03 décembre 2021

Le Cas Zemmour

Depuis mardi midi, Éric Zemmour est officiellement candidat à la Présidence de la République Française.

La surprise n'en était plus une depuis longtemps ; Zemmour a abandonné de longue date la posture de simple journaliste. Dès la publication de son livre La France n'a pas dit son dernier mot, ses séances de promotion ont pris l'allure de meetings de campagne. Il était déjà candidat dans l'esprit de tout le monde, que ce soit du point de vue de ses détracteurs, des médias, de ses concurrents politiques, de ses propres partisans, ou même du CSA.

Mais il fallait une officialisation. C'est désormais chose faite. Éric Zemmour a annoncé ses intentions sur une vidéo, puis au journal de 20h de TF1.

La vidéo de sa déclaration de candidature fait couler beaucoup d'encre. Le mieux est encore de se faire sa propre idée.

(Après le début de la rédaction de ce billet, YouTube a décidé de réserver le visionnage de la vidéo à un "public adulte", preuve d'identité à l'appui. Est-ce une énième tentative de diminuer l'influence médiatique du candidat, ou à cause des inserts de la violente actualité française, telle qu'elle apparaît dans les journaux télévisés et dans le quotidien de millions de Français? Après être parvenu à visionner la vidéo, le spectateur sera seul juge.)

Ce lancement de candidature n'a pas été fait avec de gros moyens, c'est clair. Mais il est habile. Éric Zemmour, dans le cadre apaisé d'une bibliothèque, lit un texte, exactement comme il le fait depuis des années dans ses chroniques. Loin de "reprendre l'appel du 18 juin" comme l'en accusent ses détracteurs, je pense que cette présentation vise à reproduire la façon de s'exprimer du journaliste politique dans les médias. Éric Zemmour montre ainsi qu'il s'exprime sincèrement et qu'il a écrit son propre texte - quelque chose dont la plupart des hommes politiques actuels sont devenus incapables.

Le contraste est saisissant avec les séquences vidéo intercalées. Comme la musique, elles appuient le propos avec intensité. Certaines montrent un passé français paisible. Elles suscitent une certaine nostalgie auprès de ceux qui ont vécu dans cette France disparue. Elles contrastent avec les images violentes de la France en perdition d'aujourd'hui.

Quant au programme de Zemmour, il est disponible sur son site de campagne, tout simplement. Ceux qui disent qu'il n'en a pas ne sont même pas allés voir...

Zemmour a-t-il une chance?

Les Français adorent parier sur les meilleurs chevaux. Alors qu'il n'était même pas officiellement candidat, il est monté jusqu'à la deuxième place dans les enquêtes d'opinion, ce qui l'aurait propulsé au second tour face au probable Emmanuel Macron. Depuis, la tendance s'est calmée, mais il y a loin d'ici au jour du scrutin.

Pour mesurer les chances réelles d'un candidat, il suffit de contempler l'opposition qu'il suscite. Anne Hidalgo, maire socialiste de Paris et candidate officielle du PS, oscille entre 4% et 6% dans les sondages. À ce niveau, les socialistes ne sont même pas certains de pouvoir compter sur les 5% des suffrages nécessaires au remboursement de leurs frais de campagne. Le quitte ou double pourrait précipiter la faillite finale des socialistes canal historique. Pour qui veut bien l'écouter, Anne Hidalgo a des propositions bien plus radicales (et plus ridicules) qu'Éric Zemmour, et les a même appliquées à Paris. Mais voilà, qui perdra son temps à critiquer une candidate qui n'a aucune chance?

La même chose vaut pour la plupart des mouvements politiques. Les écologistes hexagonaux (Europe-Écologie-Les-Verts) s'abîment dans l'extrémisme, l'islamo-gauchisme et le wokisme. Au centre-droit, une pléthore de chefaillons ambitieux des Républicains s'évertue à se démarquer sur les ruines de l'ancienne droite. Ils reprennent tant bien que mal les thèmes de campagne de Zemmour, et annoncent qu'ils seront les adversaires les plus déterminés d'Emmanuel Macron... Alors que chacun sait très bien qu'au soir du premier tour, ils seront les premiers à appeler à voter pour ce dernier, la voix tremblante, pour faire barrage à l'esstrême-drouâte.

Au jeu des pronostics, Zemmour a une chance dans le match à trois qui l'opposera à Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Or, sans même parler de sa calamiteuse prestation au débat de l'entre-deux tours de 2017, il me paraît bien improbable que Mme Le Pen puisse réitérer son exploit avec un concurrent marchant en plein dans ses plates-bandes.

Un candidat cloué au pilori

Comme je l'écrivais plus haut, on mesure les chances réelles d'un candidat aux efforts déployés pour le contrer. Il suffit de lire le déferlement d'articles quotidiens anti-Zemmour depuis des semaines - avec un passage à la vitesse supérieure depuis ce mardi encore, si c'était possible - pour comprendre qu'il fait peur, très peur, à la classe politique installée.

