08 mars 2020

Coronavirus: politique de la crise

Le concert des nations laisse entendre de nombreuses fausses notes. Dans le bel ensemble européen, la volonté de la France de faire main basse sur les stocks de masques de protection jure avec une Commission européenne prônant la solidarité dans la maladie.

Pour une autre cacophonie, il suffit de se tourner vers la Suisse où le Conseil Fédéral et les Cantons proposent les mesures les plus disparates pour lutter contre la pandémie, trahissant ainsi leur improvisation totale. Les résultats sont au rendez-vous: avec 337 cas déclarés au moment où ces mots sont écrits, la Suisse est le pays d'Europe le plus touché après l'Italie en nombre de cas de Coronavirus par habitant. Et si la frontière entre la Lombardie et le Tessin est jamais fermée, ce sera plus à cause de la quarantaine décidée par les autorités italiennes que par les sans-frontiéristes forcenés qui sévissent en Helvétie. Rassurons-nous, la frontière est toujours ouverte.

Les mêmes élus qui affirment la main sur le cœur que la santé publique est primordiale, essentielle, n'hésitent pas à la sacrifier au nom des intérêts des commerces détaxés des zones aéroportuaires, de quelques semaines d'éducation obligatoire, du chiffre d'affaire des cafetiers et restaurateurs... La santé publique est essentielle, mais, finalement, après un peu tout le reste.

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La carte des réjouissances au 8 mars 2020.

Ce n'est pas que les mesures proposées par les autorités soient mauvaises ; mais elles manquent cruellement de profondeur, pratiquement à chaque fois. Comme si aucun décideur n'osait aller au bout du geste. Espérons que ce soit juste de l'incompétence...

Prenons l'interdiction (fédérale) de rassembler plus de 1'000 personnes dans un même lieu: le MAD de Lausanne a simplement contourné le règlement en divisant en deux les zones de sa boîte de nuit, avec entrées séparées. Moralité, malgré l'interdiction tout continue comme avant, les deux flots de night-clubbers se mélangeant allègrement autour de la boîte de nuit.

Prenons le nouveau conseil donné aux personnes âgées d'éviter les transports en commun ou de faire leurs courses aux heures de pointe, et, grosso-modo de limiter leurs interactions sociales. Que valent-elles pour les EMS, dont le personnel nettement plus jeune n'est pas concerné? En France, 70% du personnel de ces établissements n'est même pas vacciné contre la grippe saisonnière. En Suisse, combien de ces aides-soignants se retrouvent le week-end pour une virée au MAD-1 ou au MAD-2?

Certains commentateurs - anonymes, cela va sans dire - étalent dans les médias un cynisme ahurissant en se réjouissant que le Coronavirus a du bon. Il viendrait ainsi "épurer" nos sociétés occidentales de tous ces vieux qui pèsent sur les retraites et ne produisent plus... Mais ce n'est qu'un prétexte. En Suisse, les personnes âgées ont surtout le défaut de voter plus à droite que le reste de la population, et de voter avec plus d'assiduité. Donc c'est évidemment un problème, déjà relevé par nos brillantes élites politiques. Le Coronavirus permettrait de faire d'une pierre deux coups, sans avoir à s'embêter de discutailleries parlementaires. Pourquoi retirer simplement leur droit de vote aux personnes âgées quand on peut retirer les personnes âgées elles-mêmes? Oh, personne n'osera jamais admettre pareille pensée ouvertement, c'est une évidence. Mais des gens mourront. Que voulez-vous, c'est l'épidémie...

Affreux? Certainement. Inimaginable? C'est déjà moins sûr. Le fait même que l'idée revienne souvent dans les commentaires de certains articles montre que l'idée fait son chemin dans l'esprit d'une partie de la population.

"Génial! Une rente AVS de moins et un appartement libéré sur le marché!"
-- Réaction entendue dans un cercle de journalistes hilares à l'annonce du premier décès dû au Coronavirus en Suisse, une vieille dame de 72 ans

Et si on tuait les gens que l'on n'aime pas?

L'utilisation politique d'une maladie n'a rien de nouveau. Je ne parle pas ici de l'inévitable empoignade sur le qui-est-responsable-de-quoi lorsque les malades s'accumulent du fait de l'incompétence de la classe politique, mais bien sur une utilisation tout à fait pratique du virus, pour éliminer physiquement des opposants. Les infecter afin qu'ils tombent malades, et meurent.

Au moyen-âge, lors des sièges des forteresses, une tactique de guerre des assiégeants consistait à envoyer des carcasses moisies d'animaux dans l'enceinte des murailles avec un bon tir de catapulte. L'idée était de rajouter quelques maladies aux afflictions que subissaient déjà les assiégés. Mais c'était une époque de barbarie sans scrupule.

Plus récemment, aux États-Unis, une conseillère communale américaine a lancé l'idée d'infecter au Coronavirus les méga-meetings de Trump. On notera que la politicienne en question est évidemment une supportrice de Bernie Sanders. À défaut de vaincre Trump dans les urnes, une bonne infection au Coronavirus en viendra à bout. L'humanisme de ces gens-là me surprendra toujours.

Il s'agit d'une initiative individuelle, répondra-t-on. Mais en quoi cela met-il qui que ce soit à l'abri? En Suisse, on pourrait très bien imaginer une petite "tournée des EMS" par un membre infecté du mouvement antihumain Extinction Rébellion - et en plus, ce ne serait même pas illégal. "Désolé messieurs-dames, je pensais juste que j'avais un gros rhume..."

Et si on infectait les pays que l'on n'aime pas?

L'utilisation du Coronavirus comme une arme (peut-être d'ailleurs la fonction première pour laquelle il a été inventé, allez savoir) n'est pas seulement le fait de dangereux illuminés disséminés dans la population. Il y a trois jours, un scandale a éclaté au Moyen-Orient lorsque l'Arabie Saoudite a dénoncé la nouvelle politique d'immigration iranienne de ne plus tamponner les passeports des ressortissants saoudiens entrant dans le pays.

Comme-je-suis-étonné que personne n'en ait été informé sous nos latitudes! Mais revenons à notre affaire.

Le pot-aux-roses a été découvert après que cinq Saoudiens ont été détectés comme porteur du virus après être rentrés d'Iran en passant par le Bahreïn et le Koweït, mais sans que leur passeport n'en fasse mention. Évidemment, essayant de rester discret, les individus en question n'ont pas mentionné qu'ils revenaient d'Iran lorsqu'ils sont rentrés au pays. Mais ils se sont mis à table une fois qu'il était avéré qu'ils étaient atteints du Coronavirus.

"Ces actions sont une preuve directe de la responsabilité de l'Iran dans l'augmentation des infections de Coronavirus et dans la progression de la pandémie tout autour du monde", a condamné un responsable saoudien. Certes, certes. Mais si l'Iran tombe dans la maladie, le régime des mollahs a bien l'intention d'emmener un ou deux ennemis avec lui dans sa chute.

Les autorités iraniennes refusent d'ailleurs de donner aux autorités saoudiennes la liste des voyageurs saoudiens qui se sont rendus en Iran depuis le premier février. On se demande pourquoi.

Retour de flamme

Désespéré et jusqu'au-boutiste, le régime iranien est ravagé par le Coronavirus. Il n'a pas été aidé par ses premières mesures "relançant le débat entre science et religion", comme le relate pudiquement Le Nouvel Observateur. Extrait:

Le 26 février, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux iraniens, [l'ayatollah Mohammad Saïdi, chef du mausolée de Fatima Massoumeh à Qom,] a insisté pour que son lieu de culte reste ouvert aux fidèles. "Ce sanctuaire sacré [est] une maison de guérison", a-t-il dit, invitant les pèlerins à s'y rendre "pour guérir de leurs maladies de l'âme et du corps". (...)


