29 juin 2020

La chloroquine, ce remède dont personne ne veut

Il m'est difficile de revenir sur la chloroquine, puisque j'avais déjà abordé le sujet dès le 25 février. J'écrivais alors:

Selon les chercheurs chinois, un traitement de 500 mg de chloroquine par jour pendant dix jours serait suffisant pour obtenir une amélioration importante de la santé des patients.

S'il est encore un peu tôt pour crier victoire, nous détenons enfin une piste sérieuse, prometteuse et peu coûteuse. Et même si elle est imparfaite, elle permettra encore de gagner du temps pour trouver d'autres médicaments encore plus efficaces, et peut-être un vaccin à terme.


Que d'eau a coulé sous les ponts depuis!

Dans les médias, la présentation de la chloroquine a sans cesse hésité entre l'espoir d'un remède miracle et la qualification de poison violent. En France, par exemple, l'armée a commencé par faire des réserves de chloroquine "par précaution", jusqu'à ce que le gouvernement décide de l'interdire pour le traitement de la Covid-19.

Mais il n'y a pas de meilleure illustration de cette oscillation que la gouverneure démocrate du Michigan qui menaça de poursuites les médecins qui prescrivaient de l'hydroxychloroquine contre la maladie, et qui supplia les fédéraux, quatre jours plus tard, de lui en accorder alors qu'elle était infectée à son tour.

Aux États-Unis, plus de 6'000 docteurs ont estimé que l'hydroxychloroquine était le meilleur traitement disponible pour lutter contre le coronavirus.

La semaine dernière, l'audition du Professeur Raoult, grand défenseur de la chloroquine en France, fut l'occasion pour une grande partie du public de découvrir l'homme et son discours, sans le filtre déformant de médias cherchant sans arrêt à attribuer des rôles plutôt qu'à délivrer l'information. Les spectateurs ne furent pas déçus, découvrant un médecin humain et passionné, cherchant avant tout l'efficacité des traitements pour soigner les malades.

L'intégralité de son passage devant la Commission d'Enquête Parlementaire est disponible sur YouTube, et le visionnage de cette séance est sans doute préférable à tous les "morceaux choisis" rapportés ici et là par les journalistes.

La chloroquine

Mais commençons par rétablir quelques faits sur la chloroquine, la molécule par qui le scandale arrive.

  • Elle est utilisée depuis plus de 60 ans (1958).
  • Elle est utilisée par plus de 100 millions de personnes.
  • Elle est utilisée en toute sécurité, pendant des années, par des patients atteints de Lupus.
  • Le CDC américain l'a déclarée sûre même pour les femmes enceintes.
  • Elle est dangereuse à doses excessives... Comme la plupart des médicaments, voire la plupart des substances ingérables.

Il ne faudrait pas utiliser la chloroquine parce qu'elle ne serait pas efficace à 100%? Mais même le vaccin contre la grippe n'a qu'une efficacité moyenne d'environ 30 à 70%. Presque rien n'a une efficacité à 100%.

Depuis le début de l'épidémie, agissant comme le scientifique qu'il est, le Pr Raoult a essayé d'appliquer les médicaments qu'il connaissait le mieux pour venir en aide aux malades de la région marseillaise. Les résultats de son institut sont disponibles en ligne.

Le plus gros problème des adversaires du Pr Raoult, c'est qu'il a des résultats. On a beau torturer des chiffres autant qu'on veut, à Paris, la mortalité du coronavirus est pire qu'à Wuhan, alors qu'elle est bien moindre à Marseille.

Un zeste de complotisme

La chloroquine, ou l'hydroxychloroquine, son dérivé mieux supporté, ont affronté un tir de barrage politico-médiatique à peu près simultané à leur apparition contre le coronavirus. Depuis les études se succèdent et se ressemblent: les molécules sont au mieux inefficaces, voire toxiques, et seraient de toute façon à proscrire.

La "science" a parlé, clament d'emblée les journalistes pour éteindre tout débat. Mais au-delà des effets de manchette, il suffit de creuser, et pas longtemps, pour voir que les études sur - ou plutôt contre - la chloroquine sont toutes faisandées d'une façon ou d'une autre.

Selon des exemples expliqués par le Pr Raoult, et on concèdera tout de même qu'il est expert de cette substance, le timing de la prise du médicament est essentiel pour garantir son efficacité. Prise trop tôt, la chloroquine endort le système immunitaire et l'empêche d'identifier correctement la menace virale ; il ne faut donc pas prendre la molécule à titre préventif (ce que fit tout de même le président Trump pendant quelques semaines). Prise trop tard, elle ne sert plus à rien: le corps du malade est ravagé par la lutte du système immunitaire contre le coronavirus, qui a quasiment disparu ; les problèmes respiratoires et les autres séquelles potentiellement fatales sont là, mais plus la maladie.

Bizarrement, de nombreuses études infligèrent des prises de chloroquine à des patients à peine infectés, voire en bonne santé, ou à contrario sur des mourants sous respirateur. Et dans chacun des cas, les médias crièrent au triomphe (!) lorsque l'inefficacité de la chloroquine fut "démontrée".

Il y eut bien d'autres exemples, comme une étude où la substance opposée à la chloroquine n'était pas un placebo, mais un autre remède efficace, la vitamine C - l'étude concluant que la chloroquine ne soignait pas "significativement mieux" que le placebo-qui-n'en-était-pas-un. L'étude en question était financée par la Fondation Gates.

Récemment, l'hallali a été sonné par les journalistes lorsqu'une étude statistique à grande échelle publiée dans The Lancet a "démontré" l'inefficacité du médicament. Comme d'habitude, les guillemets sont de rigueur: après le début en fanfare, les biais statistiques, la qualité douteuse des analyses et le refus de partager les données brutes sur des prétextes fallacieux amenèrent la publication à être retirée. La seule chose que le grand public put apprendre de cette débandade, c'est que les porteurs de blouse blanche ne sont pas tous des scientifiques intègres. Cela inclut le comité de rédaction de la revue scientifique The Lancet.

Depuis, les révélations se suivent et se ressemblent: on apprend par exemple par Dreuz.info que tous les professeurs payés par le laboratoire américain Gilead sont contre la chloroquine et le traitement proposé par le Pr Raoult. Il y a toute une pseudo-science à l'assaut de la chloroquine, incluant notamment l'Organisation Mondiale de la Santé et, bien entendu, les laboratoires pharmaceutiques.

