20 mars 2020

Coronavirus: Quand les rois sont nus

Dans un éditorial de la Weltwoche intitulé "Un suicide par peur de mourir", Roger Köppel se demande si les mesures prises trop tard et sous l’emprise de la panique par notre Conseil fédéral, à la suite de nos voisins de l’Union européenne, sont vraiment raisonnables par rapport au danger réel de l’épidémie du Coronavirus, traduit Claude Haenggli.

Des politiciens responsables doivent toujours se poser la question du caractère proportionné des décisions qu’ils prennent. Quel est le problème ? Comment peut-il être résolu ? À quel prix ? Une analyse des coûts par rapport aux avantages est par nature gênante lorsqu'il s’agit de la santé, mais elle n’en reste pas moins nécessaire. Sous l’empreinte de la panique engendrée par le Coronavirus, il semble qu’on ait voulu faire fi de cette exigence. Tous les moyens semblent bons au gouvernement et aux partis politiques pour ralentir la propagation du virus. Un sentiment de malaise est en train de s’emparer de beaucoup. La Suisse, le monde, sont-ils en train, par peur d’une possible contamination, de commettre un suicide économique ?


Il est triste d'en arriver ainsi à opposer le coût en vies humaines à des intérêts économiques, comme s'il s'agissait de deux plateaux d'une balance. L'esprit est naturellement attiré par ce dualisme opposant un concept à un autre. Mais la réalité n'est pas si simple, puisqu'il faut bien admettre qu'aujourd'hui, nous n'avons ni l'un ni l'autre...

L'Europe, une nouvelle Chine, en pire

Je ne saurais affirmer si notre Conseil fédéral et nos voisins de l'Union européenne ont agi ou non sous le coup de la panique ; mais si leur objectif premier a jamais été de ralentir la propagation du virus, le résultat est jusqu'à aujourd'hui un échec abyssal.

Robert_R._Redfield.jpgLe 11 mars, le directeur des Centres de détection et de prévention des maladies américain (CDC), Robert Redfield, estima que le principal risque de propagation de l'épidémie pour les États-Unis, où un millier de cas étaient recensés alors, venait du Vieux-Continent. "La vraie menace pour nous, c'est désormais l'Europe", avait-il affirmé avec clairvoyance. "C'est de là qu'arrivent les cas. Pour dire les choses clairement, l'Europe est la nouvelle Chine." Quelques heures plus tard, Donald Trump prenait la seule décision raisonnable en pareilles circonstances, fermer les liaisons aériennes avec l'Espace Schengen.

Les mots de Robert Redfield et le décret du Président Trump provoquèrent un concert de grognements et de plaintes de la part des gouvernements visés, soudain mis sur un pied d'égalité avec les pestiférés chinois. La rage consécutive au crime de lèse-majesté était palpable. Mais quel que soit le niveau de haine antiaméricaine atteignable sur le Vieux Continent, la décision avait tout de même été prise. Plus possible de s'envoler pour les États-Unis, y compris pour les élites les plus imbues d'elles-mêmes. Plus possible non plus de cacher l'indigence de la gestion européenne de l'épidémie.

Pire encore, le Président Trump liant la fermeture des liaisons aériennes à l'état sanitaire européen, chacun comprenait bien qu'aucune franche poignée de main (figurativement parlant) ni aucun accord réciproque avec le locataire de la Maison Blanche ne parviendrait à dénouer la situation. La seule façon pour les pays de l'Espace Schengen de revenir à la normale serait de faire diminuer le nombre de cas de Coronavirus sur leur sol. Aussi s'y attelèrent-ils de mauvaise grâce...

Leur échec est total.

Nous avons un moyen indiscutable de le prouver. Ces dernières heures, l'Italie vient de battre le triste record du nombre de victimes, dépassant celui de la Chine. 3'405 décès dans la Botte, contre 3'245 en Chine depuis le début de l'épidémie.

Ces chiffres vertigineux sont à mettre en perspective. L'Italie dépasse la Chine! Réalise-t-on seulement ce que cela signifie? D'un côté, la Chine, près de 1,4 milliards d'habitants, une épidémie qui court depuis novembre 2019, un virus exporté dans les 34 provinces chinoises, des millions d'habitants mis en quarantaine... Et de l'autre l'Italie, 60 millions d'habitants (4,28% de la Chine en termes de population), souffrant de son premier décès le 22 février, il y a donc quatre semaines, et qui avait des mois pour se préparer, à l'inverse du géant asiatique confronté par surprise à cette nouvelle maladie...

Que de chemin parcouru par l'Italie, pourrait-on dire!

Alors, j'ouvre une parenthèse pour éviter les digressions de mauvaise foi, je sais: les chiffres chinois sont trafiqués. Nombre de morts ont été attribués à d'autres causes, rien ne nous dit que la maladie est autant sous contrôle que ne l'affirment les autorités chinoises, etc., et j'accepte ces réserves. Il n'empêche: face à un virus mortel, la Chine donne l'impression de réussir à franchir l'obstacle bien mieux que l'Italie, au point d'alléger les conditions de confinement à l'extérieur de la province de Hubei. Les cadres du Parti Communiste Chinois (PCC) aiment certainement donner une belle image de leur pays et n'hésiteraient pas un instant à sacrifier quelques millions de prolétaires pour relancer la machine économique, mais ils ne sont pas stupides: ils savent très bien que si le Coronavirus se répand encore en Chine tout le monde l'attrapera, eux y compris.

Un raisonnement dont les élites européennes n'ont pas été capables, mais sur lequel j'aurai l'occasion de revenir.

Si on veut une comparaison vaguement équivalente entre la Chine et l'Europe, prenons alors l'Europe entière - et même là on n'arrive qu'à une demi-Chine. Qui osera prétendre que le nombre de victimes en Europe est inférieur à celui de la Chine?

L'Europe n'est pas la nouvelle Chine. C'est une autre Chine, une Chine qui n'aurait pas lutté convenablement contre le Coronavirus. Et tous les Européens vont payer l'addition.

De l'incompétence assaisonnée d'incompétence

Il est plaisant de poser que les autorités auraient "privilégié l'économie au détriment de la santé", ou même l'inverse, mais c'est du grand n'importe quoi. Les autorités européennes, Suisse incluse, n'ont rien privilégié du tout. C'était Business as usual, la gestion des affaires courantes. Le virus les a surpris comme un cerf pris dans le faisceau des phares.

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"L'Europe découvre que le Coronavirus est aussi un problème européen", vue d'artiste

Le Coronavirus était une maladie exotique lointaine affectant ces imbéciles de Chinois, et c'était tout. Voilà pourquoi la France - et d'autres - envoyèrent en Chine des tonnes de masques et de matériel médical crucial pour aider les malades début février, alors que ces produits étaient déjà fabriqués là-bas et manqueraient sous peu ici. En même temps, la pandémie s'enracinait déjà gentiment notamment à cause des malades importés par le gouvernement français...

Respirateurs artificiels, solution hydroalcoolique, masques de protection, cours à la maison après la fermeture des écoles, règles de distance sociale, gestion économique de la crise, pas un domaine qui ne sente l'improvisation à plein nez. Personne ne sait quelles seront les règles en vigueur la semaine suivante.