Rien de mieux que de se rassembler en prière pour combattre une épidémie. Mais les "adversaires" du régime ne sont pas mieux lotis:

[Dans] une autre vidéo virale, Jaafar Ghafouri, militant d'une branche du chiisme rejetant la République islamique, apparaît en train de lécher la tombe de l'imam Réza à Machhad, en déclarant : "Je mange le virus afin de vous rassurer et que vous continuiez de venir au mausolée."


Les chiites ont apparemment une obsession pour le léchage des lieux saints.

Cette piété mal placée d'un point de vue sanitaire a un prix. Même la classe politique finit par être touchée, car aucune puissance politique ne protège du virus. En Iran, 8% des députés sont infectés par la maladie. De nombreux officiels de haut rang en sont morts.

Cet aspect des choses est à garder en tête alors que la classe politique est quasiment une population à risque à elle seule. Elle a de nombreux contacts sociaux, voyage fréquemment, et contient une proportion élevée de gens âgés. L'âge moyen est de 61 ans pour le Sénat en France, 49 ans pour le Conseil national en Suisse, 54 ans pour le Conseil des États.

Les doctes politiciens tançant le bas peuple qui a l'audace d'annuler ses réservations au restaurant en pleine pandémie devraient se rappeler qu'ils pourraient bien être au menu de celle-ci.

Dans ce contexte, la présence au Parlement de Magdalena Martullo-Blocher portant un masque il y a six jours ne s'apparentait pas à une opération de communication, mais à la plus élémentaire prudence dans une foule impliquant autant de sources d'infection que de victimes potentielles. Si opération de communication il y a eu, cela a surtout été de donner l'exemple.

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L'odieuse protection individuelle de l'élue des Grisons (capture d'écran de vidéo)

Mais au lieu d'exemple nous eûmes tout le contraire - Isabelle Moret, Présidente du parlement, intima à la parlementaire rebelle l'ordre de renoncer à son masque ou de renoncer à siéger, une décision soutenue par l'écrasante majorité de la classe politique et des médias.

Les personnes qui refusent à une élue une mesure d'hygiène personnelle en pleine pandémie sont beaucoup moins sourcilleuses face au port du voile islamique. Ce n'est qu'une absurdité de plus de l'époque où nous vivons: il est intolérable de vouloir protéger sa santé, mais convenable d'étaler son appartenance religieuse. Peut-être Mme Martullo-Blocher aurait-elle du cacher son masque derrière une burqa pour que nul ne s'offusque?

Les citoyens helvétiques portent leur part de responsabilité dans ce fiasco: après tout, ils ont élu tous ces gens. Il ne faut pas s'étonner ensuite de la façon dont la pandémie progresse dans le pays.

Bonne chance à tous, et n'oubliez pas d'éternuer au creux de votre coude. Tout va très bien se passer.

22 juillet 2019

Nouvelles d'Iran

Que se passe-t-il en Iran? Où en est le régime de Téhéran? Y aura-t-il une guerre dans le Golfe Persique?

Comme il est difficile d'avoir des nouvelles authentiques sur ce qui se passe dans cette zone, autant avoir l'information de première main - auprès d'un ressortissant iranien faisant de fréquents voyages dans ce pays. Voici donc le compte-rendu d'une interview avec Berham (prénom d'emprunt, bien évidemment).


Bonjour Berham. Pour commencer, puisque nous allons parler de l'Iran, quelle est ta connaissance réelle du pays?

Je suis Iranien d'origine, j'en parle la langue. Je travaille avec l'Iran et en Iran depuis des années. Je m'y rends environ une fois toutes les trois ou quatre semaines, à vrai dire j'en reviens à peine.

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Vue de Téhéran.

D'accord, mais que vois-tu du pays à chaque fois? Rencontres-tu des membres du régime? Des civils? Te rends-tu hors de Téhéran?

Je suis en contact avec des politiciens et des membres de l'administration - les Gardiens - pour des raisons professionnelles. Je ne fais pas que rester dans la capitale. Je discute avec les locaux, je consulte la presse iranienne, l'opinion de l'homme de la rue, et mes nombreuses connaissances sur place. Et pour finir le tour d'horizon, comme je travaille en lien avec l'industrie pétrolière, je suis très au courant des enjeux du régime iranien de ce côté aussi. Donc autant dire que je vois de façon assez limpide à travers toutes les strates de la propagande, que ce soit en Iran ou en Occident.

Propagande ou pas, les nouvelles ne semblent pas très bonnes du côté du Détroit d'Ormuz. Il y a une escalade visible entre l'Iran et la flotte des États-Unis, des attaques de pétroliers, des combats de drones... L'Iran souhaite-t-il la guerre?

Les Gardiens de la Révolution, oui.

Ils veulent la guerre?!

Oui! Mais ils ne veulent pas qu'on dise que ce sont eux qui ont commencé. Ils veulent faire en sorte qu'on dise que les Américains les ont attaqués en premier. Ils ont l'impression que si une guerre commence, beaucoup d'Iraniens vont se rallier à eux. Alors qu'on n'est plus dans les années 80, contre l'Irak, où les gens se sont vraiment ralliés aux ayatollahs pour faire la guerre. Mais ce n'est plus comme avant. La nouvelle génération est tellement désabusée... C'est une génération qui s'en fout, elle se dit qu'elle ne va sûrement pas se laisser massacrer pour Hassan Rohani.

On n'a pas très envie qu'une guerre éclate juste pour vérifier cette hypothèse.

Les Gardiens de la Révolution pensent qu'une guerre pourrait très bien, comment dire, réunifier le pays, mais même de ça ils ne sont pas sûrs. Le problème qu'ils ont maintenant c'est le manque d'argent.

Ils ont mis un État social en place après la révolution islamique mais ils n'ont plus d'argent...

Un État social, mais pas pour tout le monde! Surtout pour les Gardiens de la Révolution, le Bassiji, etc. Eux ont droit à des appartements, des faveurs, ils sont dans les bonnes grâce de l'État kleptocrate, mais les autres non, et c'est pour ça que ça crée des tensions. Mais ces gens se sont dit "après nous le Déluge!" donc si on commence une guerre, voilà, on y sera. Mais le problème, s'il y a un problème dans le pays, c'est qu'ils n'ont nulle part où aller. S'ils veulent fuir, ils vont aller où? Le seul endroit susceptible de les accueillir ce serait l'Irak. Et encore. Il y a des chiites et des sunnites là-bas, et une fois qu'ils auront dilapidé ce qu'ils ont emporté avec eux, qu'est-ce qui va se passer?

Mais ces tensions ont quand même pour origine le programme nucléaire iranien, non?

Pour moi le programme nucléaire c'est un prétexte - on va dire, une conséquence. La première cause de tension dans le pays c'est sa mauvaise gestion, la corruption, qui est responsable de 95% des difficultés que traverse l'Iran. Ils ont essayé de contourner ça en signant en 2015 les Accords de Vienne, le Traité sur le Nucléaire Iranien, on s'est dit tout va bien, mais en fin de compte rien ne va!

Avec la complicité d'Obama, les Accords de Vienne permettaient surtout aux mollahs d'obtenir légalement la bombe nucléaire au bout de dix ans...

