19 septembre 2021

Women in Black

La photo de la semaine nous vient d'Afghanistan, où les talibans "mettent en scène leur vision de la femme", nous explique Le Figaro.

Les maîtres de l’Afghanistan ont organisé le 11 septembre dans une université de Kaboul une réunion de femmes soutenant leur conception de la religion et de la séparation des sexes.


La précision du sexe des participantes est importante tant il est difficile de reconnaître quoi que ce soit dans l'assemblée.


Des Nazgûls? Des Seigneurs Sith? Des Mangemorts de Harry Potter? (Image Kaveh Rostamkhani/kaveh-rk.net)

Raffinement supplémentaire, on nous apprend que les talibans ont inventé une nouvelle tenue: "il s’agit d’un niqab doté d’un sitar, c’est-à-dire d’un tissu qui recouvre les yeux, assez fin pour laisser transparaître le monde. À défaut de sitar, certains niqabs sont équipés de larges œillères qui camouflent tout autant le visage."

Le niqab n'était pas suffisant ; il faut une étoffe "assez fine pour laisser transparaître le monde." Un bel humanisme de nos barbus, qui pensent tout de même au danger de percuter des obstacles lors des déplacements.

Les internautes du Figaro se déchaînent:

"7 différences se sont glissées entre les niqabs. Sauras-tu les retrouver? Solution en page 124."

"Demain j'enlève le haut"

"Au bal!
Au bal mosquée ohé ohé!"

"Houssons les femmes, chantait Patrick Juvet..."

"Les jours de marché à Kaboul, ça ne doit pas être simple de retrouver chacun sa ou ses chacunes... À moins d'un suivi GPS. Une bonne idée au pays de la startup!"


Mais derrière l'humour pointent aussi des critiques. Pendant que les femmes afghanes doivent se déguiser en fantômes sous peine de subir des sévices que nous n'imaginons même pas, en Occident, féministes et gauchistes mettent en garde contre notre société patriarcale et misogyne en sirotant des cocktails devant la diffusion de “la servante écarlate" sur Netflix. Le silence des féministes sur le sort des femmes afghanes est assourdissant.

Si ces chantres du vivre-ensemble faisaient un tour dans certaines banlieues ou même à Paris dans les quartiers nord, ils y croiseraient des femmes et des jeunes filles couvertes de tchador, al-amira, khimar, hijab et parfois niqab, de plus en plus nombreuses. Ces accoutrements de l'islam politique permettent à leurs familles d'exprimer leur rejet voire leur haine des valeurs universalistes de l'Occident.

Il n'y a nul besoin d'aller à Kaboul pour apercevoir de telles assemblées. "Dans quelle ville française a été pris ce cliché? La Courneuve? Saint-Denis? Aubervilliers?" demande l'un d'eux. À moins qu'il ne s'agisse du "forum indigéniste non genré de l'UNEF à Paris 13", rétorque un autre. À l'université d'été des verts en France, il y avait aussi des “ réunions inclusives en mixité choisies”. Réunions interdites aux mâles prédateurs, et voiles bienvenus...

Car la perception de l'homme hétérosexuel comme une menace est le point de convergence entre les musulmans radicaux et les gauchistes radicaux. Pour "protéger" les femmes de ces odieux mâles cisgenres, les premiers ont la solution simple du niqab et de la surveillance permanente. Les seconds préfèrent pour l'instant théoriser leurs visions en novlangue, comme la “perspective décoloniale intersectionnelle", mais posent un regard bienveillant sur les premiers. Il suffit de discuter avec des progressistes sur le voile pour voir émerger cette convergence - notamment lorsqu'on vous raconte sans ciller que les femmes, comme ici les femmes afghanes, sont satisfaites et volontaires de s'habiller ainsi.

À partir du moment où la pression sociale et les maltraitances exercées sur les femmes sont suffisamment fortes pour que non seulement elles se vêtent comme l'exigent les mollahs mais en plus qu'elles prétendent que c'est leur choix lorsqu'on le leur demande, nos gauchistes de service n'y voient plus rien à redire.

Voilà en quoi cette photo ne diffère finalement en rien du monde woke que nous vendent les progressistes. Comme le résume un Internaute, "ces vêtements en sont l'aboutissement logique: safe-space féminin, participantes intersectionnelles qui ont toutes fait le choix conscient et éclairé du port du voile intégral, choix faisant partie intégrale de l'expression de leur liberté. Voilà."

05 mars 2021

L'islamisme avance voilé

Deux jours encore pour voter dans l'espoir de ne pas dépasser le stade cinq:

Cela suffira-t-il? J'en doute. Mais comme pour les minarets, tous les petits cailloux que le peuple suisse parviendra à mettre sur la route des extrémistes musulmans sont bons à prendre.

Notez bien que personne n'interdit à quiconque de s'habiller comme il veut dans l'espace privé, qui est le seul où la religion peut pleinement se vivre.

Rappelons que, tout comme les minarets d'ailleurs, de nombreux pays musulmans réglementent le port du voile. J'attends encore le prochain islamo-gauchiste qui viendra plaider que ces pays ne respectent pas l'islam.

J'attends aussi avec impatience de voir les maris de ces femmes obligés de faire les courses, d'aller chercher les enfants à l'école, et en bref de faire tout ce qu'elles font, à la place de ces dames car ils ne leur permettraient pas de sortir non voilées! Si pareils individus tiennent une semaine, je leur tire mon chapeau.

Il y a des années, sur ce blog, j'avais déjà abordé la question du voile. "La lutte contre le foulard islamique et ses variantes sera, à n'en pas douter, la prochaine étape de la résistance contre l'islamisation", écrivais-je à l'époque. Le sujet n'était pas neuf, c'était en 2013.

Tout d'abord, le voile islamique n'est pas un "simple morceau de tissu". C'est un symbole destiné à marquer l'appartenance à la religion, la soumission de la femme et son infériorité générale vis-à-vis de l'homme, et un moyen d'exclusion faisant le lit du communautarisme. Le voile permet aux islamistes de se compter. Il est une étape sur le chemin de revendications plus poussées. Une femme intégralement voilée n'a aucune chance de décrocher un emploi ou d'avoir une vie sociale normale avec le reste de la société. Le voile rend l'intégration impossible et représente à ce titre un atout auprès de ceux qui rejettent toute forme d'intégration pour les musulmans et leurs familles. Sont donc partisans du voile tant les islamistes que, paradoxalement, certains xénophobes - au nom de la ségrégation des communautés.

