03 février 2013

Vision de fourmi rouge

Renens a son lot de particularités attachantes ; l'une d'elle est la "fourmi rouge", feuillet mensuel de l'extrême gauche, aimablement distribué à tous les ménages de la commune.

J'adore la fourmi rouge. Chaque numéro combine un mélange de propagande surannée, de nombrilisme mielleux, de raisonnements bancals, d'attaques gratuites, le tout enrobé d'une bonne louche de mauvaise foi. C'est bien simple, jusqu'à la mise en page bloquée quelque part dans les années 80, le moindre exemplaire est collector! Il ne manquerait qu'un poil d'autodérision pour atteindre le nirvana, mais enfin, c'est sans doute trop demander à la section locale de l'avant-garde du prolétariat.

fourmi_rouge.jpgSi j'ai choisi d'évoquer cette feuille de chou avec vous aujourd'hui, c'est parce que l'UDC est au centre de son dernier numéro. Le nouveau venu de la politique communale obsède notre insecte, qui y consacre la moitié de ses pages.

L'éditorial évoque ainsi les modestes baisses proposées au budget 2013 par notre parti devant le Conseil Communal - 300'000 francs d'économie sur un budget de 100 millions, dérisoire! - comme une attaque signant rien de moins que la fin de toute vie culturelle:

Ces propositions trahissent une vision du monde bien triste: un monde où déambule un.e citoyen.ne (sic) qui, tout en continuant de faire marcher l'économie, ne demande rien, ne crée rien, se rencontre dans des lieux invisibles, n'écoute pas de musique et n'en demande pas, paie pour des loisirs individuels qu'il ne partage avec personne et laisse bafouer ses droits sans réagir. Est-ce là un projet de société?

 

Non, ce n'est pas un projet de société ; à vrai dire, pas même un texte compréhensible. Et comment peut-on tirer des extrapolations aussi apocalyptiques d'une simple baisse de subvention?

L'idée que les ressources que la Municipalité alloue à la vie associative proviennent des poches mêmes de la population qu'elle prétend aider n'effleure pas notre bonne fourmi. N'importe quel Renanais pourrait librement choisir de devenir membre d'associations comme les "Familles du Quart Monde", "Globlivres" ou l'humblement nommée "Renens Carrefour du Monde", et les soutenir financièrement. Ils ne le font pas.

Qu'à cela ne tienne, extorquons-leur la somme quand même à travers l'impôt!

L'administration communale substitue donc son jugement (forcément supérieur) à celui de ses administrés et dépense à leur place, en leur nom et avec leurs économies. Elle s'en attribue même le mérite par-dessus le marché. En outre, vu la couleur politique des associations soutenues, le copinage n'est pas loin.

Franchement, pas de quoi être fier.

Une deuxième critique est livrée en dernière page du fascicule dans une autre rubrique au ton plus corrosif, "acide formique" (à côté d'une annonce titrée "Des difficultés à remplir votre déclaration d'impôt?", ça ne s'invente pas!)

La fourmi en remet donc une couche:

Les amendements UDC montrent clairement quel type de ville ce parti veut. Une ville pingre sur la qualité des services publics et qui ne ferait aucun effort pour relever ceux qui sont tombés. Une ville sans culture et sans vie associative où l'on aurait rien de mieux à faire que de rester chez soi.

 

"Relever ceux qui sont tombés", noble formulation! On tombe souvent à Renens. Mais on se relève beaucoup moins, malgré le plaidoyer de l'extrême-gauche au pouvoir. Le taux de chômage de la commune est deux fois plus élevé que la moyenne nationale, allez comprendre! Se pourrait-il que deux ou trois notions économiques de base échappent à nos marxistes de service?

Quant à une ville "pingre sur la qualité des services publics" ou "sans culture et sans vie associative", excusez-moi de vous le dire, chère fourmi rouge, mais c'est exactement ce vers quoi nous nous dirigeons - grâce à vous.

Il ne fait aucun doute que Renens va droit dans le mur financièrement, l'excercice comptable de cette année étant un adieu aux chiffres positifs, pour longtemps.

Quand les impôts communaux seront au taquet, que les rares contribuables aisés auront fini de fuir la ville et que celle-ci, étranglée par la dette, quémandera sans la trouver une aide financière venue du ciel, que restera-t-il à faire? La même chose que partout ailleurs: des coupes drastiques et immédiates de toutes les budgets non liés à des obligations légales.

