06 avril 2020

Coronavirus: stop ou encore?

L'humanité se bat contre le Coronavirus, et l'emportera. Mais combien de victimes périront dans cette guerre?

Les mesures de confinement concernent désormais la moitié de l'humanité environ. En diminuant les interactions, la progression du virus est ralentie d'autant. L'objectif, très simple, se heurte pourtant très vite à des divergences d'interprétation. Des divergences fondamentales.

La première est le but du confinement. S'agit-il d'arrêter le Covid-19 ou de ralentir sa progression?

La stratégie de l'arrêt

Arrêter est difficile, mais a pour objectif de stopper net la pandémie. Après plusieurs semaines sans nouveau cas, le virus est effectivement éradiqué. Il n'a pas pu se transmettre à de nouveaux humains. Les gens encore malades qui ne périssent pas finissent par guérir. En revanche, la plus grande vigilance est de mise pour que de nouveaux cas - importés - ne réintroduisent la maladie ; auquel cas toute la procédure devrait recommencer.

C'est la stratégie suivie par la Chine et les autres pays d'Asie, mais pas seulement. Au milieu de l'océan des analyses "d'experts" et autre invités de marque consultés par les médias, un reportage de Valérie Dupont permet de voir que cette stratégie a été appliquée avec succès, sur le terrain, en Italie.

Dès les premiers jours de la pandémie, Vò, un petit village italien proche de Padoue, a choisi de suivre les recommandations des scientifiques [on aimerait bien les avoir, ceux-là!..]. Deux jours après la mort d'Adriano, âgé de 78 ans, le premier cas mortel en Italie, le village entier est mis en quarantaine et toute la population est testée.

Ces premiers tests ont permis de découvrir plus de cent personnes positives dans la population, dont 75% ne présentaient aucun symptôme.

Après 15 jours de quarantaine stricte, les quelque 3300 habitants deviennent des cobayes pour la recherche. Ils sont testés une seconde fois et cette seconde volée de tests ne révèle alors que 6 personnes positives.

Aujourd'hui, après 40 jours de confinement, le virus a totalement disparu du village.


Contrairement à ce qu'affirment les politiciens et leurs conseils, la stratégie de l'arrêt est tout à fait possible et à n'importe quelle échelle. Il faut que plusieurs conditions soient réunies:

  • une volonté sans faille des responsables politiques et administratifs ;
  • un dépistage aussi exhaustif que possible ;
  • une population assez unie, préparée et consciente des enjeux pour accepter une quarantaine réelle, mais courte.

Il est à craindre que plus aucun pays d'Europe ne rassemble ces conditions.

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Le village de Vò en Italie (Image Wikipédia)

La stratégie du freinage

Ralentir est plus facile, puisque le ralentissement, pour commencer, est une notion relative. Ralentir par rapport à quoi? Quels sont les objectifs? Il n'y a pas deux personnes pour tenir le même discours quant à la mesure du "succès" d'un ralentissement, et pas un journaliste pour poser la question. Quelle hausse des cas est acceptable? Tentons de formuler un postulat: le ralentissement serait un "succès" à partir du moment où les capacités de traitement du système de santé ne sont pas submergées, selon un graphique désormais célèbre.

Appliquons ce calcul à la Suisse. Admettons que le pays dispose de 2'000 lits en soins intensifs, un objectif de court terme, et qu'ils soient tous disponibles. Il faut que le nombre de nouveaux cas graves n'excède pas 1'000 par semaine, puisque les cas graves sont hospitalisés pour deux semaines environ (on imaginera pour les besoins de l'exercice que la répartition des malades est parfaite, qu'ils sont transportés là où il y a de la place, etc.). Comme environ 20% des cas de Coronavirus développent une forme sévère ou grave, cela signifie qu'il ne doit pas y avoir plus de 5'000 nouveaux infectés Covid-19 par semaine.

Pour prendre les chiffres de la RTS, le nombre de nouveaux cas est de 5'868, 7'153 et 6'252 lors des trois dernières semaines (semaines 12, 13 et 14 du calendrier). Nous sommes donc au-dessus, mais à quelques approximations près, ça se tient.

Mais combien de temps tout cela doit-il tenir? Alors que les pressions se font progressivement plus fortes pour un retour à la normale (qui a déjà quasiment lieu dans les faits, il suffit encore une fois de constater les comportements à Lausanne...) la probabilité est grande que la courbe reparte franchement à la hausse. Dans ce cas-là, la stratégie du ralentissement vole en éclat.

Même si elle ne repart pas à la hausse, il y a un autre problème. Combien de temps doit durer ce régime? Prenons les hypothèses les plus favorables. Admettons qu'une immunité globale est atteinte dès que 60% de la population a eu le virus, qu'on tient la barre avec 7'000 cas par semaine sans jamais les dépasser, etc. Admettons encore que les tests en Suisse ne concernent que les malades symptomatiques et que 75% des gens infectés n'en soient même pas conscients, comme à Vò en Italie. Le nombre de cas réels par semaine serait alors de 28'000 (21'000 asymptomatiques, 6'000 symptomatiques mais bénins, et toujours 1'000 nouvelles hospitalisations seulement).

Un rapide calcul sur la base des 8,57 millions d'habitants que compte le pays nous indique que nous atteindrons ce résultat au bout de... 183 semaines, c'est-à-dire un peu plus de trois ans et demi.

Quelque chose me dit que les freins lâcheront avant!

La magie de la vague

Les politiciens maintiennent leur emprise sur la population qu'ils dirigent en donnant toujours l'impression que tout est sous contrôle. Ils ne sont jamais surpris. S'ils peuvent admettre dans un moment de faiblesse que certains aspects du problème leur ont échappé, ils préfèreront invoquer le manque de moyens, la faiblesse des pouvoirs dont ils disposent, ou l'odieuse opposition.

La crise du Coronavirus a atteint des pays occidentaux dont les administrations sont garnies de suffisamment de statisticiens et d'épidémiologistes pour que l'impraticabilité des deux stratégies précédentes ait pu être discutée. Mais comment vendre à une population administrée qu'un problème n'a pas de solution?