Les femmes les plus manipulées clameront bien entendu que le choix de porter le voile est le leur et uniquement le leur, qu'elles n'ont jamais reçu ni coups ni menaces de leur entourage. Grand bien leur fasse, mais la question n'est pas là: le voile islamique est un puissant outil de prosélytisme. Ceux qui luttent contre le voile sur des raisons utilitaristes ("nous devrions tous être identifiables à n'importe quel moment") font fausse route. Se masquer le visage n'est pas qu'une affaire de police. Ce n'est pas la musulmane voilée qu'il faut défendre d'elle-même ou de son mari, mais les autres, celles qui ne sont pas voilées et qui sont poussées à l'être par la pression sociale communautaire et ce qu'il faut bien appeler un symbole marketing. Le prosélytisme sur la voie publique est interdit en Suisse, sauf autorisation officielle ; la force des islamistes est d'avoir inventé un code vestimentaire créant le prosélytisme par sa seule vision.

Les femmes voilées sont les hommes-sandwich de l'islam!


Il aura fallu bien des années, bien trop d'années, pour que le peuple helvétique puisse enfin s'exprimer. Le message doit être limpide.

Tous aux urnes!

06 octobre 2019

Quand l'État Français éprouve à son tour un "sentiment d'insécurité"

Dans l'affaire de "l'attaque au couteau à la Préfecture de Police" de Paris, tout a été tenté pour essayer d'étouffer dans l’œuf l'hypothèse de l'attaque terroriste islamique. Mais il suffit de lire Le Figaro du jeudi 3 octobre pour voir que la digue commençait déjà à se lézarder.

La préfecture de police reste extrêmement prudente sur la piste terroriste [pourquoi?]. Si cette hypothèse n’est pas écartée, la piste d’un différend d’ordre privé était aussi évoquée, sans qu’aucune source officielle ne le confirme. Dans une confusion totale, certains parlaient jeudi d’une «peine de cœur». D’autres affirmaient que l’attaquant, converti à l’islam il y a dix-huit mois, aurait été convoqué par sa responsable pour un entretien visant à savoir pourquoi il ne saluait plus les femmes. (...) Le procureur de Paris a indiqué avoir «ouvert une enquête (...) C'est bien pour le moment le parquet de Paris [Et non le parquet national antiterroriste] qui reste saisi», a-t-il ajouté.


À ce moment l'épouse de l'islamiste jouait déjà un double-jeu:

L'épouse de l'assaillant a été placée en garde à vue. Entendue par les enquêteurs, celle-ci a déclaré que son mari aurait eu des visions et entendu des voix la nuit qui a précédé son passage à l'acte, ont appris FranceInfo et BFMTV de sources proches de l'enquête. Toujours selon elle, son mari était alors incohérent. L'épouse de l'assaillant a également indiqué aux enquêteurs que son mari avait le sentiment de ne pas être reconnu par sa hiérarchie à sa juste valeur et n'avait pas eu, selon lui, la progression qu'il méritait, rapporte FranceInfo de source policière.


Las! Les menus détails s'accumulèrent assez vite. À Gonesse dans le Val d'Oise, un habitant vivant dans la résidence de l'assaillant assura aux enquêteurs qu'il aurait crié "Allah Akbar !" à deux reprises vers 3-4h du matin, la nuit précédant l’équipée meurtrière. Pas de chance, ce témoin était policier. Et l'information fut confirmée par un second voisin.

On apprit également, pêle-mêle:

  • que l'individu, Mickaël Harpon, était converti à l'islam depuis une dizaine d'années ;
  • qu'il avait été signalé à sa hiérarchie après avoir "célébré" l'attentat contre Charlie-Hebo en janvier 2015 ;
  • que ces quatre dernières années, le comportement de cet agent administratif avait plusieurs fois "attiré l'attention" ;
  • qu'il avait acheté, le jour même de son attentat un couteau de 33 cm de long avec une lame de céramique pour franchir les détecteurs de métaux des portiques (certains syndicalistes osèrent prétendre que c'était un couteau "pour son casse-croûte" !) ce qui implique la préméditation ;
  • qu'une des victimes, vraisemblablement la première, fut égorgée (des "blessures à la gorge" en novlangue) ;
  • qu'il se rendait régulièrement dans une mosquée du Val-d'Oise dont le prédicateur était connu de la DGSI ;
  • qu'il avait troqué depuis quelques mois ses tenues occidentales pour des habits musulmans traditionnels lorsqu'il se rendait dans cette même mosquée ;
  • que le matin de la tuerie il avait refusé de saluer les femmes, et que ses relations avec les femmes de son milieu professionnel s'étaient progressivement dégradées ;
  • qu'il avait fait l'objet d'une condamnation pour violences conjugales, avec dispense de peine, par le tribunal de Pontoise le 28 octobre 2009, suivie d'un blâme administratif ;
  • qu'il échangea 33 SMS "à connotation exclusivement religieuse" avec son épouse entre 11h21 et 11h50, moins d'une demi-heure avant l'acquisition des couteaux et une heure avant de passer à l'acte. Son dernier message: "Allah Ouakbar, suis notre Prophète et médite le coran".

C'est dans ces circonstances et après un examen "rigoureux et approfondi" que le Parquet national antiterroriste français décida que, oui, finalement, la piste terroriste islamique méritait bien d'être examinée...

Il n'est de pire aveugle...

Mis bout à bout, ces éléments - certains consécutifs au drame, mais bien d'autres, non - brossent un tel portrait de Mickaël Harpon qu'on se demande comment le service de Renseignement de la police a pu rester aveugle à ce qui se passait au sein de ses propres murs.

Paris-prefecture-de-police.jpg

Rappelons que M. Harpon travaillait depuis 2003 au service de maintenance informatique du département. Citant Le Point:

En charge de la maintenance des ordinateurs du millier de fonctionnaires du renseignement parisien, [le terroriste] avait accès à des informations ultrasensibles, entre autres celles en lien avec l'islam radical. Il disposait d'une habilitation secret-défense, situation qui impose une enquête administrative approfondie. « Il disposait notamment des adresses de chaque fonctionnaire », s'inquiète un policier. (...)


On devine que ces informations "ultrasensibles" ont dû être bien partagées au sein des milieux islamistes, permettant à beaucoup de gens de savoir à quoi s'attendre de la part de la police. L'attaque au couteau était meurtrière, mais que penser d'une faille de sécurité majeure, qui dure probablement depuis des années?

Les dénégations et les explications habituelles sur la base de l'incompétence et du manque de communication ne valent qu'un moment. Les journalistes du Point rapportent que des policiers auraient reçu des pressions pour ne pas dénoncer leur collègue:

Des policiers, sous couvert de l'anonymat, évoquent (...) des pressions sur des membres de la DRPP pour ne rien révéler des alertes passées sur le comportement de l'adjoint administratif. Quelques-uns en ont fait état à la Crim', refusant que leurs propos soient consignés sur procès-verbal.

Les autorités ont-elles cherché à minimiser la réalité ou, à tout le moins, retarder l'échéance de l'annonce d'un acte terroriste commis de l'intérieur ?


