25 février 2020

Coronavirus: le monde d'après (seconde partie)

La lutte contre le Coronavirus est une course contre la montre. Pendant que l'infection se répand selon un rythme exponentiel, les chercheurs tentent de trouver un remède.

Il y a deux grandes stratégies ; la recherche d'un vaccin (qui prévient la maladie) et la recherche d'un médicament existant (qui la soigne). La première est puissante puisqu'elle permettrait d'éradiquer complètement la maladie. Malheureusement, elle prend beaucoup de temps: on parle de plus d'un an avant d'arriver à valider un vaccin efficace, sans parler de la production de masse. La seconde ne permet pas d'éliminer la maladie mais a l'immense avantage d'être facilement mise à disposition, puisque la molécule existe déjà - il n'y a plus qu'à la produire.

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Les Chinois, à court de temps mais disposant de nombreux malades sur lesquels tester les médicaments à disposition, ont opté pour la seconde approche. Les résultats semblent probants. Selon des résultats très récents, la Chloroquine, un bête médicament employé pour lutter contre le paludisme depuis 70 ans, aurait des effets tout à fait satisfaisants sur les personnes infectées. Selon le Pr. Raoult, spécialiste renommé des maladies infectieuses, cité dans Les Échos:

"Nous savions déjà que la chloroquine était efficace in vitro contre ce nouveau coronavirus et l'évaluation clinique faite en Chine l'a confirmé", selon le [professeur Raoult] commentant la première publication sur cette étude clinique de trois chercheurs chinois dans la revue BioScience Trends.

L'article publié en ligne le 19 février tire ses résultats d'un essai clinique mené dans plus de dix hôpitaux chinois (à Wuhan - épicentre de l'épidémie -, Pékin et Shanghai notamment) pour mesurer "l'efficacité de la chloroquine sur le traitement de pneumonies associées au Covid-19".


Selon les chercheurs chinois, un traitement de 500 mg de chloroquine par jour pendant dix jours serait suffisant pour obtenir une amélioration importante de la santé des patients.

S'il est encore un peu tôt pour crier victoire, nous détenons enfin une piste sérieuse, prometteuse et peu coûteuse. Et même si elle est imparfaite, elle permettra encore de gagner du temps pour trouver d'autres médicaments encore plus efficaces, et peut-être un vaccin à terme.

L'Humanité s'est peut-être juste fait peur, mais tous les enseignements de cette crise n'ont pas encore été tirés.

Démocratie vs. Totalitarisme

Une thèse lancinante et curieuse dans les discussions que j'ai pu avoir sur le sujet tenait au comportement du régime politique face à l'épidémie. Les régimes autoritaires, m'a-t-on donc expliqué, seraient mieux armés pour faire face à l'épidémie puisqu'ils seraient capables de prendre des mesures "énergiques" dont les régimes plus doux, pour ne pas dire plus mous, seraient incapables.

La tentation de résoudre les problèmes par une bonne loi martiale est décidément très en vogue au sein de nos pays libres. Malheureusement, il me semble que les tenants de cette théorie ont une vision quelque peu romantique de l'autoritarisme.

La répartition mondiale du virus permet de vérifier ce qu'il en est. L'épidémie dans les pays totalitaires, comme la Chine ou l'Iran, montre que le mélange de pauvreté, d'incompétence et de mensonge qui gangrène ces régimes les rendent incapables de faire face à une crise sanitaire. N'oublions pas que la Chine a laissé couver et grandir une épidémie pendant des mois avant d'avouer le problème, allant jusqu'à menacer les lanceurs d'alerte. La population affectée n'était quasiment plus contrôlable. L'Iran, quant à lui, a attendu les premiers décès avant d'avouer la présence de la maladie sur son sol - amenant de nombreux civils insouciants à être contaminés alors qu'une meilleure information du public aurait pu prévenir des comportements à risques.

Les postures autoritaires ont elles-mêmes leurs limites. Il est facile pour un potentat d'envoyer les policiers et les militaires à l'assaut des zones récalcitrantes et de décréter état d'urgence sur état d'urgence, mais à la fin, mêmes les policiers et les militaires restent des humains. Ils ont des familles qui peuvent être affectées, et finir par tomber malade à leur tour. Lorsque casernes et commissariats tombent eux-mêmes sous quarantaine, qui reste-t-il pour faire respecter la loi martiale?

Il n'est pas certain d'ailleurs que ni l'Iran ni la Chine ne sortent politiquement indemnes de la crise. Les citoyens de ces pays demanderont des comptes à leurs dirigeants, et il n'y aura plus d'urgence permettant de remettre le débat public à plus tard.

Les démocraties sont peut-être plus molles (c'est-à-dire, plus respectueuses des droits des individus!) mais elles sont aussi plus transparentes et plus prospères. Cela leur permet en retour d'être mieux équipées médicalement, un autre facteur important pour parvenir à gérer une crise sanitaire. Et une population mieux informée et mieux respectée est plus à même de contribuer à l'intérêt général qu'à travers les menaces et les contraintes.

Reste enfin la question de l'origine du virus, toujours pas éclaircie. Tant que nous n'aurons pas de preuve décisive de l'origine de la maladie - qui ne vient pas du marché de Wuhan, rappelons-le - il restera toujours le soupçon qu'elle ait été conçue dans un laboratoire étatique à des fins inavouables... Là encore, rappelons que les régimes autoritaires ne font que peu de cas des conventions internationales interdisant les recherches sur les armes biologiques ou chimiques.

Les limites de la délocalisation

Ce n'est qu'une fois tous ses œufs bien installés dans le même panier et qu'on trébuche sur le chemin qu'on réalise que l'idée n'était pas très bonne. La même chose vaut pour la mondialisation et la délocalisation massive de toutes les productions manufacturières - et pas seulement - vers la Chine.

Saviez-vous que 60% des principes actifs des médicaments sont fabriqués en Chine? Si l'épidémie de Coronavirus se poursuit et que la production chinoise reste en panne, les Occidentaux eux-mêmes vont manquer de médicaments. Le grand public a eu un aperçu de ce petit problème alors que les masques de protection, eux aussi exclusivement fabriqués en Chine, disparaissaient des pharmacies à vitesse grand V.