La stratégie efficace de la quarantaine ne pouvant être adoptée pour des raisons idéologiques, la stratégie inefficace du ralentissement est restée seule en lice. Elle sera poursuivie autant que faire se peut ; elle a l'avantage de s'étaler dans la durée.

Pour faire accepter à l'opinion publique l'accroissement continu du nombre de malades tout en lui faisant croire que tout va bien, on évoquera ainsi la vague - une augmentation exponentielle du nombre de cas qui finira par se tasser, puis décroître. C'est inévitable, quasiment magique. Après la pluie le beau temps.

Et c'est évidemment un mensonge.

En admettant que les Chinois aient vaincu le virus, leur stratégie de l'arrêt, mise en place avec une violence extrême, leur a pris six mois. En Europe, on ralentit juste la marche des affaires et on pense s'en sortir en un mois et demi seulement...

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La progression des cas en Suisse (cliquez pour agrandir)

On espère deviner un tassement sur la courbe ci-dessus, mais en fait pas vraiment, car si la Suisse a quitté la trajectoire du doublement tous les trois jours, elle est encore au-dessus de celle du doublement tous les cinq jours, et ne parlons même pas du doublement tous les dix jours. Autrement dit, on est très loin du sommet de la courbe, qui correspond à un accroissement linéaire compatible avec les capacités de traitement du système de santé.

Les pressions sont grandes, naturellement, pour oublier toute prudence dès que l'aspect des courbes s'améliore. Le piège est d'autant plus sournois que, toute prudence oubliée, il faudra attendre encore deux semaines d'incubation avant de mesurer l'ampleur du nouveau stade de la catastrophe.

Je ne dis pas que chacun doive vivre cloîtré chez lui en chômage technique pour des années ; au contraire, je pense qu'une reprise économique est possible, à condition qu'elle soit faite de façon intelligente et disciplinée: détection de la température aux points névralgiques, port des gants et du masque obligatoire, désinfection fréquente des lieux de passage, bref, tout ce que les pays asiatiques font depuis des semaines avec un certain succès. Certaines grandes enseignes commerciales suisses travaillent déjà à mettre en place ce mode de fonctionnement en prévision de la fin du "confinement".

Nous n'affrontons rien d'autre qu'un virus, après tout, pas un fléau divin. Ce serait dommage que le génie humain soit battu en brèche par quelques simples brins d'ARN. Mais nous triompherons, soyez-en sûr, et peut-être triomphons-nous déjà. Ce sera l'objet d'un prochain billet.

02 avril 2020

Coronavirus: Trajectoire de Crise

Le monde a de la chance: chaque pays a l'insigne honneur d'être mené par des dirigeants plus compétents, intelligents et avisés que dans les pays voisins.

En conséquence de quoi, et tous les médias locaux vous le diront, les mesures prises localement sont d'une sagesse évidente. Elle sont plus astucieuses, efficaces et réfléchies que nulle part ailleurs, évidemment.

Et si on vérifiait?

Je vous présente ci-dessous une infographie remarquable, permettant de comparer simplement les pays depuis leur 100e cas de Covid-19. Vous l'aurez reconnu, il s'inspire largement du graphique du Financial Times évoqué ici-même le 17 mars, mais mis à jour et bien plus détaillé.

On peut constater visuellement le rythme de progression jour après jour des cas de Coronavirus officiels (étant entendu que le nombre de cas réels est sans doute encore plus grand, selon la politique locale en matière de test). N'hésitez pas à utiliser le filtre par pays pour plus de lisibilité dans les comparaisons.

Des lignes pointillées montrent la vitesse de progression de la maladie: doublement tous les jours, deux jours, trois jours, cinq jours et dix jours.

Visiblement, certains pays tirent leur épingle du jeu après plus d'un mois de pandémie: Japon, Singapour et Corée du Sud. On pourrait citer aussi la Chine mais il y a fort à craindre qu'au paradis communiste la vérité soit la première victime. Après une catastrophique perte de temps, l'Europe occidentale tente péniblement d'infléchir la courbe.

Peut-être devrions-nous tirer davantage d'enseignement des pays qui réussissent, au lieu de laisser des bureaucrates inventer dans leur coin des solutions qui ne marchent pas?

20 mars 2020

Coronavirus: Quand les rois sont nus

Dans un éditorial de la Weltwoche intitulé "Un suicide par peur de mourir", Roger Köppel se demande si les mesures prises trop tard et sous l’emprise de la panique par notre Conseil fédéral, à la suite de nos voisins de l’Union européenne, sont vraiment raisonnables par rapport au danger réel de l’épidémie du Coronavirus, traduit Claude Haenggli.

Des politiciens responsables doivent toujours se poser la question du caractère proportionné des décisions qu’ils prennent. Quel est le problème ? Comment peut-il être résolu ? À quel prix ? Une analyse des coûts par rapport aux avantages est par nature gênante lorsqu'il s’agit de la santé, mais elle n’en reste pas moins nécessaire. Sous l’empreinte de la panique engendrée par le Coronavirus, il semble qu’on ait voulu faire fi de cette exigence. Tous les moyens semblent bons au gouvernement et aux partis politiques pour ralentir la propagation du virus. Un sentiment de malaise est en train de s’emparer de beaucoup. La Suisse, le monde, sont-ils en train, par peur d’une possible contamination, de commettre un suicide économique ?


Il est triste d'en arriver ainsi à opposer le coût en vies humaines à des intérêts économiques, comme s'il s'agissait de deux plateaux d'une balance. L'esprit est naturellement attiré par ce dualisme opposant un concept à un autre. Mais la réalité n'est pas si simple, puisqu'il faut bien admettre qu'aujourd'hui, nous n'avons ni l'un ni l'autre...

L'Europe, une nouvelle Chine, en pire

Je ne saurais affirmer si notre Conseil fédéral et nos voisins de l'Union européenne ont agi ou non sous le coup de la panique ; mais si leur objectif premier a jamais été de ralentir la propagation du virus, le résultat est jusqu'à aujourd'hui un échec abyssal.