Nos élites naviguent à vue.

Lorsqu'un politicien n'a plus d'idée, il ne fait rien et prétend ensuite que ce qui se passe est finalement exactement ce qu'il avait prévu. Dans cet ordre des choses, on peut présenter Boris Johnson et la fumeuse théorie de l'immunité de groupe (ce qui présage tout de même au moins 2 millions de morts au Royaume-Uni pour l'acquérir...) mais qui rétropédale soudain en réalisant l'énormité de cette folie. Ou Angela Merkel qui annonce en toute décontraction, entre la poire et le fromage, que 70% des Allemands pourraient contracter le virus, alors même qu'elle a le devoir et le pouvoir de prendre les décisions pour empêcher cela...

En Suisse, le grand public a découvert la semaine du 10 mars l'absurdité de la nouvelle doctrine du Conseil fédéral - "la Suisse capitule", avais-je écrit. Parmi le monceau de demi-mesures annoncées, la décision totalement incompréhensible de ne plus tester systématiquement les cas suspects mais seulement les cas "graves".

Nous en comprenons aujourd'hui les raisons réelles: la Suisse sera bientôt à court de kits de détection. Encore une brillantissime planification de la part de nos autorités.

Les élites commencent à payer

Il est de bon ton de parler des bonnes stratégies - les stratégies rejetées de façon hautaine à l'époque, et dont on explique ensuite que c'était la bonne chose à faire mais qu'il est désormais trop tard. La fermeture des frontières aux ressortissants provenant de pays infectés, quelle que soit leur nationalité. Les campagnes de dépistage massif et systématique. La quarantaine de tous les cas suspects. Les mesures d'isolation pour les groupes vulnérables.

Nous sommes à des années-lumière de tout cela. Un temps crucial a été dilapidé en vain. La Suisse et sans doute d'autres pays européens en arrivent à un tel niveau d'indigence sanitaire que nous ne pourrons bientôt même plus déterminer qui est affecté par le Coronavirus.

Rassurez-vous, il restera toujours suffisamment de tests - mais seulement pour les élites, cela va sans dire. Lorsque vous apprenez que la Confédération décrète que seuls les cas graves sont testés mais qu'une semaine plus tard les médias s'épanchent sur la quarantaine d'un Conseiller Communal de la Chaux-de-Fonds ou annoncent l'infection de Nathalie Fontanet du Conseil d'État genevois ("tout le Conseil d’État a été testé ce matin" explique l'article) on comprend bien que si vous êtes un simple employé du privé avec des symptômes suspects, vous n'aurez pas droit aux mêmes égards que nos vaillants élus, enchaînant bonne décision sur bonne décision et sans lesquels la Terre ne saurait tourner. Tant pis pour votre famille.

C'était sans doute ce que sous-entendait Alain Berset toutes les fois où il évoquait "les services de santé et l'administration" comme catégories prioritaires... Lorsqu'on est au pouvoir, il est bon de ne pas s'oublier entièrement.

Mais les élites auront beau avoir les meilleurs spécialistes, leurs kits de détection à volonté et sans doute des respirateurs artificiels réservés à leur usage exclusif, elles n'en sont pas moins affectées par la maladie comme tout le monde. C'est particulièrement vrai en Suisse où la classe politique entretient une proximité beaucoup plus étroite avec le bas peuple que dans d'autres pays comme la France ou l'Allemagne.

Les têtes d'affiche politiques font les gros titres lorsqu'elles apprennent qu'elles sont infectées, mais pour chacune d'elle combien de hauts cadres de l'administration, de médecins cantonaux (!) et d'autres membres de la bureaucratie directement responsables de la situation sanitaire du pays se retrouvent eux aussi confrontés à la maladie, comme le premier journaliste venu?

Le Coronavirus ignore le statut social et le prestige de ses victimes. Il touche aussi bien les princes que les célébrités. Et pour ces gens comme pour le reste, nous n'en sommes qu'au début.

Lorsque M. Köppel évoque une "analyse des coûts par rapport aux avantages" dans un éditorial, je pense - j'espère - qu'il ne réalise pas l'énormité de ce qu'il écrit en termes de centaines de milliers de victimes potentielles dans la seule Helvétie.

Les mots ne coûtent pas grand-chose, mais les mauvaises décisions se payent en vies humaines.

17 mars 2020

Coronavirus: le pari fou de l'immunité

En Europe continentale, les dés sont jetés.

En Italie, premier pays touché pour des raisons que les médias traditionnels n'expliqueront jamais, des millions d'habitants, puis toute l'Italie le 9 mars, se sont retrouvés sous un régime de quarantaine de plus en plus renforcé. Les mêmes mesures sont appliquées progressivement en France, en Allemagne, et même désormais en Suisse, dans une tentative désespérée de ralentir la progression de la pandémie de Covid-19.

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Les temps changent.

On entend moins les antivaccins et les anti-sociétés pharmaceutiques. L'odieux capitalisme a soudainement du bon lorsqu'il permet à des chercheurs de travailler sur des remèdes.

On entend moins Greta Thunberg et sa névrose climatique, depuis que la jeune fille est retournée dans sa chambre d'adolescente.

On entend moins les brèves de comptoir de ceux qui comparent la maladie à une simple grippe.

On entend moins, mais on les entend encore, ceux qui disent que la maladie n'est qu'une affaire de personnes âgées de 65 ans et plus. En France et aux Pays-Bas, on en est loin. Au Canada, les patients de 60 ans et plus ne constituent que 31% des cas d'hospitalisation. Les médias continuent d'éviter le sujet, des fois que les jeunes comprennent qu'ils sont en danger aussi...

On entend moins les partisans forcenés de la libre-circulation, qui expliquaient du matin au soir que fermer les frontières ne résoudrait rien, alors que maintenant toutes les frontières sont en voie d'être fermées. Grâce à Internet, nous n'oublierons pas tous ces gens.

Pas de triomphalisme. Avoir raison lorsqu'on annonce une catastrophe comme je le fais depuis plus d'un mois ne laisse dans la bouche qu'un goût amer. Qu'aurait donc coûté alors la fermeture totale des frontières aux personnes, par rapport à ce que nous vivons aujourd'hui? J'aurais aimé avoir tort. J'aurais aimé que nous vivions dans la fiction heureuse dépeinte par les médias et le monde politique avant ce réveil. Le réveil est brutal et tardif, et il est brutal parce qu'il est tardif.

Et il reste toujours des trous dans la raquette. En France, on a voté ce week-end. En Suisse, on garde les crèches ouvertes, comme si la perspective d'aller au bout du geste effrayait les autorités. On ne suggère qu'à demi-mot des restrictions de mobilité, d'association, d'utilisation des transports en commun. Les bus, les trains et les avions sont pourtant des lieux de premier plan pour s'infecter. Des termes comme "confinement", "couvre-feu", "isolation" ou "quarantaine" font peur, alors qu'ils sont la clé de la survie des plus vulnérables d'entre nous.

