20 septembre 2011

Or: la révolution est en marche

La nouvelle inattendue est tombée hier. Une société de courtage suisse, Six Securities Services, acceptera désormais les règlements en or. Mieux, elle donnera même des cotations en or.

six.gifLe règlement en or des transactions boursières - une première mondiale - sera bientôt possible en Suisse, a annoncé lundi à Zurich la société Six Securities Services, spécialisée dans les opérations post-marché (règlement et livraison des titres boursiers).

"C'est le premier système de livraison contre paiement en or dans le monde", indique la société dans un communiqué.

Concrètement, les clients désireux de régler des transactions boursières contre paiement en or devront disposer d'un compte en XAU (unité en or) auprès de Six Securities. Ils devront également s'assurer que leur compte est bien approvisionné.

La valeur d'une unité XAU est égale à celle d'une once troy d'or évaluée en dollars.

Sur la base de cette innovation, la Bourse suisse et Scoach Switzerland, la Bourse des produits structurés, prévoient d'introduire en octobre la cotation et le négoce de produits structurés libellés en XAU.

Selon un porte-parole de Six Securities, la société a décidé de lancer ce nouveau service en raison du gros intérêt en ce moment des investisseurs pour l'or, à la suite des "incertitudes sur les marchés".

"Nous avons déjà trois devises de règlement, l'or est la nouvelle devise", a-t-il déclaré.

 

L'or est la nouvelle devise. Limpide.

Depuis la fin de la convertibilité-or et l'avènement de la monnaie-papier, les pouvoirs publics ont beaucoup lutté pour que l'or, moyen de paiement historique et naturel employé par l'humanité pendant des siècles, disparaisse.

gold_coins.jpgBien sûr, il n'était pas question de le faire littéralement disparaître, simplement de rendre inutilisable en tant que monnaie. Entre les Etats maintenant le monopole de la frappe, et une dévaluation continue de la monnaie fiduciaire donnant une valeur incommensurable au moindre gramme d'or, le métal précieux se retrouva peu à peu cantonné au célèbre rôle de "valeur refuge" sous forme de bijoux ou de lingots, en tous cas inutilisable sans passer par l'intermédiaire d'une monnaie fiduciaire.

En proposant des services contre paiement en or, l'ouverture de Six Securities Services lui permet d'endosser à nouveau son rôle de devise. L'or n'est plus une masse inerte.

Les agents du marché financier ont désormais la possibilité de faire des transactions d'actions ou d'obligations en dépensant de l'or-monnaie. Outre l'économie de change, la manoeuvre leur permet également de travailler sans jamais s'exposer au risque des monnaies fiduciaires, dollar, euro ou livre sterling, adossées à rien et soumises à d'énormes manipulations monétaires.

Honnêtement, il faudrait être fou pour stocker des euros ou des dollars plutôt que de l'or. A moins d'y être obligé, comme le commun des mortels. Si vous êtes un professionnel de la finance, désormais, ce n'est plus le cas.

Je prédis un franc succès à la monnaie-or dans ce premier cercle - remplissant par là l'analyse de Hayek sur la Loi de Gresham. La bonne monnaie chassera la mauvaise à vitesse grand V.

Les cyniques ne manqueront pas de se gausser en clamant que tout ceci ne mène pas à grand-chose, qu'on est loin de payer son chariot de commission avec de l'or, etc. Ils ne réalisent peut-être pas que la brèche est ouverte. C'est tout ce qui compte. Si l'offre de Six Securities Services est appréciée, la concurrence proposera rapidement une offre équivalente, et l'usage de la monnaie-or se répandra comme un feu de brousse dans le monde de la finance.

Dès lors, le grand public sera affecté à son tour, ce n'est qu'une question de temps. Si les traders achètent et vendent des actions avec de l'or, si le cours des actions est indiqué en or, bref, si l'or est la monnaie de facto dans le monde professionnel, pourquoi les particuliers ne pourraient pas avoir un compte boursier libellé en or?..