Robert_R._Redfield.jpgLe 11 mars, le directeur des Centres de détection et de prévention des maladies américain (CDC), Robert Redfield, estima que le principal risque de propagation de l'épidémie pour les États-Unis, où un millier de cas étaient recensés alors, venait du Vieux-Continent. "La vraie menace pour nous, c'est désormais l'Europe", avait-il affirmé avec clairvoyance. "C'est de là qu'arrivent les cas. Pour dire les choses clairement, l'Europe est la nouvelle Chine." Quelques heures plus tard, Donald Trump prenait la seule décision raisonnable en pareilles circonstances, fermer les liaisons aériennes avec l'Espace Schengen.

Les mots de Robert Redfield et le décret du Président Trump provoquèrent un concert de grognements et de plaintes de la part des gouvernements visés, soudain mis sur un pied d'égalité avec les pestiférés chinois. La rage consécutive au crime de lèse-majesté était palpable. Mais quel que soit le niveau de haine antiaméricaine atteignable sur le Vieux Continent, la décision avait tout de même été prise. Plus possible de s'envoler pour les États-Unis, y compris pour les élites les plus imbues d'elles-mêmes. Plus possible non plus de cacher l'indigence de la gestion européenne de l'épidémie.

Pire encore, le Président Trump liant la fermeture des liaisons aériennes à l'état sanitaire européen, chacun comprenait bien qu'aucune franche poignée de main (figurativement parlant) ni aucun accord réciproque avec le locataire de la Maison Blanche ne parviendrait à dénouer la situation. La seule façon pour les pays de l'Espace Schengen de revenir à la normale serait de faire diminuer le nombre de cas de Coronavirus sur leur sol. Aussi s'y attelèrent-ils de mauvaise grâce...

Leur échec est total.

Nous avons un moyen indiscutable de le prouver. Ces dernières heures, l'Italie vient de battre le triste record du nombre de victimes, dépassant celui de la Chine. 3'405 décès dans la Botte, contre 3'245 en Chine depuis le début de l'épidémie.

Ces chiffres vertigineux sont à mettre en perspective. L'Italie dépasse la Chine! Réalise-t-on seulement ce que cela signifie? D'un côté, la Chine, près de 1,4 milliards d'habitants, une épidémie qui court depuis novembre 2019, un virus exporté dans les 34 provinces chinoises, des millions d'habitants mis en quarantaine... Et de l'autre l'Italie, 60 millions d'habitants (4,28% de la Chine en termes de population), souffrant de son premier décès le 22 février, il y a donc quatre semaines, et qui avait des mois pour se préparer, à l'inverse du géant asiatique confronté par surprise à cette nouvelle maladie...

Que de chemin parcouru par l'Italie, pourrait-on dire!

Alors, j'ouvre une parenthèse pour éviter les digressions de mauvaise foi, je sais: les chiffres chinois sont trafiqués. Nombre de morts ont été attribués à d'autres causes, rien ne nous dit que la maladie est autant sous contrôle que ne l'affirment les autorités chinoises, etc., et j'accepte ces réserves. Il n'empêche: face à un virus mortel, la Chine donne l'impression de réussir à franchir l'obstacle bien mieux que l'Italie, au point d'alléger les conditions de confinement à l'extérieur de la province de Hubei. Les cadres du Parti Communiste Chinois (PCC) aiment certainement donner une belle image de leur pays et n'hésiteraient pas un instant à sacrifier quelques millions de prolétaires pour relancer la machine économique, mais ils ne sont pas stupides: ils savent très bien que si le Coronavirus se répand encore en Chine tout le monde l'attrapera, eux y compris.

Un raisonnement dont les élites européennes n'ont pas été capables, mais sur lequel j'aurai l'occasion de revenir.

Si on veut une comparaison vaguement équivalente entre la Chine et l'Europe, prenons alors l'Europe entière - et même là on n'arrive qu'à une demi-Chine. Qui osera prétendre que le nombre de victimes en Europe est inférieur à celui de la Chine?

L'Europe n'est pas la nouvelle Chine. C'est une autre Chine, une Chine qui n'aurait pas lutté convenablement contre le Coronavirus. Et tous les Européens vont payer l'addition.

De l'incompétence assaisonnée d'incompétence

Il est plaisant de poser que les autorités auraient "privilégié l'économie au détriment de la santé", ou même l'inverse, mais c'est du grand n'importe quoi. Les autorités européennes, Suisse incluse, n'ont rien privilégié du tout. C'était Business as usual, la gestion des affaires courantes. Le virus les a surpris comme un cerf pris dans le faisceau des phares.

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"L'Europe découvre que le Coronavirus est aussi un problème européen", vue d'artiste

Le Coronavirus était une maladie exotique lointaine affectant ces imbéciles de Chinois, et c'était tout. Voilà pourquoi la France - et d'autres - envoyèrent en Chine des tonnes de masques et de matériel médical crucial pour aider les malades début février, alors que ces produits étaient déjà fabriqués là-bas et manqueraient sous peu ici. En même temps, la pandémie s'enracinait déjà gentiment notamment à cause des malades importés par le gouvernement français...

Respirateurs artificiels, solution hydroalcoolique, masques de protection, cours à la maison après la fermeture des écoles, règles de distance sociale, gestion économique de la crise, pas un domaine qui ne sente l'improvisation à plein nez. Personne ne sait quelles seront les règles en vigueur la semaine suivante.

Nos élites naviguent à vue.

Lorsqu'un politicien n'a plus d'idée, il ne fait rien et prétend ensuite que ce qui se passe est finalement exactement ce qu'il avait prévu. Dans cet ordre des choses, on peut présenter Boris Johnson et la fumeuse théorie de l'immunité de groupe (ce qui présage tout de même au moins 2 millions de morts au Royaume-Uni pour l'acquérir...) mais qui rétropédale soudain en réalisant l'énormité de cette folie. Ou Angela Merkel qui annonce en toute décontraction, entre la poire et le fromage, que 70% des Allemands pourraient contracter le virus, alors même qu'elle a le devoir et le pouvoir de prendre les décisions pour empêcher cela...

