18 juillet 2020

Des Millionnaires pour l'Humanité

"Taxez-nous davantage!"

C'est en ces termes que l'on pourrait résumer la profession de foi d'un groupe de 87 signataires s'auto-proclamant les Millionnaires pour l'Humanité.

4c2ac7606ba83e57723c0539a00ce520bc35e58f.png

Pareille initiative fut bue comme du petit lait par les médias, cela va sans dire. Des riches qui demandent à être taxés davantage! Quelle aubaine!

"Alors que le Covid-19 frappe le monde, les millionnaire comme nous avons un rôle essentiel à jouer pour guérir le monde. Nous ne sommes pas ceux qui soignent les malades dans les unités de soins intensifs. Nous ne conduisons pas les ambulances qui amènent les malades à l'hôpital. Nous ne sommes pas ceux qui regarnissent les rayons des épiceries ou qui délivrent de la nourriture de porte à porte. Mais nous avons de l'argent, beaucoup. De l'argent dont on a absolument besoin maintenant et dont on continuera à avoir besoin dans les années à venir, alors que notre monde se remet de cette crise."

"Nous, les millionnaires soussignés, appelons les gouvernements à augmenter les taxes de gens comme nous. Immédiatement, substantiellement et de manière permanente".

"L'impact de la crise actuelle s'étendra sur des décennies (...) Les problèmes causés et révélés par le Covid-19 ne peuvent être résolus par la charité, aussi généreuse soit-elle. Les chefs de gouvernement doivent prendre la responsabilité de lever les fonds dont nous avons besoin et les dépenser équitablement. Nous pouvons nous assurer de financer de façon adéquate nos systèmes de santé, nos écoles et notre sécurité via une augmentation permanente des taxes sur les gens les plus fortunés de la planète, des gens comme nous." (...)


L'appel se termine solennellement:

"Donc, s'il vous plaît. Taxez-nous. Taxez-nous. Taxez-nous. C'est le bon choix. C'est le seul choix. L'Humanité est plus importante que notre argent."


Difficile pour un journaliste de rester de marbre face à un tel appel au collectivisme. Du coup, rare sont les articles mentionnant cette initiative et faisant preuve du moindre esprit critique. Les médias gobent avec empressement en se contentant d'applaudir cette prise de position, opportunément publiée juste avant la réunion des ministres des Finances du G20 et le sommet européen extraordinaire sur la relance de l'UE.

Naïveté quand tu nous tiens

Heureusement, les internautes sont un peu moins naïfs (dans l'ensemble) que les journalistes qui prétendent les informer, et cela se voit dans les commentaires des articles sur le sujet.

Le côté publicitaire de l'opération saute aux yeux: les millionnaires, par appât du gain ou peur de la foule, espèrent toujours se faire bien voir des masses vindicatives. Rien de mieux que de demander à payer plus d'impôts pour y parvenir. C'est la version financière du green washing ou d'un selfie avec Greta. Mais la démarche soulève tout de même quelques questions.

D'abord, et c'est l'évidence même, personne n'est obligé de payer le minimum d'impôt. C'est l'argument-massue à rétorquer à tous les adeptes de la redistribution, qu'ils soient milliardaires ou militants socialistes de base. Si on prend au mot les martingales à base de "multiplicateur de prospérité" et autres formules imprégnées du mythique "intérêt général", qu'est-ce qui empêche qui que ce soit de faire un don à l'État, ou à n'importe quel État, du montant de son choix?

Donnez à l'État et il vous le rendra au centuple? Eh bien, qu'attendez-vous?

Charité bien ordonnée commence par soi-même. Les Millionnaires pour l'Humanité seraient un tout petit peu plus crédibles s'ils joignaient le chèque à la parole afin de donner corps à leur appel à la générosité. Ils s'en gardent bien!

Ensuite, si la redistribution via l'impôt créait la moindre prospérité, cela se saurait. Depuis le temps que toutes les variantes du socialo-communisme n'ont de cesse d'emprunter ce chemin (en se servant grassement au passage), cela n'a donné que corruption, pauvreté généralisée et effondrement économique dans tous les pays qui ont eu le bonheur d'essayer.

L'explication est fort simple: le transfert forcé d'argent d'un individu à un autre n'augmente pas la satisfaction générale, à l'opposé d'un transfert volontaire et librement consenti, comme un achat par exemple. Le transfert forcé est même destructeur de prospérité puisqu'il punit celui qui réussit à gagner de l'argent en le donnant à celui qui n'a rien fait pour le mériter. Mais il a l'avantage de permettre à toute une classe de parasites institutionnels de vivre en prélevant leur écot sur ces échanges, tout en se drapant de morale.

Le piège de la générosité

Imaginons que des politiciens appâtés par cette douce musique fiscale décident de voter demain un super-impôt pour les super-riches. Disons, par exemple, un taux spécial supplémentaire de 20% sur les revenus de plus d'un million de francs, en sus de tous les impôts actuels.

Les partisans de cet impôt déchanteront rapidement, parce qu'il rapportera bien moins que prévu. Ceux qui sont très au-dessus du seuil trouveront des moyens d'y échapper avec des montages fiscaux permettant d'apparaître comme des travailleurs employés par une filiale étrangère, ou déménageront et travailleront à distance depuis un autre pays, etc. Ceux qui sont un tout petit peu au-dessus du seuil baisseront leur salaire pour l'éviter, en se faisant payer en stock-options ou autres avantages.

Mais surtout, il y aura des gens pour porter plainte devant telle ou telle cour suprême contre ce seuil de super-impôt pour les super-riches, et ils gagneront, car les seuils marqués sont à éviter en matière d'imposition et les politiciens le savent bien.

Si bien que lorsque vous entendez des riches appeler à "plus d'impôts pour les riches" ils appellent en réalité à une augmentation générale des impôts.

Il n'est juste pas possible d'augmenter massivement les impôts d'une seule tranche de revenus. Lorsque pareille fiscalité est souhaitée ("Taxons les riches!") et mise en place, elle se décline en fait en une augmentation de toutes les tranches d'impôt, de la plus haute à la plus basse. Si bien que, ne disposant pas des "capacités d'évitement" des super-riches, la classe moyenne subit les nouveaux taux de plein fouet.

Comment fonctionne le monde

Il n'y a pas plus hypocrite, et franchement méprisant, qu'un appel des super-riches à être taxés davantage. Et ils le savent parfaitement.

Il y a quelques années le magnat de la finance Warren Buffett se plaignait mollement de payer moins d'impôts que sa secrétaire. Parce que les impôts sont essentiellement des impôts sur le revenu. Les gens vraiment riches se débrouillent pour obtenir de l'argent par d'autres moyens.

Warren Buffet, par exemple, dispose d'une fortune grâce à sa société Berkshire Hathaway. Jeff Bezos d'Amazon reçoit un salaire de misère. Jack Dorsey, le PDG de Twitter, a touché un salaire d'un dollar et 40 cents en 2018. Quel taux d'imposition serait approprié sur un salaire pareil?

Toute la fiscalité d'aujourd'hui est focalisée sur les salaires. Qu'on tente une autre approche de la fiscalité et certains super-riches y réfléchiront à deux fois avant de lancer un appel à payer plus d'impôts... Mais en fait ils n'ont pas tellement à craindre.

Savez-vous pourquoi?

Parce que les politiciens ne le feront jamais.

Il faut révéler le pot-aux-roses de la fiscalité, et de ces inexplicables "niches" et autres "paradis fiscaux", qui fleurissent encore et toujours malgré toutes les tentatives politiques pour soi-disant y mettre fin: il est infiniment plus facile, et moins coûteux, pour les super-riches, de faire capoter un projet de loi ou de s'aménager des portes de sortie dans une réforme fiscale, plutôt que de s'acquitter des nouveaux impôts.