Pour ce qui est de notre dépendance auprès des travailleurs frontaliers pour nos services de santé, la Conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher avait proposé il y a quelques jours de les héberger en Suisse (les lits ne manquent pas en hôtellerie) afin qu'ils puissent continuer à travailler ici, au lieu d'attendre le moment prévisible où leur pays d'origine les réquisitionnera pour son propre système de santé. La proposition est restée lettre morte. Le Conseil fédéral préfère que les infirmières et aides-soignants retournent chaque jour dans leur zone à risque en France ou en Italie, en attendant de ne plus venir du tout.

Une course contre la montre quasiment perdue

Nous ne vivons pas dans le monde parfait de la publicité, pas plus que dans le monde idéalisé des reportages télévisés, où notre art de vivre ferait magiquement obstacle à la maladie. Braver les interdits en sirotant une bière en terrasse n'est pas un geste de courage et de défi, mais une prise de risque d'une incommensurable stupidité. On ne lutte pas contre une idéologie mais contre un virus.

Continuer à vivre "comme avant" est un aller-simple pour l'épidémie généralisée.

Ce lundi matin, à Lausanne, tout était calme, mais normal. Terriblement normal. Aucune distance de sécurité nulle part, aux arrêts de bus par exemple. Des gens en groupe, aucun masque visible à la ronde, hormis le mien et celui de quelques fonctionnaires de police forcément obligés de suivre les directives édictées par leur hiérarchie. Place Bel-Air, des personnes âgées déambulaient sans la moindre protection au milieu des piétons pour faire quelques emplettes de bon matin, comme si de rien n'était. Les transports en commun continuaient à circuler, charriant leur lot de passagers et de germes infectieux pour la journée.

Il est terrible d'embrasser une foule du regard et de se dire que si le virus y circule, une personne sur vingt sera morte dans un mois.

Selon le Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies américain (Centers for Disease Control and Prevention, CDC) le temps d'incubation du Coronavirus varie entre 2 et 14 jours après l'exposition. Selon un rapport récent, plus de 97% des individus qui contractent le "SARS-CoV-2" montrent des symptômes onze jours et demi après leur exposition. La période moyenne d'incubation est de 5 jours.

Tout cela signifie qu'il faudra attendre deux semaines pour voir si les mesures "fortes" prises par les pays occidentaux sont efficaces. En attendant, le nombre de cas avérés double tous les trois jours - pour les pays qui se donnent encore la peine de dépister la maladie, évidemment.

"Tous n'en mourraient pas mais tous étaient frappés"

La pandémie de Coronavirus est globale, mais chaque pays apporte sa propre réponse. En ce sens, si vous pensez que les mesures prises par l'Allemagne, la France ou la Suisse sont minables et trop tardives, rassurez-vous, il est toujours possible de faire pire.

Parmi les innombrables graphiques qui circulent, celui-ci a retenu mon attention: l'évolution de la maladie à partir du centième cas, jour après jour selon chaque pays. Il permet une comparaison instructive entre des pays frappés à différents stades chronologiques.

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Progression du nombre de cas confirmés à partir du 100e cas, jour après jour.
(Graphique Financial Times ; cliquez pour agrandir.)

Il est difficile de contenir la progression des 33% de nouveaux cas chaque jour. Comme on peut le voir, la Corée du Sud, le Japon, Singapour, Hong-Kong et la Malaisie semble réussir leur pari - si leurs données ne sont pas trafiquées. L'inflexion sud-coréenne est la plus remarquable. Leurs sociétés sont différentes des nôtres en termes ethniques, culturels, disciplinaires, et leurs élus sont tout aussi différents des nôtres sur ces mêmes points. Les reportages réalisés là-bas montrent une approche infiniment plus sérieuse de l'épidémie que dans nos sociétés européennes.

Soyons fous en attendant la fin

La pire réponse vient probablement du Royaume-Uni et des Pays-Bas, où les autorités ont décidé de... Laisser le virus se répandre.

Il ne s'agit pas de ne rien faire ; ces pays ont l'intention de préserver les personnes âgées en les isolant. Mais ensuite, les autorités font le pari de laisser le virus se propager dans le reste de la population. Leur objectif est d'augmenter la proportion de personne guéries afin d'immuniser l'ensemble. C'est le schéma adopté pour d'autres maladies comme la rougeole ; encore faut-il parvenir à un taux d'immunité 95% à 2 ans pour interrompre la circulation du virus...

En l'espèce, et je n'ai pas peur de l'écrire, cette stratégie s'apparente à mes yeux à un crime contre l'Humanité. The Guardian prédit que 80% des Britanniques seront infectés et près de 8 millions seront hospitalisés dans les 12 prochains mois (c'est-à-dire, devraient être hospitalisés, étant entendu que jamais le NHS anglais à la dérive n'arrivera à s'en occuper). Le gouvernement a relativisé en assurant que c’était le pire des scénarios possibles... Nous verrons ce qu'il en est.

Comme je l'ai mentionné en début d'article, nous en apprenons chaque jour sur le virus - notamment que la proportion de jeunes gravement infectés est bien plus grande que ce que les études initiales suggéraient. Laisser le virus se répandre, c'est laisser un "tsunami" d'infections aiguës qui submergera les capacités du système de santé. C'est laisser les médecins choisir qui ils vont laisser vivre ou mourir. C'est laisser les malades périr dans les couloirs, ou les abandonner chez eux.

En outre, ces sacrifices pourraient l'être en vain, car l'immunité consécutive à une guérison semble bien modeste. Il y a plusieurs cas de personnes réinfectées par la maladie, en Asie uniquement pour l'instant - le nombre de personnes guéries en Europe est encore trop faible pour que cet aspect soit étudié sur notre continent.

Sans parvenir à juguler l'épidémie, il arrivera un moment où l'immunité de groupe, si elle existe, sera notre dernière planche de salut. Mais certains gouvernement ne s'embarrassent pas de prudence et osent de terribles paris avec leur population. Il sera essentiel qu'à la fin de la crise ils rendent des comptes à leurs citoyens. La responsabilité n'est pas qu'un mot.

13 mars 2020

Coronavirus: Pourquoi une pandémie seulement maintenant?

D'après le news ticker du Matin, l'Organisation Mondiale de la Santé définit l'épidémie mondiale de Coronavirus comme une "pandémie" depuis le 11 mars. Sans doute de quoi justifier que l'Allemagne vole des masques de protection achetés par la Suisse.

Le Covid-19 est désormais une pandémie

Le Covid-19 est désormais une pandémie, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Son directeur général Tedros Adhananom Ghebreyesus a annoncé mercredi à Genève ce nouveau statut.

Cette situation «ne change pas» la réponse que l'organisation apporte, a-t-il déclaré devant la presse, déplorant «une telle attention sur un mot» depuis des semaines. Et d'appeler au calme. «Chaque branche et chaque citoyen doit être actif», affirmé le directeur général.

M. Tedros s'est dit alarmé par l'augmentation du nombre de cas et du nombre de pays affectés. Mais aussi par celui de l'«inaction». Depuis deux semaines, le nombre de cas en dehors de la Chine a été multiplié par treize et celui de pays affectés par trois.


L'alarme du nombre de cas, du nombre de pays affectés, du nombre de décès, de l'inaction (?)... Pourquoi pas.

