16 avril 2018

Genève, ou ce qu'il en reste

Les élections ont eu lieu ce dimanche à Genève. Les résultats sont implacables: la gauche a le vent en poupe, Maudet est élu au premier tour, les vilains populistes boivent la tasse et les journalistes sont contents.

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Une offre politique foisonnante de promesses (cliquez pour agrandir)

Je n'eus guère de temps à consacrer à la campagne électorale genevoise, dont la principale particularité était, comme souvent au bout du lac, de pousser à l'extrême des déviances pratiquées par ailleurs. Tel parti proposait rien de moins que le paradis, tel autre l'enfer si ses adversaires l'emportaient. Les primes maladies baisseraient. L'emploi serait retrouvé. Les logements abordables pousseraient comme des champignons - tout en préservant la nature en ville et au-dehors. Et ainsi de suite. Les promesses rendent les fous joyeux, dit-on.

L'extrême-gauche genevoise est solide et préserva ses 9 sièges. Les grands frères socialistes en gagnèrent deux, redevenant la deuxième formation politique du Grand Conseil après l'éclipse de 2013 et la fièvre du MCG. Les Verts marquèrent un véritable triomphe, passant de 10 à 15 sièges - la plus forte progression de tous les partis. Les socialistes honteux du PDC firent mieux que se maintenir et profitèrent de la redistribution générale pour grappiller un siège.

Au centre, le PLR passa de 24 à 28 députés, faisant la course en tête. Pierre Maudet fut le seul candidat de l'exécutif élu dès le premier tour, démontrant ainsi de façon indiscutable l'affection des Genevois pour les politiciens français (de passeport, de style et d'ambition).

C'est évidemment à droite que les scandales prévus arrivèrent. Les querelles intestines - entre les partis et à l'intérieur de ceux-ci - laissent des traces. L'UDC parvint péniblement à 8 sièges (-3) et échappa de peu à l'élimination par la voiture-balai du quorum. Premier candidat de l'UDC au Conseil d'État, Yves Niddegger pointa à la quinzième place, excusez du peu. Je le lis depuis suffisamment longtemps pour affirmer qu'il méritait mieux. Peut-être trop cérébral pour Genève?

L'essentiel de l'affrontement se joua finalement hors du ring entre le MCG d'Éric Stauffer, et Genève En Marche... d'Éric Stauffer également. Le bouillant tribun genevois sait assurer le spectacle. Il y a quelques années, il fondit le Mouvement Citoyen Genevois, essaya sans succès de le faire essaimer ailleurs (qui se rappelle du Mouvement Citoyen Vaudois?) puis s'en lassa et tenta de le quitter, un départ qui se mua en haine féroce envers une créature politique qui ne reconnaissait plus son maître.

Retrouvant du poil de la bête, Éric Stauffer lança pour l'occasion un nouveau mouvement (Genève En Marche, on se demande où le bougre alla chercher tout ça) dans l'objectif avoué de détruire son ancien parti. Las! Un budget de campagne étonnamment élevé et le placard de slogans sur les TPG ne suffirent plus à capter l'attention d'un électorat lassé d'une bataille d'ego virant au soap interminable. Genève En Marche trébucha sur la première d'entre elle en n'atteignant pas le quorum, privant M. Stauffer de sa revanche.

Les dégâts infligés au MCG, eux, furent bien réels. Le parti but la tasse, sa députation passant de 20 à 11 sièges, préservant juste le siège exécutif de Mauro Poggia dans le naufrage. Citons l'analyse de François Bärtschi, secrétaire général du MCG, à la Julie:

«Au MCG, nous venons de vivre deux ans d'attaques internes, de la part d'Éric Stauffer, et externes de la part des députés qui n'ont pas voulu mener une politique unitaire. Nous payons la note de cette situation et l'UDC également. Mais il faut relativiser: notre résultat nous place au même niveau qu'un parti national comme le PDC. Quant à Genève En Marche, cela ne me déplaît pas qu'il n'ait pas le quorum. Il n'a ni militants, ni légitimité, mais seulement du financement et un désir de vengeance. C'est une imposture.»


Le nouveau parlement genevois est donc sous toit.

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Le Canton du bout du lac restera aussi ingouvernable que lors de la législature précédente, le bloc de gauche se sentant pousser des ailes, le PLR étant renforcé au milieu d'alliés affaiblis et méprisés, et entre les deux pôles un marais indéchiffrable.

Les partis affûtent leurs stratégies en vue du second tour de l'élection au Conseil d'État, qui verront probablement un siège de plus revenir à la gauche, mais cela ne devrait pas changer grand-chose à la paralysie si typique du Canton, sauf quand il s'agit de lancer de grands travaux d'une grande laideur.

Les Genevois décidèrent donc ce dimanche de leurs autorités législatives - du moins une fraction des Genevois, car avec 38% de participation électorale, ce scrutin fut un des pires jamais enregistrés. Difficile pourtant de trouver une offre plus variée qu'à Genève. Six Genevois sur dix ne se donnèrent même pas la peine de voter et ne semblent donc pas vraiment s'intéresser à la politique.

