30 janvier 2015

USA: cette classe moyenne qui va si mal

"Vous prétendez que les chiffres de la reprise américaine sont arrangés, pourriez-vous apporter des preuves pour être crédible ?" demande, en commentaire, un internaute qui a du mal à accepter l'idée que l'échec de la reprise économique américaine a provoqué la défaite du camp démocrate aux élections de Midterm en 2014.

Mais pareil sujet mérite amplement un billet entier - d'autant plus que le travail de mesure a été fait dans les grandes largeurs par Michael Snyder sur son blog.

Voilà donc une traduction des 27 signes qui montrent ce que la classe moyenne a enduré sous 6 ans de présidence de Barack Obama. Que tous ceux qui prétendent ensuite que l'économie (hormis la bourse dopée à l'argent gratuit de la FED) et la population américaine se portent mieux amènent des preuves pour être crédibles...

Mais laissons la parole à Michael Snyder.

 


 

usa,barack obama,classe moyenne

Pendant son discours sur l'état de l'Union jeudi soir, Barack Obama va promettre [NdT: le billet est du 18 janvier] une vie meilleure pour les familles de la classe moyenne. Bien entendu, il a déjà promis cela lors de tous ses discours précédents sur l'état de l'Union, mais apparemment il croit qu'il y a encore des gens ici-bas pour prendre ses paroles pour argent comptant. Chaque mois de janvier, il vient à la tribune et nous raconte comment l'économie "se remet" et nous incite à croire que les jours heureux nous attendent au détour du chemin.

Et pourtant les choses continuent à empirer pour la classe moyenne. Les chiffres que vous allez voir ne seront pas mentionnés dans le discours sur l'état de l'Union d'Obama. Ils ne collent pas avec la "trame narrative" qu'Obama essaye de faire avaler au peuple américain. Mais toutes ces statistiques sont précises. Elles brossent le portrait d'une classe moyenne en voie de disparition.

Certes, le déclin de la classe moyenne américaine est un phénomène qui se déroule depuis des décennies, mais les troubles se sont sans aucun doute accélérés pendant les années Obama. Lorsqu'il s'agit d'économie, il est complètement et définitivement paumé, et les politiques qu'il a mis en place grignotent les fondements de l'économie américaine comme un cancer. Voici 27 faits qui montrent comment la classe moyenne s'en est sortie après six années de Barack Obama...

#1 Les familles américaines dans les 20% du centre de cette tranche de revenus gagnent moins d'argent maintenant qu'elles n'en gagnaient le jour où Barack Obama est entré pour la première fois à la Maison Blanche.

#2 Les familles américaines dans les 20% du centre de cette tranche de revenus ont un patrimoine moyen inférieur à ce qu'elles avaient lorsque Barack Obama est entré pour la première fois à la Maison Blanche.

#3 Selon un article du Washington Post publié il y a quelques jours seulement, plus de 50% des enfants dans les écoles publiques américaines viennent de foyers pauvres. C'est la première fois que cela arrive depuis au moins 50 ans.

#4 Selon un rapport du Census Bureau récemment publié, 65 % des enfants aux États-Unis habitent dans un foyer qui reçoit de l'aide du gouvernement fédéral sous une forme ou une autre.

#5 En 2008, le nombre total de faillites a excédé le nombre total de créations d'entreprises pour la première fois jamais enregistrée, et cela a continué chaque année depuis.

#6 En 2008, 53% de tous les Américains se considéraient comme faisant partie de la "classe moyenne". Mais en 2014, seuls 44% d'entre eux considèrent encore en faire partie.

#7 En 2008, 25% de tous les Américains dans la tranche d'âge des 18-29 ans se considéraient comme faisant partie de la "classe défavorisée". Mais en 2014, une proportion étonnante de  49% d'entre eux considère en faire partie.

#8 Traditionnellement, l'accession à la propriété était un des indicateurs-clef de l'appartenance à la classe moyenne. Alors, qu'est-ce que la chute pendant sept ans de suite du taux de propriétaires peut nous enseigner sur les années Obama?