Quelle autre hypothèse, sinon? Tout le monde aurait évidemment préféré que cette tuerie soit l'œuvre d'un simple "dément", un "fou furieux" sans lien avec l'islam, qui, on le sait bien, "n'est pas ça". Un délégué syndical VIGI police confirma que "la Préfecture de police a essayé d’occulter la radicalisation. On a voulu nous orienter vers la piste de la démence."

Le sujet est éminemment politique.

FranceInfo révéla que la radicalisation au sein des forces de police concerne plusieurs dizaines de personnes:

"Le directeur général de la police nationale indiquait au mois de juin dernier que sur 150'000 fonctionnaires de la police nationale, 28 faisaient l'objet d'un suivi pour radicalisation" a précisé Jean-Charles Brisard [président du Centre d'Analyse du Terrorisme]. "S'agissant de la préfecture de police spécifiquement, l'ancien préfet de police, Michel Delpuech, indiquait quant à lui, que sur 43'000 agents, une quinzaine avaient fait l'objet d'un signalement, une dizaine pour suspicion de comportement radicalisé, et 5 cas de fonctionnaires en contact avec des milieux radicalisés."


Encore ne s'agit-il là que de la partie émergée de l'iceberg. Pour chaque individu fiché et surveillé, combien de Mickaël Harpon naviguent en eaux troubles?

castaner_sympa.jpgMais admettre cela, c'est admettre que les menaces viennent de l'islamisme et non des gilets jaunes ou de l'extrême-droite ; c'est admettre que les services de renseignement sont défaillants depuis des années ; c'est admettre que les politiciens le sont aussi (M. Castaner est assez symptomatique de cette caste où la morgue le dispute à la malhonnêteté, tant ces gens sont obnubilés par le fichage de leurs opposants politiques). Finalement, admettre cela, c'est reconnaître qu'il faut repartir à zéro, un chantier qui s'annonce immense et une remise en question qui laissera des traces.

Alors, sans surprise, on préfère mentir et privilégier, au forceps, la thèse de la démence. Comme c'est pratique!

Le déni n'offre aucune sécurité

Quelque chose me dit que les pouvoirs publics français vont se livrer à un profilage beaucoup plus poussé et beaucoup moins politiquement correct des personnes qui sont en mesure de côtoyer les puissants. Les chauffeurs, les cuisiniers, le personnel de chambre de l’Élysée et tutti quanti vont repasser au crible, et pas qu'un peu. Lorsque cela se saura, les accusations de racisme et les imprécations à base de Droits de l'Homme ne vont pas manquer, ce qui sera amusant à regarder.

Mais que vaut une vérification des antécédents faite par une organisation policière qui n'a même pas été capable de déceler un islamiste radicalisé au sein de son propre service de renseignement? Voilà la pensée qui va en empêcher plus d'un de trouver le sommeil. Et c'est salutaire. Les tours d'ivoire doivent être abattues, et leurs occupants redescendre sur terre. Il est temps pour certaines élites françaises de ressentir ce fameux "sentiment d'insécurité" dans lequel baignent les Français depuis des années.

22 juillet 2019

Nouvelles d'Iran

Que se passe-t-il en Iran? Où en est le régime de Téhéran? Y aura-t-il une guerre dans le Golfe Persique?

Comme il est difficile d'avoir des nouvelles authentiques sur ce qui se passe dans cette zone, autant avoir l'information de première main - auprès d'un ressortissant iranien faisant de fréquents voyages dans ce pays. Voici donc le compte-rendu d'une interview avec Berham (prénom d'emprunt, bien évidemment).


Bonjour Berham. Pour commencer, puisque nous allons parler de l'Iran, quelle est ta connaissance réelle du pays?

Je suis Iranien d'origine, j'en parle la langue. Je travaille avec l'Iran et en Iran depuis des années. Je m'y rends environ une fois toutes les trois ou quatre semaines, à vrai dire j'en reviens à peine.

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Vue de Téhéran.

D'accord, mais que vois-tu du pays à chaque fois? Rencontres-tu des membres du régime? Des civils? Te rends-tu hors de Téhéran?

Je suis en contact avec des politiciens et des membres de l'administration - les Gardiens - pour des raisons professionnelles. Je ne fais pas que rester dans la capitale. Je discute avec les locaux, je consulte la presse iranienne, l'opinion de l'homme de la rue, et mes nombreuses connaissances sur place. Et pour finir le tour d'horizon, comme je travaille en lien avec l'industrie pétrolière, je suis très au courant des enjeux du régime iranien de ce côté aussi. Donc autant dire que je vois de façon assez limpide à travers toutes les strates de la propagande, que ce soit en Iran ou en Occident.

Propagande ou pas, les nouvelles ne semblent pas très bonnes du côté du Détroit d'Ormuz. Il y a une escalade visible entre l'Iran et la flotte des États-Unis, des attaques de pétroliers, des combats de drones... L'Iran souhaite-t-il la guerre?

Les Gardiens de la Révolution, oui.

Ils veulent la guerre?!

Oui! Mais ils ne veulent pas qu'on dise que ce sont eux qui ont commencé. Ils veulent faire en sorte qu'on dise que les Américains les ont attaqués en premier. Ils ont l'impression que si une guerre commence, beaucoup d'Iraniens vont se rallier à eux. Alors qu'on n'est plus dans les années 80, contre l'Irak, où les gens se sont vraiment ralliés aux ayatollahs pour faire la guerre. Mais ce n'est plus comme avant. La nouvelle génération est tellement désabusée... C'est une génération qui s'en fout, elle se dit qu'elle ne va sûrement pas se laisser massacrer pour Hassan Rohani.

On n'a pas très envie qu'une guerre éclate juste pour vérifier cette hypothèse.

Les Gardiens de la Révolution pensent qu'une guerre pourrait très bien, comment dire, réunifier le pays, mais même de ça ils ne sont pas sûrs. Le problème qu'ils ont maintenant c'est le manque d'argent.

Ils ont mis un État social en place après la révolution islamique mais ils n'ont plus d'argent...

Un État social, mais pas pour tout le monde! Surtout pour les Gardiens de la Révolution, le Bassiji, etc. Eux ont droit à des appartements, des faveurs, ils sont dans les bonnes grâce de l'État kleptocrate, mais les autres non, et c'est pour ça que ça crée des tensions. Mais ces gens se sont dit "après nous le Déluge!" donc si on commence une guerre, voilà, on y sera. Mais le problème, s'il y a un problème dans le pays, c'est qu'ils n'ont nulle part où aller. S'ils veulent fuir, ils vont aller où? Le seul endroit susceptible de les accueillir ce serait l'Irak. Et encore. Il y a des chiites et des sunnites là-bas, et une fois qu'ils auront dilapidé ce qu'ils ont emporté avec eux, qu'est-ce qui va se passer?

Mais ces tensions ont quand même pour origine le programme nucléaire iranien, non?