"Face à nous, se dressera un monstre froid et déterminé qui cherchera à nous salir", annonce-t-il dans sa déclaration. De fait, pas un article de journal (en particulier Le Matin en Suisse romande) qui ne manque de l'évoquer comme "un sulfureux polémiste d'extrême-droite, plusieurs fois condamné" à chaque mention de son nom. L'auteur et chroniqueur politique depuis quatre décennies, habitué des plateaux télés et des studios de radio, devient une infâme créature digne de pires cauchemars!

Ne faisant pas dans le détail, tout y passe, depuis les polémiques sur les images employées dans sa vidéo (comme si le droit à la courte citation n'existait pas) ou sa vie privée (comme si les cocufiages successifs des compagnes de François Hollande ou la relation tout à fait saine qu'Emmanuel Macron entama à quinze ans avec une femme mariée et mère de famille de 42 ans à l'époque, ou son amour pour le contact physique avec des hommes nus et en sueur, étaient du plus parfait naturel). Et nous n'en sommes qu'au début...

Éric Zemmour fait face à la mort - une mort qui, si elle n'est pas physique, sera au minimum sociale et professionnelle. C'est le destin qui attend tout candidat sérieux de droite. Il sera traîné dans la boue, ruiné et interdit d'antenne. Il y a de fortes chances qu'on fouille sa vie dans les moindres recoins jusqu'à y trouver de quoi s'assurer qu'il finisse en prison - ce qui permettra à tous ceux qui le détestent, et ils sont nombreux, de clamer avec un sourire de contentement que sa fin est finalement méritée.

Le chien dans un jeu de quilles

Il y a un courage immense chez Éric Zemmour, peut-être une forme de témérité, qui suscite l'admiration. Il aurait fort bien pu se contenter de vivre confortablement la fin de son existence au lieu de se jeter dans l'arène. Le parallèle avec Trump est évident, mais ne s'arrête pas à cela.

Incarnation vilipendée du populisme le plus crasse, Éric Zemmour est connu du grand public. Il a des convictions, une culture, une popularité réelle, et ne vient pas du milieu politique. Là se situe le danger. Il a en effet devant lui un réservoir de voix que les autres n'ont pas - tous les Français dégoûtés de la clique qui les gouverne depuis quarante ans.

En plaçant l'islamisation, l'immigration et le déclassement français au cœur de son discours, il impose ses thèmes à l'ensemble de la classe politique. Pour exister dans le débat, les autres candidats doivent se positionner par rapport aux sujets amenés par le trublion.

Entre les hypocrites des Républicains et la molle Marine Le Pen, la droite française est aussi moisie que le reste du pays. Mme Le Pen n'a aucune chance d'être élue, tout le monde le sait, même elle ; et tout montre qu'elle n'en a même pas envie, se complaisant dans la position confortable de challenger officielle. Éric Zemmour bouscule le jeu politique convenu, fait réagir au-delà de ses partisans, fait dévier le débat.

Entre toutes choses, Éric Zemmour est peut-être la dernière chance pour la France de quitter relativement paisiblement la voie de la ruine et de la guerre civile dans laquelle elle se précipite avec certitude. Le conflit a déjà commencé, à basse intensité, dans les nombreux territoires perdus de la République.

Il est bien tard pour sauver la France de la libanisation, mais qui ne tente rien n'a rien.

25 septembre 2021

Charity Business

Mercredi, le Canard Enchaîné nous parle d'Equalis, l'association par qui le scandale arrive. L'information est reprise dans la presse dès le lendemain: les cadres supérieurs de l'association "à vocation sociale" se sucreraient abondamment sur le dos de la bête.

Le Figaro nous explique la politique de rémunération toute empreinte de rigueur:

Son patron depuis sa création est Arthur Anane, travailleur social [sic!] de carrière, décoré de la Légion d'Honneur en 2016. L'homme a géré le regroupement des différentes associations à l'origine d'Equalis, et est par ailleurs président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS), réseau de 800 entités à visée sociale ou humanitaire. Selon Le Canard Enchaîné, il se serait «octroyé» un salaire de plus de 16'500 euros bruts mensuels en 2020 [plus de 9 fois le salaire médian français], ainsi que 533 euros d'aide au logement, et 2'097 euros alloués par mois pour la location achat de sa voiture de fonction, un puissant SUV Audi, dans sa version 456 CV. Une puissance nécessaire pour rejoindre rapidement les différents centres d'hébergement ou d'insertion gérés par Equalis ?

Sept directeurs adjoints bénéficieraient de salaires compris entre 94'000 et 130'000 euros bruts annuels [entre 4 et 6 fois le salaire médian français], et dix salariés auraient des voitures de fonction. Bien qu'une note de service exclue les «BMW, Mercedes, Jaguar, Lexus», les autres marques sont manifestement acceptées, à des tarifs souvent importants (750 à 900 euros de leasing mensuel) et incluant l'essence gratuite.


Avec toutes ces taxes écologiques et la consommation d'un SUV de 456 CV, mieux vaut laisser la note de la station-service à quelqu'un d'autre, en effet.