#9 Selon une enquête conduite l'année dernière, 52% des Américains ne pourraient plus se payer la maisons dans laquelle ils vivent actuellement.

#10 Après avoir intégré l'inflation, le revenu médian des foyers aux États-Unis est 8% plus bas qu'il n'était lorsque la dernière récession a débuté en 2007.

#11 Selon un sondage récent, 62% des Américains vivent actuellement de mois en mois [NdT: sans mettre le moindre centime de côté.]

#12 En ce moment, un adulte sur trois aux États-Unis a une dette impayée "en cours de recouvrement".

#13 Quand Barack Obama a mis le pied dans le Bureau Ovale, 60,6% des Américains en âge de travailler avaient un emploi. Aujourd'hui, ce nombre s'est tassé à seulement 59,2%...

Employment Population Ratio 2015

#14 Pendant que Barack Obama était à la Maison Blanche la durée moyenne de chômage entre deux emplois aux Etats-Unis est montée de 19,8 semaines à 32,8 semaines.

#15 C'est difficile à croire, mais une proportion stupéfiante de 53% des employés américains gagne moins de 30'000 $ annuels.

#16 A la fin de la première année de Barack Obama à son poste, le déficit commercial annuel avec la Chine se montait à 226 milliards de dollars. L'année dernière, il était à plus de 314 milliards de dollars.

#17 Quand Barack Obama a été élu pour la première fois, le taux d'endettement des Etats-Unis était en-dessous de 70% du PIB. Aujourd'hui, il est au-dessus de 101%.

#18 La dette fédérale américaine est sur une trajectoire qui la fera approximativement doubler sur les huit ans de l'administration Obama. Autrement dit, sous l'égide de Barack Obama le gouvernement américain aura accumulé autant de dettes que tous les autres présidents américains de l'histoire réunis.

#19 Selon le New York Times, le patrimoine de la "famille américaine typique" est maintenant inférieur de 36% comparé à ce qu'il valait dans la décennie précédente.

#20 Le taux de pauvreté aux États-Unis a été à 15% ou plus pendant 3 années consécutives.  C'est la première fois que cela arrive depuis 1965.

#21 De 2009 à 2013, le gouvernement des États-Unis a dépensé la somme colossale de 3,7 mille milliards de dollars sur des programmes de prestations sociales.

#22 Pendant que Barack Obama était dans la Maison Blanche le nombre d'Américains vivant de chèques alimentaires est passé de 32 millions à 46 millions.

#23 Il y a dix ans, le nombre de femme aux États-Unis avec un emploi à temps plein dépassait celui des femmes vivant de chèques alimentaires dans une proportion de 2 pour 1. Mais aujourd'hui le nombre de femmes vivant de chèques alimentaires dépasse désormais le nombre de femmes avec un emploi à plein temps.

#24 Une enquête récente a révélé qu'environ 22% des Américains a eu recours à des banques alimentaires paroissiales pour subvenir à leurs besoins.

#25 Une proportion ahurissante de 45% des enfants afro-américains vit dans des zones de "pauvreté concentrée".

#26 40,9% des enfants américains en foyer monoparental vivent dans la pauvreté.

#27 Selon un rapport publié l'an dernier par le National Center on Family Homelessness, le nombre d'enfants sans domicile fixe aux États-Unis a atteint un nouveau record absolu de 2,5 millions.

Malheureusement, ce n'est que le début.

Les décisions incroyablement folles prises par Obama, le Congrès et la Réserve Fédérale nous amènent droit dans le précipice d'une nouvelle crise financière majeure et d'un nouveau revers terrible pour l'activité économique.

Donc aussi mauvais que puissent être les chiffres partagés avec vous ci-dessus, la vérité est qu'ils ne sont rien par rapport à ce qui nous attend.

Nous nous dirigeons vers la plus grande crise économique jamais vue, et elle va bouleverser le monde.

J'espère que vous vous vous préparez.