Pour moi le programme nucléaire c'est un prétexte - on va dire, une conséquence. La première cause de tension dans le pays c'est sa mauvaise gestion, la corruption, qui est responsable de 95% des difficultés que traverse l'Iran. Ils ont essayé de contourner ça en signant en 2015 les Accords de Vienne, le Traité sur le Nucléaire Iranien, on s'est dit tout va bien, mais en fin de compte rien ne va!

Avec la complicité d'Obama, les Accords de Vienne permettaient surtout aux mollahs d'obtenir légalement la bombe nucléaire au bout de dix ans...

Pour moi, le Traité ignorait un aspect essentiel, la vérification des bases militaires ne prenant pas officiellement part au programme nucléaire. Mais évidemment la corruption persiste, et pour moi, même si Trump ne s'était pas officiellement retiré du Traité nucléaire, les choses en seraient quand même arrivées au point où nous en sommes aujourd'hui. Juste un peu plus lentement. Le retrait des Américains a précipité la chose.

Là où les pays européens sont en totale contradiction avec eux-mêmes, c'est qu'ils disent tous "Oui oui, il faut défendre les Droits de l'Homme" etc., mais ils cherchent tous à préserver le Traité nucléaire iranien, et à travers lui ils perpétuent le régime iranien criminel. En fait cet accord nucléaire n'a rien d'extraordinaire. Ça a simplement permis aux mollahs de recevoir 150 milliards de dollars.

Pour moi les Européens défendent le Traité iranien parce qu'ils ont été payés pour le faire... L'Iran a reçu des milliards de dollars par Obama, dont 150 milliards en cash, ce sont des faits avérés. Et on suppose que l'Iran s'est servi de cette somme pour corrompre des politiciens occidentaux pour qu'ils soutiennent le Traité nucléaire iranien, lever les sanctions, etc. Et l'Iran veut un retour sur investissement. Et comme ces politiciens sont pris à la gorge par leur propre corruption, ils se démènent pour montrer, à défaut d'y parvenir, qu'ils font sincèrement tout ce qu'ils peuvent pour aller dans le sens des Iraniens.

On saura ça si un jour le régime de la République Islamique tombe et on arrive, peut-être, à avoir accès à des documents confidentiels, on verra si les politiciens européens ont été payés... Mais pour le moment on n'a pas de preuves. Personne n'exclut ça mais pour le moment on n'a pas de preuves. Zarif [par le biais de Hossein Jaberi Ansari, porte-parole du Ministère des affaires étrangères iranienne] a dit une fois "si les Européens ne coopèrent pas on dira qui on a payé". Il est possible qu'il y ait eu quelque chose, il ne faut pas croire que les Européens soient plus intègres que les autres...

L'hypothèse expliquerait en tout cas pourquoi les Européens sont allés jusqu'à mettre en place un véhicule financier spécialement conçu pour contourner le système de paiement Swift, et donc les sanctions américaines contre l'Iran.

Oui mais c'est un système qui ne marche pas du tout! Ce truc il est mort. Les Européens disent "Oui oui on va faire quelque chose" mais les Iraniens voient que tous les jours il n'y a rien qui se passe, ils sont financièrement pris à la gorge, et puis ensuite ils sont en train de défaire cet accord nucléaire parce qu'il ne sert plus à rien. Selon moi il va se déliter complètement d'ici un mois et demi.

À l'intérieur du pays, environ 70% à 80% des Iraniens se disent, heureusement qu'il y a eu Trump pour sortir de cet Accord nucléaire parce que comme ça on est d'accord de vivre une période difficile pendant un an et demi, deux ans, mais après on sera débarrassés des ayatollahs.

Et en ce moment, sans vouloir vexer personne ici, le pays le plus détesté en Iran, c'est la France.

La France?

Macron est toujours en train de dire "nous allons faire ceci avec les Iraniens", "nous allons faire cela avec les Iraniens..." La France sera toujours considérée comme le pays qui a hébergé Khomeini et lui a donné la liberté de parole en 1978. Ensuite une fois que Khomeini était de retour on a couru pour signer des traités commerciaux, mais pendant la guerre Iran-Irak la France a pas mal soutenu Saddam en lui vendant des armes. Ensuite après la guerre ils mettent à disposition sous licence la technologie pour les voitures Peugeot, Renault, etc. mais ce sont des modèles inférieurs, avec des pièces pour liquider leurs stocks, des véhicules invendables en Europe... Après vient la période des sanctions internationales, on sort du pays, puis on revient avec les Accords, puis on en ressort... Total a même été condamné par la justice pour avoir payé des bakchichs en Iran. Par la justice française, c'est dire à quel point on en est.

...Finalement, les Iraniens se disent, "qu'est-ce que la France a jamais fait de positif pour nous?"

Les Suisses et les Allemands, eux, gardent une bonne image. Les Allemands ont fait un tour après 2015 et dit "c'est trop compliqué de faire des affaires ici" et ils sont partis, ce sont des gens réglos ; et les Suisses, qui ont fait pareil, représentent toujours l'Arabie Saoudite en Iran et l'Iran en Arabie Saoudite.

Que penses-tu des prises d'otages d'Iraniens binationaux?

L'Iran fait de la prise d'otage de binationaux de toutes nationalités. Il y a pas mal de Canado-iraniens, d'Anglo-iraniens, d'Américano-iraniens, qui sont déjà en prison. On ne sait pas combien ils sont parce qu'on n'entend parler que de certains cas médiatisés mais on ne sait pas combien il y en a au total, peut-être 200...

J'ai entendu que l'Iran ne reconnaissait pas la double-nationalité...

Ils la reconnaissent quand ça les arrange, et ils ne la reconnaissent pas quand ça les dérange. On prend par exemple en otage les binationaux franco-iraniens pour rappeler à M. Macron ses nombreux engagements avec l'Iran, pour lui mettre un peu la pression. Les Allemands et les Suisses, pour l'instant, on leur fout la paix. Jusqu'à quand, on ne sait pas!

Le pire c'est que l'Iran n'a pratiquement plus de relations avec certain de ces pays. L'Iran a brulé les ponts avec les USA donc il n'y a plus trop de possibilité de négociation pour les Américano-iraniens, quant aux relations avec le Canada elles sont loin d'être au beau fixe en ce moment... Les relations avec le Royaume-Uni sont au plus bas ; et les relations avec la France se dégradent. Le régime ignore relativement les Franco-iraniens, comme si c'était des citoyens de seconde zone. Mais Macron se pavane et ne fait rien, et les Français perdent de plus en plus leur réputation.

Pourquoi les Européens s'acharnent-ils à ce point à vouloir faire des affaires avec l'Iran?

Ils en ont gardé une image "romantique" d'un pays extraordinaire avec lequel on pouvait toujours faire des affaires, comme au temps du Shah. Ils ne se rendent pas compte qu'il vaut mieux attendre un changement de régime avant de passer à l'offensive... Commercialement, j'entends.