Le Canard Enchaîné ne révèle jamais ses sources, mais nul besoin d'enquêter: les journalistes se contentent de relever tous les scandales qu'on leur soumet anonymement (et trier les dossiers authentiques des opérations de désinformation, ce qui n'est pas toujours simple.) Ici, on devine que des employés d'Equalis ont pu être assez scandalisés. Un membre du Conseil d'Administration se lamente: "Pour moi, ils ont perdu pied, ils ont perdu de vue l'objet social de l'association".

Non, ils ne l'ont pas perdu de vue, ils le contemplent juste de très loin, dans le rétroviseur, en appuyant à fond pour faire rugir le moteur!

Mais puisqu'on en parle, quel est l'objet social de l'association, justement?

Née en 2020 de la fusion entre trois précédentes associations (La Rose des Vents, Agir Combattre Réunir et Via Habitat), Equalis est un important acteur de l'«économie sociale et solidaire», gérant plus de 70 établissements sur neuf départements, majoritairement en Île-de-France. L'association propose ainsi de l'hébergement d'urgence, des centres de soins, des activités d'insertion économique, et des services à l'enfance. Elle mène de nombreuses actions en faveur des migrants ou SDF. Elle compte près de 1'000 salariés, pour un budget d'environ 85 millions d'euros en 2020, une somme majoritairement composée de fonds publics.


L'article ne dit pas quelle proportion du budget concerne les migrants plutôt que les SDF, mais j'ai ma petite idée.

Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le proverbe, pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Le plus amusant est d'entendre la présidente du Conseil d'Administration, visiblement complice dans la dérive, expliquer: "Equalis a une croissance forte qui nécessite des professionnels expérimentés et bien formés". Dans un milieu non-concurrentiel biberonné à l'argent public, de quel genre d'expérience doit-on disposer, au juste, pour obtenir ces salaires princiers? Avoir ses entrées dans l'Open Foundation de George Soros? Être super doué pour cirer des pompes des fonctionnaires et leur faire toucher des rétro-commissions? Ou pire encore?

On aimerait que le scandale Equalis - qui court depuis juin, nous explique le Canard, ce qui soulève d'autres questions sur le manque curiosité des médias généralistes - ne soit qu'une exception solitaire. Mais il n'en est rien.

Rappelons-nous, en Suisse, l'affaire du salaire du directeur de Texaid, l'organisation de recyclage de vêtements usagés. L'homme s'était octroyé un salaire de 550'000 francs annuels. Pas timide, il s'était fait remarquer en achetant deux villas à Baar (ZG), une commune fiscalement intéressante, pour les démolir et construire du neuf - un projet devisé à 10 millions de francs.

Rappelons-nous aussi, en Suisse, de l'affaire Carlos, un repris de justice adolescent vivant seul dans un appartement de quatre pièces et demi, choyé par toute une équipe d'animateurs, de conseillers, d'avocats et d'assistants sociaux pour la modique somme de 29'000 francs mensuels, le tout au nom de la "réinsertion" - qui échouera d'ailleurs.

Le point commun entre ces trois affaires? Des parasites institutionnels qui, sous couvert d'humanisme, de réinsertion, de recyclage ou d'autres nobles concepts dans l'air du temps, s'en mettent plein les poches. Dès qu'il y a de l'argent public à prendre, on se bouscule au portillon. Certaines de ces tâches, comme l'accueil des migrants illégaux et autres abuseurs de l'asile, contribuent directement à détruire le pays hôte ; ils n'en ont cure. Toute l'industrie de l'aide sociale roule et vote pour la gauche et continuera jusqu'à l'effondrement du système.

Les obligations de transparence sont souhaitables, mais ne seront jamais suffisantes: elles servent juste à éliminer les moins discrets d'entre eux. L'exemple d'Equalis nous montre que dans ce milieu on se sent assez sûr de soi.

Tant que le grand public acceptera que ses impôts financent de telles organisations plutôt que de se reposer sur la charité privée, la seule qui puisse garantir un contrôle par celui qui paye, la gabegie continuera.

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19 février 2021

Le confinement ne sert à rien

Le Royaume-Uni a un succès à fêter: la courbe de progression du Covid-19 s'est enrayée. La baisse est spectaculaire, "grâce à des mesures de confinement strict", se félicitent les autorités.

D'autres pays peuvent montrer une courbe similaire en ayant mis en place des mesures similaires, comme la Suisse. Mais cela ne prouve rien. Pour prouver quelque chose, il faut trouver un pays à peu près comparable, et qui a fait différemment.

Ce pays existe, c'est la Suède.

La comparaison entre un pays à "confinement strict" et un pays reposant sur la simple protection des personnes à risques et l'implication personnelle de ses habitants montre la criante différence entre les deux approches... Ou peut-être pas, en fait:


Taux comparé de mortalité par 100'000 habitants, en moyenne sur une semaine
entre le Royaume-Uni (en bleu) et la Suède (en rose) (cliquez pour agrandir)

Comme le dit avec ironie le Dr Eli David, "le confinement au Royaume-Uni a été tellement efficace qu'il a même fait baisser la propagation de la maladie en Suède!"

