21 octobre 2021

Du désastre énergétique à venir

L'hiver vient, et il sera rude.

L'Europe risque de faire face à une crise de l'énergie au plus fort de la saison froide. Et la Suisse aussi.

La faute à l'UDC!

Pour un aperçu assez convenu des mensonges qui nous seront servis alors, il suffit de se tourner vers Le Matin ou l'Agefi qui reprennent une dépêche de l'ATS. En ce mois d'octobre, on prépare déjà l'opinion publique à ce qui va arriver: "Seule, la Suisse risque une mégapanne d’électricité", nous dit-on. Puis vient pour Le Matin la désignation des coupables: "L’échec de l’accord avec l’UE force le pays à trouver de nouvelles solutions énergétiques. EconomieSuisse veut rouvrir le débat sur le nucléaire."

C'est la faute de l'UDC, vous dis-je! Les méchants! Les vilains!

À cause d'un parti politique refusant la supériorité des juges étrangers sur la démocratie directe helvétique, nous serons privés de courant cet hiver. Que ce soit dit.

Aucune démonstration n'est faite de la relation entre l'accord-cadre institutionnel avec l'UE - qui n'a jamais dépassé le stade des discussions - et l'impossibilité d'acheter de l'énergie en Europe, qui relève du simple commerce et se pratique quotidiennement. Et c'est heureux, car si telle démonstration existait, elle prouverait une relation dominant-dominé humiliante pour la Suisse (certains dans la classe politique helvétique se délecteraient d'une telle perspective).

Non, les difficultés qui nous attendent à la mauvaise saison n'ont rien à voir avec la diplomatie internationale. Elles sont juste les conséquences de choix politiques hasardeux propres à chaque pays.

Plein gaz

Mais ce n'est pas grave. Powerloop, un lobby énergétique avec ses entrées au Parlement, propose de "construire de façon échelonnée environ 2'000 petites centrales à gaz réparties sur une grande partie du territoire national."

2'000 centrales, une paille. Mais attention, de "petites" centrales. Des chose discrètes qu'on remarquera à peine. L'installation de ces 2'000 centrales réparties sur une grande partie du territoire national ne devrait pas requérir de gros travaux, ni pour les ériger, ni pour les alimenter en gaz, on vous dit.

Notre astucieux Roger Nordmann (PS) qualifie la proposition de "prometteuse", nous explique Le Matin. C'est dire si c'est génial. Si Roger Nordmann valide, il faudrait être complètement fou, ou UDC à la limite, pour avoir l'audace de s'y opposer. D'autant plus que la facture sera, on nous explique, raisonnable: elles coûteraient au total 3,4 milliards de francs. Milliards de francs qu'on propose de collecter à travers une modeste "surtaxe" sur les factures d'électricité. Mais tout cela reste "peu en comparaison des coûts d’une panne de courant, estimée entre 3 et 4 milliards par jour, selon le Conseil fédéral".

Le Matin ne rappellera pas que le coût de gestion des déchets de toutes les centrales nucléaires de suisse revient à 1,6 milliards par an, soit moins de la moitié, et qu'avec le nucléaire, il n'y a pas de panne de courant du tout.

Mais pourquoi parler de pannes de courant, au fait?

Une crise artificielle

Car la panne est au centre des discussions. Berne panique tout d'un coup et prépare le terrain pour les pannes d'électricité à venir. Et elles viendront, probablement dès cet hiver. On a beau lorgner sur 2050 dans les discours, les yeux fixés sur l'horizon, l'hiver 2021-2022 sera déjà difficile. Les suivants n'arrangeront rien.

Ayant la chance d'avoir pu discuter avec un professionnel du marché de l'énergie, j'ai obtenu des informations de première main sur la situation énergétique en Europe, les défis qui nous attendent, et la crise énergétique qui nous frappera dès cet hiver. Et les responsabilités n'ont rien à voir avec l'échec de l'accord-cadre avec l'UE, comme on pouvait s'y attendre.

La cause fondamentale tient en deux mots: la transition énergétique.

Lorsque les pays d'Europe de l'Ouest, Allemagne en tête, ont joyeusement décidé que l'avenir devait être neutre en CO2 et non nucléaire, il a fallu se tourner vers les énergies renouvelables. Ces énergies ne sont pas fiables. L'ensoleillement et le souffle du vent dépendent de la météo. Dans les deux cas, la Suisse, avec peu de vent et un faible ensoleillement, ne tire pas son épingle du jeu.

La production énergétique exige une certaine régularité: vous n'aimeriez pas que votre train s'arrête d'un coup en rase campagne, faute de vent pour les éoliennes qui, ailleurs, génèrent le courant qui alimente sa locomotive. Toute installation d'éoliennes, toute ferme de panneaux solaires s'associe donc à une centrale à gaz qui supplée à l'énergie "renouvelable" lorsque les conditions météorologiques ne sont pas au rendez-vous. C'est le secret honteux de la transition énergétique. En Suisse, il y a déjà 950 installations de ce type.

Hormis l'hypocrisie de cette énergie "renouvelable" qui fonctionne peu ou prou au gaz en réalité, le gaz était une solution d'appoint flexible et bon marché il y a quelques années. Avec la multiplication des sources d'énergie "renouvelables" appuyées par des milliers de centrales à gaz ou au charbon à l'échelle de l'Europe, ce n'est plus le cas.

De plus, l'hiver 2020 a été particulièrement long et froid, vidant les réserves du continent européen (Russie incluse). La Russie, un pays du tiers-monde aux équipements dépassés, qui ne peut augmenter sa production d'un claquement de doigt même si elle le voulait - et qui donne de toute façon priorité au chauffage de sa propre population avant d'exporter.

Toutes les conditions sont donc réunies pour une explosion du prix du gaz, et elle a lieu. Depuis le début de l'année, son prix a été multiplié par six. (Il y a deux semaines, dans cet article, il n'était encore multiplié que par cinq). Et nous sommes encore en automne!


L'évolution du prix du gaz d'août à octobre 2020

Les 2'000 "petites centrales à gaz" proposées par Powerloop vont avoir du mal à tourner, et, si elles y parviennent, je n'ose penser à la facture de gaz. Envoyez-la à Roger Nordmann...

Berne se prépare à des pannes d’électricité dramatiques

La transition énergétique, malgré le marketing médiatique de l'énergie "renouvelable", fait lourdement reposer la production d'électricité sur le gaz. Le changement de paradigme, à marche forcée pour contenir les objectifs "climatiques", s'applique à l'échelle du continent européen. Or, les réserves de gaz sont au plus bas et la production ne suit pas.

La loi de l'offre et de la demande risque de rendre l'électricité hors de prix pour beaucoup de monde. Mais nous pourrions aller encore plus loin, une situation où quel que soit le prix il n'y a plus de gaz disponible - c'est-à-dire une pénurie.


Lors des coupures d'électricité au Texas l'hiver dernier, les habitants grelottaient pendant
que les parkings vides du centre-ville restaient éclairés... Tout est question de priorité!

Lorsque ce moment arrivera, les pays victimes subiront des coupures d'électricité. On dira alors que c'est la faute du méchant Poutine qui refuse son gaz russe aux Européens dans le besoin, ou en Suisse la faute de l'échec de l'accord-cadre avec l'Union Européenne (bien qu'à ce stade plus grand-monde n'aura de courant à revendre à qui que ce soit).