Bêtise à l'état pur

Des gens meurent du coronavirus. Malgré les postures rassurantes tenues par les gouvernements incompétents de nos pays (et malgré le grand public qui semble les porter aux nues), à l'échelle mondiale, la la maladie ne montre aucun signe de ralentissement. En cette fin juin, nous en sommes à 10 millions de personnes infectées.

Comme tout un chacun, j'ai suivi jusque sur ce blog la progression de la pandémie. J'ai été pris d'un espoir lorsque j'ai vu qu'un traitement pouvait exister. Et j'ai ensuite vu qu'on reprochait au Pr Raoult - désormais taxé de "sulfureux", pour la peine - de ne pas croire au réchauffement climatique, voire d'être de droite... La bêtise à l'état pur. Mais l'enterrement de la chloroquine a été garanti à partir du jour où Donald Trump s'en est fait le défenseur. Dans le mécanisme binaire qui tient lieu de cerveau à la plupart des rédactions des médias, pareilles déclarations ne pouvaient laisser que présager le pire. Le fond du ridicule a été atteint.

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"Un gauchiste américain soigné à l'hydroxychloroquine espère toujours mourir de la Covid-19 pour prouver que Trump est stupide" - article du site parodique Babylon Bee illustrant l'impasse démocrate...

Pourquoi cette haine générale contre la chloroquine? La réponse est évidente: parce qu'elle ne coûte rien. Son brevet est tombé dans le domaine public depuis longtemps. Produire un comprimé revient à quelques centimes.

Passée la première phase de la pandémie, jusqu'à aujourd'hui où elle semble devenue "gérable", des milliers de chercheurs, de journalistes, de politiciens, de lobbyistes et de prétendus philanthropes travaillent d'arrache-pied à décrédibiliser la chloroquine, un remède efficace. Ils préparent le terrain au traitement peut-être plus efficace, mais vendu infiniment plus cher, qui sortira un jour d'un laboratoire.

Aucun corps de métier n'a plus échoué que les médias lors de l'épidémie de Coronavirus - et cela inclut les pouvoirs publics. Il suffit de voir les titres du début d'année pour le comprendre. Mais le plus étrange est de voir tout ces gens, principalement à gauche, pris d'une joie sauvage lors de la moindre nouvelle qui pourrait mettre en doute l'efficacité de la molécule. Il suffit de lire les commentaires des articles, les éditoriaux, les qualificatifs venimeux employés par les journalistes... Leur haine semble sans limite.

C'est comme si ces gens se réjouissaient que l'Humanité ne dispose pas d'un remède contre la Covid-19.

La chloroquine semble être un remède efficace, peu coûteux, facile à produire et accessible au plus grand nombre, en particulier pour les populations des pays pauvres. Et ceux qui prétendent s'inquiéter le plus de ces gens-là prennent l'existence de ce médicament comme une mauvaise nouvelle? À l'épreuve des faits, leur humanisme est impossible à distinguer de la pure hypocrisie. Il n'y a pas plus vendu aux intérêts particuliers que ceux qui brandissent comme un étendard leur prétendu engagement pour le bien commun.

La chloroquine semble pour l'instant un des meilleurs traitements dont nous disposons contre le coronavirus. Et donc personne n'en veut, sauf les malades.

07 mai 2020

D'où vient le Coronavirus ?

D'où vient le virus responsable de la maladie du Covid-19, le coronavirus SARS-CoV-2 selon sa dénomination officielle?

Avec une pandémie mondiale, plus de 3,5 millions de victimes infectées et 250'000 morts en ce mois de mai, et des dégâts économiques chiffrés en milliers de milliards de dollars, on pourrait penser que la question a quelque importance. Mais non. Les médias "d'investigation" sont étonnamment peu curieux.

C'est d'autant plus étrange que ces derniers jours ont donné lieu à des progrès fulgurants sur cet aspect du dossier. Mentionnons donc ici les quelques informations dont nous disposons et dont les médias de masse parleront peu, ou mal.

Il y a deux mois et demi, même le Global Times, la Pravda du régime communiste chinois, avouait que le virus ne provenait pas du marché exotique de Wuhan - ce qui n'a pas empêché les médias des pays dits "libres" de continuer à propager cette fable.

À la même date, le New York Post - un respectable quotidien américain publié depuis deux siècles - avait accusé le virus de provenir d'un laboratoire chinois.

Depuis, tous les regards des rares personnes que cela intéresse se tournent vers le fameux laboratoire P4 (pour Pathogènes de classe 4) de Wuhan, situé à moins d'un kilomètre du fameux marché exotique de la ville...

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Le laboratoire P4 de Wuhan (image Yahoo! News)

Pour un aperçu du site et de l'affaire en cours, BFMTV donne un résumé intéressant:

Selon le quotidien Washington Post, l'ambassade des États-Unis à Pékin, après plusieurs visites à l'institut, a alerté en 2018 les autorités américaines sur des mesures de sécurité apparemment insuffisantes dans un laboratoire qui étudiait les coronavirus issus de chauves-souris.

La chaîne américaine Fox News, citant "plusieurs sources" anonymes, a incriminé le laboratoire P4 (pour pathogène de classe 4) du site, sans donner de preuves précises. Il s'agit d'une installation de très haute sécurité, qui héberge les souches les plus dangereuses des virus connus, comme Ebola.

Ce lieu ultrasensible a été réalisé avec la collaboration de la France, même si la coopération franco-chinoise a été un échec. Les laboratoires P4 Jean Mérieux-Inserm de Lyon Bron et celui de Wuhan devait collaborer. "On peut dire sans dévoiler un secret d'État que depuis 2016, il n'y a pas eu de réunion du comité franco-chinois sur les maladies infectieuses", a déclaré Alain Mérieux, qui était membre du comité de pilotage, à la cellule investigation de Radio France. 

Le laboratoire permet de mener des recherches de pointe. Ambition: réagir plus rapidement à l'apparition de maladies infectieuses. Bien que la presse américaine évoque à chaque fois le P4, les germes moins pathogènes comme les coronavirus sont en théorie plutôt étudiés dans les P3, un type de laboratoire dont dispose également l'institut.

D'un coût d'environ 40 millions d'euros, le laboratoire a été financé par la Chine. Les chercheurs y travaillent en confinement absolu. Il existe moins d'une trentaine de P4 dans le monde, dont la moitié aux Etats-Unis. L'Institut de virologie de Wuhan possède par ailleurs la plus grande collection de souches de virus en Asie, avec 1'500 spécimens différents, selon son site internet.