J'imagine que c'est parce que Genève va très bien. Les comptes publics sont magnifiques, les caisses de pension saines, on se gare facilement et pour pas cher en ville, le marché du logement s'est assaini, les chômeurs genevois retrouvent aisément du travail et la terrible sous-enchère salariale qui ravage la société a enfin été contenue. Un peu trop beau, dites-vous? Mais, chers amis genevois, si vous aviez l'occasion de voter et que vous ne l'avez pas fait, vous avez perdu le droit de vous plaindre.

Mais foin de polémiques, buvons à la santé de M. Maudet, souhaitons le meilleur pour ce Canton, et continuons à observer ce qu'il devient.

03 avril 2018

Le train fou de la BNS

Combien de temps peut-on imprimer des billets et acheter des actions avec sans que personne ne se rende compte de rien?

Et lorsque ce moment survient, que se passe-t-il?

C'est avec ces questions en tête que je reçus, comme beaucoup d'autres je pense, la nouvelle selon laquelle la BNS était désormais dépositaire de plus d'actions Facebook que Mark Zuckerberg.

Dans ces moments de doute où Facebook est dans la tourmente - non pour avoir vendu des données, ce qui est son fonds de commerce depuis le premier jour, mais pour avoir vendu des données au bénéfice de la campagne de Trump, ce qui mérite l'enfer(1) - la nouvelle est prise par le petit bout de la lorgnette:

Mark Zuckerberg a eu le nez creux en vendant de gros paquets d'actions de Facebook dans les trois mois précédant l'éclatement du scandale Cambridge Analytica qui a fait plonger le cours. Avec comme conséquence que la Banque Nationale Suisse (BNS) détient désormais plus d'actions que le fondateur du réseau social, relève la HandelsZeitung.

La banque centrale helvétique détient à la fin mars un peu plus de 8,93 millions de valeurs contre 8,91 millions pour Mark Zuckerberg. La BNS est encore loin des principaux actionnaires du réseau social et elle n'a aucune chance de prendre le contrôle du groupe.

En effet, la BNS détient des titres de classe A, qui donnent droit à un vote et au versement d'un dividende. Mark Zuckerberg garde le contrôle de Facebook grâce à ses actions de classe B, qui lui accordent dix voix pour chaque valeur en sa possession. Ces titres ne sont pas cotés et sont détenus en majorité par le fondateur de Facebook ainsi que sa direction et ses employés.


Il faut probablement avoir suivi de longues études de journalisme pour parvenir à ne pas comprendre les faits qui s'étalent ainsi devant nos yeux. Encore pire, lesdits faits sont rassemblés en fin d'article par le pigiste de service pour donner un peu de "contexte":

Quant à la valeur de la participation détenue par la BNS, elle s'est ressentie des soubresauts du cours sur les marchés puisque sa valeur s'est contractée de 147 millions de dollars. Pas de quoi inquiéter les responsables des investissements de la banque centrale, puisqu'elle détient près de 62 milliards en actions américaines dans environ 2600 entreprises.


On a heurté un petit iceberg, les gars, mais pas de quoi paniquer, ce navire est insubmersible!

N'ayant pas fait de longues études de journalisme, je vais prendre le problème autrement. Comment se fait-il que la BNS possède 8,93 millions d'actions Facebook, pour commencer? Et 62 milliards en actions américaines dans environ 2600 entreprises américaines, pour continuer? Et, au fait, d'où sort cet argent?

La fièvre acheteuse de la BNS

Comprendre ce qui se trame derrière ce petit article anodin mérite de l'être, car il dessine un avant-goût de tout ce qui va se passer en Suisse dans les prochaines années, et qui affectera pour toujours le destin financier de notre pays.

Abordant enfin le sujet suivant l'angle de la BNS plutôt que de Facebook, la RTS présente d'intéressantes infographies pour décrire comment elle détient plus de 54 milliards de dollars d'actions américaines. Malheureusement, le journaliste s'embourbe ensuite dans des polémiques stériles sur le fait que la BNS possède des actions Monsanto ou de sociétés d'armement. Cela peut sans doute donner du grain à moudre à certains, et grand bien leur fasse, mais le problème principal n'est pas là, et vous allez vite comprendre que les actions Monsanto ou autres seront bientôt le cadet de nos soucis.

Revenons à la courbe:

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Évolution de la valeur et du nombre des actions BNS au cours du temps

Quelques remarques s'imposent.

  • La sympathique hausse de la courbe représente la valeur de toutes les actions détenues, mais le nombre d'actions détenues par la BNS augmente lui aussi au fil du temps. Autrement dit, si la courbe monte, c'est en partie parce que les actions valent plus, mais aussi parce que la BNS achète de plus en plus d'actions.
  • La courbe ne présente que la période 2013-2016. Donc depuis deux ans, on ne sait pas ce qui se passe (je vous gâche la surprise: la BNS achète toujours plus).
  • Les valeurs indiquées ne montrent que les actions américaines.

En devenant un des plus gros acteurs financier du marché boursier américain, la BNS a dû se soumettre à des obligations de la SEC, le gendarme des marchés boursier, notamment des obligations de transparence, d'où la publication de données qui font la joie de ceux qui les mettent en page.

Mais une question vous brûle sans doute la langue à ce stade: avec quel argent la BNS peut-elle acheter ces incroyables fortunes d'actions américaines hors de prix, dans des milliers de sociétés d'outre-Atlantique?