L'important, pour les médias et la classe politique aux commandes, sera de préserver dans le grand public l'illusion que les éoliennes, les panneaux solaires et les centrales nucléaires sont tous équivalents. La pénurie quant à elle en incombera au capitalisme, évidemment.

Les choix ont des conséquences, et cela vaut tant pour les délires à l'horizon 2050 que pour le reste. Si une vague de froid frappe l'Europe cet hiver, il y aura de graves problèmes d'électricité et de chauffage. Des gens mourront, sacrifiés sur l'autel de l'énergie renouvelable.

À l'aune des expériences vécues, entre la priorité entre la sécurité de l'approvisionnement, les objectifs climatiques, et la haine irrationnelle des écologistes à l'égard du nucléaire, les électeurs seront amenés à redéfinir leurs priorités. Malgré les coupures et les factures de chauffage et d'électricité hallucinantes, il est possible que la crise ne suffise pas à réveiller les consciences. Il est aussi possible que cela relance le débat de la production énergétique et de la place du nucléaire dans celle-ci.

Le pire n'est pas toujours certain, comme on dit.

02 février 2021

Une histoire d'argent

Le monde de la finance est en ébullition aux États-Unis - et donc, par ricochet, dans le monde entier. Une histoire de frustration, de trahison et de revanche... Et les derniers chapitres restent à écrire. Mais pour comprendre, commençons par quelques éléments de contexte.

Il était une fois le trading

Dans notre monde avide de "disruption" où il s'agit de bousculer les vieux modèles pour supprimer les intermédiaires, il était évident que les banques finiraient elles aussi dans le collimateur. Vint ainsi l'application Robinhood, permettant à tout un chacun de boursicoter librement, c'est-à-dire d'acheter et de vendre des actions sans aucune commission. (D'autres compagnies se sont lancées sur le même créneau, mais Robinhood est l'application la plus connue.)

Selon la page Wikipédia qui lui est consacrée, Robinhood disposerait en 2020 de 13 millions d'utilisateurs. C'est une population de bonne taille, comportant aussi bien des gens éclairés que de parfaits néophytes. L'entreprise tire sa rentabilité de certaines options qu'elle commercialise, de la gestion de l'en-cours en cash des utilisateurs (avant qu'ils achètent ou après qu'ils ont vendu), ou des appels de marge. Elle aurait aussi commercialisé les données de ses utilisateurs à des fonds haute-fréquence, une pratique pour le moins suspecte, qui est depuis septembre 2020 l'objet d'une enquête de la SEC (Securities and Exchange Commission, le gendarme de la bourse aux États-Unis).

Comme prévu, le modèle reposant sur l'absence de frais à la transaction mais sur des commissions sur des actes "secondaires" eut un franc succès et envoya une onde de choc dans le monde des Hedge Funds.

Il ne fallut pas très longtemps pour que des sites communautaires de conseils et d'astuces émergent, notamment le canal Reddit /r/wallstreetbets , littéralement "les paris de Wall Street". À l'heure où ces lignes sont écrites ce canal est fort d'environ 7,5 millions de membres, mais, étant ouvert à tous, le public atteint est sans doute bien plus élevé.

Précisons enfin un dernier terme, essentiel pour la compréhension de ce qui va suivre: le short. Un short, ou encore une position short, est un produit dérivé reposant sur l'idée que le sous-jacent (typiquement, une action) va perdre de sa valeur. Le short est une "garantie de prix à la baisse". Imaginons une action qui vaut 100 CHF, et qu'un trader crée un short à 100 CHF (ce qui n'est pas gratuit). Tant que l'action reste à 100 CHF, le short ne sert à rien. Si l'action monte, le short devient un coûteux handicap, et d'autant plus que l'action monte. Mais si l'action descend, le short (qui signifie ici "le droit de vendre à 100 CHF quelles que soient les circonstances") prend de plus en plus de valeur, puisqu'il permet de vendre les actions en perdition à un prix garanti.


Une jolie illustration qui ne montre pas l'argent perdu lors d'un short lorsque l'action monte.

Il existe bien évidemment le miroir du short, le long, qui est la garantie d'acheter à bas prix une action dont le cours s'envole. Selon les législations de chaque pays, ces pratiques sont encadrées par des lois différentes, que ce soit en termes de couverture (doit-on posséder l'action sous-jacente pour se lancer là-dedans?), de délais (combien de temps le produit dérivé vit-il?) ou d'exercice (peut-on "déclencher" l'outil n'importe quand ou à une date donnée?), et bien d'autres aspects qui dépassent le cadre de cet article.

S'il fallait résumer en quelques mots, un short est un pari à la baisse.

Du galop d'essai au grand galop

Vint la pandémie de Covid et un certain nombre de perturbations économiques se reflétant sur les cours de bourse. Pas besoin d'être grand clerc, par exemple, pour comprendre que l'effet des confinements sur l'industrie touristique ou les compagnies aériennes irait de "pas terrible" à "franchement désastreux".

Les investisseurs, fonds de pension et autres gestionnaires de fortune professionnels choisirent donc, pour certains, de vendre ce qu'ils possédaient dans ces secteurs d'activité. D'autres allèrent plus loin et décidèrent de spéculer sur la baisse pour retirer des bénéfices.

À contrario, des millions de petits investisseurs, guidés par les des sites communautaires, décidèrent d'acheter des actions en chute libre, pariant, eux, sur un "énorme rebond économique" consécutif à une crise finalement légère. Certes, il y eut des erreurs, mais certains parvinrent à tirer leur épingle du jeu:

Will Nelson, 27 ans, un autre trader néophyte utilisant l'application Robinhood, a joué (...) sur des options à la hausse sur des actions du secteur technologique. Il dit que les options à la hausse étaient de l'argent facile pendant les dernières années mais que lorsque les actions baissèrent à cause de l'épidémie de coronavirus, le trading devint difficile.

"Vous devez être capable de gérer les extrêmes", explique-t-il.

Nelson raconta qu'il acheta en panique lors de la chute des actions quelques mois plus tôt, et son gain actuel est de plus de 244%. 


Les professionnels du secteur regardèrent de haut les traders à la petite semaine de Robinhood et consort. Leur mépris se changea en colère lorsque ces petits porteurs commencèrent à influer sur la marche de sociétés cotées plus importantes, comme celles du secteur aérien.

Ajoutez à cela l'élection frauduleuse de Joe Biden, la frustration des "petits" massacrés par les restrictions d'activité liées au Covid (qui n'affectent pratiquement pas le secteur financier) et les accointances de Wall Street avec l'Administration démocrate, et tout était en place pour que les petits porteurs donnent une tournure plus politique à leurs manœuvres boursières.

L'épopée de GameStop

Robinhood devint un outil pour protester contre le "système". Le choix collectif se porta sur une petite sélection de titres, dont GameStop.

GameStop est une société disposant de 5'500 magasins dans le monde, essentiellement aux États-Unis. Elle commercialise des jeux vidéo et du matériel informatique - typiquement le genre de produits particulièrement sujets à la vente par correspondance en ces temps de restriction de l'activité commerciale. Entre les confinements et le changement des habitudes des consommateurs, GameStop s'apprêtait immanquablement à traverser des turbulences, mais /r/wallstreetbets intervint, en masse, pour soutenir son action. Le cours s'envola, passant de 17$ début janvier à plus de 340$ à la fin du mois. Des fortunes se bâtirent à cette occasion.