En Suisse, le grand public a découvert la semaine du 10 mars l'absurdité de la nouvelle doctrine du Conseil fédéral - "la Suisse capitule", avais-je écrit. Parmi le monceau de demi-mesures annoncées, la décision totalement incompréhensible de ne plus tester systématiquement les cas suspects mais seulement les cas "graves".

Nous en comprenons aujourd'hui les raisons réelles: la Suisse sera bientôt à court de kits de détection. Encore une brillantissime planification de la part de nos autorités.

Les élites commencent à payer

Il est de bon ton de parler des bonnes stratégies - les stratégies rejetées de façon hautaine à l'époque, et dont on explique ensuite que c'était la bonne chose à faire mais qu'il est désormais trop tard. La fermeture des frontières aux voyageurs provenant de pays infectés, quelle que soit leur nationalité. Les campagnes de dépistage massif et systématique. La quarantaine de tous les cas suspects. Les mesures d'isolation pour les groupes vulnérables.

Nous sommes à des années-lumière de tout cela. Un temps crucial a été dilapidé en vain. La Suisse et sans doute d'autres pays européens en arrivent à un tel niveau d'indigence sanitaire que nous ne pourrons bientôt même plus déterminer qui est affecté par le Coronavirus.

Rassurez-vous, il restera toujours suffisamment de tests - mais seulement pour les élites, cela va sans dire. Lorsque vous apprenez que la Confédération décrète que seuls les cas graves sont testés mais qu'une semaine plus tard les médias s'épanchent sur la quarantaine d'un Conseiller Communal de la Chaux-de-Fonds ou annoncent l'infection de Nathalie Fontanet du Conseil d'État genevois ("tout le Conseil d’État a été testé ce matin" explique l'article) on comprend bien que si vous êtes un simple employé du privé avec des symptômes suspects, vous n'aurez pas droit aux mêmes égards que nos vaillants élus, enchaînant bonne décision sur bonne décision et sans lesquels la Terre ne saurait tourner. Tant pis pour votre famille.

C'était sans doute ce que sous-entendait Alain Berset toutes les fois où il évoquait "les services de santé et l'administration" comme catégories prioritaires... Lorsqu'on est au pouvoir, il est bon de ne pas s'oublier entièrement.

Mais les élites auront beau avoir les meilleurs spécialistes, leurs kits de détection à volonté et sans doute des respirateurs artificiels réservés à leur usage exclusif, elles n'en sont pas moins affectées par la maladie comme tout le monde. C'est particulièrement vrai en Suisse où la classe politique entretient une proximité beaucoup plus étroite avec le bas peuple que dans d'autres pays comme la France ou l'Allemagne.

Les têtes d'affiche politiques font les gros titres lorsqu'elles apprennent qu'elles sont infectées, mais pour chacune d'elle combien de hauts cadres de l'administration, de médecins cantonaux (!) et d'autres membres de la bureaucratie directement responsables de la situation sanitaire du pays se retrouvent eux aussi confrontés à la maladie, comme le premier journaliste venu?

Le Coronavirus ignore le statut social et le prestige de ses victimes. Il touche aussi bien les princes que les célébrités. Et pour ces gens comme pour le reste, nous n'en sommes qu'au début.

Lorsque M. Köppel évoque une "analyse des coûts par rapport aux avantages" dans un éditorial, je pense - j'espère - qu'il ne réalise pas l'énormité de ce qu'il écrit en termes de centaines de milliers de victimes potentielles dans la seule Helvétie.

Les mots ne coûtent pas grand-chose, mais les mauvaises décisions se payent en vies humaines.

17 mars 2020

Coronavirus: le pari fou de l'immunité

En Europe continentale, les dés sont jetés.

En Italie, premier pays touché pour des raisons que les médias traditionnels n'expliqueront jamais, des millions d'habitants, puis toute l'Italie le 9 mars, se sont retrouvés sous un régime de quarantaine de plus en plus renforcé. Les mêmes mesures sont appliquées progressivement en France, en Allemagne, et même désormais en Suisse, dans une tentative désespérée de ralentir la progression de la pandémie de Covid-19.

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Les temps changent.

On entend moins les antivaccins et les anti-sociétés pharmaceutiques. L'odieux capitalisme a soudainement du bon lorsqu'il permet à des chercheurs de travailler sur des remèdes.

On entend moins Greta Thunberg et sa névrose climatique, depuis que la jeune fille est retournée dans sa chambre d'adolescente.

On entend moins les brèves de comptoir de ceux qui comparent la maladie à une simple grippe.

On entend moins, mais on les entend encore, ceux qui disent que la maladie n'est qu'une affaire de personnes âgées de 65 ans et plus. En France et aux Pays-Bas, on en est loin. Au Canada, les patients de 60 ans et plus ne constituent que 31% des cas d'hospitalisation. Les médias continuent d'éviter le sujet, des fois que les jeunes comprennent qu'ils sont en danger aussi...

On entend moins les partisans forcenés de la libre-circulation, qui expliquaient du matin au soir que fermer les frontières ne résoudrait rien, alors que maintenant toutes les frontières sont en voie d'être fermées. Grâce à Internet, nous n'oublierons pas tous ces gens.

Pas de triomphalisme. Avoir raison lorsqu'on annonce une catastrophe comme je le fais depuis plus d'un mois ne laisse dans la bouche qu'un goût amer. Qu'aurait donc coûté alors la fermeture totale des frontières aux personnes, par rapport à ce que nous vivons aujourd'hui? J'aurais aimé avoir tort. J'aurais aimé que nous vivions dans la fiction heureuse dépeinte par les médias et le monde politique avant ce réveil. Le réveil est brutal et tardif, et il est brutal parce qu'il est tardif.

Et il reste toujours des trous dans la raquette. En France, on a voté ce week-end. En Suisse, on garde les crèches ouvertes, comme si la perspective d'aller au bout du geste effrayait les autorités. On ne suggère qu'à demi-mot des restrictions de mobilité, d'association, d'utilisation des transports en commun. Les bus, les trains et les avions sont pourtant des lieux de premier plan pour s'infecter. Des termes comme "confinement", "couvre-feu", "isolation" ou "quarantaine" font peur, alors qu'ils sont la clé de la survie des plus vulnérables d'entre nous.