La réponse est évidente: de l'argent sorti de nulle part. Des francs suisses créés ex-nihilo. La planche à billets, en somme.

Comment, et pourquoi

Il faut déconstruire le problème pour comprendre comment il est apparu, et vers quoi il nous mène.

La BNS est devenu un des plus grands boursicoteurs du monde. Elle crée des milliards de francs suisses à foison et les emploie pour acheter des actions sur plusieurs bourses. Et encore, le terme de boursicoteur est trop flatteur: un boursicoteur essaye d'acheter et de vendre dans l'idée de générer un profit. La BNS, elle, achète et ne vend rien, et ne vise pas le profit.

Elle s'affranchit d'autant plus librement de cet objectif qu'à l'inverse d'une banque privée, elle n'a aucun impératif de gestion ni de rendement. Grâce en soient rendus à tous ceux qui ont souhaité une banque centrale "indépendante" (ce que la BNS n'est pas, nous y reviendrons) les directeurs de la BNS agissent en toute impunité. La BNS fait ce qu'elle veut.

bns,monnaie,bourseBien entendu, personne ne dira cela officiellement. Officiellement, on vous dira que la BNS agit dans le cadre de son mandat - "se laisser guider par l’intérêt général du pays et donner la priorité à la stabilité des prix en tenant compte de l’évolution de la conjoncture." Ce salmigondis mandat est tellement flou qu'il lui permet dans les faits de faire absolument n'importe quoi! Qui pourrait prouver que l'achat de milliards de dollars d'actions américaines n'est pas dans l'intérêt général du pays? Après tout, la Suisse commerce avec les États-Unis, donc si l'économie américaine va bien, celle de la Suisse ira bien aussi. CQFD.

Le raisonnement est parfait parce qu'il ne souffre d'aucune limite. On peut étendre le raisonnement à toute économie de la planète, de la Nouvelle-Zélande au Yémen. On peut étendre le raisonnement à n'importe quel montant en milliards. Et il n'y a pas de remise en question possible ni de délai dans le temps à respecter, parce que "l'intérêt général" est absolument impossible à mesurer.

Les socialistes adeptes de "la finance qui profite à tous" seront aux anges.

Pourquoi agir ainsi? À mon avis, c'est pour des raisons politiques.

Entre 2011 et 2015, la BNS arrima le franc suisse à l'euro - et nulle autre monnaie - avant d'y renoncer tout aussi abruptement. Mais elle ne revint pas à la raison pour autant. L'abandon du peg lui donna les coudées franches pour accomplir sa "mission" aussi librement que possible, sans rendre de compte à quiconque. Pendant un certain temps elle acheta en masse des devises étrangères. Depuis, elle emploie cette liberté à créer de la monnaie et acheter des actions avec, partout et à n'importe quel prix, pour soutenir les cours des grandes bourses mondiales.

Il faut être d'une indécrottable naïveté pour croire que la BNS agisse ainsi dans l'intérêt de la Suisse, évidemment. En réalité, la Banque Centrale Européenne, la FED et la BNS sont dirigées par la même coterie de banquiers internationaux eux-mêmes de mèche avec l'élite politico-financière occidentale ; leur objectif à tous est que le système tienne le plus longtemps possible, et d'en profiter. La BNS est un atout de choix dans leur stratégie: c'est sans doute la Banque Centrale qui agit le plus librement vis-à-vis de ses autorités politiques de tutelle.

Mais les manipulations touchent à leur fin.

Le trou d'air

Les choses vont devenir nettement moins amusantes lorsque la bourse américaine baissera. Il est possible que pendant un certain temps la BNS elle-même parvienne à maintenir les apparences, mais les difficultés sont clairement devant nous.

Que se passerait-il si la BNS vendait? Elle provoquerait l'effondrement des cours. Elle ne peut pas vendre (et n'en a aucune envie).

Que se passera-t-il lorsque les cours baisseront malgré toutes les tentatives de la BNS pour colmater les brèches? Le bilan de la banque s'écroulera, creusant un trou en milliards, un trou que rien ni personne ne parviendra à combler.

Il est possible - il est certain - que tous les fonds propres de la BNS y passeront. La BNS aura le triste privilège d'être une banque centrale avec des fonds propres négatifs. La BNS est une société de droit privé ; une société de droit privé doit alors reconstituer son capital par un apport des actionnaires (les Cantons, qui devraient chacun débourser quelques milliards au débotté), faire suffisamment de profit pour ressortir la tête de l'eau (impossible dans un marché baissier), ou être liquidée (un scénario à écrire mais qui coûtera probablement, au minimum, toutes les réserves d'or encore possédées par la Suisse).

Face à cette singularité, toutes les conséquences sont possibles, y compris les pires, mais dans tous les cas, la crédibilité financière du pays sera en miettes, et il est probable qu'il en sorte ruiné.

Aujourd'hui, la BNS a placé en action sur les marchés financiers américains près de 12'000 dollars par habitant de notre pays, sans débat ni vote populaire, et les marchés entrent dans une zone de turbulences.

Tout va très bien se passer.

(1) Pour l'anecdote, Facebook avait été un outil essentiel de mobilisation de la campagne Obama en 2012, mais comme c'était pour le camp du Bien, aucun problème.