La potion de la rigueur sera amère et il faudra la boire jusqu'à la lie.

Les crèches fermeront. Les loyers ne seront plus subventionnés. Il n'y aura plus de musiciens invités, de spectacles, de campagnes d'affichage et de livrets distribués pour l'autopromotion de la Municipalité. Les fontaines se tariront dans des parcs laissés en friches. Des projets immobiliers publics s'arrêteront subitement en plein chantier. Il n'y aura plus d'agapes, d'apéros et autres banquets aux frais du contribuable. Baisses de salaire et licenciements frapperont les employés de l'administration communale.

Pas très réjouissant, chère fourmi rouge, n'est-ce pas? Nous nous dirigeons pourtant vers cet avenir sombre chaque jour davantage, sous votre conduite résolue.

Contrairement à ce que vous pourriez croire, cette perspective ne m'enchante guère. Si j'ai choisi de me lancer au Conseil Communal c'est aussi parce que j'aime cette petite ville que vous oeuvrez sans relâche à défigurer. Je m'inquiète des conséquences de votre gestion désastreuse sur ses habitants et ses services. La vision budgétaire de l'UDC s'inscrit dans la durée, par la recherche d'un équilibre raisonné ; il faut savoir renoncer aux projets d'orgueil et privilégier une optique de long terme. Vous, de votre côté, vous préférez la dépense frénétique, sans limite, jusqu'à l'interdit bancaire. C'est dangereux, car il faut de la croissance et des finances saines pour financer correctement des programmes sociaux. A la place, nous n'avons droit qu'à une fuite en avant dans l'endettement. La commune a désormais recours à cet expédient même pour payer les dépenses courantes.

Nous savons tous comment cela va se terminer.

Fourmi rouge, vous vous parez de vertu et lancez des diatribes contre vos adversaires politiques, mais n'êtes en fin de compte que mensonge et faux-semblant, jusque dans votre nom.

Car, loin d'être une fourmi, vous n'êtes qu'une cigale irresponsable.

26 décembre 2012

Renens en Mouvement

Renens est en mouvement. Plus précisément, en translation verticale, direction le fond du gouffre.

Le mois de décembre est celui du vote du budget. Les chiffres sont invariablement mauvais, pires que l'année précédente ; les rentrées fiscales sont en augmentation (merci les contribuables!) mais les dépenses sont plus élevées encore, réduisant la marge d'autofinancement comme peau de chagrin.

Pour ceux qui découvrent cette notion, la marge d'autofinancement représente l'enrichissement annuel de la commune, ou son appauvrissement. Cette valeur comptable est cruciale parce qu'à l'inverse d'autres indicateurs il n'est pas possible de la "maquiller".

La marge d'autofinancement de Renens diminue d'environ 1 million et demi par an. Aujourd'hui, bien que positive encore, elle n'atteint plus que cent mille et quelques francs selon le budget 2013. Des cacahuètes, sur un budget de plus de 90 millions.

Dès 2014, Renens s'endettera pour assurer les frais du ménage courant.

Incidemment, avec un beau sens de l'à-propos, la Municipalité a aussi envoyé peu avant cette date un courrier (à tous les habitants ?) évoquant les innombrables projets à venir pour la ville:

 

Renens_mouvement.png
Renens, ses chantiers, ses déficits, ses formes cubiques en béton.

Rien de très surprenant dans cette nouvelle auto-promotion de la Municipalité ; c'est un peu comme des feuillets publicitaires non sollicités que vous retrouveriez dans votre boîte aux lettres, sauf que ceux-là ont été conçus, imprimés et distribués avec vos impôts.

Aurait-on voulu faire opportunément miroiter au chaland des lendemains qui scintillent juste avant une séance de budget tendue, qu'on ne s'y serait pas pris autrement.

Ladite séance fut effectivement ardue, l'UDC bataillant ferme en amenant une trentaine d'amendements pour diminuer la facture - amendements forts modestes au demeurant, tant par leurs montants que par leur impact. Ils furent tous promptement défaussés par une belle unanimité extrême-gauche-socialistes-verts, 100% des mains levées à chaque fois, on sent bien que chaque conseiller communal avait mûrement réfléchi la chose!

Cela pourrait être drôle si ce n'était si triste. La commune de Renens court à la catastrophe. Elle fonce tête baissée dans son plan d'endettement XXL. Ces amendements n'auraient certes pas changé la trajectoire de la ville, mais ils avaient valeur de test pour illustrer la volonté du Conseil Communal de diminuer les dépenses, même symboliquement. En refusant tout en bloc, la gauche unie tomba dans le panneau tête la première. Il faut en tirer les conclusions qui s'imposent: les réflexes partisans des élus actuels du Conseil rendent impossible tout changement de cap.