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L'objectif n'était pas tant de s'enrichir que de faire saigner les Hedge Funds qui avaient parié à la baisse sur GameStop. Piégés par leurs shorts, ils perdirent des fortunes, quotidiennement, suite aux appels de marge sur leurs produits dérivés, liés à la hausse des cours. Certains fonds comme Candlestick Capital Management, Citron Capital, D1 Capital Partners, Maplelane Capital ou Point72 perdirent un pourcentage de valeur à deux chiffres, des pertes totalisant 19 milliards de dollars le 30 janvier. Melvin Capital perdit 53% de sa valeur sur ce mois, certains gestionnaires terminant ainsi leur carrière.

L'opération fut un succès mais révéla d'autres choses. Des demandes furent déposées auprès de Reddit pour fermer le canal /r/wallstreetbets, qui reçurent une réponse ambiguë de la plateforme. L'application Robinhood fut modifiée pour empêcher ses clients d'acheter des actions GameStop. Ils pouvaient en vendre s'ils en avaient, mais plus en acheter - en contradiction avec tous les contrats de licence utilisateur. Une nouvelle mise à jour permit à nouveau d'acheter des actions des sociétés ciblées par /r/wallstreetbets, mais seulement pour en posséder un exemplaire de chaque dans son portefeuille, pas une de plus!

La SEC décida de se pencher sur la coordination de /r/wallstreetbets pour déterminer si cela "altérait le marché". Et pour finir l'action de GameStop elle-même fut suspendue à plusieurs reprises alors qu'elle s'envolait - quelque chose d'inédit: les actions sont suspendues lorsqu'elles baissent trop, pas quand elles montent!

Tout ceci laissa un sale goût dans la bouche des boursicoteurs de /r/wallstreetbets, pour le moins. Ils découvrirent avec amertume que Wall Street était solidaire avec les siens - les gestionnaires de fonds, par exemple - et n'hésitait pas à changer les règles lorsque les choses tournaient mal pour eux. Robinhood collaborait clairement avec "l'ennemi". Les petits porteurs avaient le droit de perdre en bourse, mais il y aurait toujours des politiciens ou des banquiers pour venir en aide aux grands maîtres de la finance...

Aussi décidèrent-ils de s'attaquer à un autre marché manipulé: l'argent.

Ruée sur le métal gris

Le marché des métaux précieux est le plus manipulé entre tous, par les grandes banques et les banques centrales, afin de cacher l'inflation causée par l'expansion délirante de la masse monétaire. On peut dire que l'augmentation s'est accélérée notablement depuis la crise financière de 2008 - oui, cela fait treize ans maintenant - et la sauvegarde de tous ces établissements financiers too big to fail.

La pandémie de Covid n'a rien arrangé. La masse monétaire M1 a explosé de + 65,6% à 6,667 milliards de dollars depuis le début de cette nouvelle crise, comme en témoigne ce graphique:


L'évolution de la Masse Monétaire M1 en dollars (source: Fed Saint-Louis)

Mais il n'y aura pas d'inflation, nous explique-t-on! Ce n'est pas faux, puisque cette richesse profite en premier lieu aux Davos Guys, les super-riches de la planète, pendant que les gueux voient augmenter les prix de l'immobilier, des aliments, de l'énergie...

Quoi qu'il en soit, comme tous les métaux précieux, l'argent est en quantité finie dans la croûte terrestre, alors que les monnaies-papier ne le sont pas, sans compter que désormais elles sont largement dématérialisées. Multiplier la quantité de dollars en circulation par dix n'est guère plus compliqué que de rajouter un zéro quelque part.

Le canal /r/wallstreetbets contient un grand nombre de suiveurs mais aussi des individus plus éclairés. Ils lancèrent la semaine dernière un vaste mouvement pour s'attaquer à l'argent, "le canari dans la mine", selon leurs dires, et souhaitant utiliser la force de la communauté à cette fin.

L'opération est en cours et ses premiers effets se font sentir. Rien que ce week-end, l'once d'argent est montée de 27$ à 30$, soit un bon de plus de 10% - pas un mince exploit compte tenu de la taille du marché concerné, qui n'a plus rien à voir avec des entités comme GameStop.

Les conséquences sur les Hedge Funds honnis seront modérées: la plupart des gestionnaires de fonds ne misent pas sur les métaux précieux, et s'ils le font, ils jouent plutôt sur une hausse des cours (ce qui est logique au vu de la courbe ci-dessus, où le pouvoir d'achat des monnaies est condamné à s'effriter). Mais en s'en prenant à un métal précieux, on touche à quelque chose de systémique.

Les activistes de /r/wallstreetbets ne conseillent pas seulement de miser sur de l'argent, ils demandent aux gens de s'acheter de l'argent physique. Car à l'inverse des titres de propriété "virtuels" sur l'argent, tout aussi manipulés que n'importe quelle monnaie, l'argent physique ne peut pas être inventé.

Les revendeurs de pièces officielles - l'Eagle Silver, une pièce d'argent américaine pesant exactement une once - sont tous en rupture de stock, et n'ont pas de possibilité de les renouveler. Comme dans tout système de prix artificiellement manipulé à la baisse, les stocks s'évaporent. Et le marché du physique s'envole:


Si vous voulez votre argent en main, c'est plus cher...

Le prix réel de l'once d'argent, l'once d'argent métal, est donc de 43$ pour l'instant, à comparer à l'once d'argent virtuelle, qui reste à 30$ pour l'instant, mais continue de monter.

Combien de temps le système peut-il tenir avec un différentiel aussi énorme entre le cours réel et le cours officiel?

Conclusion

Journalistes et analystes financiers ne se gênent pas pour mépriser les utilisateurs de Robinhood. Pourtant, il n'y a rien de mal à placer son argent dans des entreprises chères à chacun pour des raisons qui lui sont propres ; et si les bénéfices sont de la partie, c'est tout aussi bien.

En quoi les traders de Robinhood seraient-ils plus hypocrites que tous les gérants de fortune lançant des fonds "éthiques" ou "à neutralité carbone"? Les moqueries des élites de la finance contre d'humbles spéculateurs sur GameStop éclairent d'une lumière crue leur propre "finance verte", qui apparaît rétrospectivement comme un simple produit marketing conçu par des cyniques pour appâter un public souhaitant investir en se parant de vertu - une fable à laquelle chacun s'efforce de croire parce qu'elle arrange tout le monde.

La stratégie boursière est de la même façon quelque chose de tout à fait personnel. Il est évidemment risqué d'avoir choisi de miser sur une société comme GameStop, mais en quoi est-ce fondamentalement plus irrationnel que d'acheter des actions Apple (qui a un PER de 43, ce qui signifie qu'il faut 43 ans de dividendes, hors inflation, pour rembourser sa mise) ou même Tesla (qui a un PER de 1700...) et que les professionnels de la finance n'hésitent pas à conseiller?

Mais l'offensive contre l'argent est toute autre chose. Peut-être est-ce une rébellion, ou peut-être est-ce une révolution.

Et si c'est une révolution, nous sommes dans les premiers jours d'un cataclysme monétaire qui pourra aller jusqu'à la fin du rôle du dollar comme monnaie de réserve et verra s'envoler le Bitcoin et les métaux précieux à des hauteurs insoupçonnées. Le secteur financier et bancaire sera chamboulé dans des proportions jamais vues depuis un siècle.

Je ne sais pas combien de temps cela prendra, mais vu d'ici j'ai l'impression que la mèche est allumée ; et, surtout, je vois mal comment elle pourrait s'éteindre.