Pour ce qui est de notre dépendance auprès des travailleurs frontaliers pour nos services de santé, la Conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher avait proposé il y a quelques jours de les héberger en Suisse (les lits ne manquent pas en hôtellerie) afin qu'ils puissent continuer à travailler ici, au lieu d'attendre le moment prévisible où leur pays d'origine les réquisitionnera pour son propre système de santé. La proposition est restée lettre morte. Le Conseil fédéral préfère que les infirmières et aides-soignants retournent chaque jour dans leur zone à risque en France ou en Italie, en attendant de ne plus venir du tout.

Une course contre la montre quasiment perdue

Nous ne vivons pas dans le monde parfait de la publicité, pas plus que dans le monde idéalisé des reportages télévisés, où notre art de vivre ferait magiquement obstacle à la maladie. Braver les interdits en sirotant une bière en terrasse n'est pas un geste de courage et de défi, mais une prise de risque d'une incommensurable stupidité. On ne lutte pas contre une idéologie mais contre un virus.

Continuer à vivre "comme avant" est un aller-simple pour l'épidémie généralisée.

Ce lundi matin, à Lausanne, tout était calme, mais normal. Terriblement normal. Aucune distance de sécurité nulle part, aux arrêts de bus par exemple. Des gens en groupe, aucun masque visible à la ronde, hormis le mien et celui de quelques fonctionnaires de police forcément obligés de suivre les directives édictées par leur hiérarchie. Place Bel-Air, des personnes âgées déambulaient sans la moindre protection au milieu des piétons pour faire quelques emplettes de bon matin, comme si de rien n'était. Les transports en commun continuaient à circuler, charriant leur lot de passagers et de germes infectieux pour la journée.

Il est terrible d'embrasser une foule du regard et de se dire que si le virus y circule, une personne sur vingt sera morte dans un mois.

Selon le Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies américain (Centers for Disease Control and Prevention, CDC) le temps d'incubation du Coronavirus varie entre 2 et 14 jours après l'exposition. Selon un rapport récent, plus de 97% des individus qui contractent le "SARS-CoV-2" montrent des symptômes onze jours et demi après leur exposition. La période moyenne d'incubation est de 5 jours.

Tout cela signifie qu'il faudra attendre deux semaines pour voir si les mesures "fortes" prises par les pays occidentaux sont efficaces. En attendant, le nombre de cas avérés double tous les trois jours - pour les pays qui se donnent encore la peine de dépister la maladie, évidemment.

"Tous n'en mourraient pas mais tous étaient frappés"

La pandémie de Coronavirus est globale, mais chaque pays apporte sa propre réponse. En ce sens, si vous pensez que les mesures prises par l'Allemagne, la France ou la Suisse sont minables et trop tardives, rassurez-vous, il est toujours possible de faire pire.

Parmi les innombrables graphiques qui circulent, celui-ci a retenu mon attention: l'évolution de la maladie à partir du centième cas, jour après jour selon chaque pays. Il permet une comparaison instructive entre des pays frappés à différents stades chronologiques.

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Progression du nombre de cas confirmés à partir du 100e cas, jour après jour.
(Graphique Financial Times ; cliquez pour agrandir.)

Il est difficile de contenir la progression des 33% de nouveaux cas chaque jour. Comme on peut le voir, la Corée du Sud, le Japon, Singapour, Hong-Kong et la Malaisie semble réussir leur pari - si leurs données ne sont pas trafiquées. L'inflexion sud-coréenne est la plus remarquable. Leurs sociétés sont différentes des nôtres en termes ethniques, culturels, disciplinaires, et leurs élus sont tout aussi différents des nôtres sur ces mêmes points. Les reportages réalisés là-bas montrent une approche infiniment plus sérieuse de l'épidémie que dans nos sociétés européennes.

Soyons fous en attendant la fin

La pire réponse vient probablement du Royaume-Uni et des Pays-Bas, où les autorités ont décidé de... Laisser le virus se répandre.

Il ne s'agit pas de ne rien faire ; ces pays ont l'intention de préserver les personnes âgées en les isolant. Mais ensuite, les autorités font le pari de laisser le virus se propager dans le reste de la population. Leur objectif est d'augmenter la proportion de personne guéries afin d'immuniser l'ensemble. C'est le schéma adopté pour d'autres maladies comme la rougeole ; encore faut-il parvenir à un taux d'immunité 95% à 2 ans pour interrompre la circulation du virus...

En l'espèce, et je n'ai pas peur de l'écrire, cette stratégie s'apparente à mes yeux à un crime contre l'Humanité. The Guardian prédit que 80% des Britanniques seront infectés et près de 8 millions seront hospitalisés dans les 12 prochains mois (c'est-à-dire, devraient être hospitalisés, étant entendu que jamais le NHS anglais à la dérive n'arrivera à s'en occuper). Le gouvernement a relativisé en assurant que c’était le pire des scénarios possibles... Nous verrons ce qu'il en est.

Comme je l'ai mentionné en début d'article, nous en apprenons chaque jour sur le virus - notamment que la proportion de jeunes gravement infectés est bien plus grande que ce que les études initiales suggéraient. Laisser le virus se répandre, c'est laisser un "tsunami" d'infections aiguës qui submergera les capacités du système de santé. C'est laisser les médecins choisir qui ils vont laisser vivre ou mourir. C'est laisser les malades périr dans les couloirs, ou les abandonner chez eux.

En outre, ces sacrifices pourraient l'être en vain, car l'immunité consécutive à une guérison semble bien modeste. Il y a plusieurs cas de personnes réinfectées par la maladie, en Asie uniquement pour l'instant - le nombre de personnes guéries en Europe est encore trop faible pour que cet aspect soit étudié sur notre continent.

Sans parvenir à juguler l'épidémie, il arrivera un moment où l'immunité de groupe, si elle existe, sera notre dernière planche de salut. Mais certains gouvernement ne s'embarrassent pas de prudence et osent de terribles paris avec leur population. Il sera essentiel qu'à la fin de la crise ils rendent des comptes à leurs citoyens. La responsabilité n'est pas qu'un mot.