06 novembre 2014

Obama réduit à l'état de "lame duck"

Lame Duck. L'expression américaine de "canard boiteux" fait référence à un élu sans avenir - par exemple lorsqu'il est encore en poste alors que son successeur a été élu. Mais ce n'est pas son seul usage: on l'emploie aussi pour un président contraint à une forme de cohabitation avec ses adversaires politiques.

barack obama,usa,électionsLe terme s'applique donc pleinement à Barrack Obama après la gifle infligée au camp démocrate lors des élections de mi-mandat cette semaine. Le courant politique du président se retrouve en minorité dans les deux chambres parlementaires américaines, Chambre des Représentants et Sénat.

Certes, le président est toujours en exercice mais la fin de son mandat se limitera vraisemblablement à une sorte de figuration, à moins qu'il ne s'astreigne à une guérilla contre les forces politiques disposant désormais de la majorité au sein du pouvoir législatif.

Quelle fin sans gloire pour le messie du Hope and Change depuis 2008! Reconnaissons au moins qu'il n'est pas le premier président à subir cette infamie, mais le cinquième - sans compter les présidents qui n'ont jamais eu de majorité législative pour les soutenir pendant toute la durée de leur mandat.

Il n'en reste pas moins que Barack Obama porte une lourde charge dans la défaite des Démocrates aux élections de mid-term, qui ont emporté même de nombreux bastions historiques. Pourquoi l'image du président s'est-elle détériorée au point d'être qualifié de pire président des États-Unis de tous les temps? Au point que les propres candidats du Parti Démocrate prennent bien soin de se distancier de lui pour tenter de sauver leur siège?

obamacrush08.jpgPour des médias européens toujours bloqués à l'Obamamania de 2008, il est difficile d'expliquer le revirement du corps électoral - et le fait est qu'ils n'y parviennent pas. Certes, Obama a connu quelques revers, le prix Nobel de la Paix a lancé encore quelques guerres et sa stratégie pour la Syrie est quelque peu illisible mais peu importe, ils l'aimaient avant et l'aiment toujours maintenant!

Le peuple américain, lui, s'est lassé depuis longtemps des promesses vides du candidat messianique. Ainsi, en début d'année un sondage indiquait que 71% des électeurs regrettaient d'avoir contribué à la réélection de Barack Obama - dont 55% de Démocrates parmi ces électeurs. Mais ce n'est pas le genre de nouvelle qui parvient à franchir l'Atlantique.

Le public américain est pourtant prompt à laisser quelques indices aux observateurs ; par exemple, lorsqu'il quitte en masse un meeting politique - démocrate! - lorsque le président, venu à la tribune, se met à vanter les mérites de la "reprise" économique à laquelle le pays serait sujet.

L'économie, voilà donc le principal point faible d'Obama. Les journalistes sont prompts à relayer les nouvelles émises de la Maison Blanche: la croissance est là, le chômage se réduit, les cours de la bourse battent des records.

Tout cela n'est pourtant qu'illusion.

La hausse du NASDAQ, par exemple, n'est due qu'aux injections de dollars fraîchement imprimés par la FED, les fameux QE pour Quantitative Easing. Les cours de la bourse s'envolent, certes, mais cela ne profite qu'aux 10% des Américains les plus riches qui ont les moyens de jouer massivement en bourse ; pour le commun des mortels, c'est une (fausse) prospérité dont ils ne voient pas la couleur.

Le front de l'emploi n'est guère plus reluisant. Des emplois ont bien été créés certes mais il y a salaire et salaire... Et les Américains ont échangé des postes intéressant et bien payés pour des petits boulots à peine suffisants pour joindre les deux bouts:

barack obama,usa,élections
(cliquez pour agrandir)

Les statistiques du chômage ne sont pas meilleures ; à l'instar d'autres gouvernements plus proches de nous, l'administration Obama a tout simplement fait disparaître des millions de demandeurs d'emploi des listings, permettant ainsi de fanfaronner sur une baisse du taux de chômage. Un record de 92 millions d'Américains ne font ainsi plus partie de la population active!

