09 juin 2019

Célébrations

Le mois de juin est celui des célébrations - particulièrement cette année. Faisons le tour de quelques-unes des nombreuses festivités de 2019.

Les 30 ans de Tiananmen

Voilà la commémoration la moins célébrée du mois - le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen à Pékin face à des étudiants qui voulaient, comme les peuples d'Europe de l'Est face à l'URSS, que leur pays desserre l'étau du totalitarisme communiste. Il n'en reste guère qu'une photo, devenue célèbre, celle d'un étudiant chinois faisant face à une colonne de chars d'assaut (et écrasé par ces derniers peu après). Mais il fut loin d'être le seul. Le 4 juin, quelques 200'000 soldats de l’Armée de libération du peuple furent déployés pour participer au massacre.

Les estimations des victimes varient, entre 286 (selon les officiels chinois) et 10'000 ; et entre ‎7'000 et 10'000 blessés - comme cet ancien étudiant de l'époque qui eut les deux jambes broyées par un char et qui cherche encore à connaître le nom du conducteur qui lui infligea cela, et le responsable qui avait donné cet ordre. Le nombre d'arrestations d'opposants politiques et le volume des purges qui s'ensuivirent n'est évidemment pas connu.

tiananmen.jpg

Le mouvement Tiananmen reste un sujet tabou en Chine, banni des mondes académiques et de la culture populaire. Même le nombre réel de morts et de blessés reste inconnu.

Immédiatement après les arrestations massives et les purges dans tout le pays, le Parti Communiste Chinois (PCC) mit au point un récit décrivant le mouvement Tiananmen comme un complot occidental visant à affaiblir et diviser la Chine. Rapportant à l'Assemblée populaire nationale le 30 juin 1989, le maire de Beijing, Chen Xitong, affirma que le mouvement était "planifié, organisé et prémédité" par ceux qui "s'unissent à toutes les forces hostiles à l'étranger et dans des pays étrangers pour lancer une bataille contre nous jusqu'au dernier."

La justification officielle de la répression était que les étudiants auraient été des "contre-révolutionnaires" menaçant la stabilité et la prospérité du pays. Pourtant, en 1989, ils espéraient que le régime se transformerait. Ils ne cherchaient pas à changer de régime, ils demandaient simplement au PCC de respecter ses idéaux [communistes]. Leurs actions étaient enracinées dans la tradition chinoise de la dissidence confucéenne: aider les dirigeants à s’améliorer, sans chercher à les renverser. (...) [Mais] puisque le PCC prétendait incarner la révolution, quiconque le critiquait serait qualifié de contre-révolutionnaire. Aujourd’hui, la Chine accuse ses détracteurs de «subvertir l’État», mais elle repose essentiellement sur le même chef d’accusation. (...)

Être idéaliste en Chine, c'est être égoïste envers ses proches. Vous choisissez de vous battre pour votre cause, de défendre vos principes et d'être prêt à en payer le prix - mais souvent, les membres de la famille en subissent les conséquences. Interdire aux enfants d'avocats spécialisés dans les droits de l'homme d'aller à l'école en est un exemple frappant.

Trois décennies plus tard, les mères des victimes de Tiananmen ne peuvent toujours pas pleurer ouvertement leurs enfants et les étudiants manifestants exilés se voient interdire de rentrer chez eux, même pour les funérailles de leurs parents. De nombreux partisans plus âgés du mouvement, des intellectuels libéraux des années 1980, sont morts en exil.


Si quelques médias ont fait le minimum syndical en évoquant brièvement ce douloureux épisode de l'histoire du totalitarisme communiste, les politiciens brillent par leur silence à ce sujet. Il ne faut pas fâcher les honorables communistes chinois pour ces peccadilles vieilles de quelques décennies.

Les 75 ans du Débarquement

Le 6 juin 1944 à l'aube l'opération Overlord commença - la plus grande opération militaire de tous les temps. Plus de 132'000 soldats et 23'000 parachutistes furent débarqués sur les côtes normandes (73'000 Américains, 61'000 Anglais et 21'000 Canadiens pour l'essentiel) pour débarrasser le continent européen de la barbarie nazie. Les combats furent d'une extrême violence ; 4'400 d'entre eux périrent dans les 24 premières heures.