C'est un terme poli pour "corruption" - et une bataille que la fiscalité ne remportera jamais.

Tout cela n'implique pas forcément des sommes d'argent qui changent de main. Les super-riches sont d'autant plus aidés dans leurs démarches que la classe politique est elle-même richissime - en particulier les politiciens de gauche. Nancy Pelosi pèse 120 millions de dollars. Le couple Clinton a engrangé 240 millions de dollars entre 2001 et 2016. Plus près de chez nous, le révolutionnaire d'opérette Jean-Luc Mélenchon fait partie des 1% les plus riches.

Et en Suisse? Simonetta Sommaruga et son mari (écrivain subventionné) se payent une maison de trois appartements. Moritz Leuenberger fut nommé au Conseil d'Administration d'Implenia. Même à Renens, la verte Tinetta Maystre se retrouve au Conseil d'Administration de Migros Vaud.

Comment penser une seconde que ces gens tordront le cou à la poule aux œufs d'or?

"Les médias nous bassinent depuis des années avec la feuille d'impôt de Donald Trump, mais je suis moins intéressé par la déclaration fiscale d'un milliardaire devenu politicien que par celle d'un politicien devenu milliardaire." -- Un internaute fâché par la richesse de ses élus


Indépendamment de toute discussion morale sur la taxation, les super-riches n'ont pas de mauvais sang à se faire. Peu importe ce que croient ou espèrent les militants de gauche, les politiciens qui les représentent n'ont aucune envie de nuire au club dont ils rêvent de faire partie, quand ils n'ont pas déjà réussi à y entrer au gré de leur "carrière politique". Il n'y a pas de meilleure entente entre le monde politique et les gens les plus prospère de la planète qu'au milieu des petits fours du Forum de Davos. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la plupart des membres de cette super-classe s'affiche politiquement à gauche.

Voilà pourquoi certains membres du club des millionnaires peuvent pousser le vice jusqu'à se qualifier de "Millionnaires pour l'Humanité". Parés de leur nouvelle vertu, ils aguichent la plèbe en implorant publiquement à payer plus de taxes, et, une flûte de champagne à la main, contemplent les fourmis s'agiter.

03 octobre 2019

Trump et le piège ukrainien

Un vent de fureur semble s'être emparé des Démocrates américains, qui se sont désormais officiellement lancés dans la procédure d'Impeachment, une destitution légale du Président. Leurs motifs remontent au jour noir de l'élection de Trump, mais une goutte vient faire déborder le vase: l'affaire du coup de fil ukrainien.

Les médias (en Europe et aux États-Unis) oscillent entre l'hystérie et l'éructation dès que Trump est concerné. Comme il est difficile d'enquêter correctement au beau milieu des deux minutes de haine anti-Trump quotidiennes, faisons le travail dont aucun journaliste n'est plus capable...

Le Narrative ukrainien

Commençons par établir la version de l'histoire, un narrative comme disent les médias, comportant des faits suffisamment graves pour lancer une procédure de destitution d'un Président.

Les Démocrates présentent une histoire où Trump conspire avec un leader étranger dans le but d'interférer avec les élections présidentielles américaines de 2020, en salissant le principal adversaire de Trump d'après les sondages, c'est-à-dire Joe Biden, l'ancien Vice-Président d'Obama. Trump ferait donc exactement ce dont il accuse les Démocrates depuis 2016, lorsqu'il leur reproche d'avoir monté un faux "dossier russe" pour miner sa présidence ; au faux "dossier russe" du clan Clinton de 2016, il rétorquerait avec un faux "dossier ukrainien" visant cette fois-ci Joe Biden.

Le point d'orgue de ce crime est un coup de fil passé par Trump à son homologue ukrainien Volodomyr Zelensky, lorsque Trump l'appelle pour le féliciter de sa victoire électorale. Dans celle-ci, il demande carrément à M. Zelensky de trouver de quoi salir M. Biden.

Trump_on_phone.jpg

Lisons la façon Adam Schiff, ténor démocrate et Président de la Commission du Renseignement de la Chambre des Représentants, parle de cet appel devant les médias et les élus du peuple américain:

Et quelle est la réponse du Président? Eh bien, cela se lit comme un coup monté classique du crime organisé. En substance, le président Trump lance comme suit: "Nous avons été très bons avec votre pays. Très bons. Aucun autre pays n'a fait autant que nous. Mais vous savez quoi, je ne vois pas beaucoup de réciprocité ici. Vous savez ce que je veux dire? J'entends ce que vous voulez. J'ai une faveur que je veux de votre part cependant. Et je vais le dire seulement sept fois, alors vous feriez mieux de bien écouter. Je veux que vous traîniez dans la boue mon adversaire politique, vous comprenez? Beaucoup de saleté, sur ceci et sur cela. Je vais vous mettre en contact avec des gens, et pas n'importe qui. Je vais vous mettre en contact avec le procureur général des États-Unis - mon procureur général, Bill Barr -, il a tout le poids de la police américaine derrière lui. Et je vais vous mettre en contact avec Rudy, vous allez l’aimer. Croyez-moi. Vous savez ce que je vous demande, je ne vais donc le dire que quelques fois de plus, de plusieurs manières. Et ne m'appelez plus. Je vous appellerai quand vous aurez fait ce que je vous ai demandé."


Pire encore, préalablement à son appel, Trump aurait retenu le versement d'aide militaire américaine en Ukraine pour mieux faire pression sur M. Zelensky.

Par chance, l'appel aura été rapporté par un courageux lanceur d'alerte (et agent de la CIA), ce qui permit aux Démocrates de révéler à leur tour l'affaire aux médias et au peuple américain, lançant dans la foulée une procédure de destitution.

Un étrange coup de fil

Depuis sa présentation, le narrative ci-dessus n'en finit pas de prendre l'eau, tant et si bien qu'il coule auprès de tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu à ce dossier.

Quelques détails mineurs: le récit du coup de fil relaté par Adam Schiff ci-dessus est entièrement inventé. Livré sans aucune mise en garde ni aucun filtre au Congrès et diffusé en boucle sur toutes les chaînes de télévision, il ne s'agit pas des propos tenus par Trump (dont Adam Schiff était au courant) mais seulement de l'interprétation d'Adam Schiff - lequel, coincé par la déclassification de la transcription de l'appel, fut bien obligé d'avouer, énervé et contrit, que son intervention n'était qu'une parodie et qu'il fallait la prendre comme telle. On ne rit pas. Au beau milieu d'une procédure aussi cruciale pour le Gouvernement américain, cela fait un peu tache.

Une fois rendu disponible, tous les médias se penchèrent donc sur le verbatim de l'appel entre Donald Trump et Volodomyr Zelensky. Certains, comme ABC, CNN, MSNBC, CBS, et NPR citèrent une partie de la conversation de cette façon:

"Je voudrais que vous nous fassiez une faveur (...) On parle beaucoup du fils de Biden et du fait que Biden ait arrêté l’enquête et beaucoup de gens veulent en savoir plus sur le sujet, donc cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus."


Pour situer la bonne foi de ces médias, rien ne vaut une image qui montre ce qui est caché par l'ellipse "(...)":

ellipse_ukraine.jpg
Une ellipse bien calculée (cliquez pour agrandir)

Les médias ne rapportent pas non plus la phrase consécutive, pourtant très importante: "Biden s'est vanté un peu partout qu'il est parvenu à arrêter l'enquête donc si vous pouviez y jeter un œil... Cela semble horrible à mes yeux." Nous allons y revenir.