Le dernier indicateur et non le moindre est celui de la pauvreté, mesurée par le biais des coupons alimentaires permettant aux familles les plus démunies de se procurer de quoi manger. Or les chiffres sont effarants: près de 50 millions d'Américains sont désormais "bénéficiaires" des fameux food stamps, soit quasiment 20% de la population civile.

Il est difficile de prétendre que les familles américaines moyennes ont retrouvé le chemin de la prospérité, ni même simplement leur niveau de vie d'avant la crise.

Et ne parlons ni de la dette publique américaine, ni du marché de l'immobilier toujours sinistré en de nombreuses régions.

Si Obama a été particulièrement confus et calamiteux sur le plan de la politique étrangère - quand elle ne se confine carrément pas au mensonge - c'est bien sur le plan de la politique intérieure américaine qu'il a perdu les élections et amené les affres de la désillusion sur le camp démocrate. L'Obamacare qu'il a poussé à bout de bras séduit de ce côté du monde, mais c'est une ignominie pour la plupart des Américains qui ne supportent pas cette immixtion du gouvernement dans la gestion de leur santé.

Par le biais du nouveau chef de leur majorité Mitch McConnell, les Républicains annoncent la couleur:

[Nous nous attaquerons] sans délai à plusieurs des défis les plus pressants auxquels fait face le pays, incluant:

  • Le système de taxation délirant qui pousse les emplois américains à être délocalisés ;
  • Les coûts de la santé dont la hausse continue sous l'égide d'une loi bancale au-delà de tout espoir et que les Américains n'ont jamais soutenue ;
  • Une menace terroriste globale et sauvage qui cherche à faire la guerre à tout Américain ;
  • Un système éducatif qui dénie tout choix aux parents et dénie une éducation correcte à bien trop d'enfants ;
  • Des réglementations excessives et des procès frivoles qui augmentent les coûts pour les familles et empêchent l'économie de croître ;
  • Une bureaucratie d'Etat obsolète et mal équipée pour servir les citoyens dans des défis du XXIe siècle, du contrôle des épidémies aux soins pour les vétérans ;
  • Une dette nationale qui a vu les Américains voler leurs propres enfants et petits-enfants, les privant de bénéfices qu'ils ne verront jamais et les laissant avec le poids d'une dette qu'il leur sera quasiment impossible de rembourser.

 

Simple et de bon sens - enfin!

Malheureusement, on se dirige surtout vers deux ans de blocage. Malgré les discours d'ouverture prononcés de part et d'autre Barack Obama a prouvé à de nombreuses reprises qu'il n'était absolument pas apte au moindre compromis. La Maison Blanche s'est toujours comportée de la façon la plus partisane qui soit tout en présentant aux médias ralliés à sa cause les blocages comme le fait exclusif de ses adversaires politiques.

Les Républicains ne disposent pas de la majorité des deux-tiers requise pour outrepasser un veto présidentiel, il paraît probable que la montagne de victoire électorale des Républicains accouche d'une souris législative. Il n'importe: les Républicains n'ont pas été élu pour travailler avec Barack Obama, mais pour le stopper.

Gageons qu'avec leur victoire cette semaine, le socialisme forcené dans lequel Barack Obama essaye sans relâche d'entraîner les États-Unis d'Amérique depuis six ans vient de subir un coup d'arrêt.

31 août 2013

Syrie, une guerre pour la forme

Le vent guerrier soufflait tellement fort en début de semaine que certains pensaient que les bombardements alliés commenceraient dès le jeudi après-midi. Mais il n'en fut rien: il faut au moins un président américain pour lancer les hostilités, et à ce moment Barack Obama avait prévu de fêter le cinquantième anniversaire du discours de Martin Luther King.

Lors de l'attaque du consulat américain de Benghazi, l'Amérique n'avait pas pu réagir promptement non plus: le président, confondant l'opération terroriste avec une manifestation trop enthousiaste, était de toute façon accaparé par une soirée de levée de fonds à Las Vegas en vue de sa réélection. Pas de chance, vraiment.