Mise à jour (7 février): comme on pouvait s'y attendre, le rush sur GameSpot a fait long feu, entraînant des centaines de millions de dollars de perte chez les porteurs du titre (quoiqu'à 63$, il soit encore loin des 18$ du début d'année.) L'argent quant à lui est redescendu à 27$ l'once. Tout est-il donc revenu à la normale? Pas totalement. La pénurie d'argent métal subsiste.

18 juillet 2020

Des Millionnaires pour l'Humanité

"Taxez-nous davantage!"

C'est en ces termes que l'on pourrait résumer la profession de foi d'un groupe de 87 signataires s'auto-proclamant les Millionnaires pour l'Humanité.

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Pareille initiative fut bue comme du petit lait par les médias, cela va sans dire. Des riches qui demandent à être taxés davantage! Quelle aubaine!

"Alors que le Covid-19 frappe le monde, les millionnaire comme nous avons un rôle essentiel à jouer pour guérir le monde. Nous ne sommes pas ceux qui soignent les malades dans les unités de soins intensifs. Nous ne conduisons pas les ambulances qui amènent les malades à l'hôpital. Nous ne sommes pas ceux qui regarnissent les rayons des épiceries ou qui délivrent de la nourriture de porte à porte. Mais nous avons de l'argent, beaucoup. De l'argent dont on a absolument besoin maintenant et dont on continuera à avoir besoin dans les années à venir, alors que notre monde se remet de cette crise."

"Nous, les millionnaires soussignés, appelons les gouvernements à augmenter les taxes de gens comme nous. Immédiatement, substantiellement et de manière permanente".

"L'impact de la crise actuelle s'étendra sur des décennies (...) Les problèmes causés et révélés par le Covid-19 ne peuvent être résolus par la charité, aussi généreuse soit-elle. Les chefs de gouvernement doivent prendre la responsabilité de lever les fonds dont nous avons besoin et les dépenser équitablement. Nous pouvons nous assurer de financer de façon adéquate nos systèmes de santé, nos écoles et notre sécurité via une augmentation permanente des taxes sur les gens les plus fortunés de la planète, des gens comme nous." (...)


L'appel se termine solennellement:

"Donc, s'il vous plaît. Taxez-nous. Taxez-nous. Taxez-nous. C'est le bon choix. C'est le seul choix. L'Humanité est plus importante que notre argent."


Difficile pour un journaliste de rester de marbre face à un tel appel au collectivisme. Du coup, rare sont les articles mentionnant cette initiative et faisant preuve du moindre esprit critique. Les médias gobent avec empressement en se contentant d'applaudir cette prise de position, opportunément publiée juste avant la réunion des ministres des Finances du G20 et le sommet européen extraordinaire sur la relance de l'UE.

Naïveté quand tu nous tiens

Heureusement, les internautes sont un peu moins naïfs (dans l'ensemble) que les journalistes qui prétendent les informer, et cela se voit dans les commentaires des articles sur le sujet.

Le côté publicitaire de l'opération saute aux yeux: les millionnaires, par appât du gain ou peur de la foule, espèrent toujours se faire bien voir des masses vindicatives. Rien de mieux que de demander à payer plus d'impôts pour y parvenir. C'est la version financière du green washing ou d'un selfie avec Greta. Mais la démarche soulève tout de même quelques questions.

D'abord, et c'est l'évidence même, personne n'est obligé de payer le minimum d'impôt. C'est l'argument-massue à rétorquer à tous les adeptes de la redistribution, qu'ils soient milliardaires ou militants socialistes de base. Si on prend au mot les martingales à base de "multiplicateur de prospérité" et autres formules imprégnées du mythique "intérêt général", qu'est-ce qui empêche qui que ce soit de faire un don à l'État, ou à n'importe quel État, du montant de son choix?

Donnez à l'État et il vous le rendra au centuple? Eh bien, qu'attendez-vous?

Charité bien ordonnée commence par soi-même. Les Millionnaires pour l'Humanité seraient un tout petit peu plus crédibles s'ils joignaient le chèque à la parole afin de donner corps à leur appel à la générosité. Ils s'en gardent bien!

Ensuite, si la redistribution via l'impôt créait la moindre prospérité, cela se saurait. Depuis le temps que toutes les variantes du socialo-communisme n'ont de cesse d'emprunter ce chemin (en se servant grassement au passage), cela n'a donné que corruption, pauvreté généralisée et effondrement économique dans tous les pays qui ont eu le bonheur d'essayer.

L'explication est fort simple: le transfert forcé d'argent d'un individu à un autre n'augmente pas la satisfaction générale, à l'opposé d'un transfert volontaire et librement consenti, comme un achat par exemple. Le transfert forcé est même destructeur de prospérité puisqu'il punit celui qui réussit à gagner de l'argent en le donnant à celui qui n'a rien fait pour le mériter. Mais il a l'avantage de permettre à toute une classe de parasites institutionnels de vivre en prélevant leur écot sur ces échanges, tout en se drapant de morale.

Le piège de la générosité

Imaginons que des politiciens appâtés par cette douce musique fiscale décident de voter demain un super-impôt pour les super-riches. Disons, par exemple, un taux spécial supplémentaire de 20% sur les revenus de plus d'un million de francs, en sus de tous les impôts actuels.

Les partisans de cet impôt déchanteront rapidement, parce qu'il rapportera bien moins que prévu. Ceux qui sont très au-dessus du seuil trouveront des moyens d'y échapper avec des montages fiscaux permettant d'apparaître comme des travailleurs employés par une filiale étrangère, ou déménageront et travailleront à distance depuis un autre pays, etc. Ceux qui sont un tout petit peu au-dessus du seuil baisseront leur salaire pour l'éviter, en se faisant payer en stock-options ou autres avantages.

Mais surtout, il y aura des gens pour porter plainte devant telle ou telle cour suprême contre ce seuil de super-impôt pour les super-riches, et ils gagneront, car les seuils marqués sont à éviter en matière d'imposition et les politiciens le savent bien.

Si bien que lorsque vous entendez des riches appeler à "plus d'impôts pour les riches" ils appellent en réalité à une augmentation générale des impôts.

Il n'est juste pas possible d'augmenter massivement les impôts d'une seule tranche de revenus. Lorsque pareille fiscalité est souhaitée ("Taxons les riches!") et mise en place, elle se décline en fait en une augmentation de toutes les tranches d'impôt, de la plus haute à la plus basse. Si bien que, ne disposant pas des "capacités d'évitement" des super-riches, la classe moyenne subit les nouveaux taux de plein fouet.

Comment fonctionne le monde

Il n'y a pas plus hypocrite, et franchement méprisant, qu'un appel des super-riches à être taxés davantage. Et ils le savent parfaitement.

Il y a quelques années le magnat de la finance Warren Buffett se plaignait mollement de payer moins d'impôts que sa secrétaire. Parce que les impôts sont essentiellement des impôts sur le revenu. Les gens vraiment riches se débrouillent pour obtenir de l'argent par d'autres moyens.

Warren Buffet, par exemple, dispose d'une fortune grâce à sa société Berkshire Hathaway. Jeff Bezos d'Amazon reçoit un salaire de misère. Jack Dorsey, le PDG de Twitter, a touché un salaire d'un dollar et 40 cents en 2018. Quel taux d'imposition serait approprié sur un salaire pareil?