Trump a rendu publique la conversation qu'il a eu avec le Président ukrainien Volodomyr Zelensky parce qu'il savait qu'elle ne contenait absolument rien de pénalement répréhensible, loin des accusations démocrates virant à l'hystérie.

L'appel a depuis été jugé conforme par tous les juristes consultés. Il s'agit d'une conversation raisonnable et cordiale entre deux chefs d'États. À aucun moment Trump ne menace son homologue de quoi que ce soit. Il n'y a aucun chantage, à l'inverse de ce que rapportèrent initialement les médias.

Au cours de cette conversation, Trump demande au Président ukrainien de vérifier si tout est correct dans l'arrêt soudain de l'enquête (pour corruption) visant Hunter Biden. Il est parfaitement dans son droit, parce qu'il s'agit de vérifier si l'arrêt de cet enquête est régulier. Les États-Unis ont un accord d’entraide judiciaire avec l'Ukraine.

Au cours de l'appel, Trump ne fait que de rares mentions du nom de Biden, et il fait référence au fils, pas à son père. Lorsque Joe Biden proclame que "Trump a voulu s'en prendre à un adversaire politique", il extrapole sur les intentions de Trump et les dégâts d'image éventuels. À aucun moment Trump n'évoque Joe Biden comme cible de quoi que ce soit, ni qu'il souhaite que l'enquête ne permette de l'impliquer.

Les Démocrates étayèrent leur dossier en accusant Trump de retarder le versement d'une aide militaire américaine pour mieux influer sur le Président ukrainien, mais les Ukrainiens n'apprirent le retard dans le versement des fonds que plus d'un mois après le coup de fil...

Pour finir, et c'est sans doute le plus douloureux à admettre pour certains, Joe Biden n'est pas un "adversaire politique" de Trump. À l'heure actuelle, Joe Biden n'est rien de plus qu'un citoyen américain comme les autres. Il n'a pas de mandat depuis 2017 et la fin de sa vice-présidence. Il n'est pas le candidat démocrate faisant face à Trump - le processus d'investiture du parti démocrate a à peine commencé, et compte encore 18 prétendants.

En prétextant qu'on s'attaque au processus démocratique, M. Biden fait seulement référence à des sondages d'opinion dans lesquels il est bien placé, et rien de plus. Ses piètres prestations lors des débats montrent d'ailleurs que rien n'est joué.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur la façon dont le scandale a éclaté - et dont certains démocrates semblent en avoir su plus que tout le monde avant même que le "lanceur d'alerte" de la Maison-Blanche ne trouve un écho dans les médias - mais le fait est que juridiquement, le dossier est vide.

Une petite enquête

Peut-être avez-vous remarqué que lorsqu'un "scandale dérangeant" éclate (un scandale dérangeant est un scandale qui pourrait impliquer une personnalité idéologiquement proche du journaliste) l'accent est toujours mis sur le cheminement du scandale, et jamais sur le scandale lui-même.

Transposé ici, cela revient à poser la question: que s'est-il passé avec Hunter Biden en Ukraine? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de procureur déposé et d'enquête annulée?

Hunter Biden eut en Ukraine une carrière pour le moins météorique. Deux mois après avoir été chassé de la Navy pour consommation de cocaïne, et après avoir rendu à Hertz Arizona une voiture de location en oubliant une pipe à crack dedans, Hunter Biden, qui n'avait pas la moindre expérience dans le secteur de l'énergie, fut nommé en mai 2014 au Conseil d'Administration de la société Burisma, en Ukraine, pour un salaire annuel de 600'000 dollars. Là-bas, il put siéger aux côtés d'un revenant de la CIA, Joseph Cofer Black.

Tous ceux qui pensent que sa nomination doit quelque chose à son père, alors Vice-Président des États-Unis d'Amérique, ne peuvent être que des cyniques se complaisant dans la médisance. Et lorsqu'une campagne anti-corruption fut lancée en Ukraine, visant notamment Burisma, le risque de conflit d'intérêt entre le père et le fils ne se posa pas davantage, puisque la Maison Blanche dirigée par Obama décréta qu'il en était ainsi.

Par un curieux hasard, l'enquête contre Burisma se termina abruptement avec le renvoi du Procureur général ukrainien Viktor Shokin, en charge des investigations, par le président ukrainien Poroshenko. La raison invoquée est officiellement que M. Shokin n'avait pas assez avancé dans ses enquêtes. Viktor Shokin a une autre explication et la livre dans un témoignage du 4 septembre 2019:

6. [Le Président] Poroshenko me demanda de démissionner à cause de la pression exercée par l'Administration US, en particulier de Joe Biden, qui était le Vice-Président des États-Unis. Biden menaçait de retenir le versement d'un milliard de dollars de subsides destinés à l'Ukraine jusqu'à ce que je perde ma charge.

8. La vérité est que j'ai été forcé de partir parce que je menais une enquête sur la corruption de grande ampleur sur Burisma Holdings ("Burisma"), une entreprise de gaz naturel active en Ukraine, et dont le fils de Joe Biden, Hunter Biden, occupait un siège au Conseil d'Administration.

9. À plusieurs occasions le Président Poroshenko me demanda de regarder où en était l'enquête sur cette société et de considérer la possibilité de diminuer les actions en rapport avec cette compagnie, mais je refusai de clore l'enquête. (...) [Poroshenko] parlait avec emphase de l'arrêt de mes investigations concernant Burisma. Quand je répondis par la négative, il dit que les USA (via Biden) refusaient de libérer un milliard de dollars promis à l'Ukraine. Il me dit qu'il n'avait pas d'autre choix que de me demander ma démission.

10. Quand Poroshenko [me] demanda de démissionner, il me présenta la chose comme une action faite pour le bien du pays, et avec laquelle je devrais être d'accord, et aussi comme un geste patriotique. J'acceptai de donner ma démission sur cette base.

11. Après ma démission Joe Biden fit une déclaration publique, affirmant - et même se vantant - de m'avoir fait licencier. C'est alors qu'il devint clair que la véritable raison de mon départ était mes actions en rapport avec Burisma et l'intérêt personnel de Biden dans cette société (...)


Peut-être est-ce là le témoignage d'un homme aigri, avide d'accuser un innocent comme Joe Biden. Peut-être. Mais ceux qui croient cela feraient mieux de changer d'avis rapidement, au risque de passer pour des imbéciles. Les faits ont été confirmés de façon décontractée par Joe Biden lui-même, le 23 janvier 2018, devant un parterre de journalistes. Et tout a été filmé.

Donnons une transcription des citations les plus significatives:

J'allais à Kiev pour, je pense, la douzième ou la treizième fois. Et j'étais supposer annoncer qu'il y aurait encore une garantie de prêt d'un milliard de dollars. Et j'avais obtenu la promesse de Poroshenko et de Yatsenyuk qu'ils prendraient les mesures contre le procureur du gouvernement. Et ils ne l'avaient pas fait.

Alors ils me dirent qu'ils l'avaient fait - ils ressortaient d'une conférence de presse. Et je dis "Non, je ne vais pas - nous n'allons pas vous donner ce milliard de dollars. Ils dirent, vous n'avez pas autorité. Vous n'êtes pas le Président. Le Président a dit - Je leur dis, appelez-le [rires dans le public]. Je dis, je vous l'affirme, vous n'allez pas avoir le milliard de dollars. Je vais partir d'ici dans, je pense que c'était dans cinq ou six heures. Je les ai regardés et je leur ai dit: Je m'en vais dans six heures. Si le procureur n'est pas viré, vous n'aurez pas l'argent." Bien, fils de pute [rires dans le public]. Il a été viré. Et ils mirent à sa place quelqu'un qui était sérieux à ce moment.