12 mars 2018

Lausanne noire de monde

Samedi, le promeneur qui déambulait dans Lausanne put découvrir le cortège surprenant d'une manifestation organisée par le collectif d'extrême-gauche Jean Dutoit, "contre les violences policières", explique 24Heures. Mais surtout celles présumées contre les noirs.

C'est donc aux cris et aux pancartes "Black Lives Matter" que le cortège s'ébroua de la Place Saint-François.

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Le cortège au départ de la manifestation. Notez les deux sympathiques individus au premier rang, qui brandissent des hampes en bois dénuées de pancarte... Quelle utilité, à part pour taper?
(cliquez pour agrandir)

Pour le détail de la manifestation, lisons la presse locale:

Quelque 500 personnes, selon les estimations de la police, ont arpenté les rues de Lausanne samedi après-midi pour dénoncer le racisme et les violences policières et rendre hommage à Mike, un Nigérian décédé la semaine passée. Pour rappel, l'Africain de 40 ans, soupçonné de dealer de la drogue, a fait un malaise lors de son interpellation mouvementée dans la soirée du mercredi 28 février, avant de succomber le lendemain au CHUV.


Un "malaise", une "interpellation mouvementée"... Quelle romance! Pour en avoir le cœur net, il faut aller chercher l'information auprès d'une publication concurrente où les faits sont étayés avec plus de rigueur:

Un homme de 40 ans, soupçonné de dealer de la drogue, a fait l'objet d'un contrôle de la police municipale mercredi [28 février] vers 22h45 dans le quartier Sainte Luce, près de la gare de Lausanne. Selon la police, l'individu n'a pas obtempéré aux injonctions de l'agent, ni des forces appelées en renfort. Il a été maîtrisé par la force puis menotté.

Juste après son immobilisation, cet homme a fait un malaise et perdu connaissance, informe la police. Un massage cardiaque a été prodigué par les agents en attendant l'arrivée de l'ambulance. «Lors des premiers soins, plusieurs boulettes de cocaïne ont été découvertes à côté de son visage ainsi que dans sa bouche», explique la police. Il a été hospitalisé au CHUV, où il est décédé le lendemain. (...)

L'homme, de nationalité nigériane, avait déjà été condamné pénalement pour trafic de produits stupéfiants. Une instruction pénale a été ouverte afin d'établir les causes et les circonstances de ce décès. Une autopsie va être pratiquée. (...)

L'homme décédé faisait partie du Collectif Jean Dutoit, qui défend les personnes sans-abri en situation de séjour irrégulière, a communiqué solidaritéS Vaud en soirée. (...)



Le Nigérian décédé, probable dealer de drogue récidiviste, se serait accidentellement empoisonné avec sa propre marchandise en tentant de l'avaler lors de son arrestation. Nous en saurons plus à la conclusion de l'enquête.

Quelques questions me viennent à l'esprit.

  • Je ne suis pas un partisan aveugle de la police, mais en l'absence d'enquête déterminant la cause du décès, pourquoi accuser immédiatement les policiers?
     
  • Quel est l'intérêt des activistes de Jean Dutoit de provoquer pareille manifestation? Souhaitent-ils attirer la sympathie du grand public? Capter le vote noir en Suisse? Se livrer à de l'autopromotion politique en exploitant la mort de quelqu'un?
     
  • N'est-il pas étrange de s'associer à un individu méprisable, un vendeur de drogue présumé en l'occurrence, sous prétexte qu'on partage la même couleur de peau? Si un jour un mafieux recherché tente de venir chercher asile chez moi en invoquant notre couleur de peau commune, j'aurais tôt fait de le livrer à la police! Je me sens plus de solidarité avec les gens honnêtes de toutes origines qu'avec les malfrats, fussent-ils de la même couleur de peau que moi. Mais visiblement tout le monde ne pense pas ainsi.

Je note que si les pouvoirs publics et la justice avaient renvoyé "Mike" au Nigeria, comme le bon sens et les décisions du peuple suisse le demandent, il serait toujours vivant et le marché de la drogue à Lausanne diminué d'autant. Mais je doute que les gens de Jean Dutoit soient très perméables à ce genre de raisonnement...

Les badauds rencontrant la manifestation eurent doit à un tract rempli d'un salmigondis que je vous laisse apprécier:

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Et si tu leur vends de la drogue?

05 mars 2018

Piètre 4 mars

Les sourires étaient encore plus larges que d'habitude sur les plateaux de télévision ce 4 mars, avec le rejet très net de l'initiative "No Billag". Mais ce qui était le point d'orgue du week-end ne doit pas cacher les autres sujets soumis au vote populaire.

No Billag (abordée ici): l'initiative terrorisait l'establishment médiatico-politique, et fut donc l'objet d'une campagne tellement unilatérale qu'elle en fut presque parodique. Malgré les efforts de nombreux acteurs - essentiellement sur Internet, comme LesObservateurs.ch, les canaux traditionnels d'information étant entièrement dominés par le camp pro-Billag - les dés furent rapidement jetés, comme le prédisaient les sondages depuis plusieurs semaines. Et sans que les pro-Billag ne relâchent jamais leur garde, signe de leur fébrilité.