Petit à petit, l'usage de la monnaie-or se répandra. Il y aura des obstacles, bien sûr. Dans la vieille Europe, on peut s'attendre à ce que les pouvoirs publics freinent des quatre fers pour empêcher leurs administrés d'utiliser une monnaie meilleure que les billets fraîchement imprimés qu'ils fourguent par palettes entières. Tel ou tel sage lancera un avertissement solennel, jugeant qu'il ne faut pas ajouter la "spéculation sur l'or" à la "spéculation financière", déclarations suivies du hochement de tête approbateur d'un public conquis. Les éditorialistes vilipenderont les utilisateurs de monnaie-or et les désigneront comme de maléfiques financiers apatrides. On connaît la chanson.

Il n'empêche. Ceux qui le peuvent choisiront, et je ne donne pas cher de la monnaie fiduciaire.

Ce qui sera un moment perçu et dénoncé comme un acte de défiance envers les Banques Centrales occidentales est en fait un changement complet de paradigme.

La prochaine mondiale ne sera pas le dollar, l'euro ou une nouvelle devise bâtie sur un panier de monnaies-papier (qui a dit "château de cartes"?) mais bien l'or.

Je ne suis pas le seul à penser ainsi. Si en Europe ou aux Etats-Unis on brâme pour sauver le papier, d'autres acteurs économiques se positionnent déjà pour demain, y compris des banquiers centraux. Cela paraît étonnant, mais n'oubliez pas que tous ne sont pas aussi stupides que ceux qui officient sous nos latitudes. Ainsi, la Corée du Sud a triplé ses réserves d'or cet été. La Chine n'est pas en reste. Ni la Russie. Les lignes bougent.

Si l'or redevient monnaie mondiale, il ne faut pas se voiler la face, il n'y en aura pas pour tout le monde.

Dommage que la BNS ait soldé la moitié de son or à vil prix il y a dix ans, n'est-ce pas, avec l'assentiment de l'entier de la classe politique! Mais ce qui est fait est fait. Saluons donc en passant la toute récente initiative de l'UDC pour que la BNS reconstitue ses réserves d'or. La Suisse a une petite chance de ne pas rater le train.

Oh, une dernière chose - contre de la monnaie papier, le cours actuel de l'or est élevé, c'est indéniable. Mais si vous pensez que l'or est cher, attendez de voir combien l'once vaut dans un an.

20 août 2011

L'illusion de la monnaie fiduciaire

La crise de la dette est le résultat de la mauvaise gestion étatique, mais aussi la fille de l'illusion qu'on appelle "monnaie fiduciaire".

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu'était un euro? Un franc suisse? Un dollar? Ce sont des unités monétaires, certes, détenant une parcelle de pouvoir d'achat, échangeables contre des biens ou des services, ou les unes dans les autres selon un taux de change... Mais en énonçant ces caractéristiques, nous n'avons qu'effleuré leur usage, pas leur signification. Celle-ci a largement évolé au cours du temps.

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12 juillet 2011

Euro, le moment historique

Dans dix ou vingt ans, quand la poussière de l'effondrement de la monnaie unique européenne sera enfin retombée, les historiens reviendront sur la période que nous vivons aujourd'hui. Ils qualifieront sans doute ces mois particuliers de "moment historique." Quelles dates sortiront de la brume pour être qualifiées de décisives? Telle ou telle réunion de la Troïka? L'accouchement au forceps par le Parlement Grec d'un plan de privatisation notoirement insuffisant? La faillite bancaire prochaine dans un pays ou un autre, lorsque tous les habitants se rueront aux guichets pour retirer leurs monnaies de singe euros et les convertir en or?

Les historiens n'auront que l'embarras du choix. Mais ce début de semaine pourraient bien être une sorte de pivot mémorable dans la crise.

Après avoir déjà abandonné 3,5% vendredi soir et 3.96% lundi à la clôture, la Bourse de Milan chute encore de 3,5% ce mardi matin, pendant que le reste des places financières du monde se parait de différents tons de rouge.

A ce qu'il semble, le monde économique réalise petit à petit que l'Italie avait bien sa place dans l'acronyme PIIGS.