Pour moi, le Traité ignorait un aspect essentiel, la vérification des bases militaires ne prenant pas officiellement part au programme nucléaire. Mais évidemment la corruption persiste, et pour moi, même si Trump ne s'était pas officiellement retiré du Traité nucléaire, les choses en seraient quand même arrivées au point où nous en sommes aujourd'hui. Juste un peu plus lentement. Le retrait des Américains a précipité la chose.

Là où les pays européens sont en totale contradiction avec eux-mêmes, c'est qu'ils disent tous "Oui oui, il faut défendre les Droits de l'Homme" etc., mais ils cherchent tous à préserver le Traité nucléaire iranien, et à travers lui ils perpétuent le régime iranien criminel. En fait cet accord nucléaire n'a rien d'extraordinaire. Ça a simplement permis aux mollahs de recevoir 150 milliards de dollars.

Pour moi les Européens défendent le Traité iranien parce qu'ils ont été payés pour le faire... L'Iran a reçu des milliards de dollars par Obama, dont 150 milliards en cash, ce sont des faits avérés. Et on suppose que l'Iran s'est servi de cette somme pour corrompre des politiciens occidentaux pour qu'ils soutiennent le Traité nucléaire iranien, lever les sanctions, etc. Et l'Iran veut un retour sur investissement. Et comme ces politiciens sont pris à la gorge par leur propre corruption, ils se démènent pour montrer, à défaut d'y parvenir, qu'ils font sincèrement tout ce qu'ils peuvent pour aller dans le sens des Iraniens.

On saura ça si un jour le régime de la République Islamique tombe et on arrive, peut-être, à avoir accès à des documents confidentiels, on verra si les politiciens européens ont été payés... Mais pour le moment on n'a pas de preuves. Personne n'exclut ça mais pour le moment on n'a pas de preuves. Zarif [par le biais de Hossein Jaberi Ansari, porte-parole du Ministère des affaires étrangères iranienne] a dit une fois "si les Européens ne coopèrent pas on dira qui on a payé". Il est possible qu'il y ait eu quelque chose, il ne faut pas croire que les Européens soient plus intègres que les autres...

L'hypothèse expliquerait en tout cas pourquoi les Européens sont allés jusqu'à mettre en place un véhicule financier spécialement conçu pour contourner le système de paiement Swift, et donc les sanctions américaines contre l'Iran.

Oui mais c'est un système qui ne marche pas du tout! Ce truc il est mort. Les Européens disent "Oui oui on va faire quelque chose" mais les Iraniens voient que tous les jours il n'y a rien qui se passe, ils sont financièrement pris à la gorge, et puis ensuite ils sont en train de défaire cet accord nucléaire parce qu'il ne sert plus à rien. Selon moi il va se déliter complètement d'ici un mois et demi.

À l'intérieur du pays, environ 70% à 80% des Iraniens se disent, heureusement qu'il y a eu Trump pour sortir de cet Accord nucléaire parce que comme ça on est d'accord de vivre une période difficile pendant un an et demi, deux ans, mais après on sera débarrassés des ayatollahs.

Et en ce moment, sans vouloir vexer personne ici, le pays le plus détesté en Iran, c'est la France.

La France?

Macron est toujours en train de dire "nous allons faire ceci avec les Iraniens", "nous allons faire cela avec les Iraniens..." La France sera toujours considérée comme le pays qui a hébergé Khomeini et lui a donné la liberté de parole en 1978. Ensuite une fois que Khomeini était de retour on a couru pour signer des traités commerciaux, mais pendant la guerre Iran-Irak la France a pas mal soutenu Saddam en lui vendant des armes. Ensuite après la guerre ils mettent à disposition sous licence la technologie pour les voitures Peugeot, Renault, etc. mais ce sont des modèles inférieurs, avec des pièces pour liquider leurs stocks, des véhicules invendables en Europe... Après vient la période des sanctions internationales, on sort du pays, puis on revient avec les Accords, puis on en ressort... Total a même été condamné par la justice pour avoir payé des bakchichs en Iran. Par la justice française, c'est dire à quel point on en est.

...Finalement, les Iraniens se disent, "qu'est-ce que la France a jamais fait de positif pour nous?"

Les Suisses et les Allemands, eux, gardent une bonne image. Les Allemands ont fait un tour après 2015 et dit "c'est trop compliqué de faire des affaires ici" et ils sont partis, ce sont des gens réglos ; et les Suisses, qui ont fait pareil, représentent toujours l'Arabie Saoudite en Iran et l'Iran en Arabie Saoudite.

Que penses-tu des prises d'otages d'Iraniens binationaux?

L'Iran fait de la prise d'otage de binationaux de toutes nationalités. Il y a pas mal de Canado-iraniens, d'Anglo-iraniens, d'Américano-iraniens, qui sont déjà en prison. On ne sait pas combien ils sont parce qu'on n'entend parler que de certains cas médiatisés mais on ne sait pas combien il y en a au total, peut-être 200...

J'ai entendu que l'Iran ne reconnaissait pas la double-nationalité...

Ils la reconnaissent quand ça les arrange, et ils ne la reconnaissent pas quand ça les dérange. On prend par exemple en otage les binationaux franco-iraniens pour rappeler à M. Macron ses nombreux engagements avec l'Iran, pour lui mettre un peu la pression. Les Allemands et les Suisses, pour l'instant, on leur fout la paix. Jusqu'à quand, on ne sait pas!

Le pire c'est que l'Iran n'a pratiquement plus de relations avec certain de ces pays. L'Iran a brulé les ponts avec les USA donc il n'y a plus trop de possibilité de négociation pour les Américano-iraniens, quant aux relations avec le Canada elles sont loin d'être au beau fixe en ce moment... Les relations avec le Royaume-Uni sont au plus bas ; et les relations avec la France se dégradent. Le régime ignore relativement les Franco-iraniens, comme si c'était des citoyens de seconde zone. Mais Macron se pavane et ne fait rien, et les Français perdent de plus en plus leur réputation.

Pourquoi les Européens s'acharnent-ils à ce point à vouloir faire des affaires avec l'Iran?

Ils en ont gardé une image "romantique" d'un pays extraordinaire avec lequel on pouvait toujours faire des affaires, comme au temps du Shah. Ils ne se rendent pas compte qu'il vaut mieux attendre un changement de régime avant de passer à l'offensive... Commercialement, j'entends.

Revenons à cette perspective de guerre. De toute façon, même si Trump avait mordu à l'hameçon avec des provocations iraniennes, à cause des distances, les Américains et les Iraniens ne pourront jamais être directement en guerre, soldat contre soldat. Les Américains ne vont jamais envoyer des dizaines de milliers de boys comme au Viêt-Nam... Ce ne seront jamais que des campagnes aériennes contre un pays qui ne peut pas répliquer...

Mais la plupart des gens ne se rendent pas compte... À quel point l'Iran est actuellement un pays en faillite, une faillite aussi morale, absolument totale. L'Iran est un pays qui se désintègre. Donc, contrairement à ce qu'on pense, une guerre avec l'Iran, ça ne va pas durer longtemps. On envoie trois bombes à gauche à droite et les gens prennent la fuite. Il y a eu un tremblement de terre il y a quelques années dans le Kurdistan iranien, les gens vivent toujours dans des containers depuis, comme des miséreux.