Interrogé, l'institut a refusé de répondre aux questions de l'AFP. Le chercheur français qui y travaille n'a pas voulu non plus s'exprimer, invoquant son "devoir de réserve". Nous ne sommes donc pas en mesure de confirmer formellement que des coronavirus ont bien été étudiés avant l'épidémie dans ces laboratoires.


On notera les tournures de styles venimeuses propres au journalisme à la française, parlant de mesures de sécurité "apparemment" insuffisantes - l'éventualité qu'un virus mortel s'échappe n'est peut-être pas un motif suffisant de remise en question? - ou la vilaine chaîne américaine Fox News "citant des sources anonymes" et "ne donnant pas de preuves précises", avec le gros sous-entendu que tout ceci n'est que pire calomnie... Pas le genre de choses auxquelles un journaliste français oserait s'abaisser! Il n'y a même pas le lien vers l'article incriminé, afin d'éviter qu'un Internaute curieux aille vérifier de lui-même. Le voici donc.

BFMTV passe comme chat sur braise sur le fait que le laboratoire de Wuhan a été financé par la Chine et construit par la France dans le cadre d'une collaboration internationale avec la bénédiction de l'OMS tenue par les Chinois. Son "accréditation niveau P4" est inaugurée en février 2017 par le Premier ministre français de l'époque Bernard Cazeneuve, accompagné de la ministre française des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine, ainsi que d'Yves Lévy, président de l’INSERM, et accessoirement conjoint d'Agnès Buzyn, proche d'Emmanuel Macron et candidate LREM pour la Ville de Paris... La même qui expliquait dès janvier au Président la gravité de l'épidémie à venir, à une date où tout pouvait encore être sauvé! L'amère découverte de ce timing a fort logiquement donné naissance au hashtag #ilsSavaient.

La page Wikipédia française de l'Institut de virologie de Wuhan n'ayant pas encore été "rectifiée", elle contient encore de nombreuses informations intéressantes. Il n'est même pas certain d'ailleurs que l'attention portée au secteur P4 de l'Institut de Virologie de Wuhan soit appropriée. Le travail sur les Coronavirus a pu être mené en zone P3, moins sécurisée.

Mais revenons aux vilaines accusations parues dans les médias anglo-saxons.

Quinze pages accablantes

Les services de renseignement de l'Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis collaborent dans le cadre du traité UKUSA et leur alliance est parfois appelée les "Cinq Yeux". Enquêtant sur la source de l'épidémie depuis qu'elle s'est révélée au monde, ils ont rassemblé leurs découvertes dans un document de quinze pages... Qui a forcément fuité dans la presse.

Le Daily Telegraph australien s'en fait l'écho. Si l'entier du document n'est pas encore disponible, il contient nombre d'éléments accablants. Comme une sorte de fil rouge dans le rapport, les auteurs soulignent que la négligence et les mensonges de la Chine ont entraîné la "mise en danger de pays tiers", alors que le Parti Communiste Chinois (PCC) faisait taire ou "disparaître" les médecins qui rompaient le silence:

Les médecins qui ont courageusement parlé du nouveau virus ont été arrêtés et condamnés. Leurs détentions ont été relayées par les médias de l'État chinois avec un appel de la police de Wuhan afin que "tous les citoyens ne fabriquent pas de rumeurs, ne répandent pas de rumeurs, ne croient pas aux rumeurs."

Un tweet du Global Times du 2 janvier déclare: "La police de Wuhan, en Chine centrale, a arrêté 8 personnes répandant des rumeurs sur une épidémie locale de #pneumonie non identifiable. Des articles en ligne précédents disaient que c'était le SRAS. Cela a eu pour effet de faire taire les autres médecins qui pourraient être enclins à s'exprimer."


De plus, des preuves ont été détruites, et la Chine a refusé de fournir des échantillons vivants à des scientifiques internationaux travaillant sur un vaccin.

Le document obtenu par [le quotidien] parle de "suppression et destruction de preuves" et pointe "des échantillons de virus commandés détruits dans les laboratoires de génomique, les cages pour faune animale passées à la javel, le refus de partager au public la séquence du génome, la fermeture du laboratoire de Shanghai pour" rectification", des articles universitaires soumis à un examen préalable par le Ministère des sciences et de la technologie, et les données sur les "porteurs silencieux" asymptomatiques gardées secrètes".


Le dossier pointe du doigt les mensonges continuels de la Chine à propos du virus, notant que les preuves de transmission d'humain à humain existent depuis le début décembre, mais que "les autorités nient cette éventualité jusqu'au 20 janvier", appuyée en cela par l'OMS prenant une posture identique. Pourtant, des officiels de Taïwan soupçonnent cette transmission dès le 31 décembre, et des experts de Hong-Kong le 4 janvier.

Le 23 janvier, alors qu'ils fuient la capitale régionale contaminée, la Chine piège des millions de personne dans la ville. Pendant tout le mois de février, Pékin lance une offensive diplomatique auprès des États-Unis, de l'Inde, de l'Australie, de ses voisins du Sud-Est asiatique et d'autres pays afin qu'ils renoncent à se protéger à travers des restrictions de voyage, alors même que la Chine impose les restrictions de déplacement les plus sévères entre ses propres régions. La Chine bloque ses ressortissants tout en faisant tout pour qu'ils puissent circuler librement à l'étranger. De décembre à février, pas moins de 500'000 Chinois se seront ainsi rendus aux États-Unis.

Un virus naturel ou artificiel?

Bien que le dossier divulgué ne tranche pas sur la question de l'origine naturelle ou artificielle du Covid-19, il mentionne une étude de l'Université de technologie de Chine méridionale datée du 6 février suggérant que "le coronavirus tueur est probablement né d'un laboratoire à Wuhan."

Si le document d'étude a finalement été retiré, officiellement parce que son auteur principal a déclaré être en manque de preuves directes, le savant Yanzhong Huang précise le 5 mars que "nul scientifique n'a confirmé ni réfuté les conclusions de l'article."

Le 16 mars, même le professeur Luc Montagner, prix Nobel déclara que le virus a été fabriqué par l'homme au labo de Wuhan dans l'espoir de trouver un vaccin au virus du SIDA, et qu'il en serait sorti à la suite d'un accident. Les médias tirèrent sur le messager. Mais il n'est pas le seul témoin...

Le consensus actuel - et la position officieuse de nombreux États - est que le virus n'a pas été conçu artificiellement, mais s'est échappé soit de l'Institut de virologie de Wuhan, soit du CDC chinois, qui est situé à moins d'un kilomètre du marché de Wuhan à partir duquel une grappe de premiers cas est apparue. Pour l'heure, on ne sait pas si l'épidémie a commencé par contact avec des animaux infectés ou si elle était le résultat d'un accident dans un laboratoire.