Revenons à cette perspective de guerre. De toute façon, même si Trump avait mordu à l'hameçon avec des provocations iraniennes, à cause des distances, les Américains et les Iraniens ne pourront jamais être directement en guerre, soldat contre soldat. Les Américains ne vont jamais envoyer des dizaines de milliers de boys comme au Viêt-Nam... Ce ne seront jamais que des campagnes aériennes contre un pays qui ne peut pas répliquer...

Mais la plupart des gens ne se rendent pas compte... À quel point l'Iran est actuellement un pays en faillite, une faillite aussi morale, absolument totale. L'Iran est un pays qui se désintègre. Donc, contrairement à ce qu'on pense, une guerre avec l'Iran, ça ne va pas durer longtemps. On envoie trois bombes à gauche à droite et les gens prennent la fuite. Il y a eu un tremblement de terre il y a quelques années dans le Kurdistan iranien, les gens vivent toujours dans des containers depuis, comme des miséreux.

Il n'y a pas eu de formation décente en Iran depuis trente ans! Les cadres de la compagnie pétrolière iranienne avaient été formés à l'époque par les Américains, maintenant ils sont tous à la retraite. À force de nommer des gens aux postes-clés parce que "lui c'est le fils de..." ou que "lui fait bien ses prières cinq fois par jour" ou "lui sait réciter le coran par cœur", on finit avec un pays grippé, immobilisé, où plus personne n'est capable de prendre une décision. Et maintenant, si on prend juste le secteur du pétrole, même en Iran, on pourrait continuer à exporter encore un million et demi de barils par jour, facilement. Mais ils se jettent tellement de bâtons dans les roues les uns les autres que l'exportation est tombée à 250'000 barils par jour. Parce que si Monsieur X voit que Monsieur Y s'en sort mieux que lui, Monsieur X va tout faire pour le saboter. Ça c'est typique des pays musulmans. Donc moi dans le cas d'une guerre avec l'Iran, moi je dis, il ne faut pas avoir peur... Les gens, dès qu'ils verront un risque crédible de guerre contre les Américains, ils vont s'empresser de changer de camp.

L'État iranien est en faillite.

Oui, complètement. Ils ont beau avoir des Gardiens de la Révolution, le régime n'est même pas un colosse aux pieds d'argile, c'est des pieds en sable en train de s'effriter... Le seul danger que je vois s'il y a une guerre, ce sont les milliers de réfugiés qui vont se mettre en marche en direction de l'Europe par la Turquie. Les Iraniens rêvent d'aller en Europe. 60% des Iraniens le souhaitent. Et entre 15 et 40 ans le taux monte à 90%. C'est énorme!

Comme tout gouvernement aux abois, l'Iran manipule les taux de change officiels pour siphonner des devises étrangères aux gens qui sont obligés d'échanger des rials. Le Hezbollah est fâché parce qu'il ne reçoit plus d'argent, les Palestiniens sont fâchés parce qu'ils ne reçoivent plus d'argent... Toute la construction iranienne se désagrège faute d'argent pour la faire tenir debout.

Ce n'est que de l'argent?

Oui, les Européens ne comprennent pas ça. Si tu prends un paysan suisse d'Appenzell, qui a ses cinquante vaches et qui vit péniblement avec deux mille francs par mois, et que tu lui proposes dix mille balles pour farcir une de ses vaches de bombes et faire un attentat avec devant le Palais Fédéral, il refusera, j'en suis certain. Pas seulement par peur, mais aussi parce qu'il aura une espèce de confiance intrinsèque dans la société dans laquelle il vit et dans ses autorités. Une forme de reconnaissance. C'est pour ça qu'en Occident le prix pour l'espionnage est aussi élevé. En Iran, on peut corrompre facilement n'importe quel fonctionnaire pour avoir des renseignements. Ils n'ont aucune fierté dans le régime. Aucune loyauté.

J'ai eu des Gardiens de la Révolution qui prétendaient être de bons musulmans en public et qui se pointaient chez moi, en plein ramadan, à cinq heures du soir, pour boire un peu d'alcool... Et même manger une omelette au jambon!! Tout ça c'est n'importe quoi.

Mais s'il y avait une guerre et si le régime tombait, qui le remplacerait?

Ça c'est le plus grand problème. On se basait sur les Moudjahidines du Peuple, qui ont pas mal d'immobilier à Paris mais aussi en Albanie et au Kosovo, mais ce sont des communistes. Entre les Moudjahidines du Peuple et les mollahs moi je préfère encore les mollahs! Les Moudjahidines sont communistes-islamistes. Communistes d'abord, et islamistes ensuite.

L'Occident n'a jamais voulu vraiment aider à élaborer une opposition crédible pour l'Iran. Là les Européens ont fait une énorme connerie, ils auraient pu piocher à loisir dans la diaspora avec les services de renseignement pour monter quelque chose...

Oui mais il aurait fallu pour cela que les Européens croient encore en quelque chose, c'est un peu le problème...

Les Européens croient toujours qu'ils ont l'argent, mais l'argent, ils ne l'ont plus. En Europe on est toujours sur la base de "En Europe ça va bien, on a de l'argent donc on peut donner dans le social, dans l'union ceci, dans la subvention de cela, etc." mais je me rends compte de plus en plus fortement que ça ne fonctionne plus.

S'il y a trente ans les Occidentaux avaient dit à l'Iran "ça c'est inacceptable, c'est comme ça que ça marche, on n'est pas d'accord," les choses n'en seraient pas arrivées là à Téhéran. Et en Europe non plus où l'islam règne désormais dans les banlieues, d'ailleurs.

En Iran, si le régime s'effondre, il n'y a même pas de général à poigne pour reprendre le pouvoir, des généraux il n'y en a plus. Il y a les généraux des Gardiens de la Révolution et ce n'est pas vraiment pareil. Et si ceux-là prennent le pouvoir ça va être encore pire.

Pire?

On va passer d'un État islamiste à un État fasciste type nazi, avec une couleur islamique en plus. L'islam c'est le nazisme. Mais là le côté nazi prendra le dessus. On passera d'un régime islamiste avec une pointe de nazisme à un régime nazi avec une pointe d'islamisme.

Comment vois-tu l'évolution des prochains mois?

Je dirais que dans les six prochains mois on va rester comme aujourd'hui, dans une situation assez tendue.

Ça pourrait durer plus longtemps, non? Trump essaye autant que possible de se dépêtrer des guerres de l'Amérique, ce n'est pas pour se lancer dans un nouveau conflit contre un pays de 80 millions d'habitants...

Mais je vois un "mais", c'est qu'à chaque fois qu'il y a une guerre le Président se fait réélire. Donc si les Gardiens de la Révolution voient que la situation est devenue telle pour eux qu'ils ont besoin d'une guerre, c'est la fuite en avant. Ils continueront comme ils le font jusqu'à ce qu'il y ait une réponse des Américains, et là ils pourront déclarer le commencement de la guerre.