Il n'y a pas eu de formation décente en Iran depuis trente ans! Les cadres de la compagnie pétrolière iranienne avaient été formés à l'époque par les Américains, maintenant ils sont tous à la retraite. À force de nommer des gens aux postes-clés parce que "lui c'est le fils de..." ou que "lui fait bien ses prières cinq fois par jour" ou "lui sait réciter le coran par cœur", on finit avec un pays grippé, immobilisé, où plus personne n'est capable de prendre une décision. Et maintenant, si on prend juste le secteur du pétrole, même en Iran, on pourrait continuer à exporter encore un million et demi de barils par jour, facilement. Mais ils se jettent tellement de bâtons dans les roues les uns les autres que l'exportation est tombée à 250'000 barils par jour. Parce que si Monsieur X voit que Monsieur Y s'en sort mieux que lui, Monsieur X va tout faire pour le saboter. Ça c'est typique des pays musulmans. Donc moi dans le cas d'une guerre avec l'Iran, moi je dis, il ne faut pas avoir peur... Les gens, dès qu'ils verront un risque crédible de guerre contre les Américains, ils vont s'empresser de changer de camp.

L'État iranien est en faillite.

Oui, complètement. Ils ont beau avoir des Gardiens de la Révolution, le régime n'est même pas un colosse aux pieds d'argile, c'est des pieds en sable en train de s'effriter... Le seul danger que je vois s'il y a une guerre, ce sont les milliers de réfugiés qui vont se mettre en marche en direction de l'Europe par la Turquie. Les Iraniens rêvent d'aller en Europe. 60% des Iraniens le souhaitent. Et entre 15 et 40 ans le taux monte à 90%. C'est énorme!

Comme tout gouvernement aux abois, l'Iran manipule les taux de change officiels pour siphonner des devises étrangères aux gens qui sont obligés d'échanger des rials. Le Hezbollah est fâché parce qu'il ne reçoit plus d'argent, les Palestiniens sont fâchés parce qu'ils ne reçoivent plus d'argent... Toute la construction iranienne se désagrège faute d'argent pour la faire tenir debout.

Ce n'est que de l'argent?

Oui, les Européens ne comprennent pas ça. Si tu prends un paysan suisse d'Appenzell, qui a ses cinquante vaches et qui vit péniblement avec deux mille francs par mois, et que tu lui proposes dix mille balles pour farcir une de ses vaches de bombes et faire un attentat avec devant le Palais Fédéral, il refusera, j'en suis certain. Pas seulement par peur, mais aussi parce qu'il aura une espèce de confiance intrinsèque dans la société dans laquelle il vit et dans ses autorités. Une forme de reconnaissance. C'est pour ça qu'en Occident le prix pour l'espionnage est aussi élevé. En Iran, on peut corrompre facilement n'importe quel fonctionnaire pour avoir des renseignements. Ils n'ont aucune fierté dans le régime. Aucune loyauté.

J'ai eu des Gardiens de la Révolution qui prétendaient être de bons musulmans en public et qui se pointaient chez moi, en plein ramadan, à cinq heures du soir, pour boire un peu d'alcool... Et même manger une omelette au jambon!! Tout ça c'est n'importe quoi.

Mais s'il y avait une guerre et si le régime tombait, qui le remplacerait?

Ça c'est le plus grand problème. On se basait sur les Moudjahidines du Peuple, qui ont pas mal d'immobilier à Paris mais aussi en Albanie et au Kosovo, mais ce sont des communistes. Entre les Moudjahidines du Peuple et les mollahs moi je préfère encore les mollahs! Les Moudjahidines sont communistes-islamistes. Communistes d'abord, et islamistes ensuite.

L'Occident n'a jamais voulu vraiment aider à élaborer une opposition crédible pour l'Iran. Là les Européens ont fait une énorme connerie, ils auraient pu piocher à loisir dans la diaspora avec les services de renseignement pour monter quelque chose...

Oui mais il aurait fallu pour cela que les Européens croient encore en quelque chose, c'est un peu le problème...

Les Européens croient toujours qu'ils ont l'argent, mais l'argent, ils ne l'ont plus. En Europe on est toujours sur la base de "En Europe ça va bien, on a de l'argent donc on peut donner dans le social, dans l'union ceci, dans la subvention de cela, etc." mais je me rends compte de plus en plus fortement que ça ne fonctionne plus.

S'il y a trente ans les Occidentaux avaient dit à l'Iran "ça c'est inacceptable, c'est comme ça que ça marche, on n'est pas d'accord," les choses n'en seraient pas arrivées là à Téhéran. Et en Europe non plus où l'islam règne désormais dans les banlieues, d'ailleurs.

En Iran, si le régime s'effondre, il n'y a même pas de général à poigne pour reprendre le pouvoir, des généraux il n'y en a plus. Il y a les généraux des Gardiens de la Révolution et ce n'est pas vraiment pareil. Et si ceux-là prennent le pouvoir ça va être encore pire.

Pire?

On va passer d'un État islamiste à un État fasciste type nazi, avec une couleur islamique en plus. L'islam c'est le nazisme. Mais là le côté nazi prendra le dessus. On passera d'un régime islamiste avec une pointe de nazisme à un régime nazi avec une pointe d'islamisme.

Comment vois-tu l'évolution des prochains mois?

Je dirais que dans les six prochains mois on va rester comme aujourd'hui, dans une situation assez tendue.

Ça pourrait durer plus longtemps, non? Trump essaye autant que possible de se dépêtrer des guerres de l'Amérique, ce n'est pas pour se lancer dans un nouveau conflit contre un pays de 80 millions d'habitants...

Mais je vois un "mais", c'est qu'à chaque fois qu'il y a une guerre le Président se fait réélire. Donc si les Gardiens de la Révolution voient que la situation est devenue telle pour eux qu'ils ont besoin d'une guerre, c'est la fuite en avant. Ils continueront comme ils le font jusqu'à ce qu'il y ait une réponse des Américains, et là ils pourront déclarer le commencement de la guerre.

Quelle forme prendra cette guerre? Ils vont tirer tous azimuts sur tous les bateaux passant dans le Détroit d'Ormuz? Ils vont bloquer le Détroit? Alors que les Américains sont devenus autosuffisants en pétrole...

C'est la Chine et l'Asie qui vont en pâtir le plus. Donc pour les Américains ce n'est pas un problème. Ils pourraient se dire, finalement pourquoi pas?

Les Russes ont tellement de problèmes intérieurs que malgré toutes leurs déclarations ils ne feront rien. Les Chinois n'osent pas intervenir si loin à l'extérieur de leur zone d'influence, ils se contenteront de proclamer que tout ça est la faute des Américains, comme les Européens dont l'économie souffrira.

Et là les Européens diront "Oh mon Dieu comme c'est grave, faisons des conférences à Davos."

Moi ce que je crains le plus c'est que les services iraniens aient préparé des bombes sales, et à la première occasion qu'ils viennent les faire exploser en Occident.

En Occident?! Et pour obtenir quoi?

Un chien enragé ne se pose pas de questions. Il mord.

16 mai 2018

Iran: la phrase qui change tout

Depuis le retrait américain de "l'accord nucléaire", les Européens se battent comme des lions aux côtés des Iraniens pour tenter de sauver le traité. Aucun voyage diplomatique n'est de trop, aucune promesse n'est excessive si elle peut permettre de faire perdurer le texte.

Une diplomatie qui tourne dans le vide, mais à plein régime

Quel sens le JCPOA (selon l'acronyme du traité qui prétend mollement empêcher l'Iran de fabriquer sa bombe) garde-t-il sans les États-Unis? Ce n'est pas une question rhétorique, mais la simple constatation d'un problème pratique, politique et surtout, économique.

Derrière un titre fort et volontariste en forme de plaidoyer ("Les Européens et l'Iran s'engagent à sauver l'accord nucléaire") un journaliste du Temps fait de son mieux pour faire vivre l'espoir.

