produit d’effet sur la popularité d’Emmanuel Macron, jugé « bon président » par seulement 39 % des personnes interrogées, en baisse de deux points depuis fin juin. « La victoire de 2018 n’aura donc pas du tout eu le même effet pour la popularité d’Emmanuel Macron que la victoire de 1998 pour celle de Jacques Chirac (+7 points à BVA et à l’Ifop en un mois) », note [l’institut de sondage Odoxa].


En bien entendu, l'euphorie va aller s'amenuisant alors que la rentrée se profile. Nombre de Français réalisent que la victoire ne leur a apporté qu'une voiture réduite à l'état de carcasse et des commerces pillés. Loin de la célébration unanime attendue et espérée, la Coupe du Monde aura démontré les failles profondes entre les factions antagonistes de la société française et l'impuissance des pouvoirs publics à maintenir l'illusion du contrôle.

Le footballeur, sa technique, sa couleur de peau, son ethnie

Une autre polémique eut trait à la composition de l'Équipe de France. Beaucoup craignaient un retour de la fameuse France "black-blanc-beur" de 1998, une propagande en faveur du multiculturalisme aussi subtile qu'un rouleau-compresseur ; mais l'équipe de France de 2018 est bien plus "black-blanc", la composante "beur" étant réduite à sa plus simple expression.

Afrique-foot.png

La sélection tricolore n'a pas grand-chose à voir avec la composition ethnique du pays dont elle est théoriquement issue: "sur les 23 joueurs retenus par le sélectionneur Didier Deschamps, pas moins de 16 joueurs sont originaires d’Afrique, dont 2 du Maghreb", rappelle un quotidien... du Burkina Faso.

"Si vous [doutez de la force de la diversité], demandez à l’équipe de France de football qui vient de gagner la Coupe du monde. Tous n’ont pas l’air Gaulois à mes yeux… mais ils sont Français. Ils sont Français!" -- Barack Obama, depuis Johannesburg


La singularité que représente l'Équipe de France est donc repérée au-delà des frontières de l'Hexagone, en bien ou en mal. Les journaux africains - mais pas seulement - sont ainsi nombreux à s'en émouvoir, considérant celle-ci comme "la sixième équipe africaine" dans la compétition. Un média du Mali relève diverses réactions sur le sujet partout dans le monde:

L'ancien joueur et sélectionneur de la Croatie Igor Stimac [s’est] faussement interrogé sur Facebook : « Quelqu’un sait contre qui exactement on joue la finale ? »

« Nous affrontons la République Française et le continent africain », a-t-il renchéri dans une interview à l’agence de presse turque Anadolu. « Donc d'un côté ce sont les 11 meilleurs, les plus talentueux, parmi un milliard de personnes, et de l’autre, nous sommes quatre millions [de Croates]. »

Au lendemain de la finale, le quotidien italien Corriere della Sera a évoqué « la France pleine de champions africains mêlés à de très bons joueurs blancs, et une équipe de blancs seulement au carrefour de trois grandes écoles de football, l’allemande, la slave et l’italienne ». (...)

De son côté, le président vénézuélien Nicolas Maduro a salué une « victoire de l’Afrique ». L’héritier d’Hugo Chavez s’en est servi pour appeler à « en finir avec le racisme contre les peuples africains en Europe ».


Ces polémiques raciales sont absurdes. Il serait évidemment vain de démontrer une quelconque supériorité de l'Équipe de France à travers sa composition ethnique - non seulement parce que des pays avec des équipes nettement plus homogènes s'en sont très bien sortis, à commencer par la Croatie parvenue jusqu'en finale, mais aussi parce que tous les pays africains se sont fait très vite éliminer de la compétition. Cependant, le débat montre l'importance des questions de couleur de peau dans le monde entier.

La Suisse et son équipe de papier

Les questions de passeport font toujours des vagues de ce côté de la frontière, la sincérité du sentiment patriotique étant un sujet supplémentaire. Les Suisses eurent longtemps l'occasion de ressasser leur courte participation à la Coupe du Monde 2018. Le scandale arriva lors d'un match contre la Serbie à Kaliningrad, où des joueurs suisses originaires du Kosovo célébrèrent le but en faisant le signe de l'aigle albanais.

aigle_albanie.jpg

Disons-le tout net, dans un match avec de tels enjeux, pareil comportement de la part de joueurs professionnels expérimentés est totalement consternant.