Quelle forme prendra cette guerre? Ils vont tirer tous azimuts sur tous les bateaux passant dans le Détroit d'Ormuz? Ils vont bloquer le Détroit? Alors que les Américains sont devenus autosuffisants en pétrole...

C'est la Chine et l'Asie qui vont en pâtir le plus. Donc pour les Américains ce n'est pas un problème. Ils pourraient se dire, finalement pourquoi pas?

Les Russes ont tellement de problèmes intérieurs que malgré toutes leurs déclarations ils ne feront rien. Les Chinois n'osent pas intervenir si loin à l'extérieur de leur zone d'influence, ils se contenteront de proclamer que tout ça est la faute des Américains, comme les Européens dont l'économie souffrira.

Et là les Européens diront "Oh mon Dieu comme c'est grave, faisons des conférences à Davos."

Moi ce que je crains le plus c'est que les services iraniens aient préparé des bombes sales, et à la première occasion qu'ils viennent les faire exploser en Occident.

En Occident?! Et pour obtenir quoi?

Un chien enragé ne se pose pas de questions. Il mord.

09 juin 2019

Célébrations

Le mois de juin est celui des célébrations - particulièrement cette année. Faisons le tour de quelques-unes des nombreuses festivités de 2019.

Les 30 ans de Tiananmen

Voilà la commémoration la moins célébrée du mois - le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen à Pékin face à des étudiants qui voulaient, comme les peuples d'Europe de l'Est face à l'URSS, que leur pays desserre l'étau du totalitarisme communiste. Il n'en reste guère qu'une photo, devenue célèbre, celle d'un étudiant chinois faisant face à une colonne de chars d'assaut (et écrasé par ces derniers peu après). Mais il fut loin d'être le seul. Le 4 juin, quelques 200'000 soldats de l’Armée de libération du peuple furent déployés pour participer au massacre.

Les estimations des victimes varient, entre 286 (selon les officiels chinois) et 10'000 ; et entre ‎7'000 et 10'000 blessés - comme cet ancien étudiant de l'époque qui eut les deux jambes broyées par un char et qui cherche encore à connaître le nom du conducteur qui lui infligea cela, et le responsable qui avait donné cet ordre. Le nombre d'arrestations d'opposants politiques et le volume des purges qui s'ensuivirent n'est évidemment pas connu.

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Le mouvement Tiananmen reste un sujet tabou en Chine, banni des mondes académiques et de la culture populaire. Même le nombre réel de morts et de blessés reste inconnu.

Immédiatement après les arrestations massives et les purges dans tout le pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) mit au point un récit décrivant le mouvement Tiananmen comme un complot occidental visant à affaiblir et diviser la Chine. Rapportant à l'Assemblée populaire nationale le 30 juin 1989, le maire de Beijing, Chen Xitong, affirma que le mouvement était "planifié, organisé et prémédité" par ceux qui "s'unissent à toutes les forces hostiles à l'étranger et dans des pays étrangers pour lancer une bataille contre nous jusqu'au dernier."

La justification officielle de la répression était que les étudiants auraient été des "contre-révolutionnaires" menaçant la stabilité et la prospérité du pays. Pourtant, en 1989, ils espéraient que le régime se transformerait. Ils ne cherchaient pas à changer de régime, ils demandaient simplement au PCC de respecter ses idéaux [communistes]. Leurs actions étaient enracinées dans la tradition chinoise de la dissidence confucéenne: aider les dirigeants à s’améliorer, sans chercher à les renverser. (...) [Mais] puisque le PCC prétendait incarner la révolution, quiconque le critiquait serait qualifié de contre-révolutionnaire. Aujourd’hui, la Chine accuse ses détracteurs de «subvertir l’État», mais elle repose essentiellement sur le même chef d’accusation. (...)

Être idéaliste en Chine, c'est être égoïste envers ses proches. Vous choisissez de vous battre pour votre cause, de défendre vos principes et d'être prêt à en payer le prix - mais souvent, les membres de la famille en subissent les conséquences. Interdire aux enfants d'avocats spécialisés dans les droits de l'homme d'aller à l'école en est un exemple frappant.

Trois décennies plus tard, les mères des victimes de Tiananmen ne peuvent toujours pas pleurer ouvertement leurs enfants et les étudiants manifestants exilés se voient interdire de rentrer chez eux, même pour les funérailles de leurs parents. De nombreux partisans plus âgés du mouvement, des intellectuels libéraux des années 1980, sont morts en exil.


Si quelques médias ont fait le minimum syndical en évoquant brièvement ce douloureux épisode de l'histoire du totalitarisme communiste, les politiciens brillent par leur silence à ce sujet. Il ne faut pas fâcher les honorables communistes chinois pour ces peccadilles vieilles de quelques décennies.

Les 75 ans du Débarquement

Le 6 juin 1944 à l'aube l'opération Overlord commença - la plus grande opération militaire de tous les temps. Plus de 132'000 soldats et 23'000 parachutistes furent débarqués sur les côtes normandes (73'000 Américains, 61'000 Anglais et 21'000 Canadiens pour l'essentiel) pour débarrasser le continent européen de la barbarie nazie. Les combats furent d'une extrême violence ; 4'400 d'entre eux périrent dans les 24 premières heures.

Là encore, la couverture médiatique brille par son absence. Il y a de nombreuses raisons à cela - la présence de l'infréquentable Trump aux cérémonies, même si son magnifique discours montre une fois de plus la mauvaise foi totale de ses détracteurs. Le sujet s'inscrit contre l'idée martelée d'une Europe unie (sans doute l'était-elle sous la botte de Hitler) et rappelle qu'il n'y a pas si longtemps encore les pays européens avaient été en guerre les uns contre les autres ; pourtant, les chefs d'États ne ménagent pas leurs efforts pour la réconciliation, comme le montre ce tweet britannique:

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Les leaders des nations qui "prirent part" au Débarquement...

Pourtant, pourquoi rester discret sur cette commémoration? Il s'agit d'un épisode décisif de la Seconde Guerre mondiale. Dans une époque où certains voient des néo-nazis et l'ombre de l'extrême-droite partout, pourquoi ne pas faire davantage la promotion de l'anniversaire d'un événement où de vrais combattants de la liberté venaient en Europe botter le train de vrais nazis pour les chasser du pouvoir et les éliminer?

Le mois LGBT

La libération de l'Europe méritait sans doute une journée de temps en temps, mais la promotion des pratiques sexuelles d'une minorité mérite quant à elle un mois entier - et tous les ans s'il vous plaît.