D'après le Larousse, une pandémie est une "épidémie étendue à toute la population d'un continent, voire au monde entier." La définition de l'OMS est évidemment plus compliquée. Dans le langage courant, on retiendra qu'une pandémie, pour être qualifiée comme telle, doit correspondre à une transmission interhumaine avérée dans plusieurs pays, infectant un grand nombre d'individus, et dépassant les capacités de traitement des systèmes médicaux locaux.

On comprendra donc que l'épidémie de Covid-19, selon son nom officiel, correspond depuis des mois à une pandémie. Alors pourquoi ne pas la qualifier ainsi? Sur le site TopSanté, un journaliste fait des efforts méritoires pour défendre le refus de l'OMS de qualifier de pandémie l'épidémie mondiale de Coronavirus:

Selon l'OMS, le Covid-19 ne répond pas totalement à la définition de pandémie. "Pour l'heure, nous n'assistons pas à la propagation mondiale ‎incontrôlée de ce virus, et nous n'assistons pas au développement à ‎grande échelle des formes sévères de la maladie ou du nombre de ‎morts‎", avance Tedros Adhanom Ghebreyesus (Directeur général de l'OMS) à l'occasion d'une allocution à l'OMS le 24 février. [Ce jour-là, il y avait 2'699 mort...] (...)

Le terme pandémie fait peur. Selon [le Directeur général de l'OMS], "utiliser le mot pandémie ne correspond pas aux faits à l'heure actuelle, mais cela pourrait certainement causer des peurs. Ce n'est pas le moment de se focaliser sur le mot qu'on utilise : cela n'évitera aucune infection ni ne sauvera aucune vie".


Certes, utiliser les bons mots ne sauvera pas des vies ; mais cela fera changer de mains de vastes sommes d'argent. Car tout ceci n'est qu'une histoire de gros sous...

Financer les crises sanitaires

Que ce soit le SRAS, l'Ebola ou le MERS-CoV pour n'en citer que quelques-unes, l'OMS s'est souvent retrouvée dans une situation compliquée lorsqu'une crise épidémique survenait dans des pays pauvres.

L'OMS est chargée d'assister financièrement les pays touchés par de nouvelles maladies, et tente toujours de trouver des financements. Cette aide, nécessairement d'urgence, peut souvent être assumée localement lorsque la crise éclate dans un pays riche. Il suffira alors de rembourser à posteriori les frais engagés. Mais lorsque le ou les pays touchés sont des pays pauvres, l'opération est plus compliquée, puisqu'il faut alors avancer directement l'argent au moment de la crise. Les pays alentours sont peut-être tout aussi pauvres, et les pays riches à des milliers de kilomètres de là ne se sentent pas forcément concernés, ou tout au moins pas autant que si l'affaire avait lieu sous leurs fenêtres.

C'est pour résoudre cette situation problématique que des experts financiers de la Banque Mondiale ont mis au point un outil particulier, le Fonds Obligataire de Pandémie, encore appelé Outil de financement d'urgence pandémique ou encore PEF. On peut en trouver une explication sur Wikipédia.

Voilà comment cela fonctionne: le produit financier est créé avec une durée de vie, par exemple trois ans, et un rendement garanti, par exemple, 6.9% annuels au-dessus du taux interbancaire de base, le fameux LIBOR. Disons-le franchement, c'est un très joli taux.

Les investisseurs peuvent y souscrire librement. S'ils placent un million de dollar dans le pot, ils toucheront au moins 69'000 dollars annuels garantis, et au bout des trois ans, récupèreront leur mise.

Tout cela a l'air d'un moyen simple de se faire facilement de l'argent sans danger (les intérêts sont payés par la Bundesbank et la Bank of Japan, deux institutions qu'on n'imagine pas disparaître après-demain) mais il y a forcément un piège. Si une pandémie se déclare pendant la durée de vie du fonds, l'argent investi sera utilisé pour lutter contre la pandémie, et les investisseurs ne retrouveront jamais leur capital.

Et c'est exactement ce qui vient de se passer.

Les pandémies, ces catastrophes qui n'arrivent jamais

Le monde financier adore niveler les risques pour créer une gamme de produits. Par exemple, lors de la crise des subprimes, les hypothèques étaient regroupées dans des "tranches" d'instruments financiers ad-hoc notés de AAA à BBB ou moins selon la solvabilité des emprunteurs et leur risque de défaut. On appelle cette technique la titrisation.

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Dans le cas qui nous concerne, la Banque Mondiale conçut en 2017 deux obligations à destination de l'OMS pour plusieurs centaines de millions de dollars et une durée de trois ans, arrivant à maturité en juillet 2020.

La première obligation, de classe "A" car la moins susceptible de se déclencher, avait un rendement annuel de 6.9%. L'obligation se déclenchait si une pandémie était identifiée avec plus de 2'500 morts dans un pays donné et plus de 20 dans un autre, énonce le prospectus de l'instrument financier. 225 millions de dollars furent récoltés par ce biais.

Une seconde obligation, de classe "B" car plus risquée, avait un rendement annuel de 11.5%, mais des conditions de déclenchement plus facilement atteintes, d'où la prime de risque plus importante. L'obligation rassembla une souscription de 95 millions de dollars.

La Banque Mondiale dispose d'une souscription de 425 millions de dollars avec ces diverses obligations "médicales" non cotées. Pendant deux ans, des investisseurs privés purent bénéficier d'un excellent rendement alors que le monde était calme. Puis survint l'épidémie de Coronavirus à Wuhan.

Voilà pourquoi l'OMS a mis tant de temps à annoncer que la pandémie de Covid-19 en était bien une: pour ne pas faire perdre leur argent à de puissants groupes financiers. Pour que cela fonctionne, il aurait fallu tenir jusqu'au mois de juillet et l'expiration des obligations, une perspective de moins en moins tenable alors que la pandémie frappe furieusement le monde entier.

En février, l'OMS pouvait y croire encore: après tout, le virus n'avait fait "que" 2'700 morts en Chine et pas encore 20 victimes dans d'autres pays. Mais l'OMS n'a pas le privilège de décréter seule que les conditions de déclenchement de l'obligation sont réunies. Cette décision est déléguée à une société privée de Boston, AIR Worldwide Corporation, spécialisée dans la modélisation des catastrophes.

Nous avons tous pu le voir de nos propres yeux, les dirigeants de l'OMS se sont battus non pas pour déclarer la pandémie, mais pour ne pas le faire - afin de préserver les intérêts des investisseurs. Tant pis si l'argent manquait sur le terrain. Cet épisode est à garder en tête la prochaine fois que quelqu'un vient vous expliquer qu'une institution internationale est le seul organisme préservé de tout conflit d'intérêt et à même de gérer une crise mondiale.

Comme tous les instruments financiers de ce type, les PEF sont bien plus prévus pour le monde financier que pour les populations que les obligations sont censées aider. Les conditions de déclenchement (nombre de victimes, diffusion) sont conçues pour être difficiles à atteindre. Pendant l'épidémie d'Ebola du Kivu, qui fit plus de 2'000 morts, les obligations de l'OMS ne délivrèrent des fonds qu'au treizième mois de la crise, et pour un montant de seulement 31 millions de dollars. De l'argent en faible quantité et arrivant bien trop tard sur le théâtre des opérations.