Je fis part de mes conclusions à l'assemblée le soir même:

A l'échelle de Renens nous vivons probablement ce soir un moment historique: le dernier budget avec une marge d'autofinancement positive. Dès l'an prochain, la ville s'enfoncera dans le rouge, et y restera.

Disons les choses clairement: Oui, le budget est un choix politique. Et selon moi, cette ville ne pourra retrouver les chiffres noirs et une embellie fiscale qu'à la faveur d'un changement de majorité.

 

Outre qu'ils seront intégralement financés par l'endettement, la plupart des "investissements" planifiés seront de nouveaux gouffres de dépense, avec des logements subventionnés et des services collectifs à foison, sources d'un clientélisme effréné. Mais à terme, la catastrophe financière guette.

D'ou l'idée d'une variante de dépliant pour la prochaine campagne publicitaire de la Municipalité:

Renens_déficit.png

Ce qu'elle perd en enthousiasme, elle le gagne en réalisme...

15 octobre 2012

Renens, le pays où les impôts ne baissent jamais

Alors que Renens a choisi l'endettement massif et la hausse d'impôt en 2012 (combinaison ô combien prudente par les temps qui courent) les débats de jeudi dernier sur l'arrêté d'imposition 2013 étaient l'occasion de ramener la question sur le tapis.

C'est ainsi qu'une courageuse conseillère communale UDC vint à la tribune pour plaider un humble amendement dont voici grosso-modo la teneur:

La situation économique helvétique se détériore. Cela vaut pour tous les cantons et toutes les communes, comme l'affaire des IRL le montre. Et même si aujourd'hui l'ancienne filiale renanaise semble avoir un nouvel avenir, le processus qui l'a sauvé aura laissé un bon nombre de salariés sur le carreau.

En ces temps difficile, la ville de Renens doit montrer qu'elle est capable de faire aussi bien avec moins, mais surtout, que l'effort fiscal est partagé.

L'UDC Renens propose donc d'amender l'arrêté d'imposition 2013 pour baisser d'un point l'imposition de la commune, c'est-à-dire de revenir à la situation prévalant jusqu'en 2011.

Bien que modeste, cette baisse d'impôt montrera que la fiscalité de Renens n'est pas éternellement orientée à la hausse.

Les contribuables et les entreprises doivent se sentir aidés, et ne plus avoir l'impression qu'ils sont les seuls à devoir se serrer la ceinture.

 

C'était sans doute trop demander. Renens est devenu un enfer fiscal et a bien l'intention de le rester. L'amendement fut repoussé "à une large majorité", ce qui n'a rien de bien étonnant compte tenu de la composition politique du Conseil Communal.

Vous seriez plus surpris en revanche d'apprendre que le PLR s'est massivement abstenu. Le centre-droit de Renens s'accommode décidément bien rapidement des hausses d'impôt qu'il prétend combattre...

Les déclarations pas si vieilles comme quoi cette hausse d'impôt serait "temporaire" font sourire - sauf si c'était pour évoquer de nouvelles hausses, bien entendu! Avec l'assentiment d'une droite bien peu combative, la stratégie fiscale de la gauche - à Renens comme ailleurs - peut plus que jamais prendre comme emblème la Roue à rochet:

fiscalité,plr,courage

09 juillet 2012

Tout-va-bien à Renens

Régulièrement en contact avec des journalistes au sujet de la politique locale, on me demande parfois mon sentiment sur la situation de Renens, notamment en matière de sécurité, de propreté, de civisme.

"Renens a mauvaise réputation, mais les choses s'arrangent, non?" suggèrent sempiternellement mes interlocuteurs.

cambriolage.jpgHélas, non, je n'ai guère l'impression que les choses s'arrangent. On peut clairement admirer la réussite de la Municipalité pour avoir réussi à faire rentrer cette opinion au sein de la classe journalistique, fruits d'un travail de fond et de longue haleine.

Mais au vu de la réalité du terrain, l'effort de communication n'est pas près de se relâcher.