Aujourd'hui, on prétend que les opérations militaires ne peuvent commencer avant le mardi 3 septembre, simplement parce que ce lundi est férié aux USA.

Ramener les conflits à de simples question d'agenda n'est pas si exagéré. Le buzz du moment tient ainsi en une seule image, la photo d'un dîner au restaurant Narenj dans le vieux Damas entre le sénateur Kerry et son épouse et le couple Assad.

syrie,usa,guerre,diplomatie
John Kerry et son épouse à la table des Assad. Qui paye l'addition?

Ce n'était jamais qu'en 2009. Bachar el-Assad était officiellement un type fréquentable, comme Muammar Kadhafi en son temps. La roue a tourné, mais il est toujours amusant de contempler John Kerry, désormais Secrétaire d'Etat, appeler à la chute d'un homme à qui il a demandé des conseils gastronomiques.

Les parallèles avec l'Irak de 2003 sont étonnants. Un tyran devenu gênant, des soupçons d'armes chimiques, une communauté internationale divisée, l'ONU aussi inutile que d'habitude... Mais où sont les drapeaux arc-en-ciel accrochés aux balcons et fenêtres? La marge de manœuvre est tout simplement incomparable entre un Républicain et un Démocrate, prix Nobel de la Paix de surcroît, quand il s'agit d'impliquer l'Amérique dans une guerre. L'un était dans le faux quoi qu'il fasse, l'autre est dans le vrai quoi qu'il fasse. Le Camp du Bien a définitivement la vie plus facile.

Vous ne verrez pas de manifestations spontanées clamer que la guerre n'est pas la solution - bien qu'aujourd'hui tout le monde en soit persuadé - ni qu'il faille laisser les inspecteurs internationaux "faire leur travail". Les oppositions à Barack Obama sont quasiment inexistantes. Pourtant, les gains géopolitiques dans la guerre civile syrienne promettent d'être dérisoires, quelle que soit l'issue du conflit.

Toute guerre a ses raisons que la raison ignore. Aujourd'hui, c'est une bête histoire de ligne rouge. Barack Obama employa ce terme pour la première fois en août 2012. Il réitéra ensuite sa menace le 9 décembre en précisant ce qu'il entendait par là:

"Je veux être absolument clair pour Assad et ceux qui sont sous son commandement : le monde vous regarde, l'utilisation d'armes chimiques est et sera considérée comme tout à fait inacceptable. Si vous faites l'erreur tragique d'utiliser ces armes chimiques, il y aura des conséquences et vous en répondrez."


Pourquoi un tabou sur les armes chimiques, demanderez-vous? Elles sont honnies en Occident parce qu'elles tuent femmes, enfants et civils aveuglément. L'absence de discernement est horrible pour toute personne civilisée, mais implique l'idée que les armes "conventionnelles" permettent, elles, d'épargner les non-combattants. De toute évidence, cette thèse ne tient pas en Syrie.

Dans une guerre civile avec plus de cent mille victimes au compteur, les deux camps s'abandonnent avec délice dans des attaques gratuites contre les innocents apparentés à l'adversaire. Les rebelles emploient des kamikazes et organisent des opérations de terreur contre les partisans du régime ; Damas riposte avec des bombardements de masse et le soutien du Hamas. Les deux camps fourbissent leurs islamistes et emploient les méthodes les plus sales auxquelles ils ont accès. Il est plausible que les rebelles aient eux aussi employé des armes chimiques de temps à autre ; leur utilisation n'a été limitée que par les stocks disponibles, non par les scrupules.

Il y a un an de cela, tracer une "ligne rouge" infranchissable mais suffisamment lointaine pour se mêler à l'horizon semblait relever de la rhétorique la plus habile. Tuez-vous les uns les autres autant que vous voulez, mais n'utilisez pas d'armes interdites pour cela, annonçait en quelque sorte Obama. L'avertissement offrait une moralité à peu de frais. Il fut rattrapé par l'actualité.