Le rappel tardif et brutal change complètement la donne - économiquement, mais surtout, psychologiquement.

Economiquement, l'Italie pèse plus du double de l'Irlande, de la Grèce, et du Portugal réunis - des pays "aidés" et très loin d'être tirés d'affaire. C'est la troisième économie de la zone euro. Il ne s'agit pas ici de revenir sur les défis qui attendent l'Italie, mais bien ceux qui attendent les autres pays de la zone:

La crise de la dette des pays du Sud (PIIGS) est à son paroxysme. Certains observateurs financiers vont jusqu'à dire que la crise italienne n'est plus sous contrôle. Les taux d'intérêts des obligations d'État sur 10 ans ont bondi à 5,4% aujourd'hui. Les "credit default swaps" (CDS) pour la dette de l'Italie sont montés à une vitesse menaçante. Lundi matin, ils étaient à 280 points de base - Vendredi, le prix de l'assurance sur défaillance de crédit était encore à 240. Le fait est que, si le prix des CDS pour l'Italie continue d'augmenter à ce rythme, la fin de la semaine verra à la fois la fin de l'Italie et celle de l'Euro.

 

Il y a une certaine hyperbole à envisager la fin de l'Italie et celle de l'Euro pour la fin de la semaine, mais la tendance est là, dans les courbes.

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Taux italiens à 10 ans

Rappelons que la Grèce s'est retrouvée à demander de l'aide lorsque ses taux longs ont atteint les 5%, rendant le renouvellement du financement de sa dette insoutenable. Elle était pourtant loin d'une Italie endettée à plus de 120% de son PIB!

Jusqu'à la semaine dernière, les élites politiques du continent étaient au chevet d'Athènes. On pourrait croire, comme le souhaiterait l'historiographie officielle, que cet empressement à secourir Zorba le Grec était mû par des objectifs nobles: un désir sincère de sauver la monnaie unique, de préserver le futur de l'intégration européenne, d'afficher une solidarité réelle envers un membre du club de l'euro, ou encore de juguler l'incendie avant qu'il ne s'étende à d'autres pays en difficultés...

Foutaises.

Si la France et l'Allemagne avaient vraiment le choix, la Grèce serait déjà repartie dans les affres d'une New Drachme dévaluée avec un bon coup de pied dans l'arrière-train et leurs fécilitations en prime, merci d'être venu, repassez quand vous serez tip-top face aux critères de Maastricht. Mais voilà, l'embarrassante Grèce doit être sauvée - non pour elle-même, mais pour prémunir d'autres acteurs des conséquences d'une cessation de paiement.

Depuis le début, les grandes manoeuvres lancées par la France et l'Allemagne n'ont qu'un objectif: sauver leurs banques nationales terriblement exposées à la dette grecque.

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Exposition des pays de l'UE à la dette grecque.
France, 40%; Allemagne, 34%.

Un défaut de paiement de la Grèce obligera les banques à renoncer à faire figurer le papier grec dans leur bilan. Certaines arriveront à provisionner ces pertes colossales. D'autres sauteront, provoquant une réaction en chaîne qui mettra à terre une bonne partie du système bancaire du continent. La BCE, contaminée par les obligations grecques, s'effondrera. Mais surtout, le poids de la dette des autres Etats membres s'envolera alors que la méfiance sera de mise.

Le paradigme du sauvetage de la Grèce est désormais dépassé. Les banques franco-allemandes ne sont plus seules en jeu. Il n'est plus question pour les Etats de la zone euro de sauver la Grèce, mais de se sauver eux-mêmes.

Pendant ce week-end fatidique, le spread entre les emprunts d'Etat allemands et les emprunts d'Etat français a atteint 65 points de base. Les investisseurs se rendent gentiment compte que Paris et Berlin n'offrent pas exactement les mêmes garanties de remboursement...

C'est le propre de toute crise d'aller de mal en pis. Tous les scénarios sont possibles, et désormais discutés ouvertement dans la presse. Il en est d'autres qui n'ont pas encore été envisagés dans les rédactions, comme une monétisation de la dette sur laquelle je reviendrai.