Sans même parler de la crise sanitaire, les impacts sur les chaînes d'approvisionnement et de production sont très réels. En France, un tiers des sociétés actives dans l'industrie électronique ont annoncé le 25 février qu'elles arrêteraient prochainement leur production, faute de composants livrés depuis la Chine. Même si la crise s'achève, il faudra des mois avant que la situation ne revienne à la normale. La concentration des fournisseurs et le travail en flux tendu ont amené les processus industriels à être vulnérables face à des perturbations inattendues. Là encore, la relocalisation d'au moins une partie des activités et une plus grande variété dans les sources d'approvisionnement seront peut-être des enseignements à retirer.

La crise économique

Lorsque l'épidémie de Coronavirus sera vaincue, les bourses repartiront dans le vert comme des fusées. Mais cela ne veut pas dire que la crise n'aura eu aucun effet.

Dans de nombreux pays, le secteur du tourisme est dévasté. Il faudra du temps pour que les habitudes reviennent. Il en est de même du transport aérien, de la restauration, des loisirs et de nombreuses activités dont les gens réalisent qu'elles sont superflues, surtout quand leur survie est en jeu. A-t-on vraiment besoin d'un logement plus grand, d'une voiture neuve, du dernier smartphone à la mode, de vacances sur la plage à Bali?

Pendant des semaines, l'Humanité a vécu dans l'incertitude la plus totale quant à son avenir. Dans ces circonstances, les gens se concentrent sur ce qui est le plus important - se mettre à l'abri, se nourrir, veiller à sa survie et celle de ses proches. Les seuls secteurs à avoir tiré leur épingle du jeu sont les activités dématérialisées - les jeux informatiques et la vidéo en streaming, notamment.

L'effondrement de la société

La poursuite de la crise du Coronavirus aurait pu amener à un phénomène plus sérieux encore - l'effondrement économique amenant à un effondrement total de la société.

Imaginez un restaurant à Wuhan, logiquement déserté. Le patron met la clef sous la porte et les employés sont licenciés. Les mécanismes sociaux se mettent en marche mais eux-mêmes ont leurs limites. Bloqués chez eux par un régime strict de quarantaine, à court de nourriture et d'argent, il arrivera un moment chacun devra choisir les factures qu'il accepte de payer... Avec des conséquences en cascade.

En temps normal, les mécanismes habituels de la société permettent de résoudre ces problèmes ; mais en temps de crise, ils se multiplient et les rouages de la justice se bloquent. Imaginons que des milliers d'habitants de Wuhan aient été réduits à ne plus payer leurs loyers faute d'argent. Quel propriétaire pourrait envoyer des gros-bras pour les faire payer, au beau milieu d'une épidémie? Quel tribunal siègera en plein état d'urgence pour une affaire aussi triviale qu'une affaire d'expulsion? Quel huissier de justice, quels fonctionnaires de police iront au beau milieu d'une zone contaminée au mépris de leur propre santé pour faire respecter la loi?

On l'imagine sans peine, une situation de crise - tant qu'elle dure - change radicalement la donne sur de nombreux comportements qui seraient normalement inacceptables. Mais la masse d'impayés a elle-même des conséquences sur la suite de la chaîne: des entreprises qui ne peuvent plus payer leurs employés et tombent en faillite à leur tour, des propriétaires qui ne peuvent plus rembourser leurs hypothèques, des banques au bilan fragilisé par des créanciers douteux, des biens immobiliers dont la valeur est en chute libre...

Il est souhaitable que l'épidémie de Coronavirus soit enfin maîtrisée et se termine pour que ces scénarios restent des hypothèses. Mais il aura suffi de quelques semaines de pandémie pour qu'ils voient le jour de façon crédible, et il n'en faudrait pas beaucoup plus pour qu'ils se concrétisent. Comme le résumait Alfred Henry Lewis en 1906, "il n'y a que neuf repas entre l'humanité et l'anarchie".

Croisons les doigts pour l'efficacité de la Chloroquine...

23 février 2020

Coronavirus: le monde d'après (première partie)

L'épidémie de Coronavirus est l'événement majeur de cette année, et peut-être de la décennie. Elle changera pour toujours les relations entre les pays, entre les individus, et la structure économique du monde que nous connaissons.

Une épidémie galopante

De phénomène localisé à une région de la Chine, la progression du virus est tout simplement fulgurante. En Italie, on parle de 150 cas de contamination. 50'000 personnes sont en quarantaine forcée dans douze villages du nord du pays. Et le patient à l'origine de cette flambée reste inconnu. Pas mal pour un pays qui affichait "3 cas" il y a quelques jours. L'Italie bat ainsi la Corée du Sud, qui a vu le nombre de cas de Coronavirus multipliés par dix en une semaine.

(Au Tessin, concernant l'épidémie en Italie, le médecin cantonal Giorgio Merlani explique aux médias que "L'affaire est plus importante qu'il n'y semblait au début." Avec des foudres de guerre pareilles aux commandes, on peut dormir sur ses deux oreilles. Évidemment, aucune fermeture de la frontière n'est prévue pour l'heure...)

En Iran, 8 morts soudaines démontrent qu'il y a des dizaines de cas d'infection, que le régime ne parvient évidemment pas à tracer. À Taïwan, une femme malade du virus avait un fils, infecté puis décédé à son tour; avant que la maladie ne l'emmène à l'hôpital, il travaillait comme chauffeur de taxi. Depuis, le pays considère qu'il n'est plus possible de tracer le cheminement de l'épidémie au sein de la population.

Le grand public découvre, effaré, à quoi ressemble une courbe exponentielle:

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La progression du virus dans les 8 pays les plus touchés hormis la Chine.
(Image @jodigraphics15 ; cliquez pour agrandir)

Quel que soit le graphique que vous verrez sur l'évolution de la maladie, il est déjà périmé.

Quelques informations sur la maladie

La dangerosité du virus est énorme. Les gouvernements, les agences supranationales et leurs relais dans les médias mentent et minimisent les chiffres. L'OMS prétend que 80% des gens développent une forme bénigne de la maladie - une formule élégante pour éviter de parler des 20% qui seront touchés par une forme sévère et ne s'en relèveront pas tous.

Le calcul de la mortalité d'une maladie est simple ; il suffit de faire le rapport entre le nombre de personnes guéries et le nombre de personnes décédées. Les malades en cours de traitement doivent être exclus du calcul puisqu'on n'a pas de certitude sur l'évolution de l'infection.

Toutefois, il est difficile d'obtenir des données fiables sur ces deux chiffres dans le principal réservoir de population du virus, la province chinoise du Hubei. Depuis le début de la crise, les autorités chinoises travestissent les chiffres, changent la définition d'un malade, attribuent des décès à de simples "pneumonies". À Wuhan, les fours crématoires font des heures supplémentaires. Il est aussi possible, au vu de la déliquescence de la gestion administrative de la maladie, que certains Chinois cloitrés chez eux en guérissent ou en meurent dans l'anonymat le plus total.