Toutefois, le dossier du renseignement met en évidence les recherches menées par les scientifiques Shi Zhengli et son protégé Peng Zhou, dont les travaux sur le coronavirus de chauve-souris, et qui modifiaient le coronavirus de chauve-souris pour tester sa transmissibilité à d'autres espèces...

Une étude réalisée en novembre 2015 par Zhengli et son équipe, en collaboration avec l'Université de Caroline du Nord, conclut que le coronavirus de type SRAS pouvait passer directement des chauves-souris aux humains, et qu'il n'y a actuellement aucun remède ni traitement.

Le dossier mentionne au sujet de cette étude: "Pour examiner le potentiel d’émergence (c'est-à-dire le potentiel d'infection des humains) des CoV de chauves-souris en circulation, nous avons construit un virus chimérique codant pour une nouvelle protéine de pointe du CoV zoonotique - à partir de la séquence RsSHCO14-CoV qui a été isolé des chauves-souris rhinolophes chinoises - dans le contexte de la charpente du SRAS-CoV adaptée à la souris."

"Ce virus est hautement pathogène et les traitements développés contre le virus du SRAS d'origine en 2002 et les médicaments ZMapp utilisés pour lutter contre le virus Ebola ne parviennent pas à neutraliser et à contrôler ce virus particulier", a déclaré le professeur Ralph Baric de l'Université de Caroline du Nord, co-auteur du document de 2015.

Quelques années plus tard, en mars 2019, le Dr Shi et son équipe, dont Peng Zhou, qui a travaillé en Australie pendant cinq ans, publient une étude intitulée Bat Coronaviruses in China dans la revue médicale Viruses, où ils écrivent qu'ils "visaient à prédire les points chauds des virus et leur potentiel de transmission inter-espèces", décrivant cela comme une "urgence à étudier les coronavirus de chauves-souris en Chine pour comprendre leur potentiel à provoquer une autre épidémie." Leur étude conclut: "Il est très probable que les futures épidémies de SRAS ou de MERS comme les coronavirus proviendront de chauves-souris, et il y a une probabilité accrue que cela se produise en Chine."


Tant Shi et Zhou passèrent trois ans au Laboratoire de Santé Animale d'Australie, géré par l'agence nationale scientifique CSIRO. Entre 2011 et 2014, Zhou organisa la capture et le transport de chauve-souris sauvages depuis la région du Queensland jusqu'au laboratoire en Victoria, où les animaux furent euthanasiés, disséqués et étudiés dans le but d'y dénicher des virus mortels.

Est-il à ce point impensable que des chercheurs manipulant des virus soient à l'origine du Coronavirus? Chacun croira ce qu'il veut ; mais à ce stade, même si elle est entièrement responsable de la pandémie, il paraît certain que la Chine ne plaidera pas coupable.

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Le Daily Telegraph australien rappelle enfin le cas de Huang Yan Ling, une chercheuse de l'Institut de Virologie de Wuhan dont on pense qu'elle serait le "patient zéro", ayant été la première diagnostiquée avec la maladie.

Puis vinrent les nouvelles de sa disparition, et la biographie et sa photo effacées du site web de l'Institut de Virologie de Wuhan.

Le 16 février, l'Institut nia qu'elle fut le patient zéro et qu'elle était vivante et en bonne santé, mais il n'y a plus eu la moindre nouvelle de son existence depuis, suscitant de nombreuses spéculations.


Le 9 novembre 2015, l'Institut de Virologie de Wuhan publiait une étude révélant la création artificielle d'un virus en laboratoire à partir du SARS-CoV. Était-ce un galop d'essai?

02 avril 2020

Coronavirus: Trajectoire de Crise

Le monde a de la chance: chaque pays a l'insigne honneur d'être mené par des dirigeants plus compétents, intelligents et avisés que dans les pays voisins.

En conséquence de quoi, et tous les médias locaux vous le diront, les mesures prises localement sont d'une sagesse évidente. Elle sont plus astucieuses, efficaces et réfléchies que nulle part ailleurs, évidemment.

Et si on vérifiait?

Je vous présente ci-dessous une infographie remarquable, permettant de comparer simplement les pays depuis leur 100e cas de Covid-19. Vous l'aurez reconnu, il s'inspire largement du graphique du Financial Times évoqué ici-même le 17 mars, mais mis à jour et bien plus détaillé.

On peut constater visuellement le rythme de progression jour après jour des cas de Coronavirus officiels (étant entendu que le nombre de cas réels est sans doute encore plus grand, selon la politique locale en matière de test). N'hésitez pas à utiliser le filtre par pays pour plus de lisibilité dans les comparaisons.

Des lignes pointillées montrent la vitesse de progression de la maladie: doublement tous les jours, deux jours, trois jours, cinq jours et dix jours.

Visiblement, certains pays tirent leur épingle du jeu après plus d'un mois de pandémie: Japon, Singapour et Corée du Sud. On pourrait citer aussi la Chine mais il y a fort à craindre qu'au paradis communiste la vérité soit la première victime. Après une catastrophique perte de temps, l'Europe occidentale tente péniblement d'infléchir la courbe.

Peut-être devrions-nous tirer davantage d'enseignement des pays qui réussissent, au lieu de laisser des bureaucrates inventer dans leur coin des solutions qui ne marchent pas?

13 mars 2020

Coronavirus: Pourquoi une pandémie seulement maintenant?

D'après le news ticker du Matin, l'Organisation Mondiale de la Santé définit l'épidémie mondiale de Coronavirus comme une "pandémie" depuis le 11 mars. Sans doute de quoi justifier que l'Allemagne vole des masques de protection achetés par la Suisse.

Le Covid-19 est désormais une pandémie

Le Covid-19 est désormais une pandémie, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Son directeur général Tedros Adhananom Ghebreyesus a annoncé mercredi à Genève ce nouveau statut.

Cette situation «ne change pas» la réponse que l'organisation apporte, a-t-il déclaré devant la presse, déplorant «une telle attention sur un mot» depuis des semaines. Et d'appeler au calme. «Chaque branche et chaque citoyen doit être actif», affirmé le directeur général.

M. Tedros s'est dit alarmé par l'augmentation du nombre de cas et du nombre de pays affectés. Mais aussi par celui de l'«inaction». Depuis deux semaines, le nombre de cas en dehors de la Chine a été multiplié par treize et celui de pays affectés par trois.


L'alarme du nombre de cas, du nombre de pays affectés, du nombre de décès, de l'inaction (?)... Pourquoi pas.