Que de chemin parcouru depuis les déclarations lénifiantes des uns et des autres. Toutes ces prétendues élites, brillant avant tout par leur incompétence, découvriront bien assez tôt qu'Internet est une formidable archive de leurs fourvoiements. Qui plaidera encore des absurdités économiques comme les politiques de relance? Qui osera encore clamer que les déficits ne sont pas un problème?

Certains auront peut-être un peu honte, à la limite, mais c'est peu probable. Ils continueront à sévir, toujours absurdement keynésiens et interventionnistes. On demande aujourd'hui la résolution de la crise à ceux-là même qui l'ont créée. Il faut avoir une foi inébranlable (et un tantinet naïve) en la classe politique qui a bâti l'euro pour croire une minute qu'elle a la moindre chance de succès.

Nous en concluons que le pire est indiscutablement devant nous.

06 mai 2011

Le Franc Constant

Depuis les prémisses de la crise de la dette publique, dont les effets sur les devises ne sont qu'une des multiples facettes, j'ai toujours tenu un discours selon lequel l'or redeviendrait de facto la monnaie des échanges mondiaux. L'actualité semble gentiment pousser dans cette voie.

Lundi, les cours de l'or ont atteint un nouveau record à près de 1580 dollars l'once. Lundi, c'est-à-dire cette semaine - donc après le "recul des valeurs refuges" annoncé un peu partout suite à la mort d'Osama Ben Laden. Le repli a fait long feu. On s'en doutait: la mort d'un chef terroriste islamique, fut-il le plus recherché du monde, ne pouvait occulter longtemps le surendettement des Etats.

Il est de bon ton de vilipender la "spéculation" sur l'or ou de parler de son caractère de "valeur refuge" face aux incertitudes du monde. Or, pour une fois, une dépêche de l'AFP donne un écho différent à cette hausse: l'or ne serait qu'une nouvelle monnaie destinée à échapper aux manipulation des gouvernements. Tiens tiens!

"C'est lié à la même logique de flux que la semaine dernière: celle de l'argent facile. La Fed ne fait qu'imprimer des billets, comme d'autres banques dans le monde entier. La monnaie perd du pouvoir d'achat, donc l'or, c'est un actif qui permet de protéger le pouvoir d'achat sur de longues périodes", a expliqué un opérateur de marché à l'AFP.

Selon cet analyste, deux grammes d'or permettaient d'acheter environ un baril de pétrole en 1984, comme actuellement.

 

Il n'y a pas plus d'envolée du prix du baril qu'il n'y a de fièvre de l'or; il n'y a qu'un dollar en décrochage (ainsi que toutes les autres monnaies "flottantes", quoiqu'à des vitesses différentes). On ne peut pas tricher avec les matières premières, ou en tous cas, pas autant. En cotant un actif matériel contre un actif immatériel et mensonger comme une devise manipulée par une banque centrale, il arrive forcément un moment où chacun découvre que le roi est nu.

La Fed a maintenu mercredi son taux directeur proche de zéro, et assuré vouloir le garder longtemps à ce niveau. (...) Ce mouvement pousse les investisseurs à placer leur capital dans les matières premières pour le protéger d'une perte de valeur. L'or, qui présente un statut de valeur refuge très sûre, bénéficie à plein de ce phénomène.

 

Valeur refuge, oui, mais la formule est incomplète. Valeur refuge de quoi? Je vous le donne en mille: des manipulations de la monnaie, de la planche à billet, des apprentis-sorciers officiant dans les diverses banques centrales de part le monde! Le cirque cessera quand les politiciens renonceront à essayer de créer de la richesse en trichant avec la monnaie. Ce n'est pas pour demain.

Mais avant qu'ils n'aient renoncé ou ne fassent tous faillite, l'or aura depuis longtemps remplacé leurs monnaies de singe dans les échanges internationaux.

1883_en_Or.jpg
Pièce de 20 francs, 1883
Alliage à 900 ‰ or, soit 5.8068g d'or fin

21 avril 2011

Le dollar et l'euro vont mourir, vive l'or!