En faisant un calcul sur la base des chiffres dont nous disposons, ce que les médias ne feront pas, on obtient un taux de mortalité de 9.5% environ. À titre de comparaison, la grippe saisonnière a un taux de mortalité de 0,3%. On est donc face à une menace trente fois plus létale - quelque chose à garder en tête face aux olibrius de service qui prétendront que "tout ça c'est comme la grippe".

Le virus se transmet facilement. Des gouttelettes suffisent (sueur, postillons). Le virus peut survivre jusqu'à neuf jours, déposé sur une surface. De nombreux porteurs du virus deviennent contagieux en ne présentant que des symptômes mineurs, voire pas de symptômes du tout. La traçabilité de la maladie est donc un défi pratiquement impossible à relever. Mesurer la température des passagers dans les aéroports est totalement inefficace pour empêcher la propagation de l'épidémie. Même les kit de détection ne sont pas fiables et ramène de nombreux faux négatifs - c'est-à-dire qu'ils ne parviennent même pas à détecter le Coronavirus chez une personne qui le porte.

Et la cerise sur le gâteau, même des individus guéris de la maladie peuvent être réinfectés.

Le virus ne vient pas du marché exotique de Wuhan

C'est sans doute la dernière révélation du moment - et elle met à mal tout le narrative que les autorités chinoises présentent depuis la naissance médiatique de l'épidémie. Le plus intéressant est que la nouvelle - que les chercheurs savaient déjà - est désormais présentée par le Global Times, la Pravda du régime communiste.

Si pour l'instant même le Global Times évite de poser la question qui fâche - d'où vient ce virus, finalement? - d'autres se la posent, naturellement. Une étude publiée sur ChinaXiv, un site de publication ouvert aux chercheurs, révèle que le Coronavirus a été introduit dans le marché aux fruits de mer depuis un autre lieu, et s'est ensuite étendu de marché en marché. Ces résultats viennent d'une analyse du génome du virus, des sources d'infection et de la route empruntée par 93 échantillons de Coronavirus collectées auprès de 12 pays sur quatre continents.

Le New York Post donne une version des faits qui demande à être confirmée, mais qui n'aurait rien de surprenant: le virus proviendrait d'un laboratoire chinois. Selon l'auteur,

"Les preuves désignent la recherche SARS-CoV-2 en cours à l'Institut de Virologie de Wuhan. Le virus serait sorti du laboratoire par le biais d'un chercheur infecté (...) Quel que soit le vecteur, les autorités de Beijing s'empressent aujourd'hui de corriger les problèmes sérieux dans la façon dont leurs laboratoires gèrent les pathogènes mortels. (...)

La Chine a lâché la peste sur son propre peuple. Il est trop tôt pour dire combien mourront en Chine et dans d'autres pays pour la gestion des laboratoires de microbiologie de leur gouvernement, mais le coût en vies humaines sera élevé.


La théorie du virus-échappé-du-laboratoire est un peu un passage obligé de toute pandémie, et le Coronavirus n'y ferait pas exception. Mais l'examen du virus révèle des gènes de SIDA au sein de son code génétique - raison pour laquelle, hors de toute polémique sur son origine, des traitements à base de médicaments anti-SIDA sont employés sur les malades.

Il est vrai que l'Institut de Virologie de Wuhan dispose d'un laboratoire de microbiologie de niveau 4, le plus élevé et correspondant à la manipulation des souches de virus les plus dangereuses, appelé le Laboratoire National de Biosécurité.

Est-ce qu'un virus malencontreusement disséminé depuis une installation spécialisée dans la virologie est une explication plus plausible qu'une soupe à la chauve-souris consommée sur un marché exotique? Chacun se fera son opinion. En tout cas, même l'outil de propagande officiel de Xi Jinping ne prétend plus que le virus vient d'un marché de Wuhan. Combien de temps nos médias s'en tiendront-ils à cette version?

Un aperçu de ce qui nous attend

L'absence de réponse adaptée de la part des gouvernements expose leurs populations à la maladie, quand ils n'importent pas directement des malades sur leur sol. Avec les politiciens qui nous gouvernent, on peut donc conclure que la plupart des pays seront touchés, sauf quelques rares exceptions.

Déjà, parce qu'il faut le préciser, l'Humanité survivra sans encombre au Coronavirus. Si l'entier de l'Humanité était touché et que 10% voire 20% des humains périssaient, cela ne nous ramènerait que quelques décennies en arrière en termes de population globale. Mais la traversée de cette épreuve ne se fera pas sans douleur.

De la progression de la maladie à la gestion de la crise par les autorités, il suffit de se tourner vers l'Est pour découvrir ce qui se passe. La Chine est un pays plus touché que tous les autres, mais dans la progression exponentielle de l'épidémie, elle a simplement de l'avance. Autrement dit, pour savoir ce qui nous attend, il suffit de regarder la Chine. La Chine nous donne un assez bon aperçu de ce que sera la situation dans les pays occidentaux touchés d'ici quelques mois - peut-être quelques semaines.

Dites adieu aux Jeux Olympiques de Tokyo, aux concerts, aux matches de foot en public et à de nombreuses autres choses - et encore ne s'agit-il là que des aspects les plus véniels de la crise à venir. Un prochain billet évoquera ce qui va vraiment changer.

14 février 2020

La démocratie parisienne en danger?

Sur une note plus légère, en France voisine, le microcosme parisien bruisse. Un événement singulier vient de se produire: Benjamin Griveaux, le candidat de La République En Marche pour la Mairie de Paris dans les élections municipales qui se tiennent dans un mois, annonce qu'il jette l'éponge.

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Benjamin Griveaux et son épouse, à l'époque des apparences heureuses

La cause? La diffusion jeudi sur les réseaux sociaux d'une vidéo sexuellement explicite qu'il a envoyé à une jeune femme. Devant les dégâts d'image irrécupérable pour celui qui se présentait comme un bon père de famille, le politicien de 42 ans, marié et père de deux enfants, a annoncé le lendemain son retrait de la campagne.

"Je ne suis pas prêt à nous exposer davantage, ma famille et moi, quand tous les coups sont désormais permis, cela va trop loin. C'est pourquoi j'ai décidé de retirer ma candidature à l'élection municipale parisienne", a annoncé le désormais ex-candidat LREM, expliquant que cette décision lui "coûte" mais souhaitant donner la priorité à sa famille.