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Vous avez gagné un jour de reconnaissance / Vous avez gagné un mois de reconnaissance

Le mois de juin est donc celui de la fierté LGBT (à l'origine seulement homosexuelle mais on est désormais plus "inclusif", en attendant des pratiques sexuelles toujours plus variées). Les manifestations de revendications sexuelles se parent immanquablement d'autres revendications à teneur politique, cristallisées comme il se doit par quelques pancartes anti-Trump.

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Outre l'incongruité d'un message de haine au milieu d'une manifestation censée plaider pour l'amour inconditionnel et inclusif, Trump se révèle être sans doute le Président le plus gay-friendly de toute l'histoire des États-Unis, mentionnant officiellement le mois de juin comme celui de la fierté LGBT. Il nomma d'ailleurs aussi un ambassadeur américain ouvertement gay en Allemagne. Ces deux actes suffisent à le rendre infiniment plus ouvert d'esprit que son prédécesseur Barack Obama qui, sans doute à cause de son passage dans une madrassa en Indonésie, se montra toujours beaucoup plus réservé face à la cause homosexuelle.

Rappelons à toutes fins utiles que l'islam se marie assez mal avec la cause LGBT. Le détail a une certaine importance puisque la population musulmane ne cesse de grandir (en nombre, en visibilité et en revendications) dans les pays occidentaux, ce qui risque de rendre les célébrations du mois de juin de plus en plus difficiles à tenir les années qui viennent - en Occident, seul endroit où elles soient possibles en premier lieu. Il suffit d'entendre un sympathique musulman de Toronto expliquer ce qu'il en est sur YouTube pour comprendre les difficultés auxquelles les sexualités les plus exotiques feront face dans un avenir proche: "Mettre à mort les homosexuels peut sembler un peu "injuste", mais c'est la loi de la Sharia." CQFD.

La grève des femmes

Sans même entrer dans une discussion identique pour le dernier événement recensé dans ce billet - essayez de faire la Grève des Femmes à Jeddah - la Grève des femmes, puisque c'est ce dont il s'agit, aura lieu le 14 juin, au milieu d'un mois déjà passablement chargé. Pourquoi le 14 juin? Selon la communication officielle, il s'agit de faire grève à partir de 15h24, sont invitées à cesser de travailler pour marquer l’heure de la journée à partir de laquelle elles ne sont plus payées, selon les statistiques de la différence salariale entre hommes et femmes. On peut aussi faire grève toute la journée, bien sûr.

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Les femmes sont nombreuses à s'afficher sur le site de la centrale syndicale. (photo d'écran)

Évidemment, la grève est regardée avec bienveillance par l'administration et les employeurs publics. Comme d'habitude en Suisse, l'activisme du moment offrira un répit à des femmes dans des positions privilégiées tandis que les familles du secteur privé devront s'organiser pour garder leurs enfants, et ce sont probablement d'autres femmes qui en pâtiront.

Il y a huit ans déjà je décrivais la faiblesse du raisonnement inhérente à toutes les revendications sexistes ayant trait au salaire. Si on accepte le postulat de base, à savoir que les femmes recevraient moins d'argent que des hommes pour fournir exactement le même travail, pourquoi les employeurs ne remplacent pas immédiatement tous les hommes par des femmes pour économiser en coût de main-d'œuvre? 

Il n'y a pas cinquante façons de se sortir de cette incohérence. Soit le postulat de base est faux (statistiques biaisées ou incomplètes) soit on verse dans le complotisme le plus ridicule (les employeurs se mettent d'accord en secret pour discriminer les femmes… Et acceptent au passage que leur main-d'œuvre leur coûte plus cher qu'elle ne devrait). Seule ligne de défense de celles et ceux qui n'en n'ont aucune, on rétorquera que c'est là un raisonnement d'homme, mais je préfère prendre cela comme un compliment.

Il serait sans doute cynique de percevoir la Grève des Femmes comme un énième avatar du marxisme culturel visant à diviser la société de toutes les façons possibles afin d'instrumentaliser des groupes (ici, les femmes) pour servir des objectifs politiques gauchistes. D'ailleurs on le voit à toutes ces élections où un homme est opposé à une femme, les mouvements féministes se rassemblent spontanément derrière la candidature féminine, comme dans le second tour de l'élection présidentielle française où Marine Le Pen fut opposée à Emmanuel Macron… Ah, on me souffle dans l'oreillette que non.

Bref, entre les trente ans du massacre de Tiananmen, les trois quarts de siècle du Débarquement, le mois de célébration LGBT ou la Grève des Femmes, gardez un œil sur ce que les médias choisissent de célébrer ; c'est un précieux indicateur de leur idéologie.

19 avril 2019

Les faillites de Notre-Dame

La destruction par le feu de Notre-Dame de Paris, le poumon culturel et historique qui subsistait au cœur de la capitale française, marque incontestablement la fin d'un cycle.

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Depuis l'incendie, les hommages rendus par les politiciens semblent sincère - de la même façon qu'on ne réalise la valeur d'une chose qu'une fois qu'on l'a perdue. Mais le sont-ils vraiment? Et comment en est-on arrivé là?

Faillite de l'État Français

"Les millions affluent pour reconstruire la cathédrale, mais lorsqu'il s'agissait simplement de financer les travaux de réfection, il n'y avait personne", se plaignit sur les ondes un fonctionnaire français du Patrimoine. La remarque est typique de ce qui tient lieu de réflexion à tous les niveaux de la société française: avec plus d'argent, tout irait drôlement mieux.

Avec plus d'argent, Notre-Dame n'aurait pas pris feu? Curieuse défense pour un chantier de réfection transpirant l'incompétence dès le premier jour.

Pourquoi collecter des millions pour rebâtir la cathédrale alors que le versement de l'assurance aurait suffi? Mais pour toucher une assurance, il aurait fallu que le chantier soit assuré en premier lieu (des économies de bout de chandelle pour lesquelles nos Vaudois n'ont pas été meilleurs). Ne pas assurer un chantier revient à s'exposer à un risque inqualifiable.

Bien entendu, une compagnie d'assurance aurait pu refuser le mandat ou, plus probablement, poser des exigences aussi élevées que ses primes. Ce n'est que justice: une assurance n'est pas là pour éponger la bêtise et l'inconséquence, mais pour se prémunir contre un risque. Rétorquer que Notre-Dame était "inestimable" n'est pas un argument recevable. Tous les jours, des œuvres d'art tout aussi "inestimables" voyagent à travers le monde, parfaitement assurées. Et là encore, les assurances jouent parfaitement leur rôle de prévention: l'emballage, les vibrations et le taux d'humidité sont vérifiés en permanence pour les tableaux anciens, en plus d'une expertise scrupuleuse au départ et à l'arrivée.