Myret Zaki, rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan, estime que le dollar est une monnaie finie; d'où le titre de son dernier livre, La fin du dollar.

Le quatrième de couverture donne un assez bon résumé de la situation:

la_fin_du_dollar_myret_zaki.jpgNous assistons à la fin de l'ère dollar qui dure depuis la Seconde Guerre Mondiale. Le dollar n'est plus la monnaie la plus sûre du monde. Il n'est plus la monnaie d'une superpuissance responsable, performante et hautement productive. Il est la monnaie d'une économie déclinante, arrivée au point de non-retour, techniquement en faillite.

Le billet vert est en train de dévoiler son vrai visage: celui d'une arme du désespoir, utilisée par une grande puissance malade, qui a trop longtemps caché l'état désastreux de son économie derrière sa planche à billets. Suite aux dérives majeures de la politique monétaire américaine, le dollar est devenu, aujourd'hui, la plus grande bulle spéculative de l'histoire. Le statut du dollar comme référence du système monétaire international devient intenable. Il est contesté par des puissances désormais plus riches, comme la Chine. Ce changement de régime majeur se perçoit dans l'envolée de l'or et dans les tensions croissantes entre les Etats-Unis et le reste du monde.

Cet ouvrage veut avant tout briser le tabou qui entoure le dollar en procédant à un examen sans complaisance de la situation réelle des Etats-Unis, et en la comparant à celle des blocs européen et asiatique. La conclusion est que le dollar, dont la valeur repose sur une perception subjective, ne résiste pas à la rationalité. Même aujourd'hui, après cette sorte de défaut déguisé qu'est la dévaluation compétitive, le dollar est encore largement surévalué. En attendant, il s'agit de se préparer à l'inévitable changement, en réfléchissant d'une part à une sortie ordonnée du dollar par les banques centrales, et d'autre part au futur système monétaire international qui émergera pour tenir compte des nouvelles réalités.

 

Jusque là, rien à dire, Mme Zaki pêche peut-être par excès d'enthousiasme, mais ne tombe pas à côté de la plaque. L'écrivain a d'ailleurs béméficié d'un timing parfait, son livre sortant quasiment le jour où Standard and Poor's décide de mettre le triple A américain sous surveillance négative - déclenchant une nouvelle tempête boursière et permettant à l'auteure d'intervenir en direct sur le plateau du journal de la TSR.

Malheureusement, Mme Zaki semble trouver les limites de son analyse dans une interview avec Samuel Jaberg intitulée "Le dollar va mourir, vive l'euro" au sujet de son livre, disponible lundi sur Swissinfo.

Quel est le problème? "Myret Zaki soutient la thèse d’une attaque contre l’euro pour faire diversion sur la gravité du cas américain." Ouille.

Nous aimons tous l’Amérique et nous préférons voir le monde en rose. Pourtant, après la fin de la Guerre froide et la création de l’euro en 1999, une guerre économique s’est enclenchée. L’offre concurrente d’une dette souveraine solide (sic) dans une monnaie forte risquait de faire baisser la demande pour la dette américaine. Mais les Etats-Unis ne peuvent cesser de s’endetter. Cette dette leur a permis de financer les guerres en Irak et en Afghanistan et d’assurer leur hégémonie. Ils en ont un besoin vital.

 

Guerre économique? Un slogan vendeur mais sans fondement. Les investisseurs opèrent sur un marché ouvert. Ils choisissent librement de souscrire à la dette des USA, de l'Italie ou du Chili - et parfois aux trois. Après, chacun fait son analyse en fonction des risques, de la durée de la souscription, de son taux d'intérêt, etc. Pourquoi qualifier de guerre des emprunts librement consentis, qui ne correspondent à rien d'autre qu'au mécanisme de l'offre et de la demande?