Annoncer donner "priorité à sa famille" après avoir été pris la main dans le sac de sexting auprès d'une maîtresse, il faut avoir été porte-parole du gouvernement Macron pour oser. Ça tombe bien, Benjamin Griveaux a été porte-parole du gouvernement Macron ; il ose donc.

"La démocratie en danger"

La classe politique s'inquiète d'une "menace pour la démocratie", s'émeut Le Figaro.

Personne ne pose la question de la pertinence de cette thèse, et surtout pas un journaliste.

En quoi le naufrage de la candidature de Benjamin Griveaux menace-t-elle la démocratie? Ce sont ses mensonges qui l'ont menacée en premier lieu. Personne ne l'a obligé à tromper sa femme ni à tourner une vidéo honteuse. Et à tout prendre, mieux vaut que la vidéo sorte maintenant qu'après les élections. Imagine-t-on les chantages qu'aurait pu exercer un individu disposant de cette vidéo, si M. Griveaux avait été élu Maire de Paris?

Politiquement, Benjamin Griveaux n'est pas grand-chose - le candidat en difficulté d'un mouvement politique qui a perdu beaucoup de son influence depuis trois ans. Les mêmes voix qui dénoncent les "menaces pour la démocratie" ne s'émeuvent guère qu'à Béziers, le maire sortant Robert Ménard soit pris à partie et empêché de s'exprimer dans un meeting.

Personne ne proteste quand on s'en prend à Éric Zemmour. Personne ne s'indigne du traitement médiatique reçu quand François Fillon est descendu en flammes pour avoir reçu quelques costumes et des chemises d'un ami tailleur. Personne ne s'est interrogé sur la vie privée lors de l'épisode du SMS de Sarkozy. Personne n'évoque une "menace pour la démocratie" quand un mouvement représentant à peine 20% des électeurs parvient à disposer des principaux leviers du pouvoir en France.

Il ne s'agit pas de décréter que tout un chacun est irréprochable, mais d'observer un deux-poids-deux-mesures hallucinant sur ce qui constitue, ou pas, une "menace sur la démocratie".

Issu des rangs du Parti Socialiste, Benjamin Griveaux a été un proche collaborateur de Dominique Strauss-Kahn de 2003 à 2007 ; qui se ressemble s'assemble, est-on en droit de penser. On a aussi le droit de penser que le traitement médiatique réservé à ce scandale aurait eu une toute autre teneur si la victime venait d'un autre parti politique. Les médias et la classe politique française auraient-ils eu la même pudeur si la vidéo avait montré à la place de Griveaux un candidat des Républicains ou du Rassemblement National?

Un coup du Joker...

Ce qui pourrait n'être qu'une banale histoire d'image échappant à son créateur nous livre en fin de compte de précieux indices sur l'état de la France en 2020.

Vielle de deux ans (et donc tournée alors qu'il était porte-parole du gouvernement Macron), la vidéo montre le politicien en train de se masturber. Elle a depuis été montée avec différentes séquences de sa campagne où on le voit donner des interviews et des discours sur son respect des valeurs familiales. Des textos "classés X" entre lui et la femme ont été révélés en même temps.

La vidéo originale a été fournie par "l'artiste" russe Piotr Pavlenski, qui dit l'avoir obtenue d'une personne ayant eu une "relation consentie" avec Griveaux. L'individu s'est fait connaître dans son pays d'origine avec des performances spectaculaires contre le pouvoir de Poutine. En 2012, il se fait coudre les lèvres en soutien aux Pussy Riot, un groupe punk russe arrêté pour avoir chanté un couplet anti-Poutine dans une cathédrale de Moscou. En 2013, en protestation contre le vote de lois qu'il estime liberticides, il se pose sur la Place Rouge, nu et enroulé dans du fil de fer barbelé.

Persona non grata dans son pays de naissance, il fuit en France en 2017 et y obtient l'asile politique. Mais il trouve rapidement des griefs contre son pays d'accueil. Lors d'une "performance" dont il a le secret et intitulée "Éclairage", il met le feu à l'entrée d'une succursale de la Banque de France. Il dénonce "le pouvoir de la finance". Il sera condamné à un an de prison.

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Piotr Pavlenski pose devant l'entrée de la Banque de France qu'il vient d'incendier

Cela ne suffit bien sûr pas à résilier sa condition de réfugié politique - nous sommes en France. Mais cela ne suffit pas non plus à calmer une colère qui monte contre le Macronisme, qu'il considère désormais comme tout aussi répressif que celui de Poutine. Soutenant les gilets jaunes, Piotr Pavlenski est fier de son acte subversif. Il considère que la publication de la vidéo de Benjamin Griveaux est indispensable pour "mettre les politiciens en face de leurs mensonges".

Et si la classe politique française tremble et s'indigne de ce qui vient d'arriver à Griveaux, c'est parce qu'elle ressent enfin la peur. Les réseaux sociaux sont hors de contrôle. Plus aucun homme politique, même de gauche, ne peut se sentir totalement à l'abri d'une révélation publique de ses propres turpitudes.

L'artiste annonce que de nouvelles vidéos vont sortir, mettant en scène d'autres hommes politiques.

Mise à jour (17 février): J'ai été interviewé sur le sujet par le nouveau site Observateur Continental.

Par ailleurs, L'artiste Piotr Pavlenski et sa compagne Alexandra de Taddeo sont en garde à vue depuis ce week-end, accusés "d'atteinte à l’intimité de la vie privée" et de "diffusion sans l’accord de la personne d’images à caractère sexuel". Quelque chose me dit qu'ils prendront un maximum: en France, il n'y a pas de crime plus grave que celui de lèse-majesté.

12 février 2020

Coronavirus: l'urgent retour des frontières

Beaucoup de gens vont mourir du Coronavirus. Mais aussi de l'incompétence des politiciens.

La pandémie originaire de Wuhan effraie et se répand de jour en jour. Le virus est plus rapide que les bureaucrates en charge de l'endiguer.

Depuis le début de l'épidémie en décembre, le foyer infectieux a pris de l'ampleur, essentiellement à cause des mensonges des autorités de la région de Hubei quant à la nature du mal qui frappait les habitants. Le docteur Li Wenliang, ophtalmologue, fut un des premiers à s'alarmer d'une épidémie de pneumonie encore jamais vue, le SRAS pensait-il, et à prévenir les autorités début décembre. Il fut convoqué par la police et forcé à signer une lettre de réprimande dans laquelle il était accusé de "perturber l'ordre social":

"Votre action va au-delà de la loi. Vous envoyez des commentaires mensongers sur Internet. La police espère que vous allez collaborer. Serez-vous capable de cesser ces actions illégales ? Nous espérons que vous allez vous calmer, réfléchir, et nous vous mettons sévèrement en garde : si vous insistez et ne changez pas d’avis, si vous continuez vos activités illégales, vous allez être poursuivi par la loi. Comprenez-vous ?"