Les PEF seront forcément revus à l'issue de la pandémie de Coronavirus. Le chef économiste de la Banque Mondiale Lawrence Summers les qualifie de "faute embarrassante". Les arguties sur l'utilisation du terme ont malheureusement contribué entre-temps à atténuer la perception de la gravité de la crise par le grand public.

En attendant, qui aurait cru que l'utilisation du terme de pandémie dépende finalement d'intérêts financiers liés à l'OMS? La définition du Larousse est à revoir.

10 mars 2020

Coronavirus: la Suisse capitule

"La Suisse capitule." C'est sans doute le sentiment qu'ont ressenti beaucoup des spectateurs avec un organe fonctionnel entre les deux oreilles en découvrant la nouvelle stratégie du Conseil fédéral pour lutter contre la pandémie de Coronavirus en Suisse.

Changement de cap

Une dépêche publiée dans Le Matin de lundi annonce la couleur:

"Retrouver et avertir toutes les personnes ayant été en contact plus de 15 minutes à moins de deux mètres d'un cas avéré demanderait des efforts disproportionnés", a indiqué Virginie Masserey, cheffe de la section Contrôle de l'infection de l'OFSP à Keystone-ATS. (...)

"Une telle mesure aboutirait en outre rapidement à la mise en quarantaine d'une grande partie de la population."


Le contrôle des chaînes d'infection était la stratégie de base de l'Office Fédéral de la Santé Publique jusqu'ici, et la raison pour laquelle les regroupements de plus de mille personnes étaient désormais interdits. Mais sans contrôle des déplacements, impensable pour des raisons idéologiques, les chaînes de transmission sont devenues si vastes qu'elles en sont devenues incontrôlables. Il n'est pas difficile d'imaginer pourquoi: voyage dans un transport en commun, salle d'attente, file à un guichet, repas dans une salle de restaurant... Quelques jours ordinaires d'un porteur de Coronavirus tout aussi ordinaire lui font côtoyer tellement de gens qu'il est impossible de retrouver tout le monde.

15 minutes à moins de deux mètres d'un cas avéré, c'est le tarif habituel pour risquer de contracter la maladie à son tour.

En affirmant qu'une grande partie de la population devrait être mise en quarantaine si les règles étaient appliquées, la cheffe de la section Contrôle de l'infection de l'OFSP ne fait rien d'autre qu'avouer qu'une grande partie de la population helvétique a été en contact avec le virus ces derniers jours.

Impensable de tenir au public un tel langage de vérité. Trop effrayant. On trouve donc des tournures de phrase. De la même façon, personne n'établit le constat d'échec de la stratégie de contrôle des chaînes de transmission. On parlera pudiquement de "nouvelle stratégie" qui remplace l'ancienne, sur laquelle on ne s'étendra pas davantage...

Comment la Suisse entend lutter contre la pandémie

Énumérons les nouvelles règles:

  • Les personnes infectées devront rester en isolement dix jours au minimum, c'est à dire moins que la durée de la maladie qui va jusqu'à quatorze jours ; ce qui revient à dire que "l'isolement" préconisé n'empêchera pas les personnes infectées de contaminer autrui.
  • Seuls leurs contacts très proches seront mis en quarantaine pendant au moins cinq jours, ce qui là encore est la garantie que le virus, très contagieux, se propage non seulement au sein d'une famille mais aussi de tous ceux que côtoient cette famille avant que les symptômes ne se déclarent.
  • Seules les personnes particulièrement vulnérables ou devant être hospitalisées et le personnel des établissements médicaux seront testés. Les autres ne seront pas testées. Devant une telle absurdité un mème s'impose:

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"Nous en appelons à l'autoresponsabilité", explique Virginie Masserey. L'autoresponsabilité, dans ce discours, c'est quand l'individu doit gérer seul son diagnostic, son degré de dangerosité pour autrui, le niveau de ses symptômes et la date de son éventuelle guérison. Chacun va devoir être super-auto-responsable, et fin dans son analyse!

Je n'ai aucun problème avec la responsabilité individuelle, puisque c'est la seule chose qui subsiste quand tout le reste a foutu le camp. La responsabilité individuelle est ce qui nous sépare des animaux. Mais je ne peux m'empêcher de penser: si chacun doit gérer l'épidémie de Coronavirus à son niveau à travers la responsabilité individuelle, à quoi servent Virginie Masserey et l'Office Fédéral de la Santé Publique?

L'Italie combat, la Suisse rend les armes

Il était assez remarquable de voir Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'Université de Genève, démolir à demi-mots la nouvelle stratégie en direct sur le plateau du journal télévisé de ce mardi. Je vous invite à découvrir la séquence en entier, qui dure moins de quatre minutes. Lorsqu'on lui demande si le système pourrait être débordé en Suisse, le statisticien évite de se mouiller et s'étend dans une digression sur l'Ebola où les statistiques ont été particulièrement mauvaises, parce que trop catastrophistes... Mais pourquoi l'étaient-elles? Parce qu'elles n'avaient pas tenu compte des moyens de lutte engagés par les Africains pour combattre le fléau. La volonté humaine s'opposant à la progression géométrique d'un virus dans une population.

Le parallèle avec les fausses prédictions d'Ebola est très pertinent. Il permet de distinguer une société où on se bat contre la maladie d'une autre où on la laisse se répandre librement. La divergence entre l'Italie et la Suisse nous permettra très vite de vérifier cette hypothèse.

Lundi, Philippe Eckert, directeur général du CHUV, expliquait sur les ondes de la RTS que "le virus est parmi nous et notre rôle maintenant est de protéger les patients les plus à risques de faire des complications graves." Dans la même séquence, la présentation d'un graphique symbolique permet de comprendre l'erreur colossale des autorités helvétiques:

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(Graphique tiré d'une étude publiée dans The Lancet ; capture de vidéo d'une émission de la RTS.)

L'Italie vient de déclencher une quarantaine à l'échelle du pays - certes imparfaite, mais tentant au maximum de limiter les interactions humaines pour ralentir la progression de la maladie et redonner du souffle à son système de santé. L'entier de la péninsule doit se soumettre à des règles de simple bon sens, éviter tout contact non-indispensable. Toutes les manifestations sportives, par exemple, sont suspendues jusqu'au 3 avril. Tout individu doit être capable de justifier du moindre déplacement.

La Suisse, de son côté, ne propose aucune mesure visant à ralentir la progression de la maladie. Ni fermeture d'école, ni restriction de circulation, ni fermeture de frontière.

Lorsqu'on parle de "foyer" d'épidémie, le parallèle avec l'incendie n'est pas fortuit. L'Italie tente de combattre le coronavirus en l'asphyxiant des relations humaines dont il se nourrit. La Suisse entend surveiller le pouls des brûlés mais refuse de s'attaquer aux flammes.

Tout est donc en place en Suisse pour que la diffusion de la maladie prenne l'allure de la courbe jaune ci-dessus, la progression étant cachée dans un premier temps par la diminution des tests de dépistage. Le nombre de cas grave augmentera en proportion des infectés, jusqu'à saturer les capacités de traitement du système de santé. C'est exactement ce qui s'est passé en Lombardie, et de façon encore plus poussée en Iran. La catastrophe nous guette d'ici deux à trois semaines, pendant lesquelles nous aurons encore perdu un temps précieux.