Le terme "d'hégémonie" est fortement connoté. Il ne veut strictement rien dire mais s'inscrit une perception militariste des échanges financiers. L'économie est une guerre, pas vrai? Il s'en fallait de peu qu'on n'emploie le bon vieil "impérialisme". Le choix de ces mots n'est pas anodin et permet ensuite à Myret Zaki de s'enfoncer dans la théorie du complot:

En 2008, l’euro était une monnaie prise extrêmement au sérieux par l’OPEP, les fonds souverains et les banques centrales. Elle était en passe de détrôner le dollar. Et cela, les Etats-Unis ont voulu l’empêcher à tout prix. Le monde cherche un endroit sûr où déposer ses excédents, et l’Europe est activement empêchée d’apparaître comme cet endroit sûr. C’est précisément à ce moment que les fonds spéculatifs se sont attaqués à la dette souveraine de certains Etats européens.

 

Les "Etats-Unis" auraient voulu l'empêcher à tout prix? Pardon? Qui? Quand cela aurait-il été décidé? Et comment le sait-elle? Où est le whistleblower? Où sont les révélations de wikileaks sur l'affaire? Les dossiers égarés par mégarde? La tête pensante du complot? Les emails compromettants?

En balançant au hasard des accusations aussi floues (les vilains "Etats-Unis" dans leur globalité, calculateurs, gros, puissants et méchants) notre journaliste flatte sans doute l'anti-américanisme de ses lecteurs, aux dépens de la rigueur de son enquête. On dirait presque du Jean Ziegler...

Si les accusations de complot sentaient le gros dérapage, la phrase suivante tient carrément de la sortie de route:

L’Europe est aujourd’hui la plus grande puissance économique et elle dispose d’une monnaie de référence solide.

 

Tenir ce genre de propos en 2011 mérite un passage au bêtisier.

Franchement, je ne connais pas Mme Zaki et j'éprouve un certain respect pour son analyse du dollar qui, bien qu'un poil apocalyptique, me semble à peu près pertinente. Mais comment quelqu'un portant un regard si acéré sur la situation de la dette américaine peut-il se tromper à ce point sur la situation prévalant sur le Vieux Continent?

pig.jpgLa crise de la dette détruit l'UE depuis un an et demi. Elle a miné la réputation de l'euro, envoyé dans les cordes la Grèce, l'Irlande et le Portugal, démoli la prétendue indépendance de la BCE et enchaîné les pays de l'union monétaire dans un mécanisme d'entraîde qui promet d'envoyer toute la cordée au fond du précipice. L'hydre de l'inflation se réveille, affamée par la rotation des planches à billets en surchauffe. Et la crise ne fait que commencer: pas un seul pays de la zone euro n'a diminué sa dette nette d'un centime.

En opposant la dette américaine à une hypothétique santé financière européenne, Myret Zaki commet une erreur conceptuelle. Il est tout à fait envisageable que les USA et l'UE soient tous les deux en mauvaise posture. L'un l'exclut pas l'autre!

Prétendre que l’Europe dispose d’une monnaie solide alors même que l'Euroland prend eau de toutes part est au-delà du ridicule.

Dans ce blog, c'est vrai, j'ai rarement évoqué la crise des Etats-Unis. J'ai préféré me consacrer à la faillite de l'euro et de la social-démocratie européenne, non seulement parce qu'elles concernent davantage la Suisse, mais aussi parce qu'elles me paraissent bien plus inéluctable qu'un défaut de paiement de l'Oncle Sam.

Les Etats-Unis sont dans une mauvaise passe, mais ils ne sont pas enchevêtrés dans le carcan d'une monnaie unique intouchable pour des raisons politiques. Ils peuvent cesser de pacifier à bout de bras l'Afghanistan ou les zones tribales du Pakistan. Ils peuvent fermer des bases militaires un peu partout. Ils peuvent augmenter les impôts ou remettre en cause certains programmes gouvernementaux. Ils peuvent supprimer des emplois publics par centaines de milliers. Ils peuvent, enfin, choisir de dévaluer le dollar. Ce serait très mal vu de la part de tous les pays qui ont souscrit à la dette américaine, mais c'est définitivement une possibilité - à laquelle les Américains sont d'ailleurs en train de recourir, en douce, en lâchant les rênes de l'inflation.