Toute la fiscalité d'aujourd'hui est focalisée sur les salaires. Qu'on tente une autre approche de la fiscalité et certains super-riches y réfléchiront à deux fois avant de lancer un appel à payer plus d'impôts... Mais en fait ils n'ont pas tellement à craindre.

Savez-vous pourquoi?

Parce que les politiciens ne le feront jamais.

Il faut révéler le pot-aux-roses de la fiscalité, et de ces inexplicables "niches" et autres "paradis fiscaux", qui fleurissent encore et toujours malgré toutes les tentatives politiques pour soi-disant y mettre fin: il est infiniment plus facile, et moins coûteux, pour les super-riches, de faire capoter un projet de loi ou de s'aménager des portes de sortie dans une réforme fiscale, plutôt que de s'acquitter des nouveaux impôts.

C'est un terme poli pour "corruption" - et une bataille que la fiscalité ne remportera jamais.

Tout cela n'implique pas forcément des sommes d'argent qui changent de main. Les super-riches sont d'autant plus aidés dans leurs démarches que la classe politique est elle-même richissime - en particulier les politiciens de gauche. Nancy Pelosi pèse 120 millions de dollars. Le couple Clinton a engrangé 240 millions de dollars entre 2001 et 2016. Plus près de chez nous, le révolutionnaire d'opérette Jean-Luc Mélenchon fait partie des 1% les plus riches.

Et en Suisse? Simonetta Sommaruga et son mari (écrivain subventionné) se payent une maison de trois appartements. Moritz Leuenberger fut nommé au Conseil d'Administration d'Implenia. Même à Renens, la verte Tinetta Maystre se retrouve au Conseil d'Administration de Migros Vaud.

Comment penser une seconde que ces gens tordront le cou à la poule aux œufs d'or?

"Les médias nous bassinent depuis des années avec la feuille d'impôt de Donald Trump, mais je suis moins intéressé par la déclaration fiscale d'un milliardaire devenu politicien que par celle d'un politicien devenu milliardaire." -- Un internaute fâché par la richesse de ses élus


Indépendamment de toute discussion morale sur la taxation, les super-riches n'ont pas de mauvais sang à se faire. Peu importe ce que croient ou espèrent les militants de gauche, les politiciens qui les représentent n'ont aucune envie de nuire au club dont ils rêvent de faire partie, quand ils n'ont pas déjà réussi à y entrer au gré de leur "carrière politique". Il n'y a pas de meilleure entente entre le monde politique et les gens les plus prospères de la planète qu'au milieu des petits fours du Forum de Davos. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la plupart des membres de cette super-classe s'affiche politiquement à gauche.

Voilà pourquoi certains membres du club des millionnaires peuvent pousser le vice jusqu'à se qualifier de "Millionnaires pour l'Humanité". Parés de leur nouvelle vertu, ils aguichent la plèbe en implorant publiquement à payer plus de taxes, et, une flûte de champagne à la main, contemplent les fourmis s'agiter.

13 mars 2020

Coronavirus: Pourquoi une pandémie seulement maintenant?

D'après le news ticker du Matin, l'Organisation Mondiale de la Santé définit l'épidémie mondiale de Coronavirus comme une "pandémie" depuis le 11 mars. Sans doute de quoi justifier que l'Allemagne vole des masques de protection achetés par la Suisse.

Le Covid-19 est désormais une pandémie

Le Covid-19 est désormais une pandémie, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Son directeur général Tedros Adhananom Ghebreyesus a annoncé mercredi à Genève ce nouveau statut.

Cette situation «ne change pas» la réponse que l'organisation apporte, a-t-il déclaré devant la presse, déplorant «une telle attention sur un mot» depuis des semaines. Et d'appeler au calme. «Chaque branche et chaque citoyen doit être actif», affirmé le directeur général.

M. Tedros s'est dit alarmé par l'augmentation du nombre de cas et du nombre de pays affectés. Mais aussi par celui de l'«inaction». Depuis deux semaines, le nombre de cas en dehors de la Chine a été multiplié par treize et celui de pays affectés par trois.


L'alarme du nombre de cas, du nombre de pays affectés, du nombre de décès, de l'inaction (?)... Pourquoi pas.

D'après le Larousse, une pandémie est une "épidémie étendue à toute la population d'un continent, voire au monde entier." La définition de l'OMS est évidemment plus compliquée. Dans le langage courant, on retiendra qu'une pandémie, pour être qualifiée comme telle, doit correspondre à une transmission interhumaine avérée dans plusieurs pays, infectant un grand nombre d'individus, et dépassant les capacités de traitement des systèmes médicaux locaux.

On comprendra donc que l'épidémie de Covid-19, selon son nom officiel, correspond depuis des mois à une pandémie. Alors pourquoi ne pas la qualifier ainsi? Sur le site TopSanté, un journaliste fait des efforts méritoires pour défendre le refus de l'OMS de qualifier de pandémie l'épidémie mondiale de Coronavirus:

Selon l'OMS, le Covid-19 ne répond pas totalement à la définition de pandémie. "Pour l'heure, nous n'assistons pas à la propagation mondiale ‎incontrôlée de ce virus, et nous n'assistons pas au développement à ‎grande échelle des formes sévères de la maladie ou du nombre de ‎morts‎", avance Tedros Adhanom Ghebreyesus (Directeur général de l'OMS) à l'occasion d'une allocution à l'OMS le 24 février. [Ce jour-là, il y avait 2'699 mort...] (...)

Le terme pandémie fait peur. Selon [le Directeur général de l'OMS], "utiliser le mot pandémie ne correspond pas aux faits à l'heure actuelle, mais cela pourrait certainement causer des peurs. Ce n'est pas le moment de se focaliser sur le mot qu'on utilise : cela n'évitera aucune infection ni ne sauvera aucune vie".


Certes, utiliser les bons mots ne sauvera pas des vies ; mais cela fera changer de mains de vastes sommes d'argent. Car tout ceci n'est qu'une histoire de gros sous...

Financer les crises sanitaires

Que ce soit le SRAS, l'Ebola ou le MERS-CoV pour n'en citer que quelques-unes, l'OMS s'est souvent retrouvée dans une situation compliquée lorsqu'une crise épidémique survenait dans des pays pauvres.

L'OMS est chargée d'assister financièrement les pays touchés par de nouvelles maladies, et tente toujours de trouver des financements. Cette aide, nécessairement d'urgence, peut souvent être assumée localement lorsque la crise éclate dans un pays riche. Il suffira alors de rembourser à posteriori les frais engagés. Mais lorsque le ou les pays touchés sont des pays pauvres, l'opération est plus compliquée, puisqu'il faut alors avancer directement l'argent au moment de la crise. Les pays alentours sont peut-être tout aussi pauvres, et les pays riches à des milliers de kilomètres de là ne se sentent pas forcément concernés, ou tout au moins pas autant que si l'affaire avait lieu sous leurs fenêtres.

C'est pour résoudre cette situation problématique que des experts financiers de la Banque Mondiale ont mis au point un outil particulier, le Fonds Obligataire de Pandémie, encore appelé Outil de financement d'urgence pandémique ou encore PEF. On peut en trouver une explication sur Wikipédia.

Voilà comment cela fonctionne: le produit financier est créé avec une durée de vie, par exemple trois ans, et un rendement garanti, par exemple, 6.9% annuels au-dessus du taux interbancaire de base, le fameux LIBOR. Disons-le franchement, c'est un très joli taux.