Le confinement, le couvre-feu, les interdictions commerciales, les interdictions de regroupement et de manifestations en extérieur, dignes des pires régimes totalitaires de l'histoire, n'ont aucun effet sur la pandémie. Et je soupçonne bon nombre de politiciens d'être parfaitement au courant. Mais la populace gobe tout, parce qu'on ne lui montrera que la courbe qui "prouve" l'efficacité des mesures, la courbe bleue ci-dessus - et surtout aucune autre.

Jamais on ne fait la comparaison avec des pays qui ont fait autrement. Sans élément de comparaison, on peut faire gober n'importe quoi à n'importe qui.

Le totalitarisme sanitaire a le vent en poupe, amenant d'innombrables familles à la ruine, les réduisant à de pauvres quémandeurs à la merci de l'État. Cela n'a aucun rapport avec la maladie. Et il m'est avis que la propagation de celle-ci vient bien plus des comportements individuels que des politiques décrétées au sommet.

En attendant, les peuples peuvent se réjouir que d'ici quelques semaines le garrot qui les étrangle soit un peu desserré, en attendant la prochaine vague.

Précision (22 février 2021): je rappelle aussi que nous savons depuis trois mois que les masques ne servent à rien non plus.

14 février 2020

La démocratie parisienne en danger?

Sur une note plus légère, en France voisine, le microcosme parisien bruisse. Un événement singulier vient de se produire: Benjamin Griveaux, le candidat de La République En Marche pour la Mairie de Paris dans les élections municipales qui se tiennent dans un mois, annonce qu'il jette l'éponge.

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Benjamin Griveaux et son épouse, à l'époque des apparences heureuses

La cause? La diffusion jeudi sur les réseaux sociaux d'une vidéo sexuellement explicite qu'il a envoyé à une jeune femme. Devant les dégâts d'image irrécupérable pour celui qui se présentait comme un bon père de famille, le politicien de 42 ans, marié et père de deux enfants, a annoncé le lendemain son retrait de la campagne.

"Je ne suis pas prêt à nous exposer davantage, ma famille et moi, quand tous les coups sont désormais permis, cela va trop loin. C'est pourquoi j'ai décidé de retirer ma candidature à l'élection municipale parisienne", a annoncé le désormais ex-candidat LREM, expliquant que cette décision lui "coûte" mais souhaitant donner la priorité à sa famille.


Annoncer donner "priorité à sa famille" après avoir été pris la main dans le sac de sexting auprès d'une maîtresse, il faut avoir été porte-parole du gouvernement Macron pour oser. Ça tombe bien, Benjamin Griveaux a été porte-parole du gouvernement Macron ; il ose donc.

"La démocratie en danger"

La classe politique s'inquiète d'une "menace pour la démocratie", s'émeut Le Figaro.

Personne ne pose la question de la pertinence de cette thèse, et surtout pas un journaliste.

En quoi le naufrage de la candidature de Benjamin Griveaux menace-t-elle la démocratie? Ce sont ses mensonges qui l'ont menacée en premier lieu. Personne ne l'a obligé à tromper sa femme ni à tourner une vidéo honteuse. Et à tout prendre, mieux vaut que la vidéo sorte maintenant qu'après les élections. Imagine-t-on les chantages qu'aurait pu exercer un individu disposant de cette vidéo, si M. Griveaux avait été élu Maire de Paris?

Politiquement, Benjamin Griveaux n'est pas grand-chose - le candidat en difficulté d'un mouvement politique qui a perdu beaucoup de son influence depuis trois ans. Les mêmes voix qui dénoncent les "menaces pour la démocratie" ne s'émeuvent guère qu'à Béziers, le maire sortant Robert Ménard soit pris à partie et empêché de s'exprimer dans un meeting.

Personne ne proteste quand on s'en prend à Éric Zemmour. Personne ne s'indigne du traitement médiatique reçu quand François Fillon est descendu en flammes pour avoir reçu quelques costumes et des chemises d'un ami tailleur. Personne ne s'est interrogé sur la vie privée lors de l'épisode du SMS de Sarkozy. Personne n'évoque une "menace pour la démocratie" quand un mouvement représentant à peine 20% des électeurs parvient à disposer des principaux leviers du pouvoir en France.

Il ne s'agit pas de décréter que tout un chacun est irréprochable, mais d'observer un deux-poids-deux-mesures hallucinant sur ce qui constitue, ou pas, une "menace sur la démocratie".

Issu des rangs du Parti Socialiste, Benjamin Griveaux a été un proche collaborateur de Dominique Strauss-Kahn de 2003 à 2007 ; qui se ressemble s'assemble, est-on en droit de penser. On a aussi le droit de penser que le traitement médiatique réservé à ce scandale aurait eu une toute autre teneur si la victime venait d'un autre parti politique. Les médias et la classe politique française auraient-ils eu la même pudeur si la vidéo avait montré à la place de Griveaux un candidat des Républicains ou du Rassemblement National?

Un coup du Joker...