-- Rapport de police que le Dr. Li Wenliang fut forcé de signer

Il finit par contracter lui-même la maladie le 12 janvier et en mourut dans la nuit du 6 au 7 février.

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Le Dr. Li Wenliang, peu avant sa mort.

Depuis, les autorités chinoises forcent quatre cent millions de Chinois - pour l'instant - à vivre sous quarantaine. Dans des villes-fantômes, les morts s'accumulent, les malades sont renvoyés des hôpitaux et les citoyens cloitrés commencent à manquer de nourriture.

Les mesures sont-elles au moins efficaces? Il est permis d'en douter. Entre les témoignages de refus de comptabiliser les patients, de morts d'une "pneumonie" directement envoyés au four crématoire et des innombrables innocents qui périssent chez eux, les chiffres de la progression de la maladie pourraient être sous-évalués dans des proportions gigantesques.

Le gouvernement communiste chinois - à l'instar de tous les régimes communistes - n'est pas réputé pour sa transparence et son honnêteté dans l'établissement de statistiques, en particulier lorsque des potentats locaux essayent de préserver les apparences face à la capitale. L'affaire n'est pas sans rappeler la catastrophe de Tchernobyl en 1986, où l'accident fut décelé bien avant toute communication officielle du régime soviétique par les détecteurs de radiation installés en Europe de l'ouest.

Malheureusement, les politiciens occidentaux, dont un grand nombre éprouve bien de la sympathie pour l'idéologie communiste, ne semblent pas meilleurs.

Deux courbes permettent de constater ce qu'il en est.

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santé,chine,ue

La première montre les cas (officiels) de Coronavirus en Chine. La seconde les cas officiels de Coronavirus dans le reste du monde. Les chiffres en valeur absolue sont très différents, mais dans les deux cas la maladie affiche une progression exponentielle.

En d'autres termes, le reste du monde, armé de ses certitudes, de sa médecine avancée et préservé de l'effet de surprise, ne semble pas faire mieux que les communistes chinois empêtrés dans leurs contradictions et leurs mensonges.

Ce n'est pas forcément étonnant.

Depuis le début de la crise, les gouvernements occidentaux, pour ne prendre qu'eux, ont rivalisé de mollesse et de minimisation dans l'ampleur de la maladie. Pendant des mois, les voyages en Chine étaient simplement "déconseillés". L'Iran - l'Iran! - a fermé son espace aérien aux liaisons régulières avec la Chine bien avant les États-Unis, qui les ont eux-mêmes fermées avant la France, et la Suisse. Mais aujourd'hui encore on trouve très facilement de nombreux vols de Pékin à Genève, par exemple - il suffit simplement de faire une correspondance dans un pays tiers.

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Chérie, où va-t-on ce week-end? (Photo d'écran du 12 février)

Comme le résuma un Internaute avec cynisme, "la quarantaine, c'est pour la plèbe."

Le fait que la quarantaine soit la seule stratégie viable face à un virus dangereux contre lequel aucun traitement ni vaccin n'existent n'effleure pas ces grands esprits qui nous dirigent. Le mépris des élites pour le reste de la société ouvre grande la porte à la transmission du virus, mais ce n'est pas vraiment un problème tant que le nombre de cas reste dans des limites "acceptables".

La solidarité des pays dans la maladie permet d'ailleurs de préserver un acquis essentiel du monde d'aujourd'hui, la disparition des frontières. La centaine de millions de mort potentiels d'une pandémie mondiale ne suffit pas à remettre l'idéologie en cause - comme l'histoire le montre amplement pour de nombreuses idéologies.

Comprendre cet état d'esprit permet de remettre dans leur contexte des stratégies en apparence aberrantes, comme la volonté de l'État français d'organiser à trois reprises le rapatriement de ressortissants européens potentiellement malades, directement des régions chinoises touchées jusqu'à la métropole. Certains invoquent en toute décontraction "l'esprit de solidarité" avec leurs ressortissants - un nationalisme mâtiné de racisme à un degré proprement vertigineux - mais d'autres s'inquiètent d'une décision qui, au prétexte de potentiellement mieux soigner une poignée de malades, met en danger une population de 60 millions d'habitants.

Le 30 janvier, la France procédait au rapatriement de 200 Français et d'autres ressortissants européens. 20 passagers présentaient des symptômes (on imagine l'ambiance pendant le vol) et furent dépistés à leur arrivée: tout allait bien! Mais seuls les passagers présentant des symptômes furent testés, alors qu'on sait depuis des semaines que l'incubation du coronavirus prend du temps, pendant lequel l'hôte asymptomatique est déjà contagieux. Et patatras! Quelques jours plus tard, on appris qu'un autre passager du vol, un Belge, était finalement porteur du virus. Mais qu'on ne s'inquiète pas, la Belgique importe d'autres malades de son côté...

Quand on sait que ce virus hautement contagieux se transmet aisément de personne à personne, a une période d'incubation allant jusqu'à 24 jours et peut survivre jusqu'à 9 jours déposé sur une surface, on imagine sans peine l'expansion possible de la maladie avec tous ces porteurs découverts trop tard. Imagine-t-on les bus, taxis, avions, poignées de porte que tous ces gens ont touchés?

L'idée que l'apparition du virus dans nos contrées soit le résultat d'une volonté est profondément choquante, mais peut-être faudrait-il plutôt parler d'absence de volonté, ou de sens des priorités. Ainsi, les éditorialistes, les administrateurs de grands groupes et les politiciens s'inquiètent aujourd'hui plutôt de l'effet de la pandémie sur la croissance, le tourisme ou les chaînes d'approvisionnement - les malades, les morts et la progression galopante des cas d'infection leur semblent des aspects très secondaires. Un responsable chinois invite par exemple les Occidentaux à rouvrir leurs liaisons aériennes (directes) avec la Chine...

Pour des raisons historiques autant que pratiques, les frontières sont les points de contrôle légitimes et efficaces. Pourtant, il semble que nos autorités aient déjà renoncé à s'en servir. Dans la course contre la montre pour trouver des traitements et enrayer la progression de la maladie, certaines méthodes sont devenues idéologiquement inacceptables, et tant pis pour les risques encourus par la population. Après tout, s'il y a des malades un peu partout, il n'y a plus de raison objective de se couper les uns des autres, n'est-ce pas?