Les premières allégations d'utilisation d'arme chimique remontent au 13 avril, puis au 30, mais les puissances occidentales optèrent alors pour une confortable fin de non-recevoir. Dans ce chaos syrien, comment être sûr de quoi que ce soit? L'absence de réaction incita sans doute les protagonistes à passer à la vitesse supérieure. D'autres soupçons d'armes chimique survinrent encore le 27 mai (impliquant des journalistes français, donc plus difficiles à défausser) et enfin le 21 août dans la capitale, avec plus de mille morts supposés. Le franchissement de la ligne rouge aurait alors été plus une question d'échelle que de moyens.

L'intervention en Syrie est donc, désormais, inévitable. Mais elle ne peut déboucher sur rien.

Empêcher un régime de se servir d'armes chimiques revient à détruire ses stocks, ses moyens de production, ses agents de diffusion (c'est-à-dire son armée), contrôler ses importations, et finalement le renverser ; toute autre niveau d'intervention n'offre qu'une garantie très temporaire. Or, les Occidentaux, épuisés et ruinés, n'ont pas les moyens de s'impliquer sérieusement.

Les Russes ont misé beaucoup sur le régime de Bachar el-Assad et l'Iran ne supportera pas la chute d'un allié à ses frontières: le régime de Damas peut compter sur des soutiens. Le risque d'un embrasement régional n'est pas nul mais a peu de chances de survenir, l'intervention occidentale en Syrie étant probablement très limitée. Quelques bombardements ponctuels sur des stocks supposés d'armes chimiques, peut-être une estocade contre l'aviation de Bachar, ce sera à peu près tout.

Tout le monde aura gagné: le régime syrien pansera ses plaies - il en a vu d'autres - en clamant qu'il est toujours debout ; les brillants chefs de guerre des Etats-Unis et d'Europe s'offriront mutuellement l'accolade en proclamant la mission accomplie ; Barack Obama pourra dire qu'il a tenu sa promesse et la réitérer avec force: "Massacrez-vous autant que vous voulez, mais proprement."

On a les lignes rouges qu'on peut se permettre.

24 avril 2013

Washington, entre erreur et déni

Dans sa première allocution immédiatement après l'attentat de Boston, le président Barack Obama réussit à commenter la situation sans employer une seule fois le mot "terrorisme". Pour le chef d'Etat américain, la déflagration simultanée de deux engins explosifs au milieu de la foule à l'arrivée d'un marathon n'était sans doute pas suffisante pour mériter un tel qualificatif. A moins qu'il n'ait cherché à ne stigmatiser personne. D'authentiques terroristes auraient pu s'indigner.

A l'époque, on ne savait pas encore que les explosions s'étaient déclenchées à partir de cocottes-minute piégées ; la méconnaissance de ce détail nous épargna peut-être l'évocation d'un "dramatique accident de cuisine" par le responsable de la Maison Blanche.

Aussi ridicule soit-il, le déni est une réaction humaine. Admettre que l'attentat de Boston soit la première offensive terroriste exécutée sur le sol américain depuis les attentats du 11 septembre n'a rien de facile. C'est pourtant la stricte et douloureuse vérité. En voilà une autre: dans sa tâche de protéger le peuple américain, Barack Obama a fait moins bien que son prédécesseur George W. Bush. Et il ne peut même pas se retrancher derrière l'excuse de l'effet de surprise.

Si le déni est problématique pour un individu, il devient dangereux lorsqu'il affecte des pans entiers de la société, que ce soit les médias ou les services gouvernementaux chargés de la défendre.

Pendant l'étrange phase "Où est Charlie" où des milliers de fonctionnaires et d'internautes épluchaient les images des caméras et les prises de téléphone portable au moment des faits pour tenter de trouver des suspects (sans qu'aucun militant ne manifeste plus contre l'ignoble empiètement de la vidéosurveillance sur la vie privée) les éditorialistes se faisaient un devoir d'examiner les pistes. Au menu figuraient à peu près tous leurs fantasmes, livrés en vrac: nationalistes anti-gouvernement, miliciens pro-NRAA en rogne contre Obama, extrémistes chrétiens, agents secrets de Corée du Nord... Ou l'inévitable Mossad, comme d'habitude.