Ce qui pourrait n'être qu'une banale histoire d'image échappant à son créateur nous livre en fin de compte de précieux indices sur l'état de la France en 2020.

Vielle de deux ans (et donc tournée alors qu'il était porte-parole du gouvernement Macron), la vidéo montre le politicien en train de se masturber. Elle a depuis été montée avec différentes séquences de sa campagne où on le voit donner des interviews et des discours sur son respect des valeurs familiales. Des textos "classés X" entre lui et la femme ont été révélés en même temps.

La vidéo originale a été fournie par "l'artiste" russe Piotr Pavlenski, qui dit l'avoir obtenue d'une personne ayant eu une "relation consentie" avec Griveaux. L'individu s'est fait connaître dans son pays d'origine avec des performances spectaculaires contre le pouvoir de Poutine. En 2012, il se fait coudre les lèvres en soutien aux Pussy Riot, un groupe punk russe arrêté pour avoir chanté un couplet anti-Poutine dans une cathédrale de Moscou. En 2013, en protestation contre le vote de lois qu'il estime liberticides, il se pose sur la Place Rouge, nu et enroulé dans du fil de fer barbelé.

Persona non grata dans son pays de naissance, il fuit en France en 2017 et y obtient l'asile politique. Mais il trouve rapidement des griefs contre son pays d'accueil. Lors d'une "performance" dont il a le secret et intitulée "Éclairage", il met le feu à l'entrée d'une succursale de la Banque de France. Il dénonce "le pouvoir de la finance". Il sera condamné à un an de prison.

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Piotr Pavlenski pose devant l'entrée de la Banque de France qu'il vient d'incendier

Cela ne suffit bien sûr pas à résilier sa condition de réfugié politique - nous sommes en France. Mais cela ne suffit pas non plus à calmer une colère qui monte contre le Macronisme, qu'il considère désormais comme tout aussi répressif que celui de Poutine. Soutenant les gilets jaunes, Piotr Pavlenski est fier de son acte subversif. Il considère que la publication de la vidéo de Benjamin Griveaux est indispensable pour "mettre les politiciens en face de leurs mensonges".

Et si la classe politique française tremble et s'indigne de ce qui vient d'arriver à Griveaux, c'est parce qu'elle ressent enfin la peur. Les réseaux sociaux sont hors de contrôle. Plus aucun homme politique, même de gauche, ne peut se sentir totalement à l'abri d'une révélation publique de ses propres turpitudes.

L'artiste annonce que de nouvelles vidéos vont sortir, mettant en scène d'autres hommes politiques.

Mise à jour (17 février): J'ai été interviewé sur le sujet par le nouveau site Observateur Continental.

Par ailleurs, L'artiste Piotr Pavlenski et sa compagne Alexandra de Taddeo sont en garde à vue depuis ce week-end, accusés "d'atteinte à l’intimité de la vie privée" et de "diffusion sans l’accord de la personne d’images à caractère sexuel". Quelque chose me dit qu'ils prendront un maximum: en France, il n'y a pas de crime plus grave que celui de lèse-majesté.

13 décembre 2019

La victoire de Boris Johnson

La presse avait belle mine ce matin. Après des semaines de Fake News, les résultats des élections anglaises ont fini par tomber: les Conservateurs remportent une victoire historique.

Pour nous en rendre compte, citons Le Figaro:

Boris Johnson a réussi son pari. Les conservateurs se sont dotés hier d’une écrasante majorité, sans précédent depuis l’ère Thatcher. Ils remportent une majorité absolue de 365 sièges sur les 650 de la chambre basse du Parlement, soit 48 sièges de plus, une victoire historique, à l'issue des législatives anticipées de jeudi. Selon les résultats définitifs rendus publics ce vendredi, l'opposition travailliste a perdu 59 sièges, avec 203 députés, lors de ce scrutin centré sur la mise en œuvre du Brexit. Les nationalistes écossais du SNP remportent 48 sièges, les Libéraux-démocrates 11, les unionistes nord-irlandais du DUP, 8. Le taux de participation a été de 67,3%.


Il s'agit d'un premier article, neutre et factuel, rendant compte des scores et de leur comparaison. Les Travaillistes enregistrent leur plus mauvais score depuis... 1935. Le marxiste Jeremy Corbin a été mis en déroute, sa carrière politique est terminée. À la victoire des Conservateurs pro-Brexit s'ajoutent les défaites particulières de nombre de ténors de l'opposition:

Des têtes importantes sont tombées. La patronne des Libéraux-démocrates, Jo Swinson, a été battue dans sa circonscription d'East Dunbartonshire, dans l'ouest de l'Ecosse (...). Leur promesse d'annuler le divorce sans nouveau référendum a été jugée antidémocratique, même parmi les europhiles. Les Lib-Dems étaient pourtant arrivés à la deuxième place aux élections européennes de mai dernier, obtenant 20,3% des voix.