Pour les habitants de Renens, la perception des choses est légèrement différente, comme le serait celle des journalistes s'ils se donnaient la peine de faire une petite recherche dans les articles de leurs propres publications - sans compter que bien des affaires ne suscitent pas l'intérêt médiatique, tel le cambriolage banal d'une boutique de téléphone portable rue de la Mèbre, ci-contre.

Il faut que le crime sorte de l'ordinaire pour que les médias s'y intéressent. Les habitants, eux, contemplent chaque matin les murs taggués et les vitrines brisées avec une belle régularité, et encore ne s'agit-il que de la partie visible des nuisances et de l'insécurité.

La lassitude n'atteint pas que la population: la Municipalité a ainsi "courageusement" choisi de murer avec des cloisons en bois les vitrines du passage sous-gare (trop souvent défoncées) et de retirer divers éléments de mobilier urbain près de la gare, comme les cendriers (trop souvent vandalisés). Mais tout est affaire de communication, car il faut maintenir les apparences.

incendie_gare2.jpg
La gare de Renens, victime d'un incendie (probablement criminel) au mois de mai.
Une chance qu'il n'y ait pas eu les caméras, elles auraient brûlé...

Ce n'est pas chose facile tant les stigmates de l'insécurité renanaise sont visibles. Par insécurité, je n'entends pas forcément des gangs organisés ou des réseaux semi-professionnels allant du cambrioleur au receleur, mais un mélange complexe de haine, de mal-être, de drogue et d'alcoolisme, de manque d'éducation, de jalousie et de désoeuvrement frappant un certain nombre de ses habitants, et qui fait des ravages en termes de relations de voisinage et de criminalité.

Il est facile de défausser le constat sous le fallacieux prétexte du sentiment d'insécurité, mais celle-ci recouvre des faits très concrets, dûment enregistrés dans les statistiques de Polouest, la police régionale de l'ouest lausannois. Les méthodes de calcul ont évolué avec le temps mais le chapitre adéquat du rapport de gestion 2011 (page 38 et suivantes) permet un bon aperçu de la criminalité renanaise, tant au vu de son évolution sur les années précédentes qu'en comparaison avec les autres communes à proximité.

Entre 2008 et 2011, le nombre d'interventions de la police sur la commune de Renens est passé de 3'712 à 5'241 (+41%), soit plus d'une intervention annuelle pour quatre habitants! Le phénomène de hausse n'est pas circonscrit au chef-lieu du district, mais prend une saveur particulière associée au total des interpellations et arrestations (auteurs de délits), qui est passé de 56 à 116 (+107%). Les vols de toute sorte sont passés de 246 à 374 (+52%) tandis que les nuisances sonores et autres troubles à la tranquillité, délits mineurs mais qui n'ont pas leur pareil pour pourrir la vie des habitants, sont passés de 296 à 634 (+114%).

On pourra interpréter ces statistiques de diverses manières, bien entendu: en les comparant avec les chiffres des autres communes de l'ouest lausannois, qui "rattrapent" le chef-lieu - et il n'y a guère lieu de s'en réjouir - ou en bottant en touche, expliquant que Renens n'est pas la pire des villes du canton, la palme en revenant incontestablement à Lausanne où les seringues le disputent aux arracheurs de colliers, sans parler de la vie nocturne.

Toujours est-il que lorsqu'on me pose la question, non, je ne peux décemment pas répondre que "les choses s'arrangent".

Facile de critiquer, me rétorquera-t-on. Peut-être est-ce vrai, mais cette description critique de Renens fait partie, je crois, du travail d'opposition d'une minorité politique au Conseil Communal. Si le rôle d'un politicien local consiste juste à chanter les louanges de la ville en se tapant sur le ventre, pétri d'autosatisfaction, la majorité en place n'a besoin de personne.

Quant au chapitre des solutions, on les connaît: appliquer simplement les lois et les règlements en vigueur (sur l'ivresse publique notamment), sans passe-droit ni régime de faveur, parce qu'aucune politique de réhabilitation ne saurait se passer d'incitation répressive ; et évidemment, installer des caméras de surveillance comme les habitants de Renens l'ont eux-même décidé en votation. Mais c'est beaucoup demander à une majorité de gauche totalement incapable de rigueur et freinant des quatre fers pour appliquer une décision sortie des urnes, lorsqu'elle ne correspond pas à la doxa bien-pensante.

Autant dire que non seulement la situation n'est guère reluisante, mais qu'elle ne va pas aller en s'améliorant. Je m'efforcerai donc à travers le mot-clé tout-va-bien de répertorier plus ou moins régulièrement les faits divers qui frappent notre malheureuse commune, histoire de retrouver facilement des exemples de la situation rélle de Renens, la ville où tout s'arrange, selon l'opinion de journalistes conquis.