«Nous cherchons des solutions pratiques pour permettre à l’Iran de continuer ses ventes de pétrole et de gaz, poursuivre ses transactions bancaires, maintenir les liaisons aériennes et maritimes, lui assurer des crédits à l’exportation et faciliter les investissements», a détaillé la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.


Ensuite, figure de style obligatoire, on donne corps à des fantasmes en s'en prenant aux méchants, méchants États-Unis de Donald Trump. Ils essaieraient, en bons impérialistes yankees, d'imposer leur loi au monde. Le nouveau mot-clef introduit pour l'occasion est l'extraterritorialité, 76 points au Scrabble, placé par Boris Johnson, soutenu par le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian et leur homologue allemand Heiko Maas.

L'idée derrière "l'extraterritorialité" est que les États-Unis imposeraient des sanctions au-delà de leur territoire, donc de leur juridiction. Une accusation aussi gratuite que pétrie de mauvaise foi (aucun représentant américain ne sera interviewé pour apporter le moindre contrepoint) et qui vient à point nommé pour préparer l'inévitable échec de toutes ces démarches.

Il s'agit moins d'un problème juridique d'extraterritorialité inventé de toute pièce que de la simple interdépendance des économies occidentales, ce que les politiciens admettent eux-mêmes à demi-mot:

Le cas Airbus est emblématique de la complexité du dossier iranien. L’avionneur est en effet pris en otage (sic) à double titre par la décision de Donald Trump, prise le 12 mai, de se retirer de l’accord conclu avec Téhéran. Premier problème: ses financements, qui impliquent des banques américaines. Deuxième problème: la vulnérabilité technique de ses appareils. Des milliers de composants fabriqués aux Etats-Unis sont utilisés sur chaque Airbus commercialisé. Impossible, dès lors, de poursuivre la production d’avions à destination de l’Iran.


Les Américains n'imposent rien à personne, ils sont seulement cohérents. Si l'Iran fabrique sa bombe, c'est un ennemi, et on ne commerce pas avec l'ennemi, ni avec ceux qui le font. Les Européens (et les Suisses d'ailleurs) sont parfaitement libres de commercer avec l'Iran, autant qu'ils veulent. Mais alors ils devront renoncer à faire commerce avec les États-Unis. Si tout le monde se plaint ces derniers jours, c'est qu'ils veulent le beurre et l'argent du beurre: l'accès au marché iranien (si possible débarrassé de leurs concurrents américains, ne boudons pas notre plaisir) et l'accès au marché américain.

Du nucléaire, nulle question. Des mensonges iraniens dévoilés par Israël, aucune mention. La bombe atomique n'existe plus. Et on s'interroge: pourquoi les Européens se démènent tant pour préserver l'accord? L'amour de la paix, on repassera. Les raisons économiques valent un moment, mais deviennent absurdes dès lors que la poursuite du traité risquerait de faire perdre aux entreprises, aux États-Unis, plus que ce qu'elles ont à gagner en Iran.

Il y a anguille sous roche.

Une phrase sibylline qui remet les choses en perspective

Le dossier iranien est rempli de mystères, dont la récente agitation des Chancelleries européennes n'est que le dernier avatar. Il y a des histoires d'espionnage et des révélations, comme celles faites par Israël récemment. Il y la démission surprise du Chef des inspections nucléaires de l'ONU sans explication, quelques heures après l'annonce de Trump de retirer les États-Unis du traité. Il y a John Kerry, négociateur en chef pour l'Administration Obama, qui multiplie les voyages en Iran et monte une véritable diplomatie parallèle pour expliquer qu'il faut courber l'échine pendant l'orage Trump et que les affaires reprendront bientôt. Il y a Obama qui fit livrer 400 millions de dollars par avion militaire - en cash s'il vous plaît, chargés sur des palettes! - en août 2016, simultanément à la libération de quatre otages américains.

"Rançon!" avaient alors hurlés les adversaires du Président démocrate. Mais si la libération des otages elle-même avait été une couverture pour quelque chose d'autre? Alors qu'ils détestent les États-Unis et ne font quasiment pas d'affaires en dollars, pourquoi le régime iranien aurait-il eu besoin de centaines de millions en coupures livrées par avion?

Et si cet argent n'avait pas été envoyé en Iran pour y rester, mais se retrouver dans les poches de quelqu'un d'autre?

Une phrase vient donner poids à cette hypothèse - une simple phrase prononcée par Hossein Jaberi Ansari et rapportée par plusieurs sites (mais aucun média mainstream en Occident, pour d'évidentes raisons). Hossein Jaberi Ansari est le porte-parole du Ministère des affaires étrangères iranienne. Il avertit simplement ses homologues européens:

"Si les Européens cessent le commerce avec l'Iran et ne mettent pas la pression sur les États-Unis, alors nous révélerons quels politiciens occidentaux ont reçu de l'argent, et combien, durant les négociations visant à établir l'Accord Iranien sur le nucléaire."

[“If Europeans stop trading with Iran and don’t put pressure on US then we will reveal which western politicians and how much money they had received during nuclear negotiations to make Iran Deal happen.”]


Voilà une petite phrase très intéressante, ne trouvez-vous pas?

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Hossein Jaberi Ansari, porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères iranien, à la télévision

On comprend l'amertume des Iraniens si l'accord finit par capoter: tout l'argent versé l'aurait été en vain. Jusqu'ici, on peut dire que la phrase a été suivie d'effets. Les Européens font de leur mieux, de façon démonstrative même, pour montrer qu'ils ont à cœur de sauver les Accords de Vienne - et ce, même s'ils n'ont aucune chance. "Essayé, pas pu", voilà la stratégie qu'il leur reste.

Il serait amusant de voir les Iraniens mettre leur menace à exécution, permettant de révéler le degré de corruption de nos élites dirigeantes. Un bénéfice supplémentaire de l'intransigeance de M. Trump...

Finalement, il se pourrait bien que ce dessinateur de presse ait vu tout juste depuis le début:

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09 mai 2018

Le traité iranien passe à la trappe

Trump rejette le pseudo traité de non-prolifération négocié avec l'Iran sous l'ère Obama, et l'Histoire s'écrit.

À quoi joue Trump ?, Le bulldozer Trump biffe l'accord iranien, Iran : une décision absurde aux effets déstabilisateurs, Donald Trump n'a pas de plan B, Et pourtant les généraux soutenaient l'accord sur le nucléaire iranien... Voilà quelques-uns des titres des articles de presse du lendemain du 8 mai, tous sortis du même tonneau. La même antienne servie par toutes les chancelleries, tous les ministres des affaires étrangères, tous les Premiers Ministres, tous les Présidents.

À les entendre, et il est difficile d'entendre autre chose tant leur voix écrase les autres, Trump est irrationnel, fou, imprévisible, et sa décision l'est tout autant. Mais il y a d'autres explications possibles, par exemple qu'ils mentent ou se trompent. Je penche pour cette approche, pour des raisons expliquées récemment.