Là encore, la couverture médiatique brille par son absence. Il y a de nombreuses raisons à cela - la présence de l'infréquentable Trump aux cérémonies, même si son magnifique discours montre une fois de plus la mauvaise foi totale de ses détracteurs. Le sujet s'inscrit contre l'idée martelée d'une Europe unie (sans doute l'était-elle sous la botte de Hitler) et rappelle qu'il n'y a pas si longtemps encore les pays européens avaient été en guerre les uns contre les autres ; pourtant, les chefs d'États ne ménagent pas leurs efforts pour la réconciliation, comme le montre ce tweet britannique:

chine,homosexualité,islam,guerre,médias,usa,france,féminisme
Les leaders des nations qui "prirent part" au Débarquement...

Pourtant, pourquoi rester discret sur cette commémoration? Il s'agit d'un épisode décisif de la Seconde Guerre mondiale. Dans une époque où certains voient des néo-nazis et l'ombre de l'extrême-droite partout, pourquoi ne pas faire davantage la promotion de l'anniversaire d'un événement où de vrais combattants de la liberté venaient en Europe botter le train de vrais nazis pour les chasser du pouvoir et les éliminer?

Le mois LGBT

La libération de l'Europe méritait sans doute une journée de temps en temps, mais la promotion des pratiques sexuelles d'une minorité mérite quant à elle un mois entier - et tous les ans s'il vous plaît.

chine,homosexualité,islam,guerre,médias,usa,france,féminisme
Vous avez gagné un jour de reconnaissance / Vous avez gagné un mois de reconnaissance

Le mois de juin est donc celui de la fierté LGBT (à l'origine seulement homosexuelle mais on est désormais plus "inclusif", en attendant des pratiques sexuelles toujours plus variées). Les manifestations de revendications sexuelles se parent immanquablement d'autres revendications à teneur politique, cristallisées comme il se doit par quelques pancartes anti-Trump.

chine,homosexualité,islam,guerre,médias,usa,france,féminisme

Outre l'incongruité d'un message de haine au milieu d'une manifestation censée plaider pour l'amour inconditionnel et inclusif, Trump se révèle être sans doute le Président le plus gay-friendly de toute l'histoire des États-Unis, mentionnant officiellement le mois de juin comme celui de la fierté LGBT. Il nomma d'ailleurs aussi un ambassadeur américain ouvertement gay en Allemagne. Ces deux actes suffisent à le rendre infiniment plus ouvert d'esprit que son prédécesseur Barack Obama qui, sans doute à cause de son passage dans une madrassa en Indonésie, se montra toujours beaucoup plus réservé face à la cause homosexuelle.

Rappelons à toutes fins utiles que l'islam se marie assez mal avec la cause LGBT. Le détail a une certaine importance puisque la population musulmane ne cesse de grandir (en nombre, en visibilité et en revendications) dans les pays occidentaux, ce qui risque de rendre les célébrations du mois de juin de plus en plus difficiles à tenir les années qui viennent - en Occident, seul endroit où elles soient possibles en premier lieu. Il suffit d'entendre un sympathique musulman de Toronto expliquer ce qu'il en est sur YouTube pour comprendre les difficultés auxquelles les sexualités les plus exotiques feront face dans un avenir proche: "Mettre à mort les homosexuels peut sembler un peu "injuste", mais c'est la loi de la Sharia." CQFD.

La grève des femmes

Sans même entrer dans une discussion identique pour le dernier événement recensé dans ce billet - essayez de faire la Grève des Femmes à Jeddah - la Grève des femmes, puisque c'est ce dont il s'agit, aura lieu le 14 juin, au milieu d'un mois déjà passablement chargé. Pourquoi le 14 juin? Selon la communication officielle, il s'agit de faire grève à partir de 15h24, sont invitées à cesser de travailler pour marquer l’heure de la journée à partir de laquelle elles ne sont plus payées, selon les statistiques de la différence salariale entre hommes et femmes. On peut aussi faire grève toute la journée, bien sûr.

chine,homosexualité,islam,guerre,médias,usa,france,féminisme
Les femmes sont nombreuses à s'afficher sur le site de la centrale syndicale. (photo d'écran)

Évidemment, la grève est regardée avec bienveillance par l'administration et les employeurs publics. Comme d'habitude en Suisse, l'activisme du moment offrira un répit à des femmes dans des positions privilégiées tandis que les familles du secteur privé devront s'organiser pour garder leurs enfants, et ce sont probablement d'autres femmes qui en pâtiront.