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Un homme endormi à même le sol de la nouvelle place du marché, au petit matin.

15 mai 2012

La Convention de Législature

Les spectateurs qui ont suivi la séance du Conseil Communal de Renens du 10 mai ont assisté à un étrange ballet: l'élection à bulletins secrets du Président du Conseil Communal et du Bureau pour l'année 2012-2013. Un candidat pour chaque poste, chacun élu au premier tour, tout allant avec force remerciements et salves d'applaudissements...

Dans une ville au clivage gauche-droite aussi marqué que Renens, comment cela a-t-il été possible?

Le secret vient d'un document de quelques pages signé entre tous les partis un an plus tôt, la Convention de Législature, visant à partager le pouvoir.

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La Convention de Législature de Renens pour la période 2011-2016.

Le Conseil Communal est l'organe principal de la vie politique communale, mais ne gère pas tout directement. On ne saurait demander à un plénum de 80 conseillers (à Renens) de siéger et de débattre au moindre remplacement de conduites d'égoût... Dans les faits, le Conseil Communal fonctionne donc à l'aide de commissions, sous-groupes comportant une petite fraction de ses membres, pour s'informer et statuer sur tel ou tel dossier avant la "grand-messe" d'une séance du Conseil. Toutes les commissions ne sont pas égales: certaines ne sont constituées que le temps d'un projet quelconque. D'autres, comme la commission des finances ou la commission de gestion, vivent à travers toute la durée de la législature.

Le Conseil Communal est lui-même chapeauté par le Bureau du Conseil, un comité comprenant le Président du Conseil, des vice-présidents et des scrutateurs. Le Bureau a la charge du travail administratif lié au fonctionnement du Conseil Communal lui-même, comme l'organisation des séances, la tenue de l'ordre du jour et des procès-verbaux.

Bien qu'un peu bureaucratiques en apparence, les détails du fonctionnement de la politique communale sont essentiels pour comprendre l'utilité de la Convention de Législature. En effet, celle-ci décrit le rapport de force dans l'organisation du travail. Composition et présidence de chaque commission selon l'affiliation politique, tournus des postes au sein du Bureau et à la présidence du Conseil Communal... Le tout sur la base d'une répartition en fonction de la représentation des partis au sein du Conseil.

Prenons par exemple la Commission de Gestion. A Renens, celle-ci comporte 13 membres ; selon la Convention de Législature, les libéraux-radicaux, des fourmis rouges (le nom de l'extrême gauche locale) et des socialistes ont droit à trois sièges chacun, les UDC et les écologistes deux sièges chacun. La présidence est attribuée à un parti différent chaque année.

Cette attribution ne vaut que pour Renens et que pour la période 2011-2016, bien entendu. La convention doit être renégociée à chaque nouvelle législature en fonction de l'équilibre politique sorti des urnes.

Si le fonctionnement d'une Convention de Législature est donc clair, reste à répondre à une interrogation: pourquoi en avoir une?

En première approximation on pourrait penser que les vainqueurs s'exclameraient "au diable les vaincus!" et s'arrogeraient tous les pouvoirs - et donc, pas besoin de s'embarrasser d'une convention. Mais cette stratégie est plutôt mauvaise. D'abord, les électeurs, plus modérés que leurs élus, n'apprécient guère l'arrogance. Refuser toute forme de participation à la minorité au seul prétexte qu'elle a réuni moins de suffrages n'est pas bien perçu. Ensuite, la moindre composition de commission de préavis devrait être soumise au vote du Conseil Communal, donnant lieu à moultes empoignades. Enfin, la minorité étant absente des commissions, l'information donnée lors de leurs séances circulerait mal et obligerait les groupes à poser d'innombrables questions à la municipalité devant le plénum. Les débats, rallongés et alourdis, seraient probablement encore plus ennuyeux qu'ils ne le sont aujourd'hui.

Du point de vue de la minorité, l'intérêt est évident. La convention permet aux partis d'opposition de récupérer des fonctions symboliques et de s'intégrer à la vie politique communale. En partageant le pouvoir, la majorité ne prend pas un énorme risque: après tout, la composition des organes de l'assemblée reflète l'équilibre des forces au conseil. Si la gauche est majoritaire par exemple, elle le sera également dans chaque commission. L'incertitude posée par les "électrons libres" refusant de suivre la ligne de leur parti n'est pas nulle, mais reste sommes toutes assez faible.