Les investisseurs peuvent y souscrire librement. S'ils placent un million de dollar dans le pot, ils toucheront au moins 69'000 dollars annuels garantis, et au bout des trois ans, récupèreront leur mise.

Tout cela a l'air d'un moyen simple de se faire facilement de l'argent sans danger (les intérêts sont payés par la Bundesbank et la Bank of Japan, deux institutions qu'on n'imagine pas disparaître après-demain) mais il y a forcément un piège. Si une pandémie se déclare pendant la durée de vie du fonds, l'argent investi sera utilisé pour lutter contre la pandémie, et les investisseurs ne retrouveront jamais leur capital.

Et c'est exactement ce qui vient de se passer.

Les pandémies, ces catastrophes qui n'arrivent jamais

Le monde financier adore niveler les risques pour créer une gamme de produits. Par exemple, lors de la crise des subprimes, les hypothèques étaient regroupées dans des "tranches" d'instruments financiers ad-hoc notés de AAA à BBB ou moins selon la solvabilité des emprunteurs et leur risque de défaut. On appelle cette technique la titrisation.

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Dans le cas qui nous concerne, la Banque Mondiale conçut en 2017 deux obligations à destination de l'OMS pour plusieurs centaines de millions de dollars et une durée de trois ans, arrivant à maturité en juillet 2020.

La première obligation, de classe "A" car la moins susceptible de se déclencher, avait un rendement annuel de 6.9%. L'obligation se déclenchait si une pandémie était identifiée avec plus de 2'500 morts dans un pays donné et plus de 20 dans un autre, énonce le prospectus de l'instrument financier. 225 millions de dollars furent récoltés par ce biais.

Une seconde obligation, de classe "B" car plus risquée, avait un rendement annuel de 11.5%, mais des conditions de déclenchement plus facilement atteintes, d'où la prime de risque plus importante. L'obligation rassembla une souscription de 95 millions de dollars.

La Banque Mondiale dispose d'une souscription de 425 millions de dollars avec ces diverses obligations "médicales" non cotées. Pendant deux ans, des investisseurs privés purent bénéficier d'un excellent rendement alors que le monde était calme. Puis survint l'épidémie de Coronavirus à Wuhan.

Voilà pourquoi l'OMS a mis tant de temps à annoncer que la pandémie de Covid-19 en était bien une: pour ne pas faire perdre leur argent à de puissants groupes financiers. Pour que cela fonctionne, il aurait fallu tenir jusqu'au mois de juillet et l'expiration des obligations, une perspective de moins en moins tenable alors que la pandémie frappe furieusement le monde entier.

En février, l'OMS pouvait y croire encore: après tout, le virus n'avait fait "que" 2'700 morts en Chine et pas encore 20 victimes dans d'autres pays. Mais l'OMS n'a pas le privilège de décréter seule que les conditions de déclenchement de l'obligation sont réunies. Cette décision est déléguée à une société privée de Boston, AIR Worldwide Corporation, spécialisée dans la modélisation des catastrophes.

Nous avons tous pu le voir de nos propres yeux, les dirigeants de l'OMS se sont battus non pas pour déclarer la pandémie, mais pour ne pas le faire - afin de préserver les intérêts des investisseurs. Tant pis si l'argent manquait sur le terrain. Cet épisode est à garder en tête la prochaine fois que quelqu'un vient vous expliquer qu'une institution internationale est le seul organisme préservé de tout conflit d'intérêt et à même de gérer une crise mondiale.

Comme tous les instruments financiers de ce type, les PEF sont bien plus prévus pour le monde financier que pour les populations que les obligations sont censées aider. Les conditions de déclenchement (nombre de victimes, diffusion) sont conçues pour être difficiles à atteindre. Pendant l'épidémie d'Ebola du Kivu, qui fit plus de 2'000 morts, les obligations de l'OMS ne délivrèrent des fonds qu'au treizième mois de la crise, et pour un montant de seulement 31 millions de dollars. De l'argent en faible quantité et arrivant bien trop tard sur le théâtre des opérations.

Les PEF seront forcément revus à l'issue de la pandémie de Coronavirus. Le chef économiste de la Banque Mondiale Lawrence Summers les qualifie de "faute embarrassante". Les arguties sur l'utilisation du terme ont malheureusement contribué entre-temps à atténuer la perception de la gravité de la crise par le grand public.

En attendant, qui aurait cru que l'utilisation du terme de pandémie dépende finalement d'intérêts financiers liés à l'OMS? La définition du Larousse est à revoir.

25 février 2020

Coronavirus: le monde d'après (seconde partie)

La lutte contre le Coronavirus est une course contre la montre. Pendant que l'infection se répand selon un rythme exponentiel, les chercheurs tentent de trouver un remède.

Il y a deux grandes stratégies ; la recherche d'un vaccin (qui prévient la maladie) et la recherche d'un médicament existant (qui la soigne). La première est puissante puisqu'elle permettrait d'éradiquer complètement la maladie. Malheureusement, elle prend beaucoup de temps: on parle de plus d'un an avant d'arriver à valider un vaccin efficace, sans parler de la production de masse. La seconde ne permet pas d'éliminer la maladie mais a l'immense avantage d'être facilement mise à disposition, puisque la molécule existe déjà - il n'y a plus qu'à la produire.

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Les Chinois, à court de temps mais disposant de nombreux malades sur lesquels tester les médicaments à disposition, ont opté pour la seconde approche. Les résultats semblent probants. Selon des résultats très récents, la Chloroquine, un bête médicament employé pour lutter contre le paludisme depuis 70 ans, aurait des effets tout à fait satisfaisants sur les personnes infectées. Selon le Pr. Raoult, spécialiste renommé des maladies infectieuses, cité dans Les Échos:

"Nous savions déjà que la chloroquine était efficace in vitro contre ce nouveau coronavirus et l'évaluation clinique faite en Chine l'a confirmé", selon le [professeur Raoult] commentant la première publication sur cette étude clinique de trois chercheurs chinois dans la revue BioScience Trends.

L'article publié en ligne le 19 février tire ses résultats d'un essai clinique mené dans plus de dix hôpitaux chinois (à Wuhan - épicentre de l'épidémie -, Pékin et Shanghai notamment) pour mesurer "l'efficacité de la chloroquine sur le traitement de pneumonies associées au Covid-19".


Selon les chercheurs chinois, un traitement de 500 mg de chloroquine par jour pendant dix jours serait suffisant pour obtenir une amélioration importante de la santé des patients.

S'il est encore un peu tôt pour crier victoire, nous détenons enfin une piste sérieuse, prometteuse et peu coûteuse. Et même si elle est imparfaite, elle permettra encore de gagner du temps pour trouver d'autres médicaments encore plus efficaces, et peut-être un vaccin à terme.

L'Humanité s'est peut-être juste fait peur, mais tous les enseignements de cette crise n'ont pas encore été tirés.

Démocratie vs. Totalitarisme

Une thèse lancinante et curieuse dans les discussions que j'ai pu avoir sur le sujet tenait au comportement du régime politique face à l'épidémie. Les régimes autoritaires, m'a-t-on donc expliqué, seraient mieux armés pour faire face à l'épidémie puisqu'ils seraient capables de prendre des mesures "énergiques" dont les régimes plus doux, pour ne pas dire plus mous, seraient incapables.

La tentation de résoudre les problèmes par une bonne loi martiale est décidément très en vogue au sein de nos pays libres. Malheureusement, il me semble que les tenants de cette théorie ont une vision quelque peu romantique de l'autoritarisme.