En même temps, comme si un petit sentiment taraudait la conscience en sourdine, il fallait se couvrir: le petit peuple évoquant bruyamment la piste islamiste sur Twitter, on expliqua alors que, dans l'hypothèse proprement invraisemblable d'un terroriste musulman, cela ne pourrait être que le fait d'un "loup solitaire", un illuminé, un Homegrown Terrorist agissant de son propre chef à base de vidéos de propagande et de construction de bombes vues sur Youtube.

Bref, un individu non fiché, surgi de nulle part, et contre lequel il est impossible de se prémunir.

Toutes ces idées fausses volèrent en éclat (métaphoriquement, pour une fois) avec la découverte des frères Tsarnaev. Deux musulmans d'origine Tchétchène, accueillis comme réfugiés politiques par les Etats-Unis, fichés depuis longtemps, travaillant de concert pour massacrer un maximum de civils du pays qui avait eu l'audace de leur offrir la nationalité et un avenir.

usa,barack obama,terrorismeDepuis, les révélations se suivent et se ressemblent: faisceaux d'indices guère suivis, manque de coordination avec des services étrangers (notamment russes), bureaucratie incapable de maintenir ses fichiers à jour, perte de leur trace à cause de fautes d'orthographe, toute la ribambelle consternante des fautes de services gouvernementaux en charge de la sécurité...

Les deux frères quant à eux, loin de se contenter de vidéos islamistes, accomplirent une carrière terroriste tout à fait classique: sensibilité à la cause, endoctrinement - vraisemblablement à l'étranger, les mosquées américaines étant trop molles - puis voyage de l'aîné dans un Disneyland islamiste pour parfaire la formation de poseur de bombe, ici le Daguestan et la Tchétchénie, en janvier 2012.

Autant pour le Homegrown Terrorism.

Il est de bon ton de pointer du doigt les erreurs de Washington, mais la capitale américaine n'est pas la seule à refuser d'aborder le problème. L'histoire des frères Tsarnaev résonne dans bien des pays occidentaux - que ce soit Mohammed Merah en France, Magd Najjar en Suisse ou Taimour Abdulwahab en Suède. Combien de paumés se laissent progressivement endoctriner par des prêches extrémistes? Combien d'apprentis-terroristes viennent quérir une formation au cours d'un voyage "touristique" dans une zone tribale? Combien d'étrangers sans aucun attrait pour leur pays d'accueil ou ses habitants se retrouvent gratifiés de sa nationalité? Combien crachent leur haine pour l'Occident dans l'indifférence générale?

L'idée d'islamistes mûs par la pauvreté et les inégalités n'a jamais été que l'expression des fantasmes de la gauche, sans le moindre lien avec la réalité. Ceux qui s'accrochent désespérément à la vision de terroristes forcément étrangers et aisément identifiables sont aussi en retard d'un attentat ; les frères Tsarnaev ne portaient même pas de barbe.

Aiguillonnés par la tuerie de Boston, les services de sécurité occidentaux se réveillent. On arrête des membres d'al-Qaeda en Espagne. Le Canada se découvre une filière de talents islamistes, avec projets d'attentat clef en main. Quant à la France, elle ne sait trop de quelle façon elle récoltera les fruits du printemps arabe. Sans remise en question des politiques d'accueil et d'intégration, comment croire que ces opérations récentes suffiront à juguler la menace?

Certains élus, dont l'inénarrable John McCain, proposèrent de qualifier les terroristes de "combattants étrangers", pour mieux les dissocier du peuple américain. Sachant que Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev vécurent plus de dix ans sur le territoire des Etats-Unis et que le plus jeune reçut même la nationalité américaine, la proposition est pour le moins osée.

Mais acceptons la suggestion pour ce qu'elle vaut et suivons l'hypothèse jusqu'au bout: si Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev sont effectivement des combattants étrangers, la ligne de front est à revoir.