Ceux qui espèrent que la crise du coronavirus sera jugulée par des mesures efficaces prises par les pouvoirs publics locaux doivent s'attendre à de grandes désillusions.

04 février 2020

Les votes liberticides du 9 février

Le 9 février arrive à grands pas - nous sommes déjà dans la dernière ligne droite de la votation qui présente deux objets au peuple: l'initiative "Davantage de logements abordables", et le référendum contre l'Interdiction de la discrimination en raison de l'orientation sexuelle. (Les Vaudois auront aussi la chance de voter pour Juliette.)

prise de position,votation du 9 février 2020Le premier de ces deux textes, "Davantage de logements abordables", semble promis à l'échec selon les sondages. Il n'y a donc pas de raisons de s'y attarder outre mesure. L'initiative issue de la gauche demande grosso modo que 10% des nouveaux logements construits soient à "loyer modéré". Comme d'habitude, mais c'est inévitable lorsqu'on dépose une initiative fédérale, le règlement devra avoir un effet sur toute la Suisse ; les Cantons et Communes qui n'ont pas encore le merveilleux droit de spoliation préemption devront s'en doter afin de mener à bien leur nouvelle mission.

Pour utiliser correctement une formule souvent creuse, l'initiative pointe du doigt les bons problèmes mais y apporte de mauvaises solutions. Ici, le problème est la cherté des loyers. Le logement est cher en Suisse, en particulier dans certains centres urbains. Mais, on le sait parce que l'évolution des prix le montre clairement, cette pression est due à l'immigration de masse depuis 2002 et la libre-circulation (exemple dans le Canton de Vaud). Les gens le savent très bien. Essayer de construire des logements à bas coût (et de qualité inférieure, on ne va pas se mentir) sans s'attaquer au problème de base de l'afflux d'immigrés en Suisse ne résoudra évidemment rien. De plus, et j'en ai des exemples jusque dans ma ville de Renens, l'attribution de ces logements préférentiels ne sera certainement pas à l'avantage des Suisses, mais plutôt à celui des immigrés, forcément plus mal lotis.

Bref, poubelle.

Le second objet porté au vote est nettement plus intéressant, le référendum contre l'Interdiction de la discrimination en raison de l'orientation sexuelle. La loi combattue fait de toute "incitation à la haine ou à la discrimination" [C'est moi qui souligne] une personne en fonction de son appartenance sexuelle un crime puni jusqu'à trois ans de prison. Les "LGBTQI+" (selon le dernier acronyme connu) rejoindront donc ainsi le club des populations protégées, comme le sont déjà les étrangers, les personnes de couleur et les musulmans.

(C'est vrai, le texte de loi mentionne de façon large "l'appartenance raciale, ethnique ou religieuse" ou "l'orientation sexuelle", mais j'attends encore la moindre condamnation contre quiconque insulte un Suisse, un blanc, un chrétien, et, à partir du 9 février, un hétérosexuel.)

Le texte est détaillé mais vise très, très large. Un "geste" est ainsi un motif suffisant pour enfreindre la loi...

Je pourrais rappeler que les lois de censure provoquent l'abêtissement du discours et renforcent précisément les préjugés contre les gens qu'elles sont censées défendre, mais ce serait prêcher dans le désert. Ces propos ne toucheront déjà plus grand-monde en Suisse - ce qui reste de son peuple a déjà capitulé.

Le problème n'est pas dans la diffamation ou l'insulte mais dans la pénalisation de la simple critique. Sera-t-elle encore permise? Selon la brochure, l'appréciation en sera laissée au tribunaux - une étape certainement agréable à vivre, même en ressortant acquitté. Les associations en chasse contre les pensées déviantes le savent fort bien. La suite est assez facile à deviner, puisqu'elle a déjà cours dans d'autres pays. La criminalisation de la pensée anti-LGBTQI+ donnera le champ libre à tous les promoteurs de toutes les sexualités les plus invraisemblables (je n'ose parler de perversion) pour en faire la publicité, et surtout, l'imposer aux enfants.

Le 10 février, si je publie ce genre d'image...

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Gay Pride à Dublin, 2019 (source)

...Et que j'estime que ce n'est pas un très bon spectacle à offrir aux mineurs au second plan, serai-je coupable d'une odieuse Crimepensée?

Pourra-t-on encore dire qu'une image de ce genre est malsaine?

Pourra-t-on critiquer la promotion de dessins animés LGBT auprès des plus jeunes?

Pourra-t-on critiquer une école pro-trans où des enfants de 4 ans sont punis pour avoir "attribué un genre" à leurs camarades?

Pourra-t-on critiquer l'enseignement forcé des thèses LGBT jusque dans les écoles catholiques, comme en Irlande?

Comme la plupart des gens, je n'ai que faire des comportements que des adultes consentants adoptent dans leur intimité. Mais ce que nous votons le 9 février va beaucoup plus loin que cela. Il sera intéressant d'ailleurs de voir ce qui se passera lorsque surviendra une confrontation entre deux groupes protégés par la même loi contre la discrimination et l'incitation à la haine - on devine ici la collision inévitable entre les exubérants LGBT et certains musulmans à l'esprit un tout petit peu plus borné sur le sujet. Comme le résume une image:

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Les deux populations étant courtisées à l'identique par les mouvements de gauche, certaines assemblées de parti promettent d'être animées lorsqu'il faudra donner priorité aux uns ou aux autres.

Grâce au vote de la majorité des Suisses, les conséquences à moyen terme du vote de ce dimanche seront très instructives.

02 février 2020

Le Cirque de la Destitution, Suite

En novembre dernier, j'évoquai le Cirque de la Destitution, un magnifique spectacle d'autodestruction organisé par les Démocrates américains dans la (vaine) tentative de retourner, encore une fois, l'élection de 2016. Le spectacle touche à sa fin.

Festival à la Chambre des Représentants

Rappelons-nous! Trump avait volé son élection, parce qu'il était, nous disait-on, une marionnette des Russes. Trois ans de faux dossiers, de barbouzes, de manipulations et de millions de dollars plus tard, le narrative vit sa conclusion dans un Rapport Mueller complètement creux. L'auteur de l'enquête à charge eut beau dire que le rapport "n'exonérait pas Trump", un principe de base du droit est qu'un accusé est présumé innocent jusqu'à ce que sa culpabilité soit prouvée. Autrement dit, on prouve la culpabilité, non l'innocence. Tous ces politiciens surpayés, ces juristes et ces éditorialistes devraient pourtant le savoir...