La répartition mondiale du virus permet de vérifier ce qu'il en est. L'épidémie dans les pays totalitaires, comme la Chine ou l'Iran, montre que le mélange de pauvreté, d'incompétence et de mensonge qui gangrène ces régimes les rendent incapables de faire face à une crise sanitaire. N'oublions pas que la Chine a laissé couver et grandir une épidémie pendant des mois avant d'avouer le problème, allant jusqu'à menacer les lanceurs d'alerte. La population affectée n'était quasiment plus contrôlable. L'Iran, quant à lui, a attendu les premiers décès avant d'avouer la présence de la maladie sur son sol - amenant de nombreux civils insouciants à être contaminés alors qu'une meilleure information du public aurait pu prévenir des comportements à risques.

Les postures autoritaires ont elles-mêmes leurs limites. Il est facile pour un potentat d'envoyer les policiers et les militaires à l'assaut des zones récalcitrantes et de décréter état d'urgence sur état d'urgence, mais à la fin, mêmes les policiers et les militaires restent des humains. Ils ont des familles qui peuvent être affectées, et finir par tomber malade à leur tour. Lorsque casernes et commissariats tombent eux-mêmes sous quarantaine, qui reste-t-il pour faire respecter la loi martiale?

Il n'est pas certain d'ailleurs que ni l'Iran ni la Chine ne sortent politiquement indemnes de la crise. Les citoyens de ces pays demanderont des comptes à leurs dirigeants, et il n'y aura plus d'urgence permettant de remettre le débat public à plus tard.

Les démocraties sont peut-être plus molles (c'est-à-dire, plus respectueuses des droits des individus!) mais elles sont aussi plus transparentes et plus prospères. Cela leur permet en retour d'être mieux équipées médicalement, un autre facteur important pour parvenir à gérer une crise sanitaire. Et une population mieux informée et mieux respectée est plus à même de contribuer à l'intérêt général qu'à travers les menaces et les contraintes.

Reste enfin la question de l'origine du virus, toujours pas éclaircie. Tant que nous n'aurons pas de preuve décisive de l'origine de la maladie - qui ne vient pas du marché de Wuhan, rappelons-le - il restera toujours le soupçon qu'elle ait été conçue dans un laboratoire étatique à des fins inavouables... Là encore, rappelons que les régimes autoritaires ne font que peu de cas des conventions internationales interdisant les recherches sur les armes biologiques ou chimiques.

Les limites de la délocalisation

Ce n'est qu'une fois tous ses œufs bien installés dans le même panier et qu'on trébuche sur le chemin qu'on réalise que l'idée n'était pas très bonne. La même chose vaut pour la mondialisation et la délocalisation massive de toutes les productions manufacturières - et pas seulement - vers la Chine.

Saviez-vous que 60% des principes actifs des médicaments sont fabriqués en Chine? Si l'épidémie de Coronavirus se poursuit et que la production chinoise reste en panne, les Occidentaux eux-mêmes vont manquer de médicaments. Le grand public a eu un aperçu de ce petit problème alors que les masques de protection, eux aussi exclusivement fabriqués en Chine, disparaissaient des pharmacies à vitesse grand V.

Sans même parler de la crise sanitaire, les impacts sur les chaînes d'approvisionnement et de production sont très réels. En France, un tiers des sociétés actives dans l'industrie électronique ont annoncé le 25 février qu'elles arrêteraient prochainement leur production, faute de composants livrés depuis la Chine. Même si la crise s'achève, il faudra des mois avant que la situation ne revienne à la normale. La concentration des fournisseurs et le travail en flux tendu ont amené les processus industriels à être vulnérables face à des perturbations inattendues. Là encore, la relocalisation d'au moins une partie des activités et une plus grande variété dans les sources d'approvisionnement seront peut-être des enseignements à retirer.

La crise économique

Lorsque l'épidémie de Coronavirus sera vaincue, les bourses repartiront dans le vert comme des fusées. Mais cela ne veut pas dire que la crise n'aura eu aucun effet.

Dans de nombreux pays, le secteur du tourisme est dévasté. Il faudra du temps pour que les habitudes reviennent. Il en est de même du transport aérien, de la restauration, des loisirs et de nombreuses activités dont les gens réalisent qu'elles sont superflues, surtout quand leur survie est en jeu. A-t-on vraiment besoin d'un logement plus grand, d'une voiture neuve, du dernier smartphone à la mode, de vacances sur la plage à Bali?

Pendant des semaines, l'Humanité a vécu dans l'incertitude la plus totale quant à son avenir. Dans ces circonstances, les gens se concentrent sur ce qui est le plus important - se mettre à l'abri, se nourrir, veiller à sa survie et celle de ses proches. Les seuls secteurs à avoir tiré leur épingle du jeu sont les activités dématérialisées - les jeux informatiques et la vidéo en streaming, notamment.

L'effondrement de la société

La poursuite de la crise du Coronavirus aurait pu amener à un phénomène plus sérieux encore - l'effondrement économique amenant à un effondrement total de la société.

Imaginez un restaurant à Wuhan, logiquement déserté. Le patron met la clef sous la porte et les employés sont licenciés. Les mécanismes sociaux se mettent en marche mais eux-mêmes ont leurs limites. Bloqués chez eux par un régime strict de quarantaine, à court de nourriture et d'argent, il arrivera un moment chacun devra choisir les factures qu'il accepte de payer... Avec des conséquences en cascade.

En temps normal, les mécanismes habituels de la société permettent de résoudre ces problèmes ; mais en temps de crise, ils se multiplient et les rouages de la justice se bloquent. Imaginons que des milliers d'habitants de Wuhan aient été réduits à ne plus payer leurs loyers faute d'argent. Quel propriétaire pourrait envoyer des gros-bras pour les faire payer, au beau milieu d'une épidémie? Quel tribunal siègera en plein état d'urgence pour une affaire aussi triviale qu'une affaire d'expulsion? Quel huissier de justice, quels fonctionnaires de police iront au beau milieu d'une zone contaminée au mépris de leur propre santé pour faire respecter la loi?

On l'imagine sans peine, une situation de crise - tant qu'elle dure - change radicalement la donne sur de nombreux comportements qui seraient normalement inacceptables. Mais la masse d'impayés a elle-même des conséquences sur la suite de la chaîne: des entreprises qui ne peuvent plus payer leurs employés et tombent en faillite à leur tour, des propriétaires qui ne peuvent plus rembourser leurs hypothèques, des banques au bilan fragilisé par des créanciers douteux, des biens immobiliers dont la valeur est en chute libre...

Il est souhaitable que l'épidémie de Coronavirus soit enfin maîtrisée et se termine pour que ces scénarios restent des hypothèses. Mais il aura suffi de quelques semaines de pandémie pour qu'ils voient le jour de façon crédible, et il n'en faudrait pas beaucoup plus pour qu'ils se concrétisent. Comme le résumait Alfred Henry Lewis en 1906, "il n'y a que neuf repas entre l'humanité et l'anarchie".

Croisons les doigts pour l'efficacité de la Chloroquine...

18 juin 2019

Facebook découvre la cryptomonnaie

Mark Zuckerberg n'aimait pas la cryptomonnaie. Le 30 janvier 2018, alors que Facebook interdisait toute publicité liée au Bitcoin sur la plateforme, la raison en était que les produit et des services financiers liés au Bitcoin étaient "fréquemment associés à des pratiques promotionnelles fallacieuses ou illusoires".