La nuit a été rude aussi pour les députés conservateurs frondeurs, qui s’étaient levés contre Boris Johnson en septembre. L’ancien ministre de la Justice David Gauke ou l’ex-attorney general Dominic Grieve, qui se présentaient comme candidats indépendants, ont ainsi été battus. Tout comme Sam Gyimah et Antoinette Sandbach, qui avaient fait défection chez les Lib-Dems. Seuls les frondeurs qui avaient retrouvé l’investiture, comme Greg Clark et Stephen Hammond, ont été réélus.


Et même si, plus tard dans la journée, les rédactions reprendront du poil de la bête pour recommencer leur ronde de piaillements de mauvaise augure, cet épisode de clarté aura été salutaire au milieu d'un océan de désinformation inondant pratiquement tous les médias depuis des semaines.

Rappelons-nous! Boris allait échouer, c'était probable. Il n'aurait pas sa majorité, ou l'aurait à peine. L'écart avec les Travaillistes se réduisait. L'avance des Conservateurs fondait. Boris était nerveux et menait une campagne loufoque. L'ombre planait sur les élections. On pourrait trouver des milliers d'articles chargés de faire vivre la flamme d'espoir du camp anti-Brexit...

Las! depuis trois ans et demi et le vote du Brexit, les Anglais ont toujours persisté. À l'inverse de leur classe politique. Choix de l'establishment, Theresa May ne fut rien d'autre que l'agent de Bruxelles, chargée de faire digérer un traité colonial à ses propres troupes, lesquelles se rebellèrent. A-t-on déjà oublié pendant combien de mois les médias ont vendu aux Anglais et aux Européens que l'accord qu'elle avait ramené de Bruxelles était à la fois "le meilleur possible" et "impossible à renégocier"?

En provoquant des élections anticipées à partir d'une position vaseuse, Mme May réussit une des plus calamiteuses dissolutions du Parlement. Elle laissa le Royaume-Uni à peu près ingouvernable - entre des Remainers divisés et des Brexiters qui l'étaient tout autant.

Le plus grand mérite de Boris Johnson n'est pas d'avoir repris le rôle de Premier Ministre mais d'avoir assaini la vie politique britannique. Il eut à affronter des factieux dans son propre parti, des élus qui firent défection en changeant d'étiquette. Il affronta la traîtrise de caciques qui communiquèrent ses plans aux médias et à ses adversaires politiques. Il affronta des juges partisans. Il affronta sa propre famille.

Et il affronta les médias.

Tant "d'experts" qui nous ont expliquaient que M. Johnson était un pitre, qu'il allait prendre une raclée, que le référendum était une erreur et qu'il fallait en organiser un deuxième... Tant d'articles de médias bien-pensants voulant nous faire croire depuis longtemps que les Anglais ne voulaient plus de ce Brexit...

On ne peut que constater que les "analyses", tribunes et autres prédictions des chroniqueurs, experts, éditorialistes, observateurs, directeurs de "think tanks" et autres spécialistes sur ce sujet, comme sur bien d’autres, sont totalement démenties.

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On peut le dire, la victoire électorale des Conservateurs jeudi 12 décembre est avant tout celle d'un homme. un homme imparfait mais sincère, qui s'est battu contre vents et marée depuis des années au nom d'une démocratie que tous ses adversaires n'avaient en permanence à la bouche que pour mieux la trahir par leurs actes.

Boris Johnson montre que la volonté et l'intégrité permettent de soulever des montagnes.

Même si l'Europe "se félicite" des résultats d'aujourd'hui, les rires sont jaunes dans les couloirs du Parlement européen. Désormais la sortie anglaise de l'UE ne semble plus faire de doute. Il restera des points à régler, à commencer par la "relation future" des Européens avec un Royaume-Uni redevenu souverain, mais gageons pour Boris Johnson que le plus dur est derrière lui.

Ceux qui pensent que l'Union Européenne a encore des moyens de pression sur le Royaume-Uni se trompent, comme ils se trompent toujours. L'UE ne fait plus rêver personne depuis longtemps. Boris Johnson va négocier un accord très avantageux avec une UE qui ne peut se passer ni du marché britannique ni de son armée. Il va économiser sa contribution à l'UE. Il concluera un accord commercial préférentiel avec les USA.

le "sens de l'Histoire" a singulièrement évolué. Encore un populiste est porté au pouvoir, après Trump, Orban, Salvini (bientôt de retour au pouvoir), Bolsonaro et bien d'autres.

03 novembre 2019

Oubliez le Brexit, c'est l'Europe qu'ils veulent sauver

Le 31 Octobre 2019 devait être une date très particulière: le jour où le Royaume-Uni aurait - enfin! - quitté l'Union Européenne.

Des engagements forts avaient été pris ; c'était le principal objectif du gouvernement anglais, tel que rappelé par la Reine elle-même dans son discours de réouverture de la session parlementaire. Le Trésor anglais avait même commencé à battre quelques milliers de pièces de 50 pence commémoratives. Il faut désormais les détruire en les fondant à nouveau - en attendant la nouvelle date, je suppose. Heureusement pour lui, le métal n'a pas de mémoire. Les gens, si.

Il y a anguille sous roche.