N'importe quel journaliste faisant un travail d'information pourrait facilement trouver et montrer les éléments rassemblés dans ce billet. Aucun ne le fera. Les journalistes ne font pas un travail d'information, mais de propagande.

La triste réalité est que, selon un schéma convenu, les Démocrates reprochent à Trump exactement ce qu'ils ont fait en Ukraine, et en pire. Joe Biden a utilisé l'argent des contribuables américains comme un moyen de chantage pour faire pression sur un gouvernement ami pour limoger un innocent, dans le but de faire cesser une enquête anti-corruption gênante parce qu'elle pouvait atteindre un membre de sa famille.

Tout cela est prouvé, étayé, documenté, et même filmé.

Les Démocrates américains et les médias semblent croire que le grand public est trop stupide pour se rendre compte par lui-même qu'on essaye de l'enfumer avec un dossier anti-Trump aussi minable. Le futur de la procédure de destitution du Président Trump, et la cote du Parti Démocrate américain aux prochaines élections, nous diront ce qu'il en est.

26 février 2019

États-Unis: le marécage exposé

Face à l'opiniâtreté de nombreux enquêteurs privés (grâces en soit rendue à Tom Fitton et son équipe de Judicial Watch et leur utilisation résolue du Freedom of Information Act) des pans entiers des manipulations et des magouilles orchestrées ces dernières années par des politiciens de premier plan remontent peu à peu à la surface.

Les créatures de vase qui s'épanouissent arrosées par l'argent public ruisselant dans Washington D.C. ne sont pas des plantes comme les autres: elles ne supportent pas la lumière. Et lorsque celle-ci survient dans les profondeurs les plus troubles des marais, c'est la panique générale, la lutte pour la survie, le règne du chacun pour soi.

Nous devinons que les choses deviennent intéressantes quand les individus concernés s'accusent les uns les autres d'être des menteurs et que même le Président Trump commence à parler de trahison.

Mais commençons par le commencement.

Dramatis Personae

Il serait trop long de dévoiler l'entier du CV de toutes les personnes concernées, mais voici la liste de quelques-uns des acteurs principaux du drame et la façon dont leur nom ont été portés à la connaissance du grand public.

dramatis_personae.jpg
De gauche à droite et de haut en bas: Rod Rosenstein, Robert Mueller, Hillary Clinton, James Comey et Lois Lerner.

Rod Rosenstein. Procureur Général Adjoint et numéro 2 du Ministère de la Justice derrière le Procureur Général Jeff Sessions, il était notoirement en tension avec Donald Trump au sujet du limogeage du Directeur du FBI James Comey. Il fut l'homme qui proposa Robert Mueller comme procureur spécial sur "l'enquête russe" avant d'être débarqué de la gestion de celle-ci après le remplacement du Procureur Général.

Robert Mueller. Nommé par Rod Rosenstein, le procureur spécial est chargé de superviser l’enquête sur les possibles liens entre le gouvernement de la Russie et des individus liés à la campagne présidentielle de Donald Trump ("l'enquête russe"). Il fut Directeur du FBI pendant douze ans, jusqu'en 2013.

Hillary Clinton. Politicienne qu'on ne présente plus, Hillary Clinton, outre sa candidature malheureuse à la présidentielle américaine de 2016, a été Secrétaire d'État (Ministre des affaires étrangères) pendant quatre ans sous Barack Obama et bien sûr femme du Président Bill Clinton. Elle a été entachée par différents scandales comme l'affaire Benghazi ou l'affaire des emails qui ont terni sa réputation publique mais sans jamais mener à une condamnation, ni même à un procès. Les Clinton tirent une gigantesque fortune de l'organisation "caritative" Clinton Foundation.

James Comey. Directeur du FBI après Robert Mueller (qu'il connait personnellement et apprécie), James Comey se fait remarquer par une valse-hésitation étonnante quelques semaines avant l'élection présidentielle de 2016. Il annonce que l'enquête sur le serveur d'email privé d'Hillary Clinton doit être rouverte, puis quelques jours plus tard que celle-ci est terminée sans conséquence, faute d'éléments suffisamment graves pour étendre les poursuites. James Comey sera limogé en mai 2017 à la suite de nombreux démêlés avec Donald Trump.

Lois Lerner. Peu connue du grand public, elle se fit remarquer lors de son passage à l'Internal Revenue Service (IRS) en 2005 par sa propension à lancer une vague de contrôles fiscaux discrétionnaires contre les organisations conservatrices. Elle rejeta ces allégations de partialité et fut pardonnée de tout agissement non conforme par l'Administration Obama en 2015... Suivant une enquête validée par un certain James Comey.

Comme dans les bonnes séries américaines, un dévoilement de l'intrigue implique de faire quelques retours sélectifs dans le passé, des flashbacks comme on dit dans le jargon. Quelques Internautes chevronnés se chargèrent de cette reconstruction, reposant sur d'innombrables documents officiels.

Voici donc comment les pièces du puzzle pourraient bien s'assembler.

Flashback: 2001.

Nous sommes en 2001. Une enquête est en cours sur la Clinton Foundation. Les choses se présentent mal: les gouvernements du monde entier ont fait des dons "de charité" à la Fondation mais pourtant, entre 2001 et 2003, aucun de ces dons n'a été déclaré. Un Grand Jury a été convoqué.

Mais quelqu'un reprend l'enquête en 2005 - un certain James Comey. Et au même moment une certaine Lois Lerner rejoint l'IRS, spécifiquement dans la branche traitant de l'exonération fiscale des dons. Coïncidence, certainement. Tout comme le fait que la division des impôts, au sein du Département de la Justice, soit dirigée de 2001 à 2005 par un certain Rod Rosenstein.

Au même moment, Robert Mueller est Directeur du FBI.

Ces personnes avaient toutes en commun d'être enquêteurs de premier plan ou informés des moindres détails de l'enquête sur la Fondation Clinton. L'enquête ne débouche sur rien.

Flashback: 2009.

Nouveau Flashback. Nous sommes en 2009.

James Comey quitte le Ministère de la Justice pour aller toucher des chèques chez Lockheed Martin. À la tête du Département d'État, Hillary Clinton dirige les affaires étrangères du gouvernement, sur son propre serveur de messagerie électronique.

Le "problème" d'Uranium One est porté à l'attention de la Secrétaire d'État Hillary. Pense-t-elle que la vente de 20% des réserves d'uranium américain à des Russes correspond aux meilleurs intérêts des États-Unis? Comme tout bon fonctionnaire censé défendre les intérêts des États-Unis, elle réfléchit un moment... puis décide de soutenir la décision.

L'Amérique ne retire aucun avantage particulier de ce deal. En revanche, peu de temps avant son approbation officielle, Bill Clinton se rend à Moscou où il reçoit un demi-million de dollars pour un discours d'une heure. Il y rencontre ensuite Vladimir Poutine, à son domicile, pendant quelques heures.

Le FBI avait une taupe dans toute cette opération. Mais le Ministère de la Justice lui intime le silence via une ordonnance assortie de menaces de prison en cas de fuite. L'affaire était traitée en délégation par le Bureau du Procureur américain dans le Maryland, par un certain... Rod Rosenstein.

Robert Mueller était encore le directeur du FBI pendant cette période. Il a même livré en personne un échantillon d'uranium à Moscou en 2009!

Peu après la vente, des entités directement liées à l'accord Uranium One versent pour 145 millions de dollars de dons à la Clinton Foundation.

Rappelons qu'à cette époque encore Lois Lerner travaille encore à l'Internal Revenue Service, Division des œuvres de bienfaisance, pour vérifier la conformité des dons avec la loi. Tout va bien, circulez.