Le 4 janvier de la même année, pourtant, Mark Zuckerberg aimait encore le Bitcoin. Il lui fallut sans doute quelques semaines pour réaliser que le Bitcoin était drôlement cool, à condition d'en avoir. Et il n'était pas le seul à le penser. Quel intérêt de défendre le concept de cryptomonnaie lorsqu'on n'en a pas dans son portefeuille?

Un an et demi plus tard, c'est chose faite. Plutôt que d'essayer de rattraper le train en marche, Facebook lance le sien avec Libra.

facebook,bitcoin

Libra est-elle the next big thing? C'est possible.

Comment fonctionne Libra?

Libra n'est pas comme le Bitcoin. Libra est censée être une stablecoin, c'est-à-dire une monnaie indexée sur un sous-jacent, ici un panier de devises à déterminer mais contenant au minimum le dollar, l'euro et le yen, afin d'éviter de trop grandes variations du cours. Le concept de stablecoin n'est pas la garantie du succès ; il suffit de se remémorer le calamiteux petro des socialistes vénézuéliens. Les risques de manipulation existent toujours. D'autres cryptomonnaies indexées sur l'or ou d'autres sous-jacent ne sont pas parvenues à séduire. Mais le principe derrière la stablecoin est en soi défendable: diminuer la volatilité des cours, qui suscitent la méfiance du plus grand nombre lorsqu'ils font du yo-yo. Personne n'a envie de voir ses économies doubler le lendemain et retourner au néant le surlendemain.

De même, Facebook cherche à éviter que Libra n'apparaisse trop comme une Facebook Coin. L'entreprise de Mark Zuckerberg a donc conçu une offre de participation permettant à de grandes entreprises de rejoindre un "conseil de gouvernance" de la cryptomonnaie. À terme celui-ci devrait compter 100 partenaires, moyennant un ticket d'entrée de 10 millions de dollars minimum. Au sein de ce conseil, chacun disposerait d'une voix, Facebook compris.

La démarche est astucieuse. 10 millions de dollars fois 100 partenaires font un bon milliard de dollars tout rond. Le magot initial permet d'acheter les devises sous-jacentes à la cryptomonnaie. De plus, tous les partenaires ont intérêt à ce que l'expérience fonctionne. Les entreprises membres du conseil de gouvernance deviennent ainsi des promoteurs enthousiastes de Libra, veillant à ce que la cryptomonnaie soit acceptée dans leurs propres solutions informatiques.

Avec ses milliards d'utilisateurs, Facebook cherche à faire en sorte que Libra devienne un nouvel écosystème monétaire au sein de ses applications. On pourra donner du Libra à ses contacts Facebook, s'en servir pour commander des produits directement depuis une publicité affichée dans l'application, sans même devoir se connecter ailleurs. Facebook tient probablement à ce que les utilisateurs gardent en réserve le Libra qu'ils gagnent pour le dépenser ailleurs, sans prendre le temps de le reconvertir en dollars ou en euros.

De cette façon le Libra deviendra une authentique monnaie virtuelle, là où Bitcoin n'a réussi qu'à être une réserve de valeur, chasse gardée des early adopters. La démocratisation initiale du Libra est le meilleur atout pour lui permettre de devenir une véritable monnaie utilisée dans les transactions.

Les côtés sombres de Libra

Libra souffre d'emblée de plusieurs défauts, certains liés à sa nature de cryptomonnaie, d'autres aux bonnes fées qui se sont penchées sur le berceau.

Même en lui accordant la qualité de stablecoin, on peut d'ores et déjà reprocher au Libra tous les défauts que l'on reproche généralement aux cryptomonnaies: blanchiment d'argent, opacité des détenteurs réels de la monnaie (n'importe qui peut se créer un faux compte Facebook), risques de piratage du compte, irréversibilité des transactions (ce qui peut jouer des tours lors d'un achat par correspondance avec droit de retour).

Sur le plan algorithmique, on ne sait pas encore à quel rythme se complèteront les transactions (les fameux blocs du Bitcoin) ni comment on évitera une explosion exponentielle de la taille du registre, d'autant plus menaçante que les transactions seront nombreuses.

Sur le plan financier, on ne sait pas quels seront les outils financiers disponibles (pourra-t-on faire des emprunts en Libra? Jouer au poker avec du Libra? Souscrire une assurance en Libra?), comment sera calculée sa variation par rapport au panier de monnaie sous-jacent, quelles garanties seront avancées pour empêcher une "planche à billets" virtuelle.

Mais ce ne sont là que des amuse-gueules. Le vrai danger de Libra tient à la vie privée. Facebook dispose déjà de données colossales sur les comportements, opinions et habitudes d'achat de centaines de millions d'utilisateurs. Libra permettra de pousser ce contrôle un cran au-dessus en ayant un aperçu de leurs comptes en banque (les fonds employés pour acheter des Libras seront évidemment tracés) et de la façon dont ils consomment avec la cryptomonnaie, dans ses moindres détails. Ce serait déjà inquiétant en temps normal, mais là on parle de Facebook, pas vraiment réputé pour le respect de la vie privée...

La boîte de Pandore est ouverte

Si Libra n'est qu'une expérience amusante dont le grand public se méfie, la cryptomonnaie servira juste à l'occasion à se payer son café chez Starbucks et les choses en resteront là. Mais compte tenu des enjeux financiers qui préludent sa naissance, c'est peu probable.

Le succès de Libra est donc programmé, et avec ses conséquences: Facebook va devenir l'équivalent d'une nouvelle Banque Centrale, avec un pouvoir immense. Les États ne vont pas le voir de cette oreille et vont probablement étoffer leurs lois pour contrôler ce nouvel écosystème économique - principalement pour percevoir des taxes.

Libra va être un outil de choix pour préserver les économies des familles dans les pays trop mal gérés pour que leur système monétaire fonctionne, à l'instar d'une bonne partie de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. Les commissions pour transformer des monnaies traditionnelles en Libra ou inversement seront particulièrement surveillées.

Les sociétés traditionnelles de carte de crédit comme Visa ou Mastercard vont mourir, au moins à petit feu. Celles de transfert de fonds comme Western Union ou MoneyGram vont disparaître bien plus vite. Les sites de paiement comme Paypal vont brûler sur place. Comme toujours avec la cryptomonnaie, les intermédiaires financiers à la plus-value douteuse vont être mis à mal. Ce n'est pas pour rien que ces sociétés choisissent la fuite en avant pour rejoindre le conseil de fondation de Libra.

L'un dans l'autre, Libra sera une expérience fascinante qui va introduire la notion de cryptomonnaie dans le grand public comme jamais auparavant. Plus personne ne pourra plaider que les cryptomonnaies ne sont que des inventions de geek sans application réelle. Passer de Libra à d'autres cryptomonnaies - Bitcoin, Ether ou Litecoin - ne sera qu'une formalité. Ce n'est pas pour rien que les cours des cryptomonnaies "traditionnelles" s'envolent à nouveau dernièrement - et que cette soudaine prise de valeur soit cette fois-ci le fait d'investisseurs institutionnels. Ils se positionnent pour le prochain cycle de hausse.

Le monde de la monnaie - virtuelle et réelle, dont les frontières s'estompent - s'apprête à être bouleversé.

La boîte de Pandore est ouverte. Son contenu va échapper à tout le monde, y compris à Mark Zuckerberg.