Les survivants attendront avec impatience la prochaine "nouvelle stratégie", signe que la stratégie actuelle n'est pas la bonne.

La seule qualité rédemptrice de tout ce gâchis est de penser que la plupart des invités de la RTS, les médecins cantonaux et la classe politique qui organise tout cela souffriront sans doute comme les autres de cette pandémie qu'ils contribuent à installer.

Maigre consolation pour les familles de toutes les victimes à venir.

Mise à jour (13 mars): ce vendredi le Conseil fédéral semble enfin prendre la mesure de l'enjeu avec des mesures fortes - fermeture des écoles, des universités, etc. et soutien de l'économie. Il est dommage que le virus ait néanmoins pu circuler à peu près librement depuis une semaine, ce que nous verrons dans la courbe des cas de ces prochains jours. Actuellement, la progression du coronavirus en Suisse est encore plus rapide qu'en Italie.

08 mars 2020

Coronavirus: politique de la crise

Le concert des nations laisse entendre de nombreuses fausses notes. Dans le bel ensemble européen, la volonté de la France de faire main basse sur les stocks de masques de protection jure avec une Commission européenne prônant la solidarité dans la maladie.

Pour une autre cacophonie, il suffit de se tourner vers la Suisse où le Conseil Fédéral et les Cantons proposent les mesures les plus disparates pour lutter contre la pandémie, trahissant ainsi leur improvisation totale. Les résultats sont au rendez-vous: avec 337 cas déclarés au moment où ces mots sont écrits, la Suisse est le pays d'Europe le plus touché après l'Italie en nombre de cas de Coronavirus par habitant. Et si la frontière entre la Lombardie et le Tessin est jamais fermée, ce sera plus à cause de la quarantaine décidée par les autorités italiennes que par les sans-frontiéristes forcenés qui sévissent en Helvétie. Rassurons-nous, la frontière est toujours ouverte.

Les mêmes élus qui affirment la main sur le cœur que la santé publique est primordiale, essentielle, n'hésitent pas à la sacrifier au nom des intérêts des commerces détaxés des zones aéroportuaires, de quelques semaines d'éducation obligatoire, du chiffre d'affaire des cafetiers et restaurateurs... La santé publique est essentielle, mais, finalement, après un peu tout le reste.

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La carte des réjouissances au 8 mars 2020.

Ce n'est pas que les mesures proposées par les autorités soient mauvaises ; mais elles manquent cruellement de profondeur, pratiquement à chaque fois. Comme si aucun décideur n'osait aller au bout du geste. Espérons que ce soit juste de l'incompétence...

Prenons l'interdiction (fédérale) de rassembler plus de 1'000 personnes dans un même lieu: le MAD de Lausanne a simplement contourné le règlement en divisant en deux les zones de sa boîte de nuit, avec entrées séparées. Moralité, malgré l'interdiction tout continue comme avant, les deux flots de night-clubbers se mélangeant allègrement autour de la boîte de nuit.

Prenons le nouveau conseil donné aux personnes âgées d'éviter les transports en commun ou de faire leurs courses aux heures de pointe, et, grosso-modo de limiter leurs interactions sociales. Que valent-elles pour les EMS, dont le personnel nettement plus jeune n'est pas concerné? En France, 70% du personnel de ces établissements n'est même pas vacciné contre la grippe saisonnière. En Suisse, combien de ces aides-soignants se retrouvent le week-end pour une virée au MAD-1 ou au MAD-2?

Certains commentateurs - anonymes, cela va sans dire - étalent dans les médias un cynisme ahurissant en se réjouissant que le Coronavirus a du bon. Il viendrait ainsi "épurer" nos sociétés occidentales de tous ces vieux qui pèsent sur les retraites et ne produisent plus... Mais ce n'est qu'un prétexte. En Suisse, les personnes âgées ont surtout le défaut de voter plus à droite que le reste de la population, et de voter avec plus d'assiduité. Donc c'est évidemment un problème, déjà relevé par nos brillantes élites politiques. Le Coronavirus permettrait de faire d'une pierre deux coups, sans avoir à s'embêter de discutailleries parlementaires. Pourquoi retirer simplement leur droit de vote aux personnes âgées quand on peut retirer les personnes âgées elles-mêmes? Oh, personne n'osera jamais admettre pareille pensée ouvertement, c'est une évidence. Mais des gens mourront. Que voulez-vous, c'est l'épidémie...

Affreux? Certainement. Inimaginable? C'est déjà moins sûr. Le fait même que l'idée revienne souvent dans les commentaires de certains articles montre que l'idée fait son chemin dans l'esprit d'une partie de la population.

"Génial! Une rente AVS de moins et un appartement libéré sur le marché!"
-- Réaction entendue dans un cercle de journalistes hilares à l'annonce du premier décès dû au Coronavirus en Suisse, une vieille dame de 72 ans

Et si on tuait les gens que l'on n'aime pas?

L'utilisation politique d'une maladie n'a rien de nouveau. Je ne parle pas ici de l'inévitable empoignade sur le qui-est-responsable-de-quoi lorsque les malades s'accumulent du fait de l'incompétence de la classe politique, mais bien sur une utilisation tout à fait pratique du virus, pour éliminer physiquement des opposants. Les infecter afin qu'ils tombent malades, et meurent.

Au moyen-âge, lors des sièges des forteresses, une tactique de guerre des assiégeants consistait à envoyer des carcasses moisies d'animaux dans l'enceinte des murailles avec un bon tir de catapulte. L'idée était de rajouter quelques maladies aux afflictions que subissaient déjà les assiégés. Mais c'était une époque de barbarie sans scrupule.

Plus récemment, aux États-Unis, une conseillère communale américaine a lancé l'idée d'infecter au Coronavirus les méga-meetings de Trump. On notera que la politicienne en question est évidemment une supportrice de Bernie Sanders. À défaut de vaincre Trump dans les urnes, une bonne infection au Coronavirus en viendra à bout. L'humanisme de ces gens-là me surprendra toujours.

Il s'agit d'une initiative individuelle, répondra-t-on. Mais en quoi cela met-il qui que ce soit à l'abri? En Suisse, on pourrait très bien imaginer une petite "tournée des EMS" par un membre infecté du mouvement antihumain Extinction Rébellion - et en plus, ce ne serait même pas illégal. "Désolé messieurs-dames, je pensais juste que j'avais un gros rhume..."

Et si on infectait les pays que l'on n'aime pas?

L'utilisation du Coronavirus comme une arme (peut-être d'ailleurs la fonction première pour laquelle il a été inventé, allez savoir) n'est pas seulement le fait de dangereux illuminés disséminés dans la population. Il y a trois jours, un scandale a éclaté au Moyen-Orient lorsque l'Arabie Saoudite a dénoncé la nouvelle politique d'immigration iranienne de ne plus tamponner les passeports des ressortissants saoudiens entrant dans le pays.

Comme-je-suis-étonné que personne n'en ait été informé sous nos latitudes! Mais revenons à notre affaire.

Le pot-aux-roses a été découvert après que cinq Saoudiens ont été détectés comme porteur du virus après être rentrés d'Iran en passant par le Bahreïn et le Koweït, mais sans que leur passeport n'en fasse mention. Évidemment, essayant de rester discret, les individus en question n'ont pas mentionné qu'ils revenaient d'Iran lorsqu'ils sont rentrés au pays. Mais ils se sont mis à table une fois qu'il était avéré qu'ils étaient atteints du Coronavirus.