D'après le Larousse, une pandémie est une "épidémie étendue à toute la population d'un continent, voire au monde entier." La définition de l'OMS est évidemment plus compliquée. Dans le langage courant, on retiendra qu'une pandémie, pour être qualifiée comme telle, doit correspondre à une transmission interhumaine avérée dans plusieurs pays, infectant un grand nombre d'individus, et dépassant les capacités de traitement des systèmes médicaux locaux.

On comprendra donc que l'épidémie de Covid-19, selon son nom officiel, correspond depuis des mois à une pandémie. Alors pourquoi ne pas la qualifier ainsi? Sur le site TopSanté, un journaliste fait des efforts méritoires pour défendre le refus de l'OMS de qualifier de pandémie l'épidémie mondiale de Coronavirus:

Selon l'OMS, le Covid-19 ne répond pas totalement à la définition de pandémie. "Pour l'heure, nous n'assistons pas à la propagation mondiale ‎incontrôlée de ce virus, et nous n'assistons pas au développement à ‎grande échelle des formes sévères de la maladie ou du nombre de ‎morts‎", avance Tedros Adhanom Ghebreyesus (Directeur général de l'OMS) à l'occasion d'une allocution à l'OMS le 24 février. [Ce jour-là, il y avait 2'699 mort...] (...)

Le terme pandémie fait peur. Selon [le Directeur général de l'OMS], "utiliser le mot pandémie ne correspond pas aux faits à l'heure actuelle, mais cela pourrait certainement causer des peurs. Ce n'est pas le moment de se focaliser sur le mot qu'on utilise : cela n'évitera aucune infection ni ne sauvera aucune vie".


Certes, utiliser les bons mots ne sauvera pas des vies ; mais cela fera changer de mains de vastes sommes d'argent. Car tout ceci n'est qu'une histoire de gros sous...

Financer les crises sanitaires

Que ce soit le SRAS, l'Ebola ou le MERS-CoV pour n'en citer que quelques-unes, l'OMS s'est souvent retrouvée dans une situation compliquée lorsqu'une crise épidémique survenait dans des pays pauvres.

L'OMS est chargée d'assister financièrement les pays touchés par de nouvelles maladies, et tente toujours de trouver des financements. Cette aide, nécessairement d'urgence, peut souvent être assumée localement lorsque la crise éclate dans un pays riche. Il suffira alors de rembourser à posteriori les frais engagés. Mais lorsque le ou les pays touchés sont des pays pauvres, l'opération est plus compliquée, puisqu'il faut alors avancer directement l'argent au moment de la crise. Les pays alentours sont peut-être tout aussi pauvres, et les pays riches à des milliers de kilomètres de là ne se sentent pas forcément concernés, ou tout au moins pas autant que si l'affaire avait lieu sous leurs fenêtres.

C'est pour résoudre cette situation problématique que des experts financiers de la Banque Mondiale ont mis au point un outil particulier, le Fonds Obligataire de Pandémie, encore appelé Outil de financement d'urgence pandémique ou encore PEF. On peut en trouver une explication sur Wikipédia.

Voilà comment cela fonctionne: le produit financier est créé avec une durée de vie, par exemple trois ans, et un rendement garanti, par exemple, 6.9% annuels au-dessus du taux interbancaire de base, le fameux LIBOR. Disons-le franchement, c'est un très joli taux.

Les investisseurs peuvent y souscrire librement. S'ils placent un million de dollar dans le pot, ils toucheront au moins 69'000 dollars annuels garantis, et au bout des trois ans, récupèreront leur mise.

Tout cela a l'air d'un moyen simple de se faire facilement de l'argent sans danger (les intérêts sont payés par la Bundesbank et la Bank of Japan, deux institutions qu'on n'imagine pas disparaître après-demain) mais il y a forcément un piège. Si une pandémie se déclare pendant la durée de vie du fonds, l'argent investi sera utilisé pour lutter contre la pandémie, et les investisseurs ne retrouveront jamais leur capital.

Et c'est exactement ce qui vient de se passer.

Les pandémies, ces catastrophes qui n'arrivent jamais

Le monde financier adore niveler les risques pour créer une gamme de produits. Par exemple, lors de la crise des subprimes, les hypothèques étaient regroupées dans des "tranches" d'instruments financiers ad-hoc notés de AAA à BBB ou moins selon la solvabilité des emprunteurs et leur risque de défaut. On appelle cette technique la titrisation.

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Dans le cas qui nous concerne, la Banque Mondiale conçut en 2017 deux obligations à destination de l'OMS pour plusieurs centaines de millions de dollars et une durée de trois ans, arrivant à maturité en juillet 2020.

La première obligation, de classe "A" car la moins susceptible de se déclencher, avait un rendement annuel de 6.9%. L'obligation se déclenchait si une pandémie était identifiée avec plus de 2'500 morts dans un pays donné et plus de 20 dans un autre, énonce le prospectus de l'instrument financier. 225 millions de dollars furent récoltés par ce biais.

Une seconde obligation, de classe "B" car plus risquée, avait un rendement annuel de 11.5%, mais des conditions de déclenchement plus facilement atteintes, d'où la prime de risque plus importante. L'obligation rassembla une souscription de 95 millions de dollars.

La Banque Mondiale dispose d'une souscription de 425 millions de dollars avec ces diverses obligations "médicales" non cotées. Pendant deux ans, des investisseurs privés purent bénéficier d'un excellent rendement alors que le monde était calme. Puis survint l'épidémie de Coronavirus à Wuhan.

Voilà pourquoi l'OMS a mis tant de temps à annoncer que la pandémie de Covid-19 en était bien une: pour ne pas faire perdre leur argent à de puissants groupes financiers. Pour que cela fonctionne, il aurait fallu tenir jusqu'au mois de juillet et l'expiration des obligations, une perspective de moins en moins tenable alors que la pandémie frappe furieusement le monde entier.

En février, l'OMS pouvait y croire encore: après tout, le virus n'avait fait "que" 2'700 morts en Chine et pas encore 20 victimes dans d'autres pays. Mais l'OMS n'a pas le privilège de décréter seule que les conditions de déclenchement de l'obligation sont réunies. Cette décision est déléguée à une société privée de Boston, AIR Worldwide Corporation, spécialisée dans la modélisation des catastrophes.