10 mars 2020

Coronavirus: la Suisse capitule

"La Suisse capitule." C'est sans doute le sentiment qu'ont ressenti beaucoup des spectateurs avec un organe fonctionnel entre les deux oreilles en découvrant la nouvelle stratégie du Conseil fédéral pour lutter contre la pandémie de Coronavirus en Suisse.

Changement de cap

Une dépêche publiée dans Le Matin de lundi annonce la couleur:

"Retrouver et avertir toutes les personnes ayant été en contact plus de 15 minutes à moins de deux mètres d'un cas avéré demanderait des efforts disproportionnés", a indiqué Virginie Masserey, cheffe de la section Contrôle de l'infection de l'OFSP à Keystone-ATS. (...)

"Une telle mesure aboutirait en outre rapidement à la mise en quarantaine d'une grande partie de la population."


Le contrôle des chaînes d'infection était la stratégie de base de l'Office Fédéral de la Santé Publique jusqu'ici, et la raison pour laquelle les regroupements de plus de mille personnes étaient désormais interdits. Mais sans contrôle des déplacements, impensable pour des raisons idéologiques, les chaînes de transmission sont devenues si vastes qu'elles en sont devenues incontrôlables. Il n'est pas difficile d'imaginer pourquoi: voyage dans un transport en commun, salle d'attente, file à un guichet, repas dans une salle de restaurant... Quelques jours ordinaires d'un porteur de Coronavirus tout aussi ordinaire lui font côtoyer tellement de gens qu'il est impossible de retrouver tout le monde.

15 minutes à moins de deux mètres d'un cas avéré, c'est le tarif habituel pour risquer de contracter la maladie à son tour.

En affirmant qu'une grande partie de la population devrait être mise en quarantaine si les règles étaient appliquées, la cheffe de la section Contrôle de l'infection de l'OFSP ne fait rien d'autre qu'avouer qu'une grande partie de la population helvétique a été en contact avec le virus ces derniers jours.

Impensable de tenir au public un tel langage de vérité. Trop effrayant. On trouve donc des tournures de phrase. De la même façon, personne n'établit le constat d'échec de la stratégie de contrôle des chaînes de transmission. On parlera pudiquement de "nouvelle stratégie" qui remplace l'ancienne, sur laquelle on ne s'étendra pas davantage...

Comment la Suisse entend lutter contre la pandémie

Énumérons les nouvelles règles:

  • Les personnes infectées devront rester en isolement dix jours au minimum, c'est à dire moins que la durée de la maladie qui va jusqu'à quatorze jours ; ce qui revient à dire que "l'isolement" préconisé n'empêchera pas les personnes infectées de contaminer autrui.
  • Seuls leurs contacts très proches seront mis en quarantaine pendant au moins cinq jours, ce qui là encore est la garantie que le virus, très contagieux, se propage non seulement au sein d'une famille mais aussi de tous ceux que côtoient cette famille avant que les symptômes ne se déclarent.
  • Seules les personnes particulièrement vulnérables ou devant être hospitalisées et le personnel des établissements médicaux seront testés. Les autres ne seront pas testées. Devant une telle absurdité un mème s'impose:

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"Nous en appelons à l'autoresponsabilité", explique Virginie Masserey. L'autoresponsabilité, dans ce discours, c'est quand l'individu doit gérer seul son diagnostic, son degré de dangerosité pour autrui, le niveau de ses symptômes et la date de son éventuelle guérison. Chacun va devoir être super-auto-responsable, et fin dans son analyse!

Je n'ai aucun problème avec la responsabilité individuelle, puisque c'est la seule chose qui subsiste quand tout le reste a foutu le camp. La responsabilité individuelle est ce qui nous sépare des animaux. Mais je ne peux m'empêcher de penser: si chacun doit gérer l'épidémie de Coronavirus à son niveau à travers la responsabilité individuelle, à quoi servent Virginie Masserey et l'Office Fédéral de la Santé Publique?

L'Italie combat, la Suisse rend les armes

Il était assez remarquable de voir Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'Université de Genève, démolir à demi-mots la nouvelle stratégie en direct sur le plateau du journal télévisé de ce mardi. Je vous invite à découvrir la séquence en entier, qui dure moins de quatre minutes. Lorsqu'on lui demande si le système pourrait être débordé en Suisse, le statisticien évite de se mouiller et s'étend dans une digression sur l'Ebola où les statistiques ont été particulièrement mauvaises, parce que trop catastrophistes... Mais pourquoi l'étaient-elles? Parce qu'elles n'avaient pas tenu compte des moyens de lutte engagés par les Africains pour combattre le fléau. La volonté humaine s'opposant à la progression géométrique d'un virus dans une population.

Le parallèle avec les fausses prédictions d'Ebola est très pertinent. Il permet de distinguer une société où on se bat contre la maladie d'une autre où on la laisse se répandre librement. La divergence entre l'Italie et la Suisse nous permettra très vite de vérifier cette hypothèse.

Lundi, Philippe Eckert, directeur général du CHUV, expliquait sur les ondes de la RTS que "le virus est parmi nous et notre rôle maintenant est de protéger les patients les plus à risques de faire des complications graves." Dans la même séquence, la présentation d'un graphique symbolique permet de comprendre l'erreur colossale des autorités helvétiques:

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(Graphique tiré d'une étude publiée dans The Lancet ; capture de vidéo d'une émission de la RTS.)

L'Italie vient de déclencher une quarantaine à l'échelle du pays - certes imparfaite, mais tentant au maximum de limiter les interactions humaines pour ralentir la progression de la maladie et redonner du souffle à son système de santé. L'entier de la péninsule doit se soumettre à des règles de simple bon sens, éviter tout contact non-indispensable. Toutes les manifestations sportives, par exemple, sont suspendues jusqu'au 3 avril. Tout individu doit être capable de justifier du moindre déplacement.

La Suisse, de son côté, ne propose aucune mesure visant à ralentir la progression de la maladie. Ni fermeture d'école, ni restriction de circulation, ni fermeture de frontière.