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Boris Johnson a été porté au poste de Premier Ministre par un plébiscite de la base du parti, comme une sorte de Winkelried du Brexit. Il réussirait là où Theresa May avait plus qu'échoué. Il serait la volonté qui toujours trouve un chemin.

Reconnaissons-lui plusieurs succès: le plan de relation entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne, "impossible à renégocier" depuis deux ans selon Mme May et M. Junker, fut finalement remis sur la table. Le fameux "backstop" irlandais, caillou dans la chaussure du Brexit, vilipendé par les autorités anglaises, trouva une solution. Mieux, le Parlement britannique alla même jusqu'à accepter ce nouvel accord négocié avec l'UE!

Dans ces circonstances, le report du Brexit jusqu'au 31 janvier semble inconcevable. Mais l'énigme n'en est une que pour ceux qui n'ont pas compris la nature profonde du Brexit - non pour les Anglais, mais pour l'Union Européenne.

Le front anglais et le recul de Boris

Comme expliqué dans ces pages le mois dernier, Boris Johnson subit depuis sa prise de fonction une véritable guérilla de la part du Palais de Westminster. Les Parlementaires lui infligent camouflet sur camouflet. Ils n'osent le démettre mais font tout ce qu'ils peuvent pour lui couper les ailes, miner ses capacités de négociation et plus généralement saboter les efforts de son gouvernement pour accomplir le Brexit.

Plus intéressant encore, et ne comptez pas sur le moindre média pour le rappeler, les parlementaires actuellement élus ne représentent plus guère qu'eux-mêmes ; ils sont particulièrement peu représentatifs du peuple, tellement lassé des tergiversations depuis trois ans qu'il aurait volontiers accepté un Brexit sans accord.

Les élus en question le savent tant et si bien qu'ils ont toujours refusé à Boris Johnson de convoquer des élections, de peur que l'agitation de la campagne électorale et les échéances du calendrier ne précipitent un Brexit sans accord.

La classe politique anglaise ne veut pas d'un Brexit sans accord. À aucun prix. Jamais.

Boris Johnson, et croyez ma tristesse sincère en l'écrivant, fait aussi partie de la classe politique anglaise. Alors qu'il déclarait crânement deux mois plus tôt qu'il préfèrerait être "mort au fond d'un fossé" plutôt que de repousser le Brexit, il se dégonfla comme une baudruche en demandant un report à l'UE.

En cela, il se plia à une décision illégale du Parlement, puisque celui-ci outrepassa ses prérogatives en la formulant. Il aurait pu choisir de désobéir. Rien de plus simple: il n'aurait eu qu'à faire la sourde oreille pendant quelques jours. Il aurait même pu porter l'affaire devant les tribunaux, le deuxième meilleur moyen de dépasser des délais après l'envoi en commission parlementaire. Il aurait ainsi risqué au pire quelques jours de prison - selon des modalités encore à éclaircir, le cas étant inédit - mais peu de choses en sommes. Emporté par la bonhomie de son Premier Ministre, le Royaume-Uni serait alors sorti de l'UE sans accord le 31 octobre. Boris Johnson aurait ainsi laissé son nom dans l'Histoire tout en devenant, en ayant respecté ses promesses, le plus populaire de tous les hommes politiques britanniques.

Pourquoi Boris Johnson s'est-il ainsi couché? Sa force de caractère est sans doute bien plus faible que ce que beaucoup espéraient de lui. Il y a eu des signes avant-coureurs, comme le fait qu'au pied du mur et par solidarité gouvernementale il ait lui-même voté en son temps en faveur de l'accord de Brexit concocté par Theresa May (avec le Backstop irlandais et tout le tremblement). Chacun a toujours tendance à ignorer les faits contraires aux espoirs qu'il nourrit.

D'accord. Boris Johnson a obtenu des victoires tactiques, mais s'est montré étonnamment faible au moment crucial en transmettant une demande de report du Brexit à Bruxelles. Dont acte. Mais il reste un mystère, et un mystère plutôt important. Pourquoi l'Union Européenne a-t-elle accepté de repousser le Brexit de plusieurs mois? À partir du moment où elle était satisfaite du nouveau Brexit (et tout semble montrer qu'elle l'est) il n'y avait aucune raison de repousser le Brexit, et encore moins d'autant.

Ce "petit mystère" est une entourloupe de première pour faire échouer le Brexit et maintenir le Royaume-Uni dans l'Union Européenne. Et les risques de retourner le vote de juin 2016 n'ont jamais été aussi grands.

Explications.

Garçon, l'addition

La grande force des médias présentant le Brexit a été de le montrer comme un débat interne à l'Angleterre. Face à des autorités européennes forcément intelligentes et responsables, les Anglais s'étripaient comme de beaux diables sans parvenir à s'entendre. Ni à jamais présenter des solutions dignes des autorités européennes, pour ainsi dire.

C'est beau, et très faux.