Flashback: 2015.

En raison d’une série d’événements tragiques à Benghazi en 2012 et après les 9 enquêtes menées par la Chambre, le Sénat et le Département d’État, Trey Gowdy, qui dirige une dixième enquête en tant que Président du comité restreint sur Benghazi, découvre que Hillary dirigeait les affaires du Département d'État à travers un serveur de messagerie personnel non déclaré, non autorisé et hors la loi. Il découvre également qu'aucun de ces courriels n'a été remis au Gouvernement lors de son départ de sa fonction de Secrétaire d'État, ce qui était pourtant une obligation légale. Il découvre également que son courrier électronique personnellement archivé contenait des informations classifiées Top Secret.

Épargnons-nous tous les scandales qui entourent ce dossier et la façon dont "l'enquête" le concernant a été menée. Résumons en disant que tout ce qu'il était humainement possible d'entreprendre pour sauver Hillary a été entrepris.

Devinez qui est devenu Directeur du FBI en 2013? Nul autre que James Comey - à l'issue d'un passage fructueux chez Lockheed Martin. Jugez plutôt: pendant qu'il travaillait là-bas, le constructeur obtint 17 contrats avec le Département d'État (dirigé par Hillary) sans passer par une procédure d'appel d'offres. À titre de remerciement pour la qualité de son travail, M. Comey fut récompensé par une jolie prime de départ de six millions de dollars.

Maintenant Directeur du FBI, il est naturellement en charge de l'enquête sur le serveur mail de Clinton. De la même façon qu'il ne trouva rien à redire aux agissements de Lois Lerner à l'IRS, il ne trouve rien à redire à la gestion du serveur mail de Clinton. En avril 2016, il rédige une lettre d’exonération d’Hillary Rodham Clinton tandis que le Ministère de la Justice distribue les deals d'immunité comme des bonbons. Personne ne prend même la peine de convoquer un Grand Jury.

Le 8 juillet 2016, James Comey passe devant les caméras lors d'une conférence de presse où il exonère publiquement Hillary de tout acte répréhensible. On se demande pourquoi.

Retour au présent.

Mais les choses ne s'arrêtent pas là. Rod Rosenstein est promu Procureur Général Adjoint, et James Comey est renvoyé sur la base d'une lettre défavorable rédigée par ce dernier. James Comey divulgue des informations confidentielles à la presse. Robert Mueller est affecté à la traque de prétendue "ingérence russe" dans l'élection présidentielle de 2016 dans le but de faire tomber Trump. La campagne du candidat Trump a été infiltrée par des agents et espionnée par le FBI sur la base de documents contrefaits dont l'origine a été cachée au juge chargé d'approuver l'espionnage. L'histoire se poursuit.

Détournement des procédures, instrumentalisation des services secrets dans un but politique, trafic d'influence, corruption, quel que soit le crime il y a de fortes chances qu'il ait été commis par un membre de ce petit groupe et de quelques autres.

Toujours les mêmes. Tous compromis et, désormais, en conflit. Tous œuvrent aujourd'hui à ne pas aller en prison eux-mêmes. Tous sont reliés d'une façon ou d'une autre aux Clinton.

Au moment où ces lignes sont rédigées, la Clinton Foundation, qui a brassé plus d'argent douteux que n'importe quelle autre ONG américaine dans l'histoire, n'a jamais été auditée par l'Internal Revenue Service. Les Clinton et leur fondation ont toujours échappé à toute inculpation de la part d'une agence fédérale américaine.

Le frère de James Comey travaille pour DLA Piper, le cabinet d'avocats chargé des impôts de la Clinton Foundation. Coïncidence encore...

La pièce manquante?

Il manque un individu dans le tableau. Une certaine Lisa Barsoomian. Examinons un peu ses antécédents. Lisa H. Barsoomian, avocate diplômée de l'université de Droit de Georgetown, est une protégée de James Comey et de Robert Mueller. Mme Barsoomian et son patron R. Craig Lawrence représentaient Bill Clinton en 1998.

Maître Lawrence a également représenté:

  • Robert Mueller trois fois ;
  • James Comey cinq fois ;
  • Kathleen Sebelius 56 fois ;
  • Bill Clinton 40 fois ;
  • Hillary Clinton 17 fois.

Entre 1998 et 2017, Mme Barsoomian elle-même a représenté le FBI au moins cinq fois.

Vous vous demandez peut-être si le travail accompli par cette femme a une quelconque importance là-dedans? C'est bien normal, et d'autres se la posent aussi. Ils s'en inquiètent même tellement que tous les documents liés à la représentation de Bill Clinton face à la Cour dans le cas Clinton contre Hamburg en 1998 et son appel en 1999 ont été purgés. Même Internet a été nettoyé de tout document lié à Mme Barsoomian.

Historiquement, cela pourrait indiquer que Mme Barsoomian travaille comme agent protégé de la CIA. En outre, Mme Barsoomian s'est spécialisée dans les rejets de requêtes du Freedom of Information Act au nom de la Communauté du Renseignement. Alors que la juriste a été impliquée dans des centaines de dossiers liés au Bureau du Procureur Général des États-Unis, l'adresse email de Mme Barsoomian est en @nih.gov - nih pour National Institute of Health. Ce genre de pratique est un autre classique de la CIA pour protéger la confidentialité de ses employés en les présentant sous l'étiquette d'une autre agence gouvernementale.

Quelle importance peut avoir tout ceci dans le grand ordre des choses, demanderez-vous? Eh bien, en tant que juriste de la Communauté du Renseignement, Mme Lisa Barsoomian a eu et a toujours un accès privilégié à d'innombrables documents sur tout ce qui a trait aux affaires en cours - des droits de douane contre la Chine en passant par les enquêtes sur les fuites de James Clapper, les fuites de James Comey, tous les détails de l'enquête liée au complot de la Maison Blanche d'Obama, du FBI et de la CIA visant à destituer Donald Trump sous couvert du 25e Amendement, et ainsi de suite.

Détail sans importance, Lisa Barsoomian est l'épouse de Rod Rosenstein.

En guise de conclusion

Il est facile de s'exonérer de tout lorsque les personnes chargées d'enquêter les unes sur les autres ont des liens croisés d'intérêt, allant jusqu'à contribuer à leurs promotions réciproques. Ainsi les journalistes mainstream peuvent répéter à l'envi que toutes les enquêtes nécessaires ont été menées et conclure que les accusés sont blancs comme neige. Ils défaussent tout avis contraire comme la marque évidente d'une corruption idéologique d'extrême-droite.

Bien sûr, tous les liens exposés plus haut seront immédiatement écartés en tant que "théorie du complot", bien qu'il s'agisse de faits établis et documentés à travers le Freedom of Information Act.

Tout est tellement plus simple ainsi.

16 janvier 2019

Face à l'Affaire Maudet, le PLR genevois choisit le suicide

La grande explication a finalement eu lieu mardi soir. Au grand auditoire d'Uni Dufour, plus de 700 membres du PLR genevois se réunirent pour discuter de l'affaire Maudet. La couverture live de l'événement fut assurée par plusieurs médias, dont 20 Minutes.

Presse, radios, télévisions et sites web firent leurs choux gras de ce grand déballage quasi public, chacun choisissant ses répliques préférées et alimentant de nombreux articles ce mercredi.

Je me suis déjà exprimé sur l'affaire Maudet en septembre dernier. Depuis, celle-ci n'a cessé de prendre de l'ampleur, si bien que l'on pourrait parler de la tentaculaire affaire Maudet. Soupçons d'octroi d'avantage, de passe-droit, de fraude fiscale, mais le politicien n'a toujours pas été condamné. La justice est plus lente que les tempêtes médiatiques que ses enquêtes suscitent. Dans les arcanes du droit, il n'est même pas certain qu'il soit reconnu coupable de quoi que ce soit.