Il y a huit ans déjà je décrivais la faiblesse du raisonnement inhérente à toutes les revendications sexistes ayant trait au salaire. Si on accepte le postulat de base, à savoir que les femmes recevraient moins d'argent que des hommes pour fournir exactement le même travail, pourquoi les employeurs ne remplacent pas immédiatement tous les hommes par des femmes pour économiser en coût de main-d'œuvre? 

Il n'y a pas cinquante façons de se sortir de cette incohérence. Soit le postulat de base est faux (statistiques biaisées ou incomplètes) soit on verse dans le complotisme le plus ridicule (les employeurs se mettent d'accord en secret pour discriminer les femmes… Et acceptent au passage que leur main-d'œuvre leur coûte plus cher qu'elle ne devrait). Seule ligne de défense de celles et ceux qui n'en n'ont aucune, on rétorquera que c'est là un raisonnement d'homme, mais je préfère prendre cela comme un compliment.

Il serait sans doute cynique de percevoir la Grève des Femmes comme un énième avatar du marxisme culturel visant à diviser la société de toutes les façons possibles afin d'instrumentaliser des groupes (ici, les femmes) pour servir des objectifs politiques gauchistes. D'ailleurs on le voit à toutes ces élections où un homme est opposé à une femme, les mouvements féministes se rassemblent spontanément derrière la candidature féminine, comme dans le second tour de l'élection présidentielle française où Marine Le Pen fut opposée à Emmanuel Macron… Ah, on me souffle dans l'oreillette que non.

Bref, entre les trente ans du massacre de Tiananmen, les trois quarts de siècle du Débarquement, le mois de célébration LGBT ou la Grève des Femmes, gardez un œil sur ce que les médias choisissent de célébrer ; c'est un précieux indicateur de leur idéologie.

19 avril 2019

Les faillites de Notre-Dame

La destruction par le feu de Notre-Dame de Paris, le poumon culturel et historique qui subsistait au cœur de la capitale française, marque incontestablement la fin d'un cycle.

france-notredame_0.jpg

Depuis l'incendie, les hommages rendus par les politiciens semblent sincère - de la même façon qu'on ne réalise la valeur d'une chose qu'une fois qu'on l'a perdue. Mais le sont-ils vraiment? Et comment en est-on arrivé là?

Faillite de l'État Français

"Les millions affluent pour reconstruire la cathédrale, mais lorsqu'il s'agissait simplement de financer les travaux de réfection, il n'y avait personne", se plaignit sur les ondes un fonctionnaire français du Patrimoine. La remarque est typique de ce qui tient lieu de réflexion à tous les niveaux de la société française: avec plus d'argent, tout irait drôlement mieux.

Avec plus d'argent, Notre-Dame n'aurait pas pris feu? Curieuse défense pour un chantier de réfection transpirant l'incompétence dès le premier jour.

Pourquoi collecter des millions pour rebâtir la cathédrale alors que le versement de l'assurance aurait suffi? Mais pour toucher une assurance, il aurait fallu que le chantier soit assuré en premier lieu (des économies de bout de chandelle pour lesquelles nos Vaudois n'ont pas été meilleurs). Ne pas assurer un chantier revient à s'exposer à un risque inqualifiable.

Bien entendu, une compagnie d'assurance aurait pu refuser le mandat ou, plus probablement, poser des exigences aussi élevées que ses primes. Ce n'est que justice: une assurance n'est pas là pour éponger la bêtise et l'inconséquence, mais pour se prémunir contre un risque. Rétorquer que Notre-Dame était "inestimable" n'est pas un argument recevable. Tous les jours, des œuvres d'art tout aussi "inestimables" voyagent à travers le monde, parfaitement assurées. Et là encore, les assurances jouent parfaitement leur rôle de prévention: l'emballage, les vibrations et le taux d'humidité sont vérifiés en permanence pour les tableaux anciens, en plus d'une expertise scrupuleuse au départ et à l'arrivée.