Nous avons tous pu le voir de nos propres yeux, les dirigeants de l'OMS se sont battus non pas pour déclarer la pandémie, mais pour ne pas le faire - afin de préserver les intérêts des investisseurs. Tant pis si l'argent manquait sur le terrain. Cet épisode est à garder en tête la prochaine fois que quelqu'un vient vous expliquer qu'une institution internationale est le seul organisme préservé de tout conflit d'intérêt et à même de gérer une crise mondiale.

Comme tous les instruments financiers de ce type, les PEF sont bien plus prévus pour le monde financier que pour les populations que les obligations sont censées aider. Les conditions de déclenchement (nombre de victimes, diffusion) sont conçues pour être difficiles à atteindre. Pendant l'épidémie d'Ebola du Kivu, qui fit plus de 2'000 morts, les obligations de l'OMS ne délivrèrent des fonds qu'au treizième mois de la crise, et pour un montant de seulement 31 millions de dollars. De l'argent en faible quantité et arrivant bien trop tard sur le théâtre des opérations.

Les PEF seront forcément revus à l'issue de la pandémie de Coronavirus. Le chef économiste de la Banque Mondiale Lawrence Summers les qualifie de "faute embarrassante". Les arguties sur l'utilisation du terme ont malheureusement contribué entre-temps à atténuer la perception de la gravité de la crise par le grand public.

En attendant, qui aurait cru que l'utilisation du terme de pandémie dépende finalement d'intérêts financiers liés à l'OMS? La définition du Larousse est à revoir.

10 mars 2020

Coronavirus: la Suisse capitule

"La Suisse capitule." C'est sans doute le sentiment qu'ont ressenti beaucoup des spectateurs avec un organe fonctionnel entre les deux oreilles en découvrant la nouvelle stratégie du Conseil fédéral pour lutter contre la pandémie de Coronavirus en Suisse.

Changement de cap

Une dépêche publiée dans Le Matin de lundi annonce la couleur:

"Retrouver et avertir toutes les personnes ayant été en contact plus de 15 minutes à moins de deux mètres d'un cas avéré demanderait des efforts disproportionnés", a indiqué Virginie Masserey, cheffe de la section Contrôle de l'infection de l'OFSP à Keystone-ATS. (...)

"Une telle mesure aboutirait en outre rapidement à la mise en quarantaine d'une grande partie de la population."


Le contrôle des chaînes d'infection était la stratégie de base de l'Office Fédéral de la Santé Publique jusqu'ici, et la raison pour laquelle les regroupements de plus de mille personnes étaient désormais interdits. Mais sans contrôle des déplacements, impensable pour des raisons idéologiques, les chaînes de transmission sont devenues si vastes qu'elles en sont devenues incontrôlables. Il n'est pas difficile d'imaginer pourquoi: voyage dans un transport en commun, salle d'attente, file à un guichet, repas dans une salle de restaurant... Quelques jours ordinaires d'un porteur de Coronavirus tout aussi ordinaire lui font côtoyer tellement de gens qu'il est impossible de retrouver tout le monde.

15 minutes à moins de deux mètres d'un cas avéré, c'est le tarif habituel pour risquer de contracter la maladie à son tour.

En affirmant qu'une grande partie de la population devrait être mise en quarantaine si les règles étaient appliquées, la cheffe de la section Contrôle de l'infection de l'OFSP ne fait rien d'autre qu'avouer qu'une grande partie de la population helvétique a été en contact avec le virus ces derniers jours.

Impensable de tenir au public un tel langage de vérité. Trop effrayant. On trouve donc des tournures de phrase. De la même façon, personne n'établit le constat d'échec de la stratégie de contrôle des chaînes de transmission. On parlera pudiquement de "nouvelle stratégie" qui remplace l'ancienne, sur laquelle on ne s'étendra pas davantage...

Comment la Suisse entend lutter contre la pandémie

Énumérons les nouvelles règles:

  • Les personnes infectées devront rester en isolement dix jours au minimum, c'est à dire moins que la durée de la maladie qui va jusqu'à quatorze jours ; ce qui revient à dire que "l'isolement" préconisé n'empêchera pas les personnes infectées de contaminer autrui.
  • Seuls leurs contacts très proches seront mis en quarantaine pendant au moins cinq jours, ce qui là encore est la garantie que le virus, très contagieux, se propage non seulement au sein d'une famille mais aussi de tous ceux que côtoient cette famille avant que les symptômes ne se déclarent.
  • Seules les personnes particulièrement vulnérables ou devant être hospitalisées et le personnel des établissements médicaux seront testés. Les autres ne seront pas testées. Devant une telle absurdité un mème s'impose:

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"Nous en appelons à l'autoresponsabilité", explique Virginie Masserey. L'autoresponsabilité, dans ce discours, c'est quand l'individu doit gérer seul son diagnostic, son degré de dangerosité pour autrui, le niveau de ses symptômes et la date de son éventuelle guérison. Chacun va devoir être super-auto-responsable, et fin dans son analyse!

Je n'ai aucun problème avec la responsabilité individuelle, puisque c'est la seule chose qui subsiste quand tout le reste a foutu le camp. La responsabilité individuelle est ce qui nous sépare des animaux. Mais je ne peux m'empêcher de penser: si chacun doit gérer l'épidémie de Coronavirus à son niveau à travers la responsabilité individuelle, à quoi servent Virginie Masserey et l'Office Fédéral de la Santé Publique?

L'Italie combat, la Suisse rend les armes

Il était assez remarquable de voir Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'Université de Genève, démolir à demi-mots la nouvelle stratégie en direct sur le plateau du journal télévisé de ce mardi. Je vous invite à découvrir la séquence en entier, qui dure moins de quatre minutes. Lorsqu'on lui demande si le système pourrait être débordé en Suisse, le statisticien évite de se mouiller et s'étend dans une digression sur l'Ebola où les statistiques ont été particulièrement mauvaises, parce que trop catastrophistes... Mais pourquoi l'étaient-elles? Parce qu'elles n'avaient pas tenu compte des moyens de lutte engagés par les Africains pour combattre le fléau. La volonté humaine s'opposant à la progression géométrique d'un virus dans une population.

Le parallèle avec les fausses prédictions d'Ebola est très pertinent. Il permet de distinguer une société où on se bat contre la maladie d'une autre où on la laisse se répandre librement. La divergence entre l'Italie et la Suisse nous permettra très vite de vérifier cette hypothèse.

Lundi, Philippe Eckert, directeur général du CHUV, expliquait sur les ondes de la RTS que "le virus est parmi nous et notre rôle maintenant est de protéger les patients les plus à risques de faire des complications graves." Dans la même séquence, la présentation d'un graphique symbolique permet de comprendre l'erreur colossale des autorités helvétiques:

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(Graphique tiré d'une étude publiée dans The Lancet ; capture de vidéo d'une émission de la RTS.)