"Ces actions sont une preuve directe de la responsabilité de l'Iran dans l'augmentation des infections de Coronavirus et dans la progression de la pandémie tout autour du monde", a condamné un responsable saoudien. Certes, certes. Mais si l'Iran tombe dans la maladie, le régime des mollahs a bien l'intention d'emmener un ou deux ennemis avec lui dans sa chute.

Les autorités iraniennes refusent d'ailleurs de donner aux autorités saoudiennes la liste des voyageurs saoudiens qui se sont rendus en Iran depuis le premier février. On se demande pourquoi.

Retour de flamme

Désespéré et jusqu'au-boutiste, le régime iranien est ravagé par le Coronavirus. Il n'a pas été aidé par ses premières mesures "relançant le débat entre science et religion", comme le relate pudiquement Le Nouvel Observateur. Extrait:

Le 26 février, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux iraniens, [l'ayatollah Mohammad Saïdi, chef du mausolée de Fatima Massoumeh à Qom,] a insisté pour que son lieu de culte reste ouvert aux fidèles. "Ce sanctuaire sacré [est] une maison de guérison", a-t-il dit, invitant les pèlerins à s'y rendre "pour guérir de leurs maladies de l'âme et du corps". (...)


Rien de mieux que de se rassembler en prière pour combattre une épidémie. Mais les "adversaires" du régime ne sont pas mieux lotis:

[Dans] une autre vidéo virale, Jaafar Ghafouri, militant d'une branche du chiisme rejetant la République islamique, apparaît en train de lécher la tombe de l'imam Réza à Machhad, en déclarant : "Je mange le virus afin de vous rassurer et que vous continuiez de venir au mausolée."


Les chiites ont apparemment une obsession pour le léchage des lieux saints.

Cette piété mal placée d'un point de vue sanitaire a un prix. Même la classe politique finit par être touchée, car aucune puissance politique ne protège du virus. En Iran, 8% des députés sont infectés par la maladie. De nombreux officiels de haut rang en sont morts.

Cet aspect des choses est à garder en tête alors que la classe politique est quasiment une population à risque à elle seule. Elle a de nombreux contacts sociaux, voyage fréquemment, et contient une proportion élevée de gens âgés. L'âge moyen est de 61 ans pour le Sénat en France, 49 ans pour le Conseil national en Suisse, 54 ans pour le Conseil des États.

Les doctes politiciens tançant le bas peuple qui a l'audace d'annuler ses réservations au restaurant en pleine pandémie devraient se rappeler qu'ils pourraient bien être au menu de celle-ci.

Dans ce contexte, la présence au Parlement de Magdalena Martullo-Blocher portant un masque il y a six jours ne s'apparentait pas à une opération de communication, mais à la plus élémentaire prudence dans une foule impliquant autant de sources d'infection que de victimes potentielles. Si opération de communication il y a eu, cela a surtout été de donner l'exemple.

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L'odieuse protection individuelle de l'élue des Grisons (capture d'écran de vidéo)

Mais au lieu d'exemple nous eûmes tout le contraire - Isabelle Moret, Présidente du parlement, intima à la parlementaire rebelle l'ordre de renoncer à son masque ou de renoncer à siéger, une décision soutenue par l'écrasante majorité de la classe politique et des médias.

Les personnes qui refusent à une élue une mesure d'hygiène personnelle en pleine pandémie sont beaucoup moins sourcilleuses face au port du voile islamique. Ce n'est qu'une absurdité de plus de l'époque où nous vivons: il est intolérable de vouloir protéger sa santé, mais convenable d'étaler son appartenance religieuse. Peut-être Mme Martullo-Blocher aurait-elle du cacher son masque derrière une burqa pour que nul ne s'offusque?

Les citoyens helvétiques portent leur part de responsabilité dans ce fiasco: après tout, ils ont élu tous ces gens. Il ne faut pas s'étonner ensuite de la façon dont la pandémie progresse dans le pays.

Bonne chance à tous, et n'oubliez pas d'éternuer au creux de votre coude. Tout va très bien se passer.

01 mars 2020

Coronavirus: nouvelles du front

Le Coronavirus est arrivé, comme prévu, par des autorités helvétiques qui ont choisi de ne pas empêcher sa venue.

Sous nos latitudes, la fermeture des frontières est interdite, impensable, impossible, et pour ainsi dire taboue. Rien de tout ceci n'est vrai, naturellement ; mais pour paraphraser une citation apocryphe célèbre, "là où il n'y a pas de volonté, il n'y a pas de chemin..."

L'Europe à la pointe

En guise de chemin donc, la Suisse rejoint la France, l'Italie et les autres pays éclairés de l'Europe continentale dans l'ornière de la libre-circulation. Parce que, comprenez-vous, même en cas de pandémie, la libre-circulation est un acquis important. En haut lieu, on pense qu'elle vaut la peine que d'autres meurent pour elle. Mais il n'y a pas lieu de s'inquiéter. En Suisse, nous rassure-t-on, tout est sous contrôle. Comme en France il y a une semaine, ou en Italie il y a deux semaines, je suppose.

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L'Europe de l'Ouest, solidaire dans la maladie.

On ne le répètera jamais assez, aujourd'hui, les frontières extérieures d'un pays ne doivent plus être évoquées. Mais comme le besoin de tracer des zones d'exclusion demeure, on créera donc de nouvelles frontières, intérieures cette fois-ci. Frontières extérieures: pas bon. Frontières intérieures: bon. Tout ce qui est impossible et impraticable au niveau des frontières extérieures devient magiquement possible et praticable dans des zones arbitraires dessinées à l'intérieur de celles-ci. Les secteurs de quarantaines s'organisent donc, comme en Italie ou 50'000 personnes apprennent à vivre coupées du monde. En Italie, on compte actuellement 1'694 cas de maladie et 34 morts. C'est le troisième pays le plus touché au monde, après la Chine et la Corée du Sud.

Si les frontières intérieures deviennent le trend du moment, encore faut-il pouvoir les tracer. La France n'a même plus ce luxe. Ridiculisée depuis le début de la semaine par des faits contredisant la posture gouvernementale, la France en est réduite à réagir comme elle le peut. Mardi 25 février, Olivier Véran, le Ministre de la Santé - pardon, le Ministre des Solidarités et de la Santé - claironne qu'il n'y a plus un seul malade du coronavirus hospitalisé dans le pays. Cocorico! Quelques heures plus tard, de nouveaux cas font leur apparition. Sur les ondes, les journalistes débattent âprement des éléments de langage du politicien: le ministre a dit la vérité lorsqu'il a prononcé ces mots, nous explique-t-on, puisque l'annonce des nouveaux cas est arrivée ensuite. La véracité des propos tenus semble le seul problème. Le week-end montre ce qu'il en est. On compte plus de 100 cas désormais - largement de quoi laisser M. Véran et le gouvernement Macron méditer sur leurs prochaines sorties triomphales.