Finalement - et on l'oublie souvent! - exclure une partie du Conseil Communal revient à laisser l'ensemble du travail aux autres. Si une bonne partie des conseillers communaux était interdte de commission, la majorité aurait alors à assumer leur absence et à les remplacer. Le moindre conseiller communal de la majorité devrait alors sacrifier une dizaine de soirées par mois pour faire vivre la politique locale, une épée de damoclès qui amène les plus récalcitrants à mettre de l'eau dans leur vin!

Le seul risque d'une Convention de Législature est lié à sa rupture. Il est possible que certains ne l'acceptent pas et refusent de jouer le jeu. En effet, ce contrat est signé par les chefs de groupe et les chefs de partis représentés au conseil, pas par chaque conseiller communal. La discipline au sein des partis ne fait pas tout. Comme les élections annuelles pour choisir le nouveau Président du Conseil, etc., se déroulent à bulletins secrets, il est tentant pour des contestataires de faire comme bon leur semble et d'envoyer l'accord aux orties, même si on l'a vu, tout le monde gagne à le respecter.

La Convention de Législature représente à l'échelle communale un outil politique typique du génie helvétique: un compromis simple, efficace, honnête, et dans lequel chacun trouve son compte.

31 mars 2012

Gazon maudit

Ce jeudi, selon la formule consacrée, le Conseil Communal de Renens a accepté "à une très large majorité" la construction d'un terrain de football synthétique au Censuy.

N'ayant pu assister à cette séance du conseil, j'ai malgré tout suivi une partie des discussions préalables à l'adoption du projet. On peut en tirer des enseignements sur le fonctionnement d'une démocratie en général, enseignements nullement limités à l'échelle locale.

Passons rapidement sur l'aspect factuel. Un terrain en gazon synthétique offre un certain nombre d'avantages comparé à son équivalent traditionnel. Les frais d'entretien sont moindres et entraînent moins de pollution, la surface est utilisable plus souvent qu'un terrain en gazon naturel et dans des conditions climatiques plus variées... Citant le préavis, le gazon synthétique s'avère être un équipement "durable et économique."

gazon-synthetique.JPGLe nouveau terrain de football devrait bénéficier à des centaines de jeunes footballeurs affiliés aux clubs locaux. On parle de 350 personnes. Le gazon synthétique, s'il est moins coûteux à l'usage qu'un gazon traditionnel, est aussi bien plus cher à l'achat. En fin de compte, la facture du projet tourne autour 1'700'000 francs suisses. On pourrait facilement ouvrir quelques polémiques - à quoi ressemblera effectivement le terrain au bout de dix ans? L'utilisation possible du terrain les jours de pluie sera-t-elle vraiment suivie des faits? A-t-on vraiment les moyens de payer cela? - mais ce n'est pas le propos.

Le propos concerne la légitimité de cette dépense.

Et nous sommes, selon moi, devant l'exemple même d'une dépense illégitime.

Imaginons qu'au lieu de passer par le Conseil Communal, on ouvre une souscription publique. On enverrait un joli dépliant explicatif accompagné d'un bulletin de versement à chaque foyer de la commune, et on compterait, un mois plus tard, les sommes récoltées.

Cette façon de procéder livrerait une mesure on ne peut plus concrète de l'engouement financier réel des habitants pour un nouveau terrain de sport. Et on devine sans mal que les 20'000 habitants de Renens seraient loin de payer le million sept nécessaire au projet (c'est-à-dire 85 francs suisses par tête de pipe!)

Lors des discussions attenant au projet, certains se sont émus que le club de foot local contribuait finalement assez peu à ce merveilleux cadeau - et qu'il aurait dû faire davantage de démarches auprès des joueurs, de leurs familles, des supporters, etc. Mais pourquoi s'embêter à faire de l'activisme et à récolter des fonds auprès des uns et des autres lorsque les sommes correspondantes leur seront, de toutes façons, soutirées par l'impôt?

En passant devant la Municipalité et le Conseil Communal, la magie collectiviste opère, et chacun semble oublier toute relation entre le coût du projet et la poche des contribuables. La causalité disparaît. L'argent semble sortir de nulle part - il n'y a plus qu'à l'affecter aux lubies de chacun, en montants plus ou moins grands mais toujours abstraits, sous les applaudissements d'un public conquis, mais plumé.