L'Italie vient de déclencher une quarantaine à l'échelle du pays - certes imparfaite, mais tentant au maximum de limiter les interactions humaines pour ralentir la progression de la maladie et redonner du souffle à son système de santé. L'entier de la péninsule doit se soumettre à des règles de simple bon sens, éviter tout contact non-indispensable. Toutes les manifestations sportives, par exemple, sont suspendues jusqu'au 3 avril. Tout individu doit être capable de justifier du moindre déplacement.

La Suisse, de son côté, ne propose aucune mesure visant à ralentir la progression de la maladie. Ni fermeture d'école, ni restriction de circulation, ni fermeture de frontière.

Lorsqu'on parle de "foyer" d'épidémie, le parallèle avec l'incendie n'est pas fortuit. L'Italie tente de combattre le coronavirus en l'asphyxiant des relations humaines dont il se nourrit. La Suisse entend surveiller le pouls des brûlés mais refuse de s'attaquer aux flammes.

Tout est donc en place en Suisse pour que la diffusion de la maladie prenne l'allure de la courbe jaune ci-dessus, la progression étant cachée dans un premier temps par la diminution des tests de dépistage. Le nombre de cas grave augmentera en proportion des infectés, jusqu'à saturer les capacités de traitement du système de santé. C'est exactement ce qui s'est passé en Lombardie, et de façon encore plus poussée en Iran. La catastrophe nous guette d'ici deux à trois semaines, pendant lesquelles nous aurons encore perdu un temps précieux.

Les survivants attendront avec impatience la prochaine "nouvelle stratégie", signe que la stratégie actuelle n'est pas la bonne.

La seule qualité rédemptrice de tout ce gâchis est de penser que la plupart des invités de la RTS, les médecins cantonaux et la classe politique qui organise tout cela souffriront sans doute comme les autres de cette pandémie qu'ils contribuent à installer.

Maigre consolation pour les familles de toutes les victimes à venir.

Mise à jour (13 mars): ce vendredi le Conseil fédéral semble enfin prendre la mesure de l'enjeu avec des mesures fortes - fermeture des écoles, des universités, etc. et soutien de l'économie. Il est dommage que le virus ait néanmoins pu circuler à peu près librement depuis une semaine, ce que nous verrons dans la courbe des cas de ces prochains jours. Actuellement, la progression du coronavirus en Suisse est encore plus rapide qu'en Italie.

08 mars 2020

Coronavirus: politique de la crise

Le concert des nations laisse entendre de nombreuses fausses notes. Dans le bel ensemble européen, la volonté de la France de faire main basse sur les stocks de masques de protection jure avec une Commission européenne prônant la solidarité dans la maladie.

Pour une autre cacophonie, il suffit de se tourner vers la Suisse où le Conseil Fédéral et les Cantons proposent les mesures les plus disparates pour lutter contre la pandémie, trahissant ainsi leur improvisation totale. Les résultats sont au rendez-vous: avec 337 cas déclarés au moment où ces mots sont écrits, la Suisse est le pays d'Europe le plus touché après l'Italie en nombre de cas de Coronavirus par habitant. Et si la frontière entre la Lombardie et le Tessin est jamais fermée, ce sera plus à cause de la quarantaine décidée par les autorités italiennes que par les sans-frontiéristes forcenés qui sévissent en Helvétie. Rassurons-nous, la frontière est toujours ouverte.

Les mêmes élus qui affirment la main sur le cœur que la santé publique est primordiale, essentielle, n'hésitent pas à la sacrifier au nom des intérêts des commerces détaxés des zones aéroportuaires, de quelques semaines d'éducation obligatoire, du chiffre d'affaire des cafetiers et restaurateurs... La santé publique est essentielle, mais, finalement, après un peu tout le reste.

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La carte des réjouissances au 8 mars 2020.

Ce n'est pas que les mesures proposées par les autorités soient mauvaises ; mais elles manquent cruellement de profondeur, pratiquement à chaque fois. Comme si aucun décideur n'osait aller au bout du geste. Espérons que ce soit juste de l'incompétence...

Prenons l'interdiction (fédérale) de rassembler plus de 1'000 personnes dans un même lieu: le MAD de Lausanne a simplement contourné le règlement en divisant en deux les zones de sa boîte de nuit, avec entrées séparées. Moralité, malgré l'interdiction tout continue comme avant, les deux flots de night-clubbers se mélangeant allègrement autour de la boîte de nuit.

Prenons le nouveau conseil donné aux personnes âgées d'éviter les transports en commun ou de faire leurs courses aux heures de pointe, et, grosso-modo de limiter leurs interactions sociales. Que valent-elles pour les EMS, dont le personnel nettement plus jeune n'est pas concerné? En France, 70% du personnel de ces établissements n'est même pas vacciné contre la grippe saisonnière. En Suisse, combien de ces aides-soignants se retrouvent le week-end pour une virée au MAD-1 ou au MAD-2?

Certains commentateurs - anonymes, cela va sans dire - étalent dans les médias un cynisme ahurissant en se réjouissant que le Coronavirus a du bon. Il viendrait ainsi "épurer" nos sociétés occidentales de tous ces vieux qui pèsent sur les retraites et ne produisent plus... Mais ce n'est qu'un prétexte. En Suisse, les personnes âgées ont surtout le défaut de voter plus à droite que le reste de la population, et de voter avec plus d'assiduité. Donc c'est évidemment un problème, déjà relevé par nos brillantes élites politiques. Le Coronavirus permettrait de faire d'une pierre deux coups, sans avoir à s'embêter de discutailleries parlementaires. Pourquoi retirer simplement leur droit de vote aux personnes âgées quand on peut retirer les personnes âgées elles-mêmes? Oh, personne n'osera jamais admettre pareille pensée ouvertement, c'est une évidence. Mais des gens mourront. Que voulez-vous, c'est l'épidémie...

Affreux? Certainement. Inimaginable? C'est déjà moins sûr. Le fait même que l'idée revienne souvent dans les commentaires de certains articles montre que l'idée fait son chemin dans l'esprit d'une partie de la population.

"Génial! Une rente AVS de moins et un appartement libéré sur le marché!"
-- Réaction entendue dans un cercle de journalistes hilares à l'annonce du premier décès dû au Coronavirus en Suisse, une vieille dame de 72 ans

Et si on tuait les gens que l'on n'aime pas?