Ils omettent par exemple de dire que le Traité de non-prolifération signé avec l'Iran en 2015 est tout sauf un traité de non-prolifération. En "échange" de la levée des sanctions internationales, l'Iran a obtenu:

  • Le droit de faire progresser la technologie de ses missiles balistiques, vecteurs indispensables pour projeter l'arme atomique à distance et menacer ainsi toutes les contrées à portée de tir, d'Israël aux États-Unis en passant par l'Arabie Saoudite et l'Europe ;
     
  • Le droit d'enrichir le minerai d'uranium sur son sol, ce qui est strictement interdit par le Traité international de Non-Prolifération nucléaire dont l'Iran était signataire avant que sa violation manifeste ne soit prouvée au grand jour ; [rappelons que les pays souhaitant disposer de nucléaire civil peuvent faire enrichir gratuitement du minerai d'uranium auprès des puissances nucléaires existantes]
     
  • Le droit de moderniser son parc de centrifugeuse, le traité limitant leur nombre mais pas leur puissance, permettant de décupler les capacités de production de matière fissile du pays tout en respectant le texte à la lettre ;
     
  • Le droit d'obtenir l'arme atomique officiellement en 2025, à l'épuisement du traité.

Difficile de parler de non-prolifération sans éclater de rire, si le sujet n'était si grave. Mais tous ces cadeaux obtenus sans contrepartie ne suffisaient pas encore aux mollahs. Il fallut l'intervention commando du Mossad en plein territoire iranien pour ramener les preuves que l'Iran continuait encore et malgré tout à enrichir de la matière fissile en vue d'un usage militaire, pendant les négociations et après la signature du traité. L'Iran n'a jamais, à aucun moment, considéré le texte diplomatique comme autre chose qu'une diversion.

L'Iran pourrait reprendre l'enrichissement, s'inquiètent aujourd'hui des éditorialistes. Leur inquiétude devrait plutôt venir de ce que l'Iran ne l'a jamais cessé.

Trump n'appartient pas à la sphère des politiciens professionnels de Washington. Il résista à l'incitation internationale lancée par les héritiers de Chamberlain, M. Macron et Mme Merkel. Il résista à la pression de ses rivaux politiques, des médias, des doctes analystes. Il resta sourd aux "bons conseils" de membres de sa propre équipe comme Rex Tillerson ou le général Flynn. Pourtant, les Républicains faisaient parfois preuve de plus de courage, en paroles en tout cas.

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Trump annonce qu'il sort les États-Unis du traité avec l'Iran (image: capture d'écran vidéo)

Armé de son bon sens et d'une transparence qui l'amena à aborder le sujet dès la campagne électorale, Trump annonça qu'il retirerait les États-Unis du traité signé avec l'Iran. Les seuls qui voient quelque chose d'imprévisible dans cette affaire sont nos médias, aveuglés par leur haine anti-Trump.

Les Européens gesticulent en affirmant qu'ils veulent "sauver" le traité. Ils n'ont rien compris. Les États-Unis ont tué le traité. Trump réinstalle unilatéralement les sanctions économiques américaines avec l'Iran. Trump ne peut pas empêcher quiconque de commercer avec l'Iran ; mais il peut empêcher ceux qui commercent avec l'Iran de commercer avec les États-Unis. Les vendeurs d'Airbus, de voitures, de téléphones portables et de matériel à usage potentiellement militaire vont devoir faire des choix. Commercer avec Téhéran, ou avec les États-Unis? Les deux seront exclusifs. Plus possible, comme aiment tant à le faire les Européens, de manger à tous les râteliers.

De la même façon, Trump n'est pas tombé dans le piège d'une "réforme" du traité. Celle-ci aurait volontairement traîné en longueur sur des années, largement plus qu'il n'en faut pour que l'Iran ne termine sa bombe. L'annonce surprise de sa décision le 8 mai - alors qu'il avait laissé entendre à plusieurs reprises qu'il se déciderai vraisemblablement le 12 - participe de cette stratégie de déstabilisation de l'adversaire. Selon certains analystes et les sous-entendus de responsables iraniens eux-mêmes, l'Iran pourrait n'être qu'à quelques semaines de l'assemblage d'une bombe nucléaire. À ce stade, chaque minute gagnée compte. Gageons que les satellites espion et les agents infiltrés sont sur la brèche, scrutant la réaction iranienne dans ses moindres détails.

L'avenir est toujours incertain face aux islamistes iraniens et à leurs rêves apocalyptiques. Une guerre reste possible. Mais en agissant comme il vient de le faire, Trump diminue le risque que cette guerre soit nucléaire.

03 mai 2018

Les mensonges de l'Iran dévoilés

Le régime iranien lança avant l'an 2000 un programme nucléaire militaire secret. C'est un fait avéré et documenté. En 2003, alors que les soldats de la coalition menée par les États-Unis envahissaient l'Irak pour mettre à bas le régime de Saddam Hussein, les mollahs iraniens prirent peur et gelèrent immédiatement le programme - l'Amérique était trop proche. C'est un fait avéré et documenté. En 2008, alors que le Messie Obama entra à la Maison Blanche, les mêmes mollahs purent soupirer de soulagement et relancer le programme: la menace que faisaient peser George W. Bush et les faucons républicains s'était éloignée. L'Amérique était désormais conduite par un ami des musulmans - un individu né d'un père musulman, qui effectua une partie de sa scolarité dans une classe coranique, et qui prit de nombreuses positions pro-musulmanes au cours de sa carrière. Ce sont des faits avérés, documentés.

Ils furent tant et plus avérés et documentés que, devant le vague danger de quelques millions de personnes directement consumées par le feu nucléaire lancé par le régime fou et millénariste comme celui des mollahs d'Iran, les puissances de ce monde lancèrent les "négociations" pour donner l'illusion de faire quelque chose. Comme le négociateur en chef du Monde Libre s'appelait alors Barack Obama, il y avait peu de chances que cela débouche sur quelque chose de concret. Et c'est ainsi qu'après d'interminables palabres et autant de dîner de galas et de petits fours, la montagne diplomatique accoucha du fameux traité en 2015 - un traité qui repoussait juste de... dix ans l'obtention légale de la bombe atomique par l'Iran.

En Occident, il faut être un grand naïf pour gober ne serait-ce qu'une minute la fable du nucléaire civil iranien, de l'efficacité des sanctions, de la solution que représente le fameux traité entre l'Iran et les 5+1 (USA, Chine, Royaume-Uni, France, Russie et Allemagne) pour empêcher l'Iran de construire la bombe. Au sein des sociétés occidentales biberonnées à la propagande officielle, mélange de minimisation et de mensonges apaisants pour éviter toute panique improductive, de tels individus existent. Toute population contient une proportion irréductible de crédules, en particulier si leur seule source d'information sont ces médias officiels qui leur veulent du bien. Ces zombies se retrouvent dans toutes les strates du pouvoir, mais plus on prend de la hauteur plus ils se font rares.

D'autres sont des adeptes de la realpolitik la plus extrême: qu'importe que l'Iran soit nucléaire si on peut lui vendre des Airbus, des téléphones portables ou des autoroutes. La France est à l'avant-garde de ce courant de pensée, l'Europe la suit, l'Asie trottine derrière. Dans cette catégorie on peut aussi placer la Suisse qui, se pensant abritée par sa neutralité, ne voit dans le dossier que l'occasion de se faire de la pub en faisant venir des gens importants à Genève. Variante russe: "ils sont totalement fous mais ils sont nos alliés, et c'est ce qui compte". Ces gens savent parfaitement que le chemin qu'ils prennent amènera à courte ou moyenne échéance l'arrivée d'un champignon atomique quelque part mais ils s'en lavent les mains - entre-temps, ils se seront fait un maximum d'argent. Les affaires sont les affaires, et lorsque ce qui doit arriver arrivera, eh bien, il sera temps de voir.