Les médias helvétiques firent immédiatement profil bas, à l'inverse de quelques rares politiciens qui osèrent protester publiquement comme Nathalie Rickli. La Conseillère nationale UDC tweeta en toute sincérité "Je ne peux pas vraiment me réjouir. Les deux buts n'ont pas été marqués pour la Suisse, mais pour le Kosovo", déclenchant une avalanche de réactions dans les deux sens.

Cette victoire de la Suisse ne fut pas du goût de tout le monde: à Zurich, des fans serbes attaquèrent un homme de 32 ans et brulèrent un drapeau du... Kosovo. Message reçu.

Malheureusement pour des médias suisses faisant de leur mieux pour minimiser l'affaire, celle-ci remonta de façon automatique à la FIFA, toute manifestation politique à l'issue d'une célébration de but étant interdite. Granit Xhaka, Xherdan Shaqiri et le capitaine (!) Stephan Lichtsteiner risquaient jusqu'à deux matches de suspension. Ils écopèrent finalement d'une amende, payée par une communauté albanaise reconnaissante.

La polémique trouva un rebond inattendu lorsque le secrétaire de l'ASF, l'Association Suisse de Football, souhaita ouvrir le débat sur la question de la double-nationalité de beaucoup de joueurs helvétiques:

Les gestes jubilatoires de joueurs portant le maillot suisse mais exprimant leur solidarité à l'Albanie et les discussions qui ont suivi, montrent qu'il y a un problème, affirme Alex Mischer lors d'un entretien avec le Tages-Anzeiger. Doit-on demander aux joueurs binationaux de renoncer à leur autre passeport?

C'est ce que propose en tout cas l'ASF vendredi. Et si elle lance cette idée, explique son secrétaire général, c'est qu'elle veut en examiner l'écho auprès de la population. Si tout le monde juge qu'il s'agit d'une idée fumeuse, alors la question sera réglée, explique Alex Miescher. Mais afin d'apaiser les esprits, le sujet doit être abordé.


Las! Le sujet ne fut pas "abordé", même pas pour être qualifié d'idée fumeuse. À la place, le secrétaire eut droit à un lynchage médiatique en règle. Il avait enfreint un tabou.

Et peu importe qu'au milieu de sa crucifixion en place publique, l'ASF demande tout de même "comment gérer le fait que les footballeurs juniors binationaux, après avoir été financés par l'ASF, quittent l'équipe nationale suisse." Le débat sera abordé plus tard... Jamais, par exemple.

En attendant, tout le monde profite des vacances, dont Granit Xhaka, un des footballeurs responsable de la polémique, qui envoya une petite photo sur son compte Instagram:

Granit_add_fuel_to_fire.jpg

"Je perçois [l'idée] que les binationaux ne seraient pas prêts à aller au bout d'eux-mêmes pour la Suisse. Ça me touche directement moi et un certain nombre d'autres joueurs avec deux nationalités", avait-il expliqué, légèrement agacé, dans une interview à l'ATS. Paroles contredites par la publication de ce genre de photo, revenant à en jeter un jerrican d'essence sur le feu en espérant que la polémique s'éteigne...

Que devrait représenter une équipe nationale? Le reflet d'un peuple? Des types sans racines mais au bénéfice d'un passeport, bien qu'incapables de chanter l'hymne de leur pays? Des mercenaires capables d'arracher des victoires et peu importe le reste? Des patriotes sincères, et tant pis s'ils perdent leur match? Chacun aura son idée sur la question, mais il serait trop facile de défausser les opinions d'autrui d'un revers de la main.

Malgré le mépris affiché par les médias et les autorités, le débat est bel et bien ouvert.

15 juillet 2018

Trump fait le ménage à l'international

Donald Trump renverse l'échiquier politique traditionnel - et pas que dans les affaires intérieures de l'Amérique. Le Président républicain apporte aussi son franc-parler et son implacable logique dans le domaine de la diplomatie, bousculant de nombreux "consensus internationaux" où ceux-ci s'exprimaient avant tout au détriment des États-Unis.

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Prenons trois récents événements pour mieux comprendre.

G7

En juin, le G7 était pour Trump l'occasion de faire voler en éclat le protectionnisme dont se parent tous les partenaires commerciaux des États-Unis pour se protéger d'eux - ou à les prendre à leur propre piège. Car contrairement à ce que clament les journaux de façon particulièrement mensongère, Trump n'est pas un adepte du protectionnisme mais tout le contraire. En revanche, il est très à cheval sur un principe de base de toute relation saine, qu'elle soit commerciale ou autre: la réciprocité.

Ainsi, Trump proposa en ouverture du G7 la fin totale des tarifs douaniers. Stupeur chez ses partenaires! Tous taxent bien davantage les produits américains que les Américains ne taxent les produits européens - lorsqu'ils ne sont pas carrément interdits à l'aide de réglementations discriminatoires.