Beaucoup de ces chemins sont impraticables en Europe, la plupart des autres sont impensables. Ils donneraient lieu à des faillites innombrables de PME, des grèves générales, une explosion de violence dans les populations dont la tranquilité est achetée à coup d'aide sociale, ou une désintégration de l'Union politique. A trop tirer sur la corde de la solidarité, elle finit par rompre...

Les Américains ont une grande marge de manoeuvre, une population capable de relever des défis et une monnaie sous contrôle. Ils ne sont pas à court de possibilités. Le dollar va passer un mauvais quart d'heure, mais l'euro, tout en maintenant une certaine apparence, est déjà lézardé sur la façade; il volera en éclats à cout ou moyen terme (et peut-être avec lui le bilan d'une bonne partie des banques d'Europe) bien avant de remplacer un billet vert qu'on enterre un peu vite.

Que restera-t-il alors? Le Yuan, comme le suggère Myret Zaki? Peu crédible. Le Yuan n'a guère d'existence dans les échanges hors de Chine. Sa parité est artificielle. Après l'effondrement du dollar et l'éclatement de l'euro, seul un imbécile irrécupérable récidiverait en accordant une nouvelle fois sa confiance à une monnaie géré par des politiciens.

gold.jpgLa seule alternative, tout le monde la connaît: l'or, bien entendu. Pas la peine de chercher plus loin la flambée actuelle des cours - 1'500 dollars l'once selon le dernier record en date. Je vous parie qu'il sera battu plusieurs fois.

L'or ne monte pas: l'or est le rocher de la côte contre lequel on mesure le niveau des eaux. Les records de l'once d'or représentent moins une envolée du métal qu'une déchéance de certaines monnaies contre lesquelles il se mesure. Lorsque les monnaies se maintiennent, l'or ne bouge pas, comme contre le franc suisse.

Les politiciens détestent l'or, parce qu'il n'est pas manipulable. On ne peut pas fixer son taux d'intérêt, lancer les rotatives ou se réunir en urgence pour décider d'en faire surrgir quelques tonnes ex nihilo pour les injecter dans le système bancaire mondial. Quel horrible métal!

Cela prendra encore quelques années de yo-yo monétaire, mais je pense que le métal précieux s'imposera à terme comme monnaie internationale, en grande partie parce qu'il est au-delà de toute "politique monétaire" décidée par un gouvernement.

Il n'y a pas de crise des monnaies; il n'y a qu'une crise de la dette, tant aux Etats-Unis qu'en Europe. La monnaie en est simplement une victime collatérale. Tant que les Etats ne seront pas parvenus au désendettement et à l'équilibre budgétaire, l'espoir d'une sortie de crise est totalement illusoire.

Il est peut-être prématuré d'annoncer la mort du dollar ou de l'euro. Mais une choses est certaine: le second n'est certainement pas en meilleur état que le premier, n'en déplaise à Myret Zaki. Et s'ils sont voués à disparaître, ils seront probablement remplacés par le précieux métal jaune.

19 mai 2010

La nouvelle ruée vers l'or

Ce n'est pas le Klondike mais ça y ressemble: Les cours de l'or s'envolent!

«En ces temps d’incertitudes persistantes, l’or devrait continuer à bénéficier d’une grande demande et les prix devraient être bien soutenus, tandis que des investisseurs supplémentaires devraient être attirés par la barre psychologique importante des 1000 euros», notaient les économistes de Commerzbank vendredi.

Une petite courbe vaut mieux qu'un long discours:

542134_ruée.jpg

Un tel graphique évoque immanquablement "l'exubérance irrationnelle des marchés" chère à Alan Greenspan. Mais cela colle peu avec l'or, dont il n'y a rien à attendre. L'or n'offre pas de perspective de gains liés à la technologie et ne verse pas de dividendes. L'or est inerte, amorphe, sans surprise. Avec l'or, pas de bulle possible.

Alors, pourquoi cet engouement?