Une troisième catégorie, enfin, est la plus cynique de toutes: ce sont des gens qui imaginent avec un appétit non dissimulé quelle sera la cible - vraisemblablement Tel-Aviv. Bien fait pour la gueule de ces sales Israéliens, de ces sales juifs. Les Iraniens, pensent-ils, finiront le travail commencé par le petit moustachu au XXe siècle, et ce sera très bien pour tout le monde. Évidemment, ce n'est pas le genre de chose que l'on dit en bonne société - si on n'est pas complètement sûr de son auditoire - mais on n'en pense pas moins. En petit comité, on lâche parfois une allusion.

Je passe rapidement sur les nombreux éléments allogènes de nos sociétés qui attendent "l'incident nucléaire" avec impatience pour pouvoir faire la fête avec force klaxons et youyous dans les rues, façon but en finale de Coupe du Monde de football.

Au milieu de cet océan de mensonges, une démocratie, Israël, petit morceau d'Occident perdu au milieu d'une marée d'ennemis vivant dans l'obscurantisme, la violence et la haine, tente de survivre.

Netanyahou fait son spectacle...

Les politiciens sont attirés par les projecteurs et les caméras comme les papillons de nuit par la lumière, et Benyamin Netanyahou ne fait pas exception.

Israël doit sa survie à la qualité de ses services de renseignement - les mêmes qui accumulèrent suffisamment de preuves pour que plus personne, pas même Téhéran, ne puisse remettre en question la réalité du programme d'enrichissement militaire du régime. Le Mossad identifia en 2016 un entrepôt lié au programme nucléaire iranien et lança une opération commando en territoire ennemi, visant à rapatrier ce qui pouvait s'y trouver. Citant un quotidien israélien évoquant des informations publiées dans le New York Times:

Un haut responsable israélien, qui a parlé sous couvert de l’anonymat pour évoquer la mission secrète, a déclaré au Times que le Mossad avait découvert l’entrepôt en février 2016 et que le bâtiment était sous surveillance depuis lors.

Les agents sont entrés par effraction dans le bâtiment une nuit de janvier dernier, ont retiré les documents originaux et les ont ramenés clandestinement en Israël la même nuit, selon le journal.

Le président américain Donald Trump a été informé de l’opération par le chef du Mossad, Yossi Cohen, lors d’une visite à Washington en janvier dernier.

Le haut responsable a déclaré que le retard dans la publication des documents était dû au temps qu’il a fallu pour les analyser, la grande majorité d’entre eux étant en persan.


Que trouvèrent-ils? Juste un ensemble hallucinant d'archives sur le programme nucléaire militaire des mollahs, que le régime iranien avait placé là en pensant que la discrétion suffirait à les protéger, et que le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou présenta en début de semaine avec une mise en scène étudiée.

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Benyamin Netanyahou se donne en spectacle devant la capture de renseignements par le Mossad.
(Crédit : Bureau du Premier ministre)

Cherchant à maximiser l'impact médiatique de la découverte, le Premier Ministre présenta l'archive de documents iraniens révélant que Téhéran a œuvré à développer un arsenal d’armes nucléaires, menti à la communauté internationale à ce sujet, et pris les mesures nécessaires pour que le pays puisse travailler à l'élaboration de sa bombe dans le cadre du pacte de 2015.

Lors d’une présentation brève mais dévastatrice depuis le siège du ministère de la Défense de Tel-Aviv, Netanyahu a dévoilé ce qu’il a qualifié de l’une des plus grandes réussites des services du renseignement israéliens : mettre la main sur des documents rédigés par l’Iran et consacrés à son propre programme sur les armes nucléaires, à savoir 55'000 pages auxquelles sont venus s’ajouter encore 55'000 documents sur CD, a-t-il expliqué. Ces archives retracent fidèlement les progrès réalisés par le programme global de construction d’armes nucléaires de la république islamique, qui porte le nom de projet Amad, a-t-il noté – s’exprimant en anglais, pour un retentissement maximal à l’international. Et en obtenant ces fichiers, a-t-il déclaré, Israël est dorénavant en mesure de prouver de manière irréfutable que les leaders iraniens ont menti « éhontément » au monde et que l’accord de 2015 est fondé sur une « duperie ».

 
Les faits sont précis, documentés, disponibles, indiscutables. L'Iran n'a que sa mauvaise foi pour répliquer.

...Et personne n'applaudit.

Rien ne se passe, rien ne se passera, et rien ne pouvait se passer ; avant même la présentation de Netanyahou, chacun devait s'en douter, à commencer par le principal intéressé. Le grand public - divisé en naïfs, affairistes cyniques et antisémites, comme expliqué plus haut - est généralement insensible à de nouvelles informations ; l'indignation est réservée aux causes que les médias officiels ont décrétées importantes. La vie de quelques millions d'innocents menacés par le feu nucléaire n'en fait pas partie. Rien que de plus normal: ce ne sont que des juifs. Au pire se laisse-t-on surprendre par quelque sympathie pour les millions d'Iraniens qui seraient vitrifiés à leur tour lors d'une riposte.

D'autres tenteront faiblement de se faire l'écho de la propagande iranienne et de clamer que tout cela n'est qu'un tissu de mensonge, tentant éventuellement un parallèle hasardeux avec la déclaration de Colin Powell aux Nations-Unies avant la seconde guerre d'Irak en 2003. Nous appellerons cette sous-catégorie les "fidèles de Meyssan", selon un affairiste dont le nom se perd dans les brumes du temps. "Meyssianistes", peut-être?

Le manque de sincérité des dénégations face aux preuves apportées par les Israéliens n'a pas d'importance, parce que la vérité n'en a pas dans ce dossier. Il est probable, sinon certain, que les 5+1 négociant avec l'Iran pour soi-disant l'empêcher de construire la bombe savaient parfaitement qu'ils avaient en face d'eux un interlocuteur plein de duplicité et indigne de confiance. Mais ils étaient prêts à s'en accommoder. Alors, comme tout bon politicien, ils firent ce qu'ils font à chaque fois en pareil cas: ils baissèrent drastiquement leurs exigences jusqu'à ce qu'il n'en reste quasiment plus rien, mais encore assez pour proclamer un "succès" et le fêter, tout sourire, face aux objectifs des journalistes.

Aujourd'hui, les chancelleries s'agitent mais toutes les déclarations vont dans le même sens: "On ne va pas en faire un fromage". Même Netanyahou, relèvent les observateurs, s'est abstenu d'exiger quoi que ce soit. Des analystes estiment que c'est un aveu de la faiblesse de ses nouvelles preuves. D'autres, dont je fais partie, pensent que c'est pour s'éviter l'humiliation d'une fin de non-recevoir par ses "alliés" occidentaux, pour lesquels la perspective d'un Iran nucléaire a bien moins d'importance que la tranquillité de leurs prochaines excursions diplomatiques.

La seule inconnue - et le seul espoir pour Israël de ne pas avoir à agir seul - vient des États-Unis, où Trump occupe la Maison Blanche, et se montre depuis très longtemps le premier Président américain sincèrement intéressé par le destin d'Israël (autrement que lorsqu'il faut récupérer les voix des juifs américains). Trump met en doute la ratification du pseudo-traité de non-prolifération et entend y donner une réponse le 12 mai.

Malgré son nom, le traité actuel garantit à l'Iran l'accès légal à la production d'armes nucléaires à terme - une filière totale, allant du yellow cake à l'ogive nucléaire soigneusement placés sur un missile longue-portée. La non-ratification du traité ouvre une période d'incertitude qui pourrait elle aussi déboucher sur un Iran nucléaire, ou sur une guerre. Mais elle ouvre aussi la mince perspective d'un nouvel accord, réellement contraignant cette fois-ci, empêchant pour de bon les mollahs de concrétiser leurs délires de fin du monde.