« Pas de tarifs douaniers, pas de barrières – c’est ainsi que cela devrait être. Et pas de subventions. C’est la solution ultime. Je ne sais pas si cela fonctionnerait ou pas, mais j’ai proposé [cette solution] », a déclaré le président Trump lors de sa conférence de presse à Québec samedi avant son départ pour Singapour.

« En d’autres termes, disons par exemple que le Canada à qui les États-Unis paient d’énormes droits de douane sur les produits laitiers par exemple – 270%, personne ne le sait -… nous ne voulons rien payer. Pourquoi devrions-nous payer ? »

« En fin de compte, a ajouté le président aux membres du G7, c’est ce que vous voulez – vous voulez une [zone] exempte de droits de douane, vous ne voulez pas de barrières et vous ne voulez pas de subventions, parce qu’il y a des cas où des pays subventionnent des industries et ce n’est pas équitable. »


Tous les médias ont menti de façon éhontée en présentant Trump comme le méchant "protectionniste" face aux gentils "libre-échangistes", alors que c'est exactement l'inverse. Les voitures américaines, par exemple, subissent une taxe à l'importation de 10% en arrivant en Europe, alors que celles importées aux USA ne souffrent que de 2,5%. Les médias sont prompts à parler d'une situation inverse pour les camions, par exemple, mais vous ne verrez jamais aucun truck américain sur les routes européennes simplement parce que des règlements sur la longueur maximale des cabines les empêchent de circuler dans nombre de pays du Vieux Continent! Les droits de douane ne sont pas tout...

Face à leur refus catégorie - "des produits américains chez nous, quelle horreur!" - Trump a pris les partenaires du G7 à leur propre jeu: introduire des taxes équivalentes à l'importation, jusqu'à ce qu'ils baissent les leurs. Les journalistes et les politiques furent nombreux à paniquer, mais ne croyez pas une minute que leur panique concerne la bonne santé de l'économie américaine ; ils s'effraient pour celle de l'Europe parce qu'ils savent bien qu'elle a beaucoup plus à perdre que les Américains dans un conflit commercial.

Nous verrons donc où conduit le jusqu'au-boutisme des leaders européens pour préserver leur protectionnisme face au libre-échange demandé par Trump, lequel refusa par ailleurs de s'avilir à la pantalonnade de lieux communs du "communiqué final" où on aurait ressorti de la naphtaline les Accords de Paris. Donald Trump ne voit aucun intérêt à préserver des apparences creuses!

Otan

La récente tournée de Donald Trump en Europe donna à nouveau l'occasion au Président américain de mettre ses hypocrites partenaires face à quelques vérités bien senties. Les chiffres sont implacables:

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Dépenses des pays membres de l'OTAN en valeur absolue et en pourcentage de leur PIB
(source Statista)

Hormis le Royaume-Uni et les États-Unis, aucun pays membre de l'alliance n'en respecte les termes, qui demandent de contribuer à sa défense nationale à hauteur de 2% du PIB. Tout d'un coup, monter artificiellement celui-ci à coup de de drogue et de prostituées ne paraît plus une très bonne idée...

Il ne fait absolument aucun doute que les pays membres profitent des dépenses militaires américaines pour "lever le pied" au profit d'autres priorités, dirons-nous, et n'avoir que des ersatz d'armée:

"Avec 32 milliards de budget, l’armée française ne peut plus faire face à sa mission de défense et de protection de la nation. A titre de comparaison, la France consacre 730 milliards à son budget social." -- Général de Villiers, Servir


Mais Trump va plus loin et met l'Allemagne face à ses contradictions: l'Allemagne rogne sur sa défense mais verse des milliards à la Russie au nom de sa dépendance énergétique au gaz naturel. Elle se place en situation de faiblesse stratégique face à un pays potentiellement hostile - et face à la dangerosité duquel l'OTAN fut créé!

Malgré les glapissements d'une presse servile hurlant au génie, Angela Merkel ne répondit rien, parce qu'il n'y avait rien à répondre. Trump avait parfaitement raison. Et il aurait encore pu étriller les fausses promesses d'énergie renouvelable et de transition énergétique chantées par les écologistes, mais eut la bonté d'âme de s'abstenir.

Au final, Trump mit en garde ses alliés de monter leurs dépenses militaires aux 2% requis pour être membres de l'Alliance, pas en 2024, maintenant. "L'Allemagne est un pays riche. Elle peut augmenter sa contribution dès demain sans problème", affirma-t-il. Il suggéra même plus tard de monter la contribution à 4% pour tout le monde.