Si je devais résumer en quelques phrases toute la fausseté de ce point de vue sur le Brexit, les voici:

  • Le Royaume-Uni est la cinquième économie mondiale.
  • Le Royaume-Uni est la deuxième économie de l'Union Européenne, derrière l'Allemagne et devant la France.
  • Le Royaume-Uni est aussi riche et puissant que les dix-neuf économies les plus faibles de l'Union Européenne, réunies.

Sur le plan économique européen, le départ du Royaume-Uni de l'Union Européenne est aussi énorme que si celle-ci passait de 27 membres à 8 membres. Et ce n'est même pas exact parce que c'est le deuxième membre le plus riche qui s'en va, et non la famille des cousins pauvres qui se remettent péniblement de leur demi-siècle de joug soviétique, alliée aux forçats obligés de se soumettre à l'euromark allemand.

L'Union Européenne ne veut pas que les Anglais s'en aillent. Point.

Ils contribuent bien trop au budget de l'Union.

Toutes les tractations depuis le lendemain du vote sur le Brexit, jusqu'à la durée interminable de ces tractations elles-mêmes, ne servent qu'à perpétuer les contributions anglaises au budget de l'UE. C'est aussi simple que ça!

Par conséquent, tout Brexit sans accord doit être rendu absolument, rigoureusement impossible. Tout Brexit "ordonné" doit faire en sorte de perpétuer les contributions anglaises au budget de l'UE pour les siècles des siècles, fut-ce au prix de discussions perpétuelles. Les détails finaux ne seront jamais réglés, comme un divorce traîné devant les tribunaux et qui en fin de compte ne se conclurait pas, malgré des années de procédure.

Voilà la vérité.

Risque maximum

Le Brexit est plus en danger aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été depuis trois ans. Et paradoxalement, l'apparente raideur de Boris Johnson sur le sujet en est la cause.

Les Libéraux-Démocrates anglais, le DUP, les Travaillistes, sont complices de Bruxelles, et je ne serais pas surpris que de l'argent change discrètement de main pour expliquer cet amour inconditionnel. Ils veulent tous que le Royaume-Uni reste dans l'UE. Les Travaillistes par exemple préconisent un deuxième référendum entre "rester" et "rester" - rester formellement dans l'UE et donc renier le vote de 2016, ou approuver une "relation future" avec l'UE tellement proche des obligations d'un membre de plein droit que cela ne fera aucune différence, en particulier au niveau des contributions budgétaires. Pour les Libéraux-Démocrates, c'est encore plus simple: ils demandent à ce qu'on annule le Brexit, ni plus ni moins. Que le référendum aille au diable!

Les Conservateurs menés par Boris Johnson donnent l'impression de vouloir partir de l'UE, mais comme le montre l'exemple récent donné par le Premier Ministre, leur résolution s'écroule devant l'obstacle. Boris Johnson a fait de gros efforts pour nettoyer les écuries d'Augias de leurs éléments les plus europhiles, mais la tâche est trop herculéenne. Les électeurs ne seront pas plus omniscients pour faire le tri. Après les nouvelles élections de Décembre, il y a de fortes chances pour qu'un bonne minorité des nouveaux élus des Conservateurs soit encore composée de vendus à Bruxelles, simplement parce qu'ils sont enkystés dans la structure du parti.

Le Parti du Brexit de Nigel Farage est le seul qui soit crédible sur la question du Brexit et sur la concrétisation du vote anglais de 2016. Et récemment, il a commencé à sérieusement tailler des croupières aux autres partis, en particulier les Conservateurs.

Visant avant tout à sauver sa paroisse, Boris Johnson explique donc que pour que le Brexit se concrétise enfin il faut "voter Conservateur". En les plaçant en tête des intentions de vote des électeurs, les sondages montrent que ceux-ci sont prêts à le croire. Nigel Farage le croit-il?

La dispute ou l'accord entre le Parti du Brexit et les Conservateurs est une des clés du scrutin. Si les deux partis parviennent à se partager les circonscriptions (ce qui revient au Parti du Brexit à avaler son chapeau) et à éviter les duels fratricides au sein du camp du Brexit dans les circonscriptions stratégiques, alors le futur parlement pourrait être à majorité pro-Brexit et les deux mouvements, travaillant main dans la main, pourraient parvenir enfin à le délivrer.

Ça fait beaucoup de si.

Le plus plausible est que le Nigel Farage et Boris Johnson ne parviennent pas à un accord, ou que celui-ci s'effondre avant le dépôt des listes. Conservateurs et Parti du Brexit s'affronteront dans une série de duels fratricides qui pourraient voir triompher le camp adverse, laissant le Parlement entre les mains de partis totalement opposés au Brexit.

Ils auront alors tout loisir de dénaturer encore plus l'accord de Brexit en faveur de Bruxelles à coup d'amendements, et resteront en poste pour assurer une "transition post-Brexit" qui ne se terminera jamais. Jeremy Corbyn pourrait même finir Premier Ministre à la faveur de la confusion et mettre en branle son agenda politique marxiste, incluant nationalisations massives et plans quinquennaux... Que du bonheur pour nos amis anglais.

Peu importe: à Bruxelles, on a retrouvé le sourire.