Pourtant, les appels à la présomption d'innocence sonnent creux. Le terme ne fut d'ailleurs rapporté qu'une seule fois pendant les plus de trois heures de débat d'hier soir, lors d'une présentation par Christian Lüscher du contexte de cette assemblée générale extraordinaire. C'est fort logique: la présomption d'innocence concerne avant tout la justice, pas la politique. L'opinion publique fait ses choix et rend des jugements différents. Le non-respect de la parole donnée, les manipulations et les mensonges ne sont peut-être pas pénalement répréhensibles, mais pour une population qui avait confiance dans ses élus c'est une sentence sans appel.

genève,pierre maudet,corruption,plrLes belles déclarations sur les principes de bénéfice du doute et de présomption d'innocence ne pèsent pas lourd dans le secret de l'isoloir.

Pierre Maudet est politiquement fichu, même s'il est blanchi par la justice. Qu'il soit coupable ou non importe moins qu'il a menti, effrontément et à d'innombrables reprises. Il a menti aux médias, à ses confrères de l'administration publique, à ses collègues de parti, au fisc, au peuple genevois. S'il a au moins la moitié de l'intelligence qu'on lui prête, il sait parfaitement quelle est sa situation. La stratégie du politicien semble plus n'être que de payer de belles paroles et, à la tête d'un dicastère fantôme, de tenir jusqu'à toucher une rente à vie. Je ne croirai le contraire que lorsqu'il se sera engagé par écrit à y renoncer.

Il poursuit cette stratégie coûte que coûte, dusse-t-elle détruire tout ce qui reste du PLR genevois.

La seule question qui restait pour le PLR aurait donc dû être le choix de la meilleure stratégie pour se débarrasser d'un Pierre Maudet devenu boulet, étant donné qu'il paraît impensable qu'il poursuive une carrière politique à l'issue de son mandat. Et poser une telle question, c'est y répondre.

À la place, le PLR choisit la voie d'un cafouillage monumental, qui confine au suicide politique.

Le pire est sorti de cette assemblée. Le pire.

Sur les 709 délégués votant, 341 ont soutenu le Conseiller d'Etat, 312 l'ont désavoué et 56 ont choisi de s'abstenir. Pierre Maudet a donc "sauvé sa peau" en emportant une majorité relative de 48%, même pas la majorité absolue. Les guillemets sont de rigueur parce que le politicien laissa comme d'habitude planer l'ambiguïté sur ce qu'il ferait si le PLR ne lui avait pas renouvelé sa confiance, déclarant qu'il "tiendrait compte" du vote, "prendrait la mesure du message" et "en tirerait les conclusions..." Des phrases qui ne veulent rien dire, toujours...

Ce soir-là, quelques Genevois firent preuve d'honneur, à commencer par Alexandre de Senarclens, président du PLR genevois, qui invitait à refuser la confiance à Maudet. Il avait annoncé en termes limpides qu'il quitterait son poste s'il était désavoué par les délégués - un joli contraste avec la langue de bois permanente de Pierre Maudet. La direction du parti vient donc de donner sa démission, et on peut être sûr que ceux qui les remplaceront seront des partisans de celui par qui le scandale arrive, ce qui contribuera certainement à rendre le PLR encore plus sympathique aux yeux de la population genevoise. Quasiment la moitié des délégués PLR ne veulent plus de Maudet, imagine-t-on ce que cela signifie au niveau des sympathisants, des électeurs?

Le PLR Genevois se retrouve en porte-à-faux vis-à-vis du PLR suisse, dont la Présidente Petra Gössi rappela peu après le vote plusieurs évidences, à savoir que Maudet "avait bafoué les valeurs du parti" et "nui au PLR genevois". Heureusement pour ce dernier, l'exclusion de la section cantonale du parti national ne semble pas à l'ordre du jour. Pourtant, le PLR suisse est immanquablement maculé par le dégât d'image. Pierre Maudet avait été le candidats-alibi romand lors de la succession de Didier Burkhalter ; à cette occasion, il se fit largement connaître en Suisse alémanique, une notoriété bien embarrassante aujourd'hui.

Ce mardi, le PLR genevois ne s'est pas simplement tiré une balle dans le pied, il vient de se jeter dans le lac avec une pierre au cou. D'une courte majorité, il choisit de rester solidaire d'un politicien que les Genevois méprisent désormais au plus haut point (il suffit de lire les commentaires des lecteurs lorsqu'ils ne sont pas désactivés) et subiront donc probablement une cuisante descente aux enfers politique. La droite genevoise peut dire adieu à sa majorité au Conseil d'État aux prochaines élections, et à un bon score lors des fédérales de la fin de l'année.

Je ne jette pas la pierre aux délégués PLR qui mirent le mauvais bulletin dans l'urne à l'Uni Dufour le 15 janvier, saisis par l'émotion du moment et la persistance irrationnelle d'une confiance dans un politicien félon dans lequel ils avaient tant crus. J'ai été dans de tels assemblées, l'ambiance s'échauffe, les répliques fusent, les sacs se vident et collectivement, la foule prend de mauvaises décisions. Ce ne sont que des êtres humains après tout.

Mais il est aussi important qu'ils apprennent de leurs erreurs, et comptons sur les Genevois pour le leur faire comprendre.

27 novembre 2018

Rento du Conseil d'État: toujours gagnant!

Pour se remettre des émotions de ce weekend (je fais évidemment référence à l'échec de l'initiative sur les vaches à cornes) rien de tel qu'un petit tour par Genève où, grâce à l'affaire Maudet, on apprend chaque jour quelque chose.

Le scandale arrive cette fois-ci par un article sans prétention du 20 Minutes du 23 novembre, qui rappelle factuellement les opportunités d'indemnités - vous avez bien lu - dont dispose le futur-ex-Conseiller d'État genevois.

Alors que les appels à Pierre Maudet pour qu'il quitte ses fonctions se multiplient depuis sa mise en prévention pour acceptation d'un avantage, à la suite de son voyage controversé à Abu Dhabi, le timing d'une éventuelle démission ne serait pas sans conséquence financière pour le magistrat PLR. Si ce dernier quitte son poste avant le 29 juin prochain, il touchera une indemnité unique de 437'802 francs. S'il s'en allait après le 29 juin, il aurait alors droit à une retraite annuelle de 89'161 francs, soit 7430 francs par mois, a indiqué ce vendredi la RTS. Des chiffres confirmés par le Département genevois des finances.

Le fait que Pierre Maudet ait été conseiller administratif de la Ville de Genève entre 2007 et 2012 jouera également dans le décompte final. En effet, la loi concernant le traitement et la retraite des conseillers d’Etat et du chancelier d’Etat précise à l'article 6, alinéa 6, que «lorsque le bénéficiaire reçoit également une pension d’une corporation de droit public autre que l’Etat de Genève (ndlr: la Ville, donc) et que le montant cumulé des pensions dépasse 75% du traitement le plus élevé, la pension allouée en application du présent article est diminuée de l’excédent».


M. Maudet aura donc le difficile choix entre la rente à vie ou le pactole immédiat, comme au Rento de la Loterie Romande, pour peu qu'il tienne jusqu'au 29 juin 2019. Mais quoi qu'il advienne, l'élu PLR sait déjà qu'il dispose d'un ticket gagnant.

pierre_maudet_rento.jpg
Tenir jusqu'en juin 2019....