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Comme je l'avais écrit, quitte à perdre, le résultat serait une bonne mesure du degré d'indépendance d'esprit subsistant au sein de citoyens écrasés par une campagne unilatérale menée par des médias juges et parties dans l'affaire. Le résultat en attristera plus d'un, car avec 71,6% de Non, preuve est faite que le matraquage fonctionne parfaitement.

Bien entendu, officiellement on fait preuve de modestie ; on promet qu'on réfléchira aux revenus publicitaires, qu'on repensera certains modèles, voire qu'on réduira la voilure de la régie. Promesses d'ivrogne: avec les résultats de ce dimanche, la SSR a carte blanche pour dépenser de plus belle.

Ironiquement, le vote de ce dimanche démontre de façon limpide la validité de No Billag. Profondément libérale, l'initiative ne demandait rien d'autre que l'abandon du caractère obligatoire du prélèvement de la redevance. 71,6% des citoyens rejetèrent l'idée, manifestant par leur vote leur ravissement à la payer. Or, cette proportion de foyers aurait largement suffi à financer les médias publics.

Autrement dit, si tous ceux qui ont rejeté No Billag payaient seuls la redevance - comme ils le font visiblement avec enthousiasme - il n'y aurait nul besoin de forcer quiconque à payer, et aucun problème de financement pour la SSR!

Nouveau régime financier 2021: sous-marin médiatique de la votation, l'objet visait à reconduire l'Impôt Fédéral Direct et la TVA pour les quinze prochaines années.

N'importe quel libéral authentique aurait voté Non, comme je le fis, mais l'absence de campagne et le soutien unanime de tous les partis envers le texte - ce qui en dit long sur le degré réel de libéralisme au sein de la classe politique - garantissait une approbation massive. Et massive elle fut. 83% des voix approuvèrent la reconduite de ces impôts.  Même Zoug, seul canton à avoir refusé la prolongation en 2004, l'approuva cette fois-ci à plus de 86%. Quel revirement!

L'enthousiasme en matière d'impôts est évidemment une mauvaise surprise, car la légitimité acquise va inciter la classe politique à aller encore plus loin dans cette direction, ce que beaucoup de politiciens n'auraient pas osé avec un résultat plus serré.

Comme l'analyse un des rares partisans du Non dans 24Heures, Fabio Battiato, co-fondateur du Parti Libertarien de Genève,

En acceptant massivement la prolongation de la TVA et de l'IFD, les Suisses adhèrent à un principe «assez peu helvétique», à savoir le fait que «l'Etat grossit et se centralise».


Et pour le reste du camp du Non, on apprend qu'il comprenait "le petit parti libertarien alémanique up!", "des membres de l'UDC, du Parti pirate et des Jeunes libéraux-radicaux." Pas grand-monde au bout du compte. 17% de citoyens libéraux en Suisse, c'est peu, mais une mesure réaliste d'une espèce en voie de disparition.

Trahis par leurs aînés sur No Billag et lâchés sur le Nouveau Régime financier, les jeunes libéraux-radicaux ont passé un bien mauvais week-end. Peut-être commenceront-ils à comprendre que les caciques de leur propre formation politique font partie du problème?



Ce dimanche fut aussi l'occasion de nombreux scrutins cantonaux. Voici une sélection personnelle des résultats.

Vaud, assurance dentaire (abordée ici): l'extrême-gauche vaudoise souriait de toute ses dents pour faire avaler l'idée d'une assurance dentaire pour le Canton - socialisme oblige, une idée tellement géniale qu'elle se devait d'être obligatoire. Comprenant à l'issue d'une campagne efficace qu'ils seraient à nouveau les dindons de la farce d'une LAMal II version dentaire, les Vaudois refusèrent le texte à 57,6% des votants - bien trop peu pour empêcher la gauche de repartir à l'offensive dans quelques années. N'oublions pas qu'elle tient le gouvernement vaudois.

Valais, révision de la constitution: cédant aux sirènes du prétendu "dépoussiérage", les Valaisans lancent une révision totale de leur Constitution. Pour soutenir le Oui, les journalistes se gaussèrent: inimaginable à notre époque, le texte de 1907 mentionnait des indemnités pour le bétail et pas l'égalité homme-femme - ce qui n'avait aucun sens, puisque celle-ci était couverte par un texte de portée supérieure, la Constitution fédérale. Bref, la grande remise à plat s'imposait... Et tant pis pour la charte fondatrice aux racines paysannes et montagnardes d'un canton à l'authenticité marquée.

Ayant assisté au même exercice dans le Canton de Vaud, amené avec les mêmes arguments, je me méfie de ces réécritures à l'emporte-pièce. Ce "toilettage" eut lieu il y a quinze ans en terres vaudoises, introduisant par la bande des innovations comme le droit de vote des étrangers au niveau communal, qui n'auraient sans doute eu aucune chance proposées en votation séparée.

Espérons pour eux que les Valaisans seront un peu plus circonspects sur les travaux de la future Constituante.

Bâle-Campagne, Pas de vote à 16 ans ni pour les étrangers: illustration de la thèse présentée au paragraphe précédent, le demi-canton bâlois rejeta avec des majorités très nettes le droit de vote dès 16 ans (84,5%) et celui des étrangers (81,1%). La gauche à la manœuvre n'aura pas réussi à octroyer le droit de vote à des catégories dont elle espérait qu'elles voteraient massivement pour elle. Mais qui sait, peut-être qu'à la faveur d'une réécriture de la Constitution...