Forcer un accusé à prouver son innocence, c'est la façon de faire dans les républiques bananières et les États totalitaires. Les États-Unis sont-ils devenus l'un ou l'autre?

Le Rapport Mueller n'avait pas encore atteint le fond de la corbeille que les Démocrates trouvèrent un nouveau poulain: le coup de fil ukrainien. Trump, ce salaud, aurait forcé une enquête contre un rival politique et futur concurrent, Joe Biden, en marchandant l'aide militaire américaine en Ukraine... Le coup de fil le prouvait.

Depuis des mois l'eau a donc coulé sous les ponts. La nouvelle affaire - la dernière avant les élections de 2020, sans doute - fait long feu. Car, voyez-vous, la Destitution d'un Président en exercice est un processus qui ne laisse pas trop de part à l'improvisation. Il faut suivre quelques règles de base établies dans la Constitution... Règles que les Démocrates devraient bien connaître depuis le temps, eux qui ont lancé des procédures de Destitution contre cinq des six présidents républicains depuis Dwight Eisenhower.

Dans la Chambre des Représentants, les Démocrates majoritaires jouaient sur du velours ; pendant des semaines, les médias se firent complaisamment l'écho de toutes les horreurs racontées sur Trump. Il faut dire que les Démocrates usèrent et abusèrent de leur majorité. Dix-sept témoins à charge se succédèrent ainsi, déballant des heures durant leur fiel contre Trump. Contre combien de témoins de la défense, en face? Zéro. Les Démocrates écrasèrent toute velléité du locataire de la Maison Blanche de tenter de se défendre. Ils allèrent jusqu'à contrôler les questions que la minorité républicaine avait le droit de poser à leurs témoins.

Rien de remarquable pour nos médias, bien entendu. Ni même assez pour que les commentateurs de service qualifient le processus de "partisan". Non, tout était normal... Mais l'écrasant manque d'équité de cette parodie de procédure en destitution fut bel et bien perçu par le grand public.

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Adam Schiff, grimé avec son maquillage de scène (création d'un artiste de rue)

Les meilleures choses ayant une fin, les Démocrates furent contraints, de mauvaise grâce, d'arriver à une conclusion: la mise en accusation. Donald J. Trump fut accusé d'Abus de Pouvoir et d'Obstruction au Congrès. Après avoir clamé pendant des semaines que Trump était un "danger public", que la destitution était une "urgence absolue" et qu'il n'était pas question qu'il reste "un jour de plus" dans la Maison-Blanche, Nancy Pelosi fut soudainement bien moins empressée de passer la main au Sénat. Elle mit des semaines à transmettre le dossier, alors que le Sénat siège dans l'autre aile du même bâtiment du Capitole... Mais voilà, là-bas, les Démocrates ne sont plus majoritaires.

Les Numéros au Sénat

Les journalistes et la gauche américaine eurent beau gloser que Donald Trump était "destitué", il ne l'a jamais été. Selon la Constitution, la Chambre des Représentants a le pouvoir de mettre le Président en accusation, c'est-à-dire de l'inculper. Il revient au Sénat d'ordonner le procès. Celui-ci s'est donc finalement ouvert.

Plutôt que d'en rendre compte jour après jour, examinons les différents sujets qui y ont circulé.

La nature de l'infraction. Oublions un instant la nature des "preuves" plus que douteuses (témoignages de deuxième voire troisième main et aucun élément matériel) amenées par les Démocrates. Supposons que Trump soit bel et bien responsable d'Abus de Pouvoir et d'Obstruction au Congrès, comme le mentionne l'acte d'accusation transmis par Nancy Pelosi. Problème: il n'existe aucune définition juridique claire de ces notions. Deuxième problème: la Constitution des États-Unis définit explicitement les motifs pour lesquels un Président en exercice peut être destitué ("trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs"). Autrement dit, le motif d'accusation est irrecevable.
Détail d'importance, les Démocrates eux-mêmes ont renoncé au cours de la procédure à utiliser le motif initial, la corruption, qui aurait pourtant justifié une Destitution.

usa,trump,démocrates,justiceEric Ciaramella. Eric Ciaramella est le secret le moins bien gardé du monde. Eric Ciaramella est un démocrate engagé, analyste de la CIA et ex-membre du Conseil National de Sécurité (National Security Council, NSC), qui fit ses armes sous Obama et resta comme taupe gauchiste sous l'Administration Trump. Il participa à l'élaboration du faux dossier servant à lancer "l'affaire russe". Il serait le fameux "lanceur d'alerte" qui aurait dénoncé en premier l'appel ukrainien. Mais, bien que la loi sur les lanceurs d'alerte ne protège nullement leur identité, les Démocrates firent tout pour la garder secrète - allant jusqu'à menacer d'arrestation un Sénateur qui aurait mentionné son nom. Pourquoi? Parce qu'Eric Ciaramella s'est coordonné avec Adam Schiff, le meneur de toute la procédure d'impeachment, bien avant la naissance officielle de celle-ci, pour lui donner corps. Et non seulement c'est illégal, mais cela mettrait Adam Schiff en position de parjure devant le Congrès, puisque Schiff mentit à plusieurs reprises sur ses liens avec le "lanceur d'alerte". Il prétend encore à ce jour ne pas connaître son identité. Eric Ciaramella est donc devenu un nouveau Voldemort, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. S'il est jamais interrogé, toute la procédure de destitution s'effondre et des gens haut placés pourraient bien finir en prison.

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Un des nombreux mèmes créés sur le thème du "lanceur d'alerte anonyme"

L'esprit partisan. Depuis le début du procès, les médias (et les Démocrates) accusent le Sénat d'être "partisan", c'est-à-dire, dans leur langue, contrôlé par la majorité républicaine. L'accusation est à hurler de rire compte tenu de la façon dont les Démocrates se sont comportés dans la Chambre des Représentants. La notion de vote bipartisan reste très importante dans la vie politique américaine. Elle signifie qu'un sujet réussit à rassembler au-delà des clivages partisans. Les Démocrates auraient ainsi apprécié, par exemple, que des Républicains de la Chambre des Représentants appuient leur mise en accusation de Trump, mais c'est exactement le contraire qui s'est produit. Des Démocrates de la Chambre des Représentants ont voté contre la mise en accusation de Trump. Et tout porte à croire que dans la chambre haute du Sénat, d'autres Démocrates voteront aussi pour l'acquittement de Trump. Autrement dit, le maintien de Trump à la Présidence est devenu bipartisan, alors que la volonté de le destituer est une affaire rassemblant uniquement les Démocrates les plus extrémistes.
Rappelons que selon la volonté des Pères Fondateurs des États-Unis, le vote aux 2/3 du Sénat pour prononcer la Destitution était explicitement prévu pour forcer le processus à être bipartisan. La culpabilité du Président devait être constatée jusque dans les rangs de son propre parti.