Grillé en politique, il pourra, après avoir écrit ses mémoires, passer quelques décennies aux frais des contribuables à voyager confortablement (jusqu'à Abu Dhabi si cela lui chante) et à se dorer la pilule à la plage.

L'acharnement de l'élu à rester à son poste se comprend mieux en regard de ces petits détails financiers.

"Je ne connaissais pas à Pierre Maudet un tel côté grippe-sou", tombe des nues un membre du PLR genevois dans la Julie. L'intéressé nie, évidemment. "Je n’ai jamais pensé à calculer le jour où j'aurai droit à une pension de retraite", clame-t-il. Le problème est que sa parole devient de plus en plus difficile à croire: au scandale de ses voyages, de possible trafic d'influence à l'aéroport, de son passe-droit dans l'attribution d'une licence pour un bar (lui-même lié au financement d'une campagne électorale), des liens à creuser avec des affaires immobilières, et récemment, d'une association fantoche qui réglait à la place de l'élu sa cotisation annuelle au PLR s'ajoute cette polémique autour d'un pactole de départ. Mais quand, là, il dit que l'argent ne l'intéresse pas, vous pouvez le croire sur parole, promis!

On se demande à quelles profondeur M. Maudet, dans sa chute vertigineuse, réussira à entraîner le PLR genevois.

Pour l’UDC locale, Pierre Maudet ne devrait pas avoir droit à cette pension puisqu’il partirait à cause d’une affaire judiciaire. Seulement voilà, la législation ne dit pas cela. Elle ne dit rien du tout. Témoignage désuet d'une époque où la politique attirait les individus les plus honorables, la loi ne prévoit aucun cas particulier dans le cas d'un élu débarqué suite à une condamnation.

Si le parti des Démocrates du Centre ou un autre cherche à se faire une santé pour une prochaine initiative, un boulevard s'ouvre devant lui: demander à ce que nul élu ne puisse disposer d'une rente à vie ou autre indemnité de départ à l'issue de son mandat. Il n'y a même pas besoin de condamnation pour le justifier! Ces primes sont choquantes pour tout individu normalement constitué, et inadmissibles depuis l'initiative Minder dans le privé. Même la gauche avait soutenu cette initiative! Pourquoi ne pas appliquer une version équivalente dans le public?

On verra les arguments que sortiront les adversaires d'un tel texte. Quant à détourner les gens de la carrière politique dans un exécutif, comme je dis toujours, il sera temps d'y penser lorsque l'on manquera de candidats.

Croyez-vous vraiment que des gens qui refuseraient de se lancer dans l'aventure parce qu'il n'y aurait pas de rente à vie à la clef sont les meilleurs que l'on puisse élire?

Mise à jour (1er décembre): La Tribune de Genève nous informe que M. Maudet aurait bien déduit de ses revenus les cotisations au PLR, payées à sa place par une association fantoche. Il serait donc potentiellement coupable (pour l'instant) de soustraction fiscale, et peut-être d'usage de faux. En attendant la prochaine révélation, l'administration va donc se pencher sur dix années de déclarations fiscales du magistrat genevois, qui a procédé ainsi depuis bien longtemps semble-t-il.

04 novembre 2018

Suisse, pays de cocagne

La Suisse est un pays riche.

Ce leitmotiv revient dans la bouche de nombreux élus marqués à gauche lorsqu'il s'agit de dépenser l'argent des contribuables pour telle ou telle politique dispendieuse. En même temps que sa corollaire "...Alors elle peut bien se le permettre."

Au vu des récentes révélations couvrant les frais professionnels des élus de la Ville de Genève, on doit admettre qu'ils ont raison. Ces gens-là ne vivent pas dans la même Suisse que le commun des mortels, mais dans une sorte de Pays de Cocagne. Pour eux la Suisse est effectivement riche, très riche.

Mais ils ne sont pas les seuls à penser ainsi.

Genève, Perle du Bout du Lac

L'affaire commence le 31 octobre avec le rapport de la Cour des Comptes de Genève portant sur les frais professionnels de l’Exécutif et des directeurs de la Municipalité. Un article dans 20 Minutes, intitulé "Natel, taxi, alcool: les frais bling bling de Barazzone", résume les dépenses:

Véritable symbole de la légèreté des mis en cause, Guillaume Barazzone cumule les mauvais points. Il l’a d’ailleurs admis en creux en remboursant près de 30’000 francs (dont 23’000 fr. de téléphonie) à la Ville en septembre. (...) Il a aussi fait passer en frais professionnels pour 3'942 francs de courses de taxi en 2017, certaines effectuées de nuit, depuis et vers des adresses privées. Et c’est toujours la nuit, notamment le week-end, qu’il a facturé des frais de bouche, repas, alcools forts ou bouteilles de champagne de prestige.


Normal que Guillaume Barazzone soit épinglé par la presse: au sein de l'exécutif de la Ville de Genève, l'élu PDC est ce qui tient lieu de personnage le plus à droite, le reste du Conseil Administratif étant composé d'un communiste, de deux socialistes et d'une verte...

banner-geneva.jpg

Guillaume Barazzone, "surdoué" de la politique - encore un - est donc cloué au pilori par la presse dans l'espoir de détourner la vindicte populaire des élus plus à gauche et de leurs complices dans l'administration. Ils n'en sont pas moins la cible de critiques acerbes de la Cour des Comptes.

La Verte Esther Alder a [fait] un usage intensif du taxi en 2017. Elle a facturé plus d’une centaine de trajets, pour 3'014 fr., entre son domicile et son bureau ou d’autres lieux, en pleine journée. Et ce, sans pouvoir expliquer l’objet de ces déplacements, alors que la Ville lui paie déjà un abonnement TPG et une place de parking couverte pour son véhicule privé. Ce même garage est aussi reproché à Rémy Pagani, d’Ensemble à Gauche, qui utilise un moyen de transport autre que la voiture et fourni par la Ville pour se rendre au travail.

Le rapport fait enfin état de deux conseillers administratifs, impossibles à identifier, qui ont facturé à la Ville des repas avec des tiers inconnus dans des lieux touristiques à l’étranger ou des buvettes de plage – «des lieux inhabituels pour la fonction», relève la Cour.


Quelle pudeur dans le vocabulaire! On reste pantois devant toutes ces discussions de travail improvisées, la pénible prise de notes en boîtes de nuit, au restaurant et sur la plage, les heures innombrables passées par nos vaillantes élites qui n'hésitent pas à donner de leur personne soirs et week-ends compris pour défendre, en tout lieu et à chaque instant, le meilleur intérêt de la Ville de Genève et des Genevois qui payent leur salaire.

Qui oserait en douter?

Cette abnégation est sans doute à mettre au niveau du sacrifice consenti par les élus de gauche vis-à-vis de leur idéologie. Pensons aux larmes versées sur la planète par la verte Esther Aider à chaque fois qu'elle se déplace en taxi plutôt que d'utiliser les transports publics ou la mobilité douce qu'elle prône pour le monde entier, sauf elle. Pensons à la mansuétude de Sandrine Salerno qui, bien qu'en charge des Finances, renonça à lancer un contrôle interne sur la dérive des frais. De peur de découvrir quelque chose, sans doute?

L'absence de contrôle interne est "peut-être ce qui a le plus surpris" le Bureau du Conseil municipal genevois, qui se dit "consterné" et mentionna aussi "l'obstruction" des membres du Conseil administratif qui entravèrent les investigations de la Cour des Comptes. Parce que ce n'est pas tout d'être en tort ; ces messieurs dames savaient parfaitement ce qu'ils faisaient, et en bons escrocs, essayèrent de couvrir leurs traces. "Pour la première fois, une entité a tenté d’empêcher la Cour de faire son travail", a indiqué le président de la Cour des Comptes Stanislas Zuin.