À ce stade, nul ne sait de quels effets sera suivi ce recadrage, mais si les Européens font la sourde oreille, il serait intéressant de voir si Trump ira jusqu'à remettre en cause leur appartenance à l'OTAN. Cela les amènerait immanquablement à réviser leurs budgets militaires à la hausse, étant entendu qu'ils ne seront plus sous la protection des États-Unis. Un choix perdant-perdant donc pour ceux qui se contentaient de vivre sous la protection du "grand frère" américain sans bourse délier.

Brexit

La visite en Angleterre du Président Américain fut l'occasion d'autant de nouvelles controverses et d'autant de nouveaux mensonges. Les médias ne firent que s'étendre sur les protestations anti-Trump livrées par des gauchistes méprisant la démocratie. Le Sun se fit l'écho d'une interview dans laquelle Trump aurait démoli l'accord que préparait Theresa May avec l'Union Européenne:

Donald Trump a douché les espoirs de la Première ministre britannique Theresa May: il n’y aura pas d’accord de libre-échange avec Washington si elle maintient une relation économique étroite avec l’UE après le Brexit, un nouveau coup de canif à la «relation spéciale» avec Londres.

«S’ils font un tel accord, nous traiterions avec l’Union européenne au lieu de traiter avec le Royaume-Uni, cela tuera probablement l’accord» que Londres souhaite ardemment conclure avec Washington, a-t-il prévenu dans une interview accordée au tabloïd britannique à grand tirage The Sun.


La bonne entente entretenue entre les deux chefs de gouvernement n'en paraissait que plus hypocrite, mais malheureusement pour les médias, Trump dénonça l'interview comme des fake news, tout en rajoutant qu'il en détenait l'enregistrement. Mme May le savait et ne lui en tint pas rigueur - une attitude d'autant plus compréhensible qu'il aurait été étrange, à ce stade des négociations, d'intervenir sur le contenu d'un texte auquel l'UE n'a encore même pas répondu. Mais le Sun choisit de ne sortir que quelques fragments sélectionnés de l'interview pour faire endosser à Trump un discours qu'il n'a pas tenu, passant par exemple sous silence toutes les propos positifs qu'il put tenir sur May.

Le fait est que Trump respecte la démocratie - infiniment plus qu'un Barack Obama qui vint à Londres tancer les Anglais pour leur demander de rejeter le Brexit, s'immisçant directement dans une campagne référendaire en cours et prétendant que le Brexit mettrait le Royaume-Uni "en dernière position pour négocier des accords commerciaux."

Mais là, nul dirigeable en forme de Barack Obama pour flotter au-dessus de manifestations anglaises... Quoiqu'une manifestation pro-Trump eut aussi lieu à Londres, où le maire eut aussi droit à son ballon. Allons, il n'est pas possible que les médias n'en aient pas parlé?

Conclusion

Les contempteurs de Donald Trump auront pendant longtemps encore la dragée haute dans les médias et au sein des élites installées, intimant aux peuples de haïr le Président américain sur commande pour les aider à maintenir le statu-quo. Mais l'Amérique de Trump porte des coups de boutoir à celui-ci. Les murs de la forteresse se fissurent peu à peu, comme en témoigne l'émergence de nouveaux mouvements politiques, évidemment dénigrés comme "populistes" ou "d'extrême droite" par la presse aux ordres.

Qu'on ne s'y trompe pas: le changement de paradigme est antérieur à Trump, et le Président américain n'est qu'un nouvel avatar de ce phénomène. Mais c'est clairement aux États-Unis que la vague de cette nouvelle révolution conservatrice est la plus haute, permettant au trublion d'accéder à des sphères d'influence normalement interdites à ces gens-là.

La présence de Trump dans les plus hautes sphères du pouvoir est désastreuse pour l'oligarchie, puisqu'elle permet la confrontation des discours à un niveau jusqu'ici inégalé. Il n'est pas possible de défausser d'un revers de la main les paroles d'un Président américain en prétextant de son prétendu "extrémisme" ou de son "populisme" comme les dirigeants le feraient pour n'importe quel politicien ou même chef d'État de moindre envergure. Il faut y répondre. Mais face à Trump, que peut un ivrogne comme Jean-Claude Juncker? La langue de bois, érigée au rang d'art de l'enfumage par la classe politique, montre rapidement ses limites.

Trump sonne les cloches de la fin du diplomatiquement correct, contribuant à réveiller les peuples européens endormis.