Bizarrement, on trouve peu d'explications sur les raisons profondes de cette envolée. Les analystes financiers travaillent à partir des courbes et évoquent des "seuils psychologiques" qui seraient enfoncés les uns après les autres, ouvrant ainsi la porte à de nouvelles hausses. L'explication semble bien peu convaincante. L'or joue à fond son rôle de valeur-refuge, dit-on, mais rares sont les journalistes à tourner leur regard vers la tempête dont les investisseurs cherchent à se prémunir.

En réalité, la courbe ci-dessus ne peut dire qu'une chose: la crise est devant nous.

La zone Euro va mal. Ca ne concerne pas que les finances publiques. Certains économistes ont commencé à s'émouvoir de l'effet des plans de rigueur annoncés ici et là sur l'activité économique. Leur point de vue est exprimé d'une façon étrange, mais il n'est pas entièrement faux: le retrait des Etats de l'activité économique laisse des traces auprès de leurs innombrables clients et fournisseurs. En outre, tous les plans de rigueur introduisent de nouvelles ponctions fiscales et contribuent donc à écraser la croissance. Les politiciens ont jusqu'ici montré très peu d'empressement à s'attaquer aux vraies racines du problème, les dépenses. Gageons que la réalité se chargera de le leur rappeler.

En attendant, les pouvoirs publics essayent encore de faire croire qu'ils peuvent s'en sortir en faisant payer les autres, et les perspectives de croissance des acteurs économiques privés s'en ressentent.

Si les actions sont promises à baisser parce que l'activité économique pâtit, mieux vaut rester à l'écart du marché des actions. Mais où placer ses économies alors? Emprunts d'Etat? Les rendements sont lamentables et les risques pas si minimes que ça. Garder du cash? Certainement pas, à une époque où tant les USA que l'Europe font tourner la planche à billets. Reste les métaux précieux.

L'or est une valeur-refuge parce que la matière première échappe à toute manipulation. Avec l'or, on ne peut pas tricher.

5151584_lingot.jpgSous la pression des politiques, la BCE a renoncé à tous ses principes et à son indépendance. Elle imprime désormais des euros par milliards pour les prêter à des pays en cessation de paiement, comme la Grèce. L'inflation pointe déjà son nez et je parie qu'elle va aller en s'intensifiant.

L'or est hors d'atteinte des astuces comptables des pouvoirs publics et des banques centrales. Les Alchimistes ont bien essayé, mais jusqu'à présent personne n'a trouvé comment créer de l'or à volonté. La perte de valeur des principales monnaies du monde (qu'il s'agisse du Dollar, de l'Euro ou de la Livre Sterling) va donc contribuer à une hausse mécanique de la valeur fiduciaire de l'or, simplement parce que les monnaies contre lesquelles il est mesuré s'affaiblissent.

La crise est loin d'appartenir au passé. Les politiciens européens semblent bien peu enclins à réaliser l'énormité de l'enjeu - une crise dont ils ne comprennent pas l'essence et qui s'apprête à les frapper de plein fouet.

Dans les colonnes du Temps, Emmanuel Garressus explique brillamment que le retour à la rationalité (c'est-à-dire: comprendre qu'il faut créer des richesses avant de penser à les extorquer, que cette création vient des entrepreneurs et non de l'Etat, etc. - des vérités simples oubliées par des populations étourdies par des non-sens économiques martelés à longueur d'année) prendra une génération. Je partage son point de vue. N'allez pas croire pour autant que nous serons sortis d'affaire, par la magie du temps qui passe, exactement en 2030. Ce n'est pas qu'il faille plus longtemps - selon moi l'ordre de grandeur avancé est correct - mais, simplement, que cette longue et nécessaire désintoxication n'a pas encore commencé. Voilà ce que j'entends en disant que la crise est devant nous.

Les choses sérieuses débuteront lorsque l'Euro se désintègrera, lorsque les banques semi-publiques sauteront, lorsque les social-démocraties européennes épuisées seront au bout de leur incohérence fondamentale. C'est pour bientôt. Cela va être très douloureux et très violent. Tous ceux qui se précipitent sur les placements en métaux précieux l'ont bien compris. Voilà pourquoi l'or monte - et pourquoi il n'a pas fini de monter.