Lorsqu'on parle de "foyer" d'épidémie, le parallèle avec l'incendie n'est pas fortuit. L'Italie tente de combattre le coronavirus en l'asphyxiant des relations humaines dont il se nourrit. La Suisse entend surveiller le pouls des brûlés mais refuse de s'attaquer aux flammes.

Tout est donc en place en Suisse pour que la diffusion de la maladie prenne l'allure de la courbe jaune ci-dessus, la progression étant cachée dans un premier temps par la diminution des tests de dépistage. Le nombre de cas grave augmentera en proportion des infectés, jusqu'à saturer les capacités de traitement du système de santé. C'est exactement ce qui s'est passé en Lombardie, et de façon encore plus poussée en Iran. La catastrophe nous guette d'ici deux à trois semaines, pendant lesquelles nous aurons encore perdu un temps précieux.

Les survivants attendront avec impatience la prochaine "nouvelle stratégie", signe que la stratégie actuelle n'est pas la bonne.

La seule qualité rédemptrice de tout ce gâchis est de penser que la plupart des invités de la RTS, les médecins cantonaux et la classe politique qui organise tout cela souffriront sans doute comme les autres de cette pandémie qu'ils contribuent à installer.

Maigre consolation pour les familles de toutes les victimes à venir.

Mise à jour (13 mars): ce vendredi le Conseil fédéral semble enfin prendre la mesure de l'enjeu avec des mesures fortes - fermeture des écoles, des universités, etc. et soutien de l'économie. Il est dommage que le virus ait néanmoins pu circuler à peu près librement depuis une semaine, ce que nous verrons dans la courbe des cas de ces prochains jours. Actuellement, la progression du coronavirus en Suisse est encore plus rapide qu'en Italie.

08 mars 2020

Coronavirus: politique de la crise

Le concert des nations laisse entendre de nombreuses fausses notes. Dans le bel ensemble européen, la volonté de la France de faire main basse sur les stocks de masques de protection jure avec une Commission européenne prônant la solidarité dans la maladie.

Pour une autre cacophonie, il suffit de se tourner vers la Suisse où le Conseil Fédéral et les Cantons proposent les mesures les plus disparates pour lutter contre la pandémie, trahissant ainsi leur improvisation totale. Les résultats sont au rendez-vous: avec 337 cas déclarés au moment où ces mots sont écrits, la Suisse est le pays d'Europe le plus touché après l'Italie en nombre de cas de Coronavirus par habitant. Et si la frontière entre la Lombardie et le Tessin est jamais fermée, ce sera plus à cause de la quarantaine décidée par les autorités italiennes que par les sans-frontiéristes forcenés qui sévissent en Helvétie. Rassurons-nous, la frontière est toujours ouverte.

Les mêmes élus qui affirment la main sur le cœur que la santé publique est primordiale, essentielle, n'hésitent pas à la sacrifier au nom des intérêts des commerces détaxés des zones aéroportuaires, de quelques semaines d'éducation obligatoire, du chiffre d'affaire des cafetiers et restaurateurs... La santé publique est essentielle, mais, finalement, après un peu tout le reste.

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La carte des réjouissances au 8 mars 2020.

Ce n'est pas que les mesures proposées par les autorités soient mauvaises ; mais elles manquent cruellement de profondeur, pratiquement à chaque fois. Comme si aucun décideur n'osait aller au bout du geste. Espérons que ce soit juste de l'incompétence...

Prenons l'interdiction (fédérale) de rassembler plus de 1'000 personnes dans un même lieu: le MAD de Lausanne a simplement contourné le règlement en divisant en deux les zones de sa boîte de nuit, avec entrées séparées. Moralité, malgré l'interdiction tout continue comme avant, les deux flots de night-clubbers se mélangeant allègrement autour de la boîte de nuit.

Prenons le nouveau conseil donné aux personnes âgées d'éviter les transports en commun ou de faire leurs courses aux heures de pointe, et, grosso-modo de limiter leurs interactions sociales. Que valent-elles pour les EMS, dont le personnel nettement plus jeune n'est pas concerné? En France, 70% du personnel de ces établissements n'est même pas vacciné contre la grippe saisonnière. En Suisse, combien de ces aides-soignants se retrouvent le week-end pour une virée au MAD-1 ou au MAD-2?

Certains commentateurs - anonymes, cela va sans dire - étalent dans les médias un cynisme ahurissant en se réjouissant que le Coronavirus a du bon. Il viendrait ainsi "épurer" nos sociétés occidentales de tous ces vieux qui pèsent sur les retraites et ne produisent plus... Mais ce n'est qu'un prétexte. En Suisse, les personnes âgées ont surtout le défaut de voter plus à droite que le reste de la population, et de voter avec plus d'assiduité. Donc c'est évidemment un problème, déjà relevé par nos brillantes élites politiques. Le Coronavirus permettrait de faire d'une pierre deux coups, sans avoir à s'embêter de discutailleries parlementaires. Pourquoi retirer simplement leur droit de vote aux personnes âgées quand on peut retirer les personnes âgées elles-mêmes? Oh, personne n'osera jamais admettre pareille pensée ouvertement, c'est une évidence. Mais des gens mourront. Que voulez-vous, c'est l'épidémie...

Affreux? Certainement. Inimaginable? C'est déjà moins sûr. Le fait même que l'idée revienne souvent dans les commentaires de certains articles montre que l'idée fait son chemin dans l'esprit d'une partie de la population.

"Génial! Une rente AVS de moins et un appartement libéré sur le marché!"
-- Réaction entendue dans un cercle de journalistes hilares à l'annonce du premier décès dû au Coronavirus en Suisse, une vieille dame de 72 ans

Et si on tuait les gens que l'on n'aime pas?

L'utilisation politique d'une maladie n'a rien de nouveau. Je ne parle pas ici de l'inévitable empoignade sur le qui-est-responsable-de-quoi lorsque les malades s'accumulent du fait de l'incompétence de la classe politique, mais bien sur une utilisation tout à fait pratique du virus, pour éliminer physiquement des opposants. Les infecter afin qu'ils tombent malades, et meurent.