07 novembre 2012

Obama brillamment réélu

Depuis cette nuit, nous connaissons enfin le locataire de la Maison Blanche pour les quatre prochaines années.

obama-2012.jpg

Malgré les sondages évoquant un coude-à-coude, la réélection de Barack Obama semble avoir été facile, en dépit d'un bilan politique plutôt mitigé.

Face à lui, Mitt Romney n'a pas dépareillé ; mais le candidat républicain modéré n'a pas réussi à mobiliser autour d'un projet politique qu'il n'a d'ailleurs jamais vraiment formulé. Malgré toute son expérience dans le secteur privé, Mitt Romney, présenté par les Républicains comme le "meilleur candidat possible" parce qu'il le fallait bien, manquait de charisme et de combativité. Gagner de façon incontestable un des trois débats présidentiels a été son fait d'armes le plus marquant ; cela n'a évidemment pas suffit.

barack obama,mitt romney,usaMédiatiquement, la population américaine a suivi le script prévu. Le quatrième pouvoir a adoubé Obama depuis 2008 et n'a jamais remis ce soutien en question. L'Obamania a déferlé jusqu'en Europe avec des résultats durables. Aujourd'hui encore, quatre Français sur cinq "voteraient" pour Obama. En Suisse, un sondage en ligne du Matin, montré ci-contre, donne une proportion identique.

Que va-t-il se passer aux Etats-Unis entre 2013 et 2016? Eh bien, on peut s'attendre à une continuation de la marche en avant de l'Etat Fédéral américain vers la social-démocratie à l'Européenne (avec la réussite que l'on connaît sur le Vieux Continent) avec plus de régulations, de centralisation, de taxes, de subventions, de dirigisme, de socialisme.

"Obamacare" sera mis en place en 2014, créant pour de bon une machine à déficit dont les Américains ne verront jamais le bout.

Le dollar-papier continuera à s'éroder jusqu'à sa valeur intrinsèquement nulle. Bonne nouvelle pour ceux qui possèdent de l'or...

La reprise finira bien par se produire, mais la croissance restera molle et le taux de chômage élevé. Suivant son jeu partisan, Barack Obama se fera un plaisir d'attribuer ces piètres performances économiques aux minorités de blocage dont disposent encore les Républicains.

Barack Obama pourra probablement nommer entre 1 et 4 juges de la Cour Suprême américaine, influant de manière décisive sur l'équilibre de cette institution.

Sur le plan de la politique étrangère, il n'y aura probablement pas de gros changements ; l'administration Obama continuera de garder ses distances avec les alliés traditionnels de l'Amérique tout en étant bien accommodante avec les régimes hostiles. La conséquence la plus inquiétante de cette posture touche évidemment au dossier nucléaire iranien. En l'absence d'une Amérique frappant fermement du poing sur la table, il est plus que probable qu'une nouvelle guerre éclate à court terme au Moyen-Orient.

Les Républicains gardent le contrôle de la Chambre des Représentants, les Démocrates celui du Sénat: les équilibres politiques établis depuis les élections de mi-mandat de 2010 continueront à prévaloir. C'est la seule chose, peut-être, qui pourra encore retenir Obama. N'ayant plus aucun souci à se faire sur le plan de la popularité, le président réélu aura les coudées franches pour tenter désormais d'appliquer les mesures les plus radicales de sa pensée.

Depuis des années, on annonce le "point de bascule" - le moment où la somme des intérêts particuliers, du vote communautaire (90% des Noirs et 70% des Latinos soutiennent Obama) et des clientèles électorales cultivées à coup de subventions réussira enfin à l'emporter sur la simple démocratie représentative. Le second mandat de Barack Obama pourrait marquer le franchissement de ce point de non-retour.

Les Républicains, enfin, devront se livrer à une remise en question en profondeur - de la qualité de leurs candidats à leur relation aux médias - s'ils veulent espérer retrouver le chemin de la présidence un jour.