La France est dans une situation délicate parce que le virus n'y est plus sous contrôle. Autrement dit, on découvre des individus atteints du coronavirus sans la moindre idée de la façon dont ils ont attrapé la maladie. Une victime dans l'Oise (près de Paris) fait ainsi couler beaucoup d'encre. L'enseignant est décédé à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière sans qu'on sache comment il a été infecté. N'ayant pas voyagé dans une zone à risque, il a vraisemblablement attrapé la maladie sur le sol français.

L'Oise abrite également la base aérienne de Creil, et un réservoir de malades provenant de cet endroit - six cas pour l'instant.  La base "Lieutenant-colonel Guy de La Horie", appartenant à l'Armée de l'air française, a récemment été sous les feux de la rampe pour avoir réceptionné les rapatriés français en provenance de Wuhan. Aujourd'hui on se demande pudiquement s'il n'y a pas eu quelques ratés.

La France prend le chemin de l'Italie, qui prend le chemin de la Chine. Tout va bien se passer...

Esprit politicien

"[Certains] s'inquiètent d'une décision qui, au prétexte de potentiellement mieux soigner une poignée de malades, met en danger une population de 60 millions d'habitants", écrivais-je le 12 février à propos des rapatriés français potentiellement infectés. Je prêchais dans le désert. Les décideurs décident. Ils savent mieux que personne ce qui est bon pour le pays. Ils ne se remettent pas en question, n'avouent que rarement leurs fautes, démissionnent encore moins.

Logique de caste, pourrait-on dire.

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La France réussira à régler la pandémie de Coronavirus en pleine crise des hôpitaux publics. Emmanuel Macron l'affirme, donc c'est vrai.

La doctrine étatiste cultivée par nos élites entretient un rapport compliqué avec la vérité, voire même avec la réalité. Le volontarisme est à la base de la démarche politique. Chaque politicien, imbu de sa personne, pense qu'il a un contrôle illimité sur la marche du monde. Qu'il s'agisse de la réforme des retraites, de la température mondiale dans un siècle ou d'une crise épidémique sans précédent à l'ère contemporaine, la classe politique s'estime toujours compétente et capable d'apporter des solutions. Il faut juste lui laisser les clés du pouvoir. Les serviteurs de ces élites, au premier rang desquels les médias, partagent la même conviction et la répandent servilement.

C'est cet état d'esprit, à mi-chemin entre la pensée magique et le culte de l'État, qui permet à des politiciens de décréter simultanément que la situation sanitaire est grave et réclame des mesures d'urgence, et qu'on peut importer 3'000 tifosis italiens à Lyon pour un match de foot de Coupe d'Europe. Ceux qui s'en étonnent ne sauraient être que des esprits étroits...

La Chine sombre? Pas grave, Taïwan, Hong-Kong, Singapour et la Corée du Sud juguleront l'épidémie. Ces pays échouent? Pas grave, la France, l'Allemagne et l'Italie y parviendront. La maladie galope là-bas? Notre Conseil Fédéral réussira, lui, bien entendu. Ne sont-ils pas nos "sept sages"?

En Suisse, y'en a point comme nous

Avec des semaines de retard sur ce qu'il aurait fallu faire, le Conseil Fédéral a donc érigé un premier règlement de crise. Comme les impératifs économiques sont dans la balance, et ceux, encore plus importants, de la relation entre notre gouvernement et nos maîtres européens, la marge de manœuvre est très étroite. Il faut faire quelque chose, de vaguement efficace si possible, sans fâcher personne. La bonne entente avec nos partenaires commerciaux est bien plus importante que la survie d'une partie de la population helvète.

Compte tenu de ces contraintes, le Conseil Fédéral a donc annoncé l'interdiction des rassemblements de plus de mille personnes, entraînant le concert des pleureuses.

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Alain Berset annonçant les demi-mesures prises par le Conseil fédéral (image RTS)

La décision est symboliquement importante. L'annulation du Salon de l'Auto de Genève, un des événements majeurs de l'année pour la Cité de Calvin, a un retentissement médiatique inévitable. C'est peut-être le premier coup de boutoir porté à une opinion publique helvétique maintenue dans l'apathie.

Il devient plus difficile pour une partie de la population de continuer à ne pas y croire.

Pourquoi mille personnes, pourquoi maintenant? La décision vise à maintenir autant que possible la traçabilité de la maladie - la chaîne d'infection. Comprendre comment X a infecté Y qui a infecté Z à son tour, afin de pouvoir placer sous quarantaine les gens qui les côtoient. Tous les pays ont tenté de faire plus ou moins la même chose, mais il arrive un moment où la propagation par des malades asymptomatiques rend l'exercice impossible.

Évidemment, le seuil lui-même suffit à faire jaser. Mille personnes c'est trop dangereux, mais 900 c'est ok? On arrive à tracer tout le monde? La France prend quelques jours plus tard une décision identique, mais avec un seuil de 5'000 personnes. À Paris, retrouver les chaînes d'infection parmi 4'900 personnes, on gère.

Sur la base de ce qui se passe en France, en Allemagne et en Italie, la décision du Conseil Fédéral nous fera au mieux gagner quelques semaines avant que la situation ne devienne incontrôlable ici aussi...

Toujours trop peu, toujours trop tard

Les gouvernements ne sont pas là pour résoudre les problèmes, mais donner l'impression qu'ils s'y attellent. Donner des gages à l'opinion publique. Lorsque les mesures prises sont inefficaces, on peut toujours maquiller les résultats ou faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre.

Les prochains jours seront très particuliers en Suisse, surtout en comparaison des mois à venir. Comme d'habitude, il suffit de regarder ce qui se passe pour des pays plus en avance le long du chemin de la pandémie pour savoir ce qui nous attend.

Les masques vont fleurir dans l'espace public - pour ceux qui ont réussi à en avoir. Les écoles vont fermer. Des éclosions de Coronavirus vont survenir ici ou là, sans qu'on sache trop comment elles sont survenues. On n'entend plus parler du remède-miracle de la Quinine. Il n'est même pas certain que les politiciens suisses osent décréter des zones de quarantaine. Le pays va donc devenir un foyer d'infection à ciel ouvert, surchargeant les capacités de traitement du secteur de santé. Et quelques semaines plus tard, des gens commenceront à mourir en nombre.

Beaucoup de gens aujourd'hui encore doute de la létalité du coronavirus. "Tout ça n'est qu'une exagération sur une forme de grippe", ai-je entendu. Leur position est compréhensible, au vu des taux de mortalité systématiquement erronés présentés par les médias. Mais il est possible de trouver des données correctes sur le Coronavirus, dont une létalité réelle en comparant le taux des patients guéris et des patients décédés:

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Taux de mortalité du coronavirus (information Worldometers.info)

Le taux de mortalité baisse au cours du temps, alors que les systèmes de santé apprennent à mieux connaître la maladie et les meilleurs moyens de la combattre, mais même aujourd'hui, il reste au moins vingt fois plus mortel que la grippe. Il y a d'ailleurs à craindre que la courbe ne remonte si nous arrivons en Europe à des situations "à la Wuhan" où le nombre de patients est tel que beaucoup sont laissés livrés à eux-mêmes.

Personne, dans un pays comme la Chine, n'aurait pris des mesures aussi extrêmes et aussi dommageables pour l'économie locale pour une simple variante de la grippe.