John Bolton, le bouquet final

Alors qu'à l'issue du vote de la Chambre des Représentants le dossier d'accusation était soi-disant "parfait", celui-ci s'est effondré devant le Sénat du fait de ses innombrables manquements. Les Démocrates se sont donc condamnés à jouer les pompiers et, aidés par les médias, à amener un flot ininterrompu de révélations fracassantes pour maintenir le processus en vie.

John Bolton fait partie de ce numéro. Malgré ses lunettes d'intellectuel et sa sympathique moustache de grand-père, Bolton est un va-t'en-guerre des plus radicaux. Son credo est qu'il vaut mieux faire la guerre sur le territoire ennemi que sur le territoire américain. Cette doctrine est à l'origine de l'invasion de l'Irak et de la déstabilisation du Moyen-Orient.

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La carrière de John Bolton est importante puisqu'elle permet de mieux comprendre comment les Démocrates en sont parvenus à s'allier avec ceux qu'ils considéraient hier comme la lie de l'humanité, pourvu qu'ils puissent les aider à faire tomber Trump aujourd'hui.

En guise d'apaisement envers certaines factions néo-conservatrices du Parti Républicain, Donald Trump nomma John Bolton conseiller en mars 2018, avant de se séparer de lui en septembre. Il affirme depuis que s'il l'avait écouté nous en serions "à la sixième guerre mondiale".

Trump utilise le "privilège exécutif" pour interdire à John Bolton de témoigner, si jamais le Sénat en arrivait à le convoquer. L'explication qu'il donne est que son rôle de conseiller du Président l'a amené à connaître "le véritable sentiment" de Trump sur nombre de chefs d'État avec lesquels il est en tractation aujourd'hui, et que le risque est grand que ces informations fuitent au cours de l'interrogatoire, ce qui mettrait toute la démocratie américaine en péril.

Alors que le processus de Destitution était en grande difficultés, le New York Times survint en affirmant que Bolton écrivait dans un livre à venir que Trump avait bien prévu un "donnant-donnant" avec l'Ukraine. Le manuscrit du livre fut bloqué par la Maison Blanche, trois jours avant l'article du NYT, parce qu'il révélait des secrets d'État. Et le responsable de la relecture du manuscrit au NSC n'était nul autre que le frère jumeau du colonel qui témoigna contre Trump devant la Chambre des Représentants!

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Qui pourrait croire que les deux jumeaux partagent le même biais anti-Trump et que le second fit fuiter des informations au New-York Times?

Même si ce scénario excite beaucoup les journalistes, la piste Bolton est aussi faible que les autres. D'abord, on peut se demander, si les assertions établies par M. Bolton sont exactes, pourquoi il a attendu fin janvier 2020 pour se manifester sur ce point. Il aurait pu le faire dès septembre 2018, libéré de son service à la Maison-Blanche. Il aurait pu le dire lorsqu'il fut interviewé en 2019 sur les relations entre les États-Unis et l'Ukraine...

Ensuite, le témoignage de John Bolton n'est rien de plus qu'une parole contre une autre. Pas de preuve matérielle, comme d'habitude. Or, la parole de Bolton est particulièrement suspecte. Il affirma lui-même dans une interview sur Fox News en 2010 qu'il n'avait "aucun problème à mentir sur les sujets de sécurité nationale". Mieux, il y a même la vidéo d'une interview d'Adam Schiff où ce dernier expliquait que John Bolton avait un problème de crédibilité...

Ceux qui espèrent que John Bolton sera celui-qui-fera-chuter-Trump raccrochent tous leurs espoirs à une branche bien moisie!

Ces sujets que nul n'aborde

La procédure de destitution de Trump va échouer, c'est évident. Pourtant, l'affaire aurait mérité d'aller au fond des choses, même pour les Républicains. Cela n'aurait pas gêné que le procès perce tant d'abcès de la politique étrangère américaine, éclaire toutes les zones d'ombres de la relation entre les Administrations américaines successives et les divers gouvernements étrangers.

Hunter Biden, par exemple, aurait touché un million de dollar de primes en plus de son mirobolant salaire après avoir été placé à Burisma, la société ukrainienne spécialisée dans l'exportation de gaz, par son père, alors vice-président. Et il est loin d'être le seul politicien "fils de" à profiter des largesses de l'influence de ses proches ; pensons à Chelsea Clinton, par exemple. Ou Neil Bush.

Compte tenu de l'historique de la corruption endémique en Ukraine, s'assurer que le versement d'aide militaire américaine ne finisse pas dans les poches d'oligarques corrompus n'aurait-il pas été tout simplement... La meilleure chose à faire? Mais pour les Démocrates, un Président s'inquiétant de la corruption, c'est un délit.

Les mêmes Démocrates qui s'inquiètent d'une possible enquête de corruption contre Hunter Biden, ne se sont jamais inquiétés de l'espionnage de la campagne de Trump par la CIA et le FBI.

Les mêmes Démocrates n'ont pas cligné d'un œil lorsque Obama a donné des milliards de dollars à l'Iran, en faisant livrer par avion une partie de la somme en billets de banque rassemblés en palettes.

La notion de "corruption" ou de "donnant-donnant" est décidément très souple selon le bord de l'échiquier politique.

Avec cette procédure de Destitution, les Démocrates montrent qu'ils sont en-dessous de tout, en attendant que cette expression trouve une signification littérale lors des élections générales d'automne, lorsque Trump sera réélu.

Mise à jour (5 février): Trump vient donc d'être acquitté des deux chefs d'accusation par le Sénat. 52 votes contre 48 l'acquittent pour "l'abus de pouvoir" (le Républicain Mitt Romney, anti-Trump notoire, s'est allié aux Démocrates contre Trump) et 53 votes contre 47 l'acquittent pour "l'obstruction au Congrès" (cette fois-ci il s'agit d'un vote en bloc des Républicains contre les Démocrates). Nous étions donc très loin du compte pour la majorité des deux tiers.