Le chemin est étroit mais il existe.

06 août 2016

Donald Trump, éternelle cible

Quiconque lisant les médias au sujet Donald Trump finira immanquablement par arriver à l'une de ces deux conclusions:

  • Donald Trump est, au minimum, l'antéchrist. L'individu est cinglé, idiot, malhonnête et il s'agit là des qualificatifs les plus présentables. Son élection comme représentant du Parti Républicain est invraisemblable, inexplicable, et n'illustre rien d'autre que la stupidité intrinsèque des électeurs américains de droite, et par extension de tous ces fous d'Américains.
  • Donald Trump est la cible d'une campagne de calomnie absolument sans précédent. Dans un mélange de haine et de terreur, les médias travaillent d'arrache-pied à le démolir, fouillant dans ses poubelles et montant en épingle la moindre anecdote pour nuire au personnage ou à sa famille. Dans l'affrontement entre Clinton et Trump, toute déontologie a été jetée par-dessus bord et les rédactions travaillent ouvertement au succès de la candidate démocrate.

Le biais anti-Trump recopié par nos médias locaux avec un empressement servile trouve sa source outre-Atlantique. Le phénomène est si marqué qu'un éditorialiste poussa le bouchon jusqu'à la caricature, évoquant le candidat aux présidentielles comme "La Créature Démoniaque Surgie des Profondeurs de l'Enfer". Tout le monde comprit l'allusion.

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Plutôt que de s'acharner sur Donald Trump, les médias auraient pourtant de nombreux dossiers à traiter en examinant plus sérieusement les agissements récents de l'administration démocrate au pouvoir. Sous la férule de Barack Obama, l'homme qui décrète qui est qualifié pour être président, les États-Unis viennent de verser 400 millions de dollars en argent liquide étranger (Euro et Francs suisses, excusez du peu) à l'Iran pour la libération de quatre otages américains retenus là-bas.

Sur la fin de son mandat, le président américain ment désormais sans retenue, expliquant avec condescendance que les USA ne versent "jamais" de rançon. Mais le porte-parole de la Maison Blanche refusa de répondre à une simple question, à savoir, l'avion rapatriant les otages décolla-t-il de Téhéran avant l'atterrissage de celui transportant les millions? S'il eut été souhaitable d'obtenir ce détail de la bouche d'un officiel, la vérité est connue. Avant de pouvoir décoller, les otages attendirent sur le tarmac des heures durant que l'argent arrive. Rien à voir avec une rançon, n'est-ce pas!

Toujours sur l'Iran, nous apprenons via l'agence de presse AP que l'accord visant à limiter les capacités d'enrichissement nucléaire n'empêche en réalité rien du tout. Le deal largement négocié par la précédente Secrétaire d’État aux affaires étrangères, Mme Clinton, permettra au pays de disposer dans moins de dix ans, en toute légalité, de centrifugeuses tellement puissantes que l'intervalle entre une décision d'enrichissement militaire et l'obtention d'une bombe nucléaire se réduira à quelques mois.

Hillary Clinton est aussi impliquée dans la direction de Lafarge, une société industrielle française qui versa de l'argent à l’État Islamique et acheta vraisemblablement de son pétrole. La relation entre Mme Clinton et Lafarge, régulière donatrice à la Fondation Clinton, est une vieille histoire ; dans les années 80 déjà, la firme offrait un emploi à la politicienne au moment même où la CIA s'en servait comme couverture pour exporter des armes à un certain Saddam Hussein, nous apprend Wikileaks.

usa,médias,donald trump,hillary clinton,obama,manoeuvres politiques,iranLa bonne vieille guerre d'Irak fait d'ailleurs un retour sur le devant de la scène avec une des dernières anecdotes montées en épingle par les médias sur Donald Trump, la fameuse affaire de la famille du vétéran. Pendant la Convention Démocrate noyautée par Hillary, la parole fut donnée à un certain Khizr Khan, père d'un soldat mort en Irak.

Appuyé en silence par son épouse voilée ("celle-ci doit selon l'islam obtenir l'autorisation de son mari pour s'exprimer", rappela Trump), Khan brandit un exemplaire de la Constitution et attaqua violemment M. Trump en affirmant qu'il ne l'avait jamais lue ni "consenti de sacrifice", et invita finalement tous les américains d'origine immigrée à voter en faveur d'Hillary Clinton.

Les médias s'empressèrent d'appuyer les propos de M. Khan et de l'inviter sur les plateaux de télévision. Eussent-ils fait preuve d'un zeste d'esprit critique, ils auraient pu relativiser son intervention:

  • Le fils de M. Khan, Humayun, était majeur en s'engageant dans l'armée. Le choix d'aller en Irak était sa décision propre, non celle de sa famille. Khizr Khan le soutenait-il? Rien n'est moins sûr, et Humayun n'est évidemment plus là pour en témoigner. Le terme de "sacrifice" implique que les parents auraient appuyé le choix de leur fils de s'engager, mais ne correspond guère aux propos tenus.
  • L'intervention américaine en Irak en 2003 a été formellement approuvée par un vote de Mme Clinton. A l'inverse, M. Trump s'est plusieurs fois distancié de cette décision. Il est d'ailleurs proprement hallucinant de voir tous les médias hurlant continuellement contre la guerre en Irak devenir si subitement silencieux maintenant que cet aspect est devenu gênant pour la candidate démocrate.

"À chaque fois que le président juge que l’entrée de n’importe quel étranger ou de n’importe quelle classe d’étranger aux États-Unis serait au détriment des intérêts des États-Unis, il peut par proclamation, et pour la période qu’il jugera nécessaire, suspendre l’entrée de tout étranger ou de toute classe d’étranger comme immigrants ou non-immigrants, ou imposer sur l’entrée des étrangers toute restriction qu’il pourra juger appropriée."


Depuis, un portrait un peu plus complexe émerge: des gens ont naturellement commencé à s'intéresser à Khizr Khan, et découvert que celui-ci avait un cabinet de conseil juridique tirant directement profit de l'immigration musulmane à destination des États-Unis. Mieux encore, cette immigration se faisait au travers du programme EB-5, lourdement critiqué par des membres du Congrès et des services de renseignement comme une faille permettant l'exportation de technologie sensible, d'espionnage économique, et son détournement par des agents de gouvernements étrangers et des terroristes... Lorsque ces premiers éléments commencèrent à émerger, M. Khan mit rapidement son site hors-ligne.

Il y aurait donc beaucoup à dire et à creuser sur ce qui se passe dans le camp démocrate, du côté d'Hillary Clinton et de la Maison-Blanche, avec de vrais scandales à la clef. Mais les journalistes d'investigation travaillent exclusivement à charge contre Donald Trump. Les médias ne mettent donc en première page que les piètres morceaux qu'ils parviennent à dénicher: quelques phrases du discours de la Première Dame inspirées d'un autre écrit huit ans auparavant, ou un éventuel permis de travail dont elle se serait passée il y a 21 ans, en attendant un prochain "article de fond" sur des amendes de stationnement...

Évidemment, les Américains ne sont pas dupes. La popularité continue de Donald Trump est aussi la marque de la perte d'influence des médias traditionnels en faveur d'Internet où toutes ces informations se diffusent bien plus librement, et c'est le principal enseignement à tirer de cette campagne.

Les journalistes de presse et de télévision ont beau crier leur haine du candidat républicain, qui les écoute encore? En Amérique, plus grand-monde.