12 février 2018

Vaud: Taxé de toutes ses dents

Le printemps n'est pas encore là mais les affiches publicitaires politiques du canton de Vaud n'ont jamais été aussi souriantes - la faute à une votation cantonale ayant lieu le 4 mars, et pour thème le remboursement des soins dentaires.

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Avec une nouvelle assurance obligatoire, on mord la vie à pleines dents...

Les dentitions parfaites s'étalent donc nonchalamment sur les murs, suscitant l'envie des promeneurs. Mais n'est-ce pas précisément le but de la publicité que de promouvoir le rêve?

vaud,sécurité sociale,extrême-gauche,prise de position,initiative,votation du 4 mars 2018Dans leur argumentaire de campagne, les initiants n'y vont pas avec le dos de la cuiller. C'est bien simple: dans leur modèle, tout le monde y gagne - jeune apprentie, femme divorcée sans enfants, famille, retraités. Magique. C'est à se demander pourquoi le remboursement des soins dentaires ne s'est pas généralisé à la planète entière - et surtout pourquoi il est tellement indispensable de rendre cette nouvelle assurance obligatoire.

Conscients de ce léger décalage avec la réalité, les initiants évoquent la nécessité "d'ouvrir la voie", espérant que le vote vaudois fasse boule de neige, à commencer par les autres cantons de Suisse romande...

Fait intéressant et rare, le débat politique a amené à une divergence entre le Conseil d'État vaudois et le Grand Conseil. Le Conseil d'État, à majorité de gauche, a soutenu l'initiative issue de l'extrême-gauche, tandis que le Grand Conseil, de droite du bout des lèvres, l'a refusée. La schizophrénie des instances dirigeantes du Canton reflète donc fidèlement les contradictions de l'électeur vaudois qui vote par habitude pour des listes de droite tout en se sentant obligé de porter à l'exécutif des personnalités de gauche, des gens super, demandez à nos journalistes.

Malheureusement, le monde de la publicité est aussi celui des faux-semblants. Car l'initiative ne propose rien d'autre que de mettre en place une nouvelle couche de LAMal, cette fois-ci pour les soins dentaires. Vous n'aimez pas payer vos primes mensuelles d'assurance-maladie? Attendez que vous tombent dessus celles de l'assurance dentaire obligatoire!

En face, les adversaires de l'initiative déballent donc des arguments financiers, nettement moins sexy.

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On rit jaune.

Allons-y pour quelques mauvaises surprises. Malgré la bonne vieille martingale socialiste de "faire payer les entreprises" (ce qui revient indirectement à provoquer chômage et délocalisations) pour donner l'illusion que le citoyen est gagnant, celui qui a mal aux dents devra tout de même mettre la main au porte-monnaie: une franchise de 300.- par adulte et de 100.- par enfant, pour la moindre carie.

Ensuite, l'assurance dentaire obligatoire ne couvrira ni les frais d'orthodontie, ni les couronnes, ni les implants dentaires!

Pour finir, le coût de 300 millions par année n'est évidemment qu'un début. L'assurance-maladie obligatoire entrée en vigueur en 1996 était aussi assez abordable, finalement. Ensuite...

Laboratoire d'idées démocratique

Je peux comprendre la volonté de l'extrême-gauche de lancer un pareil texte: cela ne fait jamais que 22 ans que la Suisse meurt à petit feu de la LAMal de Mme Dreifuss et de la gauche. Une jeune génération ignorante est donc prête à tout croire, et les plus vieux ne font plus guère attention, je suppose. Franchement, ça se tente, et chacun verra le résultat de ce pari au fond des urnes.

Mais le génie helvétique est justement de permettre ce genre d'expérience. Je ne doute pas un instant que l'assurance dentaire obligatoire débouche sur une catastrophe, mais si la majorité des Vaudois pense autrement, pourquoi ne pas les laisser le découvrir par eux-mêmes?

Une victoire de l'initiative le 4 mars ouvrira une période assez remarquable. Le succès du scrutin déclenchera des batailles parlementaires autour de l'organisation de la loi d'application, suscitant une première volée de critiques. Mais finalement, si la machine se met en branle, on verra apparaître les premiers surcoûts, les premières dérives, les déceptions, les exceptions, les maquillages de comptes et de statistiques, et l'appauvrissement généralisé d'une population dont les dirigeants s'évertueront à noyer le poisson.

Il y aura, n'en doutons pas, de nombreux boucs-émissaires désignés - les principaux étant sans doute les partis de droite qui auront brisé le rêve par pure vilenie. Mais il y aura aussi ceux qui abusent du système, les dentistes trop payés, les assurés trop empressés d'avoir de belles dents, les vilaines cliniques, les affreux réseaux de soins, les horribles praticiens étrangers, les méchantes entreprises qui ne payent pas assez.