Si l'État français n'avait pas failli dans sa mission de sauvegarde du patrimoine, il aurait assuré le chantier de réfection de la toiture de Notre-Dame. Il aurait signé un contrat d'assurance de chantier. Il se serait plié aux exigences du contrat, comme un stockage approprié des matériaux inflammables, un système de détection d'incendie digne de ce nom, une vérification du personnel et une certification des systèmes électriques des échafaudages, des rondes… Autant de choses qui auraient pu éloigner le risque d'un sinistre comme celui qui emporta la cathédrale cette semaine.

À la place, l'État français choisit de s'affranchir des règles de bonne gestion qu'il n'hésite pas à imposer au secteur privé. Des fonctionnaires - qui ne seront pas limogés - firent "des économies" de moyens et de contrôle des risques en renonçant à contracter une assurance. Ils mirent en place un ensemble de précautions de chantier qui n'étaient visiblement pas à la hauteur. Le résultat s'étale depuis plusieurs jours en une de tous les journaux du monde.

Il faut l'écrire: il n'y a aucune fatalité là-dedans. La destruction de Notre-Dame est la responsabilité de l'État français. La cathédrale était le monument le plus fréquenté d'Europe avec 13 millions de visiteurs l'an dernier. Sa toiture avait survécu à plus de 700 ans d'histoire et deux Guerres Mondiales. Il aura suffi de quelques années de social-démocratie française pour que tout parte en fumée.

Faillite du Vivre-ensemble

L'incendie de Notre-Dame est-il volontaire? Dans les médias, la question est taboue. Aucun article francophone sur le drame ne mentionne des mots comme "islam", "attentat" ou "terrorisme". Dès les premières minutes (!) de l'incendie la police présentait l'événement comme un "incendie accidentel". Établir les conclusions de l'enquête avant même qu'elle ne débute, voilà un bon moyen de gagner du temps.

D'une certaine façon, le porte-parole qui lança cet énorme bobard n'avait pas tort: l'incendie de Notre-Dame sera accidentel. Pour la simple et bonne raison que l'enquête lancée sur le sinistre, la vraie, a déjà limité son champ d'investigation aux "causes accidentelles", et nulle autre.

Les Internautes furent nombreux à mentionner l'incongruité d'un visiteur dans les tours le soir du sinistre - un ouvrier, explique-t-on. Le départ et la rapidité du feu suscitèrent l'incrédulité jusque chez l'ancien architecte en charge de l'édifice - en direct sur le plateau de France 2. De lourdes poutres de bois de chêne massif qui s'embrasent comme des allumettes? Le doute s'immisce malgré le bétonnage de la vérité officielle…

"On n’est pas responsable politique quand on se complaît dans le complotisme", rétorqua, avec la subtilité qui le caractérise, le nervis Christophe Castaner, dont on raconte qu'il serait ministre de l'Intérieur. En revanche, l'incompétence et l'hypocrisie se conjuguent parfaitement avec la charge politique. Car si on ne sait pas quelles sont les causes du sinistre de Notre-Dame, ce n'est que le brasier qui cache l'incendie de forêt. 875 églises ont été vandalisées en France, rien que l'an dernier.

france,catholicisme,islam,faillite
La carte 2018 des attaques christianophobes (attaques d'églises et attaques dans des églises)

Les médias ne parlent du sujet que du bout des lèvres. Une tache aveugle tellement béante face à l'ampleur des faits qu'elle attire l'attention de médias étrangers, quelques jours avant l'incendie de Notre-Dame...

La célèbre cathédrale n'est pourtant même pas la seule église de Paris à brûler cette année. La deuxième plus grande église de Paris, l'église Saint-Sulpice, a fait l'objet d'un incendie volontaire le 17 mars, il y a tout juste un mois. En aviez-vous entendu parler?

france,catholicisme,islam,faillite

Incendie criminel à Paris - mais à l’église Saint-Sulpice plutôt que Notre-Dame. Tout