Au moyen-âge, lors des sièges des forteresses, une tactique de guerre des assiégeants consistait à envoyer des carcasses moisies d'animaux dans l'enceinte des murailles avec un bon tir de catapulte. L'idée était de rajouter quelques maladies aux afflictions que subissaient déjà les assiégés. Mais c'était une époque de barbarie sans scrupule.

Plus récemment, aux États-Unis, une conseillère communale américaine a lancé l'idée d'infecter au Coronavirus les méga-meetings de Trump. On notera que la politicienne en question est évidemment une supportrice de Bernie Sanders. À défaut de vaincre Trump dans les urnes, une bonne infection au Coronavirus en viendra à bout. L'humanisme de ces gens-là me surprendra toujours.

Il s'agit d'une initiative individuelle, répondra-t-on. Mais en quoi cela met-il qui que ce soit à l'abri? En Suisse, on pourrait très bien imaginer une petite "tournée des EMS" par un membre infecté du mouvement antihumain Extinction Rébellion - et en plus, ce ne serait même pas illégal. "Désolé messieurs-dames, je pensais juste que j'avais un gros rhume..."

Et si on infectait les pays que l'on n'aime pas?

L'utilisation du Coronavirus comme une arme (peut-être d'ailleurs la fonction première pour laquelle il a été inventé, allez savoir) n'est pas seulement le fait de dangereux illuminés disséminés dans la population. Il y a trois jours, un scandale a éclaté au Moyen-Orient lorsque l'Arabie Saoudite a dénoncé la nouvelle politique d'immigration iranienne de ne plus tamponner les passeports des ressortissants saoudiens entrant dans le pays.

Comme-je-suis-étonné que personne n'en ait été informé sous nos latitudes! Mais revenons à notre affaire.

Le pot-aux-roses a été découvert après que cinq Saoudiens ont été détectés comme porteur du virus après être rentrés d'Iran en passant par le Bahreïn et le Koweït, mais sans que leur passeport n'en fasse mention. Évidemment, essayant de rester discret, les individus en question n'ont pas mentionné qu'ils revenaient d'Iran lorsqu'ils sont rentrés au pays. Mais ils se sont mis à table une fois qu'il était avéré qu'ils étaient atteints du Coronavirus.

"Ces actions sont une preuve directe de la responsabilité de l'Iran dans l'augmentation des infections de Coronavirus et dans la progression de la pandémie tout autour du monde", a condamné un responsable saoudien. Certes, certes. Mais si l'Iran tombe dans la maladie, le régime des mollahs a bien l'intention d'emmener un ou deux ennemis avec lui dans sa chute.

Les autorités iraniennes refusent d'ailleurs de donner aux autorités saoudiennes la liste des voyageurs saoudiens qui se sont rendus en Iran depuis le premier février. On se demande pourquoi.

Retour de flamme

Désespéré et jusqu'au-boutiste, le régime iranien est ravagé par le Coronavirus. Il n'a pas été aidé par ses premières mesures "relançant le débat entre science et religion", comme le relate pudiquement Le Nouvel Observateur. Extrait:

Le 26 février, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux iraniens, [l'ayatollah Mohammad Saïdi, chef du mausolée de Fatima Massoumeh à Qom,] a insisté pour que son lieu de culte reste ouvert aux fidèles. "Ce sanctuaire sacré [est] une maison de guérison", a-t-il dit, invitant les pèlerins à s'y rendre "pour guérir de leurs maladies de l'âme et du corps". (...)


Rien de mieux que de se rassembler en prière pour combattre une épidémie. Mais les "adversaires" du régime ne sont pas mieux lotis:

[Dans] une autre vidéo virale, Jaafar Ghafouri, militant d'une branche du chiisme rejetant la République islamique, apparaît en train de lécher la tombe de l'imam Réza à Machhad, en déclarant : "Je mange le virus afin de vous rassurer et que vous continuiez de venir au mausolée."


Les chiites ont apparemment une obsession pour le léchage des lieux saints.

Cette piété mal placée d'un point de vue sanitaire a un prix. Même la classe politique finit par être touchée, car aucune puissance politique ne protège du virus. En Iran, 8% des députés sont infectés par la maladie. De nombreux officiels de haut rang en sont morts.

Cet aspect des choses est à garder en tête alors que la classe politique est quasiment une population à risque à elle seule. Elle a de nombreux contacts sociaux, voyage fréquemment, et contient une proportion élevée de gens âgés. L'âge moyen est de 61 ans pour le Sénat en France, 49 ans pour le Conseil national en Suisse, 54 ans pour le Conseil des États.

Les doctes politiciens tançant le bas peuple qui a l'audace d'annuler ses réservations au restaurant en pleine pandémie devraient se rappeler qu'ils pourraient bien être au menu de celle-ci.

Dans ce contexte, la présence au Parlement de Magdalena Martullo-Blocher portant un masque il y a six jours ne s'apparentait pas à une opération de communication, mais à la plus élémentaire prudence dans une foule impliquant autant de sources d'infection que de victimes potentielles. Si opération de communication il y a eu, cela a surtout été de donner l'exemple.

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L'odieuse protection individuelle de l'élue des Grisons (capture d'écran de vidéo)

Mais au lieu d'exemple nous eûmes tout le contraire - Isabelle Moret, Présidente du parlement, intima à la parlementaire rebelle l'ordre de renoncer à son masque ou de renoncer à siéger, une décision soutenue par l'écrasante majorité de la classe politique et des médias.

Les personnes qui refusent à une élue une mesure d'hygiène personnelle en pleine pandémie sont beaucoup moins sourcilleuses face au port du voile islamique. Ce n'est qu'une absurdité de plus de l'époque où nous vivons: il est intolérable de vouloir protéger sa santé, mais convenable d'étaler son appartenance religieuse. Peut-être Mme Martullo-Blocher aurait-elle du cacher son masque derrière une burqa pour que nul ne s'offusque?

Les citoyens helvétiques portent leur part de responsabilité dans ce fiasco: après tout, ils ont élu tous ces gens. Il ne faut pas s'étonner ensuite de la façon dont la pandémie progresse dans le pays.

Bonne chance à tous, et n'oubliez pas d'éternuer au creux de votre coude. Tout va très bien se passer.