Il sera toujours temps d'ajuster le système avec un peu plus de fiscalité par-ci, un petit ajustement de contribution par-là, saupoudré d'un très flexible modèle à franchise variable. Mais de liberté, jamais. Et d'ici quelques temps dans les écoles on nous racontera que les soins dentaires ont commencé à exister le 4 mars 2018, parce qu'avant que l'État ne s'en occupe, c'est bien simple, seuls les riches avaient les moyens de soigner leurs dents.

Je parle d'expérience, puisque nous avons tous vécu tout cela, collectivement, à travers la LAMal, et nous le vivons encore.

Les Vaudois plébisciteront-ils une LAMal dentaire? Ce n'est pas impossible. Mais s'ils le font, il est urgent de ne pas laisser déborder l'expérience hors du canton, afin que tous puissent se rendre compte des conséquences.

07 février 2018

La voix de son maître ?

Le 4 mars, les Suisses voteront sur l'initiative "No-Billag" visant à supprimer la redevance obligatoire.

Au cas où quelqu'un ne serait pas encore au courant, le texte de l'initiative demande principalement que la Confédération ne subventionne plus aucune chaîne de radio ou de télévision. Ce serait donc la fin de la "taxe Billag" dont tous les Suisses ont le plaisir de de s'acquitter en ce début d'année, et la véritable libéralisation tant attendue du paysage audiovisuel.

Pour différentes raisons qui seront expliquées plus loin, un front aussi vaste que furieux fait opposition à No-Billag, utilisant sans vergogne les canaux que l'initiative se propose de libérer. L'information et le débat ont donc disparu sur ce sujet (comme sur beaucoup d'autres). L'hostilité envers l'initiative a redoublé d'intensité après que des premiers sondages la placent en situation de l'emporter ; depuis, pas un jour ne passe sans que tel ou tel média ne brosse le portrait de la terrible catastrophe qu'entraînerait l'approbation de No-Billag.

Qui les Suisses choisiront-ils d'écouter? Les derniers sondages ne laissent guère de doute sur l'efficacité du matraquage.

Il est intéressant d'aborder certains aspects de cette campagne pour réaliser la mauvaise foi patente des adversaires de l'initiative - mais qui auront eu raison de procéder ainsi, comme les résultats du vote s'apprêtent à le démontrer.

prise de position,votation du 4 mars 2018,médias,mensongesPar exemple, une grande partie des slogans de campagne contre No-Billag font état de "l'extrémisme" de cette initiative. Passer de la taxe actuelle à rien du tout serait tout simplement trop "violent" (quoique je connaisse beaucoup de gens qui s'accommoderaient de la fin de la violence faite à leur porte-monnaie). Mais c'est oublier un peu vite que le Parlement se saisit de l'initiative. L'UDC tenta d'y opposer un contre-projet, demandant par exemple la réduction de 50% de la redevance actuelle.

La base de discussion avait un sens. Le taux aurait pu être discuté par les élus, partant du principe que la redevance helvétique est déjà la plus élevée d'Europe, et que les montants récoltés par Billag augmentent sans cesse (je reviendrai sur ce point). Peut-être qu'il fallait simplement redéfinir les missions de service public de la SSR et diminuer sa tendance naturelle à phagocyter tout l'espace médiatique disponible?

Ce début de contre-projet fut immédiatement enterré par Berne. Tous les partis sauf l'UDC votèrent contre l'entrée en matière - donc et y compris les élus du PLR, qui désavouèrent ainsi leur propre section jeune à l'origine de l'initiative. De "Non à No-Billag", on passa instantanément à "Touche pas à mon Billag". Et ce sont ceux-là mêmes qui ont sans hésitation brûlé tous les ponts entre le statu-quo et l'initiative qui viennent ensuite nous parler de son "extrémisme"?

La classe politique a manœuvré dans son ensemble pour que No-Billag échoue, seule, dans les urnes. C'est dire si ces messieurs en ont peur!

Parmi le flot d'adversaires de l'initiative, on trouve aussi, et c'est plus curieux, les télévisions régionales et les radios. Il est compréhensible que les fonctionnaires/vedettes de la SSR soient vent debout contre le texte - compte tenu de la maigre valeur ajoutée qu'ils apportent, des gens comme Gilles Marchand auraient plus de mal à obtenir dans le privé leur rémunération princière d'un demi-million de francs annuels. Mais cela n'explique pas pourquoi les médias indépendants les soutiennent.

Il suffit de suivre l'argent. 42 concessions radios et 13 concessions télévisuelles sont tributaires des miettes que leur octroie la SSR - 67,5 millions annuels. On peut penser que c'est beaucoup, et pour les gens normaux c'est une belle somme, mais pour la SSR cela représente seulement 5,62% des 1,2 milliards de francs suisses récoltés au travers de la taxe de redevance obligatoire. De la menue monnaie.

Par la carotte des subventions et le bâton des concessions, la SSR et l'État sont donc parvenus à mettre au pas tous les producteurs audiovisuels privés. À la seule exception de TeleZüri, il n'y a pas d'acteur indépendant sur ce créneau en Suisse. Pour certains médias, la manne venue de Berne couvre la moitié de leur budget de fonctionnement. Ces gens n'ont quasiment pas besoin du public pour exister. Et leur fidélité sera récompensée: la carotte devrait passer à 81 millions à partir de 2019. Le nouveau gâteau donnera lieu à d'âpres discussions ; chacun redouble donc de zèle pour expliquer à quel point No-Billag incarne le mal, car il ne faut pas déplaire à la main qui vous nourrit...