Si l'État français n'avait pas failli dans sa mission de sauvegarde du patrimoine, il aurait assuré le chantier de réfection de la toiture de Notre-Dame. Il aurait signé un contrat d'assurance de chantier. Il se serait plié aux exigences du contrat, comme un stockage approprié des matériaux inflammables, un système de détection d'incendie digne de ce nom, une vérification du personnel et une certification des systèmes électriques des échafaudages, des rondes… Autant de choses qui auraient pu éloigner le risque d'un sinistre comme celui qui emporta la cathédrale cette semaine.

À la place, l'État français choisit de s'affranchir des règles de bonne gestion qu'il n'hésite pas à imposer au secteur privé. Des fonctionnaires - qui ne seront pas limogés - firent "des économies" de moyens et de contrôle des risques en renonçant à contracter une assurance. Ils mirent en place un ensemble de précautions de chantier qui n'étaient visiblement pas à la hauteur. Le résultat s'étale depuis plusieurs jours en une de tous les journaux du monde.

Il faut l'écrire: il n'y a aucune fatalité là-dedans. La destruction de Notre-Dame est la responsabilité de l'État français. La cathédrale était le monument le plus fréquenté d'Europe avec 13 millions de visiteurs l'an dernier. Sa toiture avait survécu à plus de 700 ans d'histoire et deux Guerres Mondiales. Il aura suffi de quelques années de social-démocratie française pour que tout parte en fumée.

Faillite du Vivre-ensemble

L'incendie de Notre-Dame est-il volontaire? Dans les médias, la question est taboue. Aucun article francophone sur le drame ne mentionne des mots comme "islam", "attentat" ou "terrorisme". Dès les premières minutes (!) de l'incendie la police présentait l'événement comme un "incendie accidentel". Établir les conclusions de l'enquête avant même qu'elle ne débute, voilà un bon moyen de gagner du temps.

D'une certaine façon, le porte-parole qui lança cet énorme bobard n'avait pas tort: l'incendie de Notre-Dame sera accidentel. Pour la simple et bonne raison que l'enquête lancée sur le sinistre, la vraie, a déjà limité son champ d'investigation aux "causes accidentelles", et nulle autre.

Les Internautes furent nombreux à mentionner l'incongruité d'un visiteur dans les tours le soir du sinistre - un ouvrier, explique-t-on. Le départ et la rapidité du feu suscitèrent l'incrédulité jusque chez l'ancien architecte en charge de l'édifice - en direct sur le plateau de France 2. De lourdes poutres de bois de chêne massif qui s'embrasent comme des allumettes? Le doute s'immisce malgré le bétonnage de la vérité officielle…

"On n’est pas responsable politique quand on se complaît dans le complotisme", rétorqua, avec la subtilité qui le caractérise, le nervis Christophe Castaner, dont on raconte qu'il serait ministre de l'Intérieur. En revanche, l'incompétence et l'hypocrisie se conjuguent parfaitement avec la charge politique. Car si on ne sait pas quelles sont les causes du sinistre de Notre-Dame, ce n'est que le brasier qui cache l'incendie de forêt. 875 églises ont été vandalisées en France, rien que l'an dernier.

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La carte 2018 des attaques christianophobes (attaques d'églises et attaques dans des églises)

Les médias ne parlent du sujet que du bout des lèvres. Une tache aveugle tellement béante face à l'ampleur des faits qu'elle attire l'attention de médias étrangers, quelques jours avant l'incendie de Notre-Dame...

La célèbre cathédrale n'est pourtant même pas la seule église de Paris à brûler cette année. La deuxième plus grande église de Paris, l'église Saint-Sulpice, a fait l'objet d'un incendie volontaire le 17 mars, il y a tout juste un mois. En aviez-vous entendu parler?

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Incendie criminel à Paris - mais à l’église Saint-Sulpice plutôt que Notre-Dame. Tout va bien.

Quant à Notre-Dame, le hasard est taquin: la cathédrale est en feu la semaine même le la condamnation d'une certaine Inès Madani… Pour avoir tenté de faire sauter Notre-Dame avec des bonbonnes de gaz en 2016.

Oui, les églises de France sont sous pression. Et la destruction de Notre-Dame fait des heureux - je vous laisse deviner qui. Des gens qui laissent éclater leur joie dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Faillite des élites

Notre-Dame a brûlé. Vous savez, l'œuvre d'art. Le monument historique. Les réactions de certains hauts responsables démocrates américains ont un point en commun:

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...Vous n'y trouverez ni le mot "église", ni le mot "catholique". Un problème de saisie au niveau du clavier, sans doute.

Notre-Dame était certes un joyau architectural de l'art gothique, une mémoire du passé, un symbole de Paris, une attraction touristique majeure, tout ce que vous voudrez, mais c'était aussi, et surtout, une église. Une véritable église, ouverte au public, à la prière et au culte. Pas une ex-église, une église reconvertie en musée ou quoi que ce soit d'autre. Une église catholique.

Et ça, il leur est impossible de l'écrire!

Le virus mental qui affecte la gauche américaine a traversé l'Atlantique depuis longtemps. La nouvelle polémique qui enfle désormais en France concerne la reconstruction de Notre-Dame. Rien n'oblige à reconstruire la toiture à l'identique, rappellent avec empressement les serviteurs de la France de Macron. État entendu que la réalité d'une "éventuelle contrainte" ne peut aller se chercher que dans l'examen de traités internationaux ; le peuple français n'a pas, et ne doit jamais, avoir son mot à dire!

Alors qu'Emmanuel Macron lance un programme "ambitieux" de reconstruction en cinq ans (rappelons que Notre-Dame fut construite entièrement en 60 ans, avec la technologie disponible au XIIIe siècle…) quelques personnes en viennent à se poser la question: si le but est de reconstruire ce qui a été détruit par le feu, pourquoi l'Elysée souhaite-t-il lancer un concours ouvert "aux plus grands architectes internationaux"? Mais s'inquiéter de cela, c'est probablement être "d'extrême-droite"…

Sur France-Info, un architecte interviewé se lâche: bien sûr qu'il faut profiter de l'occasion pour faire quelque chose de différent! Et utiliser les matériaux modernes d'aujourd'hui, l'acier, le béton! Tant pis si ça choque! Les générations futures pardonneront volontiers, comme elles pardonnent aujourd'hui des merveilles architecturales parisiennes comme le Palais Beaubourg, la Tour Montparnasse, les Colonnes de Buren ou l'Opéra Bastille…

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Notre-Dame 2.0 va avoir de l'allure.

Par une inconséquence coupable, la toiture de Notre-Dame a été détruite sous l'égide du Président Macron. Tout porte à croire que l'homme-enfant parvenu, désespéré de laisser une trace dans l'histoire, trouvera dans la réfection de la toiture de la cathédrale le moyen d'en faire le symbole de son passage au pouvoir.

Avec une inauguration prévue en 2024, nous saurons assez vite ce qu'il en est. En attendant, beaucoup d'autres églises brûleront en France d'ici la fin de l'année et lors des suivantes, dans des incendies forcément accidentels et le plus grand silence médiatique.