L'utilisation politique d'une maladie n'a rien de nouveau. Je ne parle pas ici de l'inévitable empoignade sur le qui-est-responsable-de-quoi lorsque les malades s'accumulent du fait de l'incompétence de la classe politique, mais bien sur une utilisation tout à fait pratique du virus, pour éliminer physiquement des opposants. Les infecter afin qu'ils tombent malades, et meurent.

Au moyen-âge, lors des sièges des forteresses, une tactique de guerre des assiégeants consistait à envoyer des carcasses moisies d'animaux dans l'enceinte des murailles avec un bon tir de catapulte. L'idée était de rajouter quelques maladies aux afflictions que subissaient déjà les assiégés. Mais c'était une époque de barbarie sans scrupule.

Plus récemment, aux États-Unis, une conseillère communale américaine a lancé l'idée d'infecter au Coronavirus les méga-meetings de Trump. On notera que la politicienne en question est évidemment une supportrice de Bernie Sanders. À défaut de vaincre Trump dans les urnes, une bonne infection au Coronavirus en viendra à bout. L'humanisme de ces gens-là me surprendra toujours.

Il s'agit d'une initiative individuelle, répondra-t-on. Mais en quoi cela met-il qui que ce soit à l'abri? En Suisse, on pourrait très bien imaginer une petite "tournée des EMS" par un membre infecté du mouvement antihumain Extinction Rébellion - et en plus, ce ne serait même pas illégal. "Désolé messieurs-dames, je pensais juste que j'avais un gros rhume..."

Et si on infectait les pays que l'on n'aime pas?

L'utilisation du Coronavirus comme une arme (peut-être d'ailleurs la fonction première pour laquelle il a été inventé, allez savoir) n'est pas seulement le fait de dangereux illuminés disséminés dans la population. Il y a trois jours, un scandale a éclaté au Moyen-Orient lorsque l'Arabie Saoudite a dénoncé la nouvelle politique d'immigration iranienne de ne plus tamponner les passeports des ressortissants saoudiens entrant dans le pays.

Comme-je-suis-étonné que personne n'en ait été informé sous nos latitudes! Mais revenons à notre affaire.

Le pot-aux-roses a été découvert après que cinq Saoudiens ont été détectés comme porteur du virus après être rentrés d'Iran en passant par le Bahreïn et le Koweït, mais sans que leur passeport n'en fasse mention. Évidemment, essayant de rester discret, les individus en question n'ont pas mentionné qu'ils revenaient d'Iran lorsqu'ils sont rentrés au pays. Mais ils se sont mis à table une fois qu'il était avéré qu'ils étaient atteints du Coronavirus.

"Ces actions sont une preuve directe de la responsabilité de l'Iran dans l'augmentation des infections de Coronavirus et dans la progression de la pandémie tout autour du monde", a condamné un responsable saoudien. Certes, certes. Mais si l'Iran tombe dans la maladie, le régime des mollahs a bien l'intention d'emmener un ou deux ennemis avec lui dans sa chute.

Les autorités iraniennes refusent d'ailleurs de donner aux autorités saoudiennes la liste des voyageurs saoudiens qui se sont rendus en Iran depuis le premier février. On se demande pourquoi.

Retour de flamme

Désespéré et jusqu'au-boutiste, le régime iranien est ravagé par le Coronavirus. Il n'a pas été aidé par ses premières mesures "relançant le débat entre science et religion", comme le relate pudiquement Le Nouvel Observateur. Extrait:

Le 26 février, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux iraniens, [l'ayatollah Mohammad Saïdi, chef du mausolée de Fatima Massoumeh à Qom,] a insisté pour que son lieu de culte reste ouvert aux fidèles. "Ce sanctuaire sacré [est] une maison de guérison", a-t-il dit, invitant les pèlerins à s'y rendre "pour guérir de leurs maladies de l'âme et du corps". (...)


Rien de mieux que de se rassembler en prière pour combattre une épidémie. Mais les "adversaires" du régime ne sont pas mieux lotis:

[Dans] une autre vidéo virale, Jaafar Ghafouri, militant d'une branche du chiisme rejetant la République islamique, apparaît en train de lécher la tombe de l'imam Réza à Machhad, en déclarant : "Je mange le virus afin de vous rassurer et que vous continuiez de venir au mausolée."


Les chiites ont apparemment une obsession pour le léchage des lieux saints.

Cette piété mal placée d'un point de vue sanitaire a un prix. Même la classe politique finit par être touchée, car aucune puissance politique ne protège du virus. En Iran, 8% des députés sont infectés par la maladie. De nombreux officiels de haut rang en sont morts.

Cet aspect des choses est à garder en tête alors que la classe politique est quasiment une population à risque à elle seule. Elle a de nombreux contacts sociaux, voyage fréquemment, et contient une proportion élevée de gens âgés. L'âge moyen est de 61 ans pour le Sénat en France, 49 ans pour le Conseil national en Suisse, 54 ans pour le Conseil des États.

Les doctes politiciens tançant le bas peuple qui a l'audace d'annuler ses réservations au restaurant en pleine pandémie devraient se rappeler qu'ils pourraient bien être au menu de celle-ci.

Dans ce contexte, la présence au Parlement de Magdalena Martullo-Blocher portant un masque il y a six jours ne s'apparentait pas à une opération de communication, mais à la plus élémentaire prudence dans une foule impliquant autant de sources d'infection que de victimes potentielles. Si opération de communication il y a eu, cela a surtout été de donner l'exemple.

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L'odieuse protection individuelle de l'élue des Grisons (capture d'écran de vidéo)

Mais au lieu d'exemple nous eûmes tout le contraire - Isabelle Moret, Présidente du parlement, intima à la parlementaire rebelle l'ordre de renoncer à son masque ou de renoncer à siéger, une décision soutenue par l'écrasante majorité de la classe politique et des médias.

Les personnes qui refusent à une élue une mesure d'hygiène personnelle en pleine pandémie sont beaucoup moins sourcilleuses face au port du voile islamique. Ce n'est qu'une absurdité de plus de l'époque où nous vivons: il est intolérable de vouloir protéger sa santé, mais convenable d'étaler son appartenance religieuse. Peut-être Mme Martullo-Blocher aurait-elle du cacher son masque derrière une burqa pour que nul ne s'offusque?

Les citoyens helvétiques portent leur part de responsabilité dans ce fiasco: après tout, ils ont élu tous ces gens. Il ne faut pas s'étonner ensuite de la façon dont la pandémie progresse dans le pays.

Bonne chance à tous, et n'oubliez pas d'éternuer au creux de votre coude. Tout va très bien se passer.