Mais continuons à calculer. Si 67,5 millions annuels suffisent à couvrir la moitié du budget de production de 13 chaînes et 42 radios, le double couvre logiquement 100% du budget. 135 millions permettraient donc d'avoir grosso-modo 13 chaînes de télévision et 42 radios, avec le même genre de qualité que nos chaînes régionales et nos stations actuelles. Elles ne sont peut-être pas terribles, mais rappelons-nous que la SSR dispose d'environ dix fois plus d'argent pour produire beaucoup moins de contenu.

Tout cela donne donc une petite idée des rivières d'argent dans lesquelles nage la SSR et ses antennes régionales, dont la RTS.

prise de position,votation du 4 mars 2018,médias,mensongesLa presse est aussi contre No-Billag. Encore plus incompréhensible en apparence, puisque ces journaux dévastés par la désaffection du grand public auraient une réelle opportunité de reprendre des forces si le monopole romand de la RTS sur la (dés)information disparaissait. Car la SSR détruit la presse mieux que n'importe qui d'autre. Elle traque le lectorat des quotidiens jusque sur Internet où la filiale Swissinfo de la SSR leur fait concurrence, sans publicité ni abonnement.

Il y a peut-être la peur qu'après No-Billag, les aides à la presse (non couvertes par l'initiative) se retrouvent elles aussi dans le collimateur, mais c'est peu probable. Je pense pour ma part qu'il s'agit plutôt d'une solidarité idéologico-économique. En effet, la SSR est un géant, le géant de l'emploi pour les journalistes de Suisse - le lieu heureux où venir échouer si la rédaction d'un quotidien dégraisse encore du personnel. La porosité est bien plus grande qu'on ne le pense entre les médias papiers et audiovisuels simplement parce que tout ce petit monde finit joyeusement par produire du contenu multi-format sur Internet.

Signer de son nom un article contre Billag, c'est donc s'exposer, personnellement, mettre potentiellement le futur de sa carrière en jeu ; et par les temps qui courent, peu d'éditorialistes auront ce courage, de ce côté de la Sarine en tout cas.

Finalement, tout le monde est contre No-Billag. Tout le monde sauf le citoyen suisse, ce cochon de payeur, qui doit surtout verser son écot en gardant le silence. Mais le citoyen suisse rumine. Parce que le citoyen suisse, pas complètement idiot non plus, comprend bien qu'on se moque de son intelligence lorsqu'on prétend que la Suisse va se "désintégrer" si No-Billag l'emporte. La Suisse existait bien avant la télévision, merci pour elle, et lui survivra ; et non, à notre époque, il n'est plus supportable de faire peser sur les ménages la charge d'un service public suranné, tentaculaire et hors de prix - même quand ils n'ont pas le moindre poste de télévision.

La simple comparaison suffit à rendre Billag et la SSR intolérables. Aujourd'hui, pour une fraction de la redevance, chacun peut se payer des abonnements à des dizaines de chaînes de qualité, s'abonner à Netflix - un modèle qui prouve qu'une entreprise privée vendant des contenus sans pub marche très bien - ou regarder des rencontres sportives tout aussi bien commentées sur une demi-douzaine de chaînes. Mais la redevance reste obligatoire.

Le gouvernement suisse sait très bien que c'est un combat d'arrière-garde, mais prolonge le plaisir. Doris Leuthard a beau pleurnicher son attachement à la SSR devant un public conquis, elle est aux premières loges pour manœuvrer - et elle manœuvre. Ainsi, la redevance a baissé pour les ménages. La SSR a-t-elle réduit la voilure? Certainement pas! Mais la douloureuse est désormais aussi payée par les PME helvétiques. Le changement de répartition donne l'illusion que d'autres payent à leur place, alors qu'en fait ils payent toujours à travers la perte de compétitivité de leurs employeurs, entraînant baisse des primes et chômage. Et puis en 2019 la perception se fera par Serafe et non plus par Billag! Alors, vous voyez, votre gouvernement ne vous prend pas pour des imbéciles!

Il y aura toujours des esprits faibles pour obéir sans discuter à la propagande gouvernementale. D'autres qui penseront réellement que la Suisse sombrera dans la guerre civile sans télévision d'État, ou tellement attachés à leurs habitudes que la perspective de voter Oui et de devoir peut-être changer de chaîne les remplit de terreur. D'après les sondages (commandités par la SSR donc à prendre avec des pincettes...) il y aurait même jusque dans les rangs de l'UDC 28% de gens opposés à No-Billag. Comme si des individus sains d'esprits pouvait apprécier le Trump-bashing perpétuel, la parabole quotidienne sur le réchauffement climatique, les insultes continuelles et des débats politiques tellement biaisés que même les médias soviétiques auraient limogé de tels présentateurs!

No-Billag passera peut-être, ou peut-être pas. Mais comme d'autres objets en votation avant lui, le front des antis est tellement monolithique, omniprésent et écrasant qu'en fin de compte, le score final de l'initiative sera une mesure réaliste du degré d'indépendance d'esprit encore résiduel au sein de la population. Rien que pour cela, cet objet méritait d'être porté devant le peuple.

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