Contemplons-nous de pauvres gens obligés de triturer leurs frais pour couvrir le trépidant train de vie lié à leur fonction? Même pas. Dans un encadré assassin, 20 Minutes résuma leurs indemnités - révisées en 2017, excusez du peu:


Vraiment, on les plaint. Ne passons pas plus de temps sur Genève ; l'affaire n'en est qu'à ses débuts et la séance du législatif municipal du 13 novembre prochain sera consacrée au rapport. On parle aussi d'étendre les contrôles jusqu'à 2007. La nouvelle pêche pourrait s'avérer miraculeuse.

Voyage, voyages

Les élus aiment bien voyager. L'affaire Maudet défraya la chronique mais il n'est de loin pas le seul politicien à se déplacer à l'étranger. Qui hésiterait face à une excursion tous frais payés par des tiers à l'indéfectible amitié? Guillaume Barazzone alla lui aussi à Abu Dhabi, Pascal Broulis en Russie sur invitation indirecte de Frederik Paulsen, "l'un des principaux contribuables du Canton de Vaud, et de l'entreprise Ferring à Saint-Prex" expliqua la RTS...

M.  Paulsen est aussi consul honoraire de Russie à Lausanne et grand défenseur du régime de Poutine (vous savez, le méchant qui manipule les élections présidentielles américaines). Mais "je peux affirmer qu'il a été traité comme il se doit, selon les règles, sans la moindre faveur", a martelé l'élu vaudois en avant-première de son one-man-show comique. Chacun aura son intime conviction ; mais sachant que M. Broulis est déjà expert en optimisation fiscale, bien qu'il s'en défende, des conseils donnés lors d'un tel voyage peuvent valoir de l'or.

Il est injuste de faire un procès à M. Broulis quand M. Paulsen a des fréquentations éclectiques, comptant aussi Mme Géraldine Savary parmi son cercle de proches. Il rencontra la socialiste vaudoise, épouse à la ville de Grégoire Junod, syndic de Lausanne, lors d'un voyage en Sibérie. "Nous avons manifestement des opinions politiques différentes et malgré tout nous avons développé des relations d'estime réciproque", expliqua la Sénatrice socialiste sans se démonter. Reconnaissons que celle-ci paya de sa poche ce voyage sibérien organisé par le journaliste suisse Eric Hoesli (et voilà les médias impliqués).

À charge de revanche, M. Paulsen paya bel et bien un voyage à la socialiste à Grenade en 2015. Sans doute cette dévorante passion pour le Grand Nord et le vilain réchauffement climatique d'origine humaine, qu'il est toujours préférable de contempler de loin, entre deux trajets en avion, au bord de la piscine d'un grand hôtel avec un verre de piña colada à la main.

1969616772_de38c88ab7_o.jpgM. Paulsen, décidément très généreux, décida aussi de contribuer à ses frais de campagne pour le Conseil des États, à plusieurs reprises. Frederik Paulsen octroya 4'000 francs chacun à Géraldine Savary et à Luc Recordon en 2011, et 5'000 francs chacun en 2015 encore, explique Le Matin. Luc Recordon dit ne pas s'en souvenir, l'homme ne doit pas avoir la mémoire des chiffres.

Il n'y a rien d'illégal là-dedans, même si on notera une volonté de discrétion ; M. Paulsen aurait donné juste ce qu'il fallait pour rester anonyme selon les règles de confidentialité que promeut... Le Parti Socialiste lui-même. Quel heureux hasard!

La belle vie

Entre corruption, morale, éthique et principes idéologiques à géométrie variable, la frontière est difficile à tracer mais le constat est implacable: beaucoup de politiciens helvétiques profitent de leur position sans le moindre scrupule, qu'il s'agisse de flirter avec le trafic d'influence ou simplement de se gaver de l'argent des contribuables.

Détail troublant, aucun politicien estampillé UDC ne se retrouve dans ces affaires. S'ils disposent objectivement d'un plus petit nombre d'élus dans les exécutifs, ils ont aussi une éthique supérieure face à l'argent public. D'aucuns en ricaneront mais, on le sait, si le moindre élu UDC avait commis le dixième de ce qui est récemment révélé par les médias sur les uns ou les autres - légal ou non - son nom aurait été jeté en pâture à la presse et les manifestations se succèderaient jusqu'à ce qu'il démissionne. Le seul exemple de "scandale" est celui de l'affaire Legrix accusé de mobbing et de harcèlement moral et sexuel, bien qu'il fût blanchi par la justice de ces allégations et qu'il n'y ait nul argent en jeu. Le putsch politique fut toutefois couronné de succès puisque l'élu perdit son mandat à La Chaux-de-Fonds.

Certains plaideront en disant que les politiciens concernés ne sont pas "représentatifs" des partis dont ils sont issus - mais il est permis d'en douter compte tenu de l'ampleur des révélations récentes. Le schéma n'est pourtant guère compliqué: les scandales abondent dès qu'on se donne la peine de les chercher, et comme d'habitude les premières pistes viennent de la presse alémanique, les médias romands se contentant d'enchaîner.

Le sens du profit inné de certains politiciens frappe tous les niveaux, du fédéral au cantonal et au communal. Chaque palier de la pyramide helvétique implique des dérives distinctes. Le Parlement permet d'orienter des projets de loi ; les Cantons jouent sur la fiscalité ; les Communes ont toutes les billes dans l'attribution des permis de construire... Les occasions de profiter ou de se laisser corrompre sont aussi vastes que le nombre de citoyens qui portent encore trop haut les politiciens dans leur estime, les jugeant comme une élite aux capacités supérieures.

Pourquoi les scandales sont-ils si fréquents? D'une part, à cause de la culture du secret en Suisse, qui permet à de nombreux profiteurs de prospérer dans la sécurité des ombres ; d'autre part, du manque de curiosité d'organes de contrôles défaillants car trop bienveillants ; enfin, des citoyens eux-mêmes, trop amorphes et ancrés dans leurs habitudes de vote pour oser sanctionner dans les urnes les personnes concernées et les mouvements politiques auxquels elles appartiennent.

Conclusion: la Suisse n'est pas la Suède...

Pour s'en convaincre il suffit d'aller faire un petit tour en Suède, où on ne badine pas avec la morale. Comme le décrit Libération,

[Les Suédois font] preuve de peu de tolérance à l’égard des écarts de comportement de leurs dirigeants. Plusieurs ministres en ont fait l’expérience. A l’automne 2006, après l’arrivée de la coalition libérale au pouvoir, deux membres du gouvernement fraîchement nommées font leur valise. La ministre du Commerce, pour avoir payé au noir la nourrice de ses enfants - et oublié de déclarer la vente de plusieurs centaines d’actions. Et celle de la Culture, qui a omis de s’acquitter de la redevance audiovisuelle pendant seize ans. Montant de la facture : 22'000 couronnes, soit 2'350 euros.

Le scandale le plus retentissant reste cependant «l’affaire Toblerone». Fin 1995, Mona Sahlin, numéro 2 du gouvernement social-démocrate, est forcée de démissionner pour avoir réglé quelques courses, dont une barre chocolatée, avec sa carte de crédit de fonction. Peu importe qu’elle ait immédiatement remboursé la somme.


Non, la Suisse n'est visiblement pas la première de la classe dans toutes les matières. Peut-être que les Suisses devraient s'inspirer davantage du pays nordique sur ce plan précis. En attendant que le miracle du réveil de l'électorat ne survienne, il nous reste le fameux proverbe français:

Les politiciens, c'est comme les couches des bébés ; il faut les changer régulièrement et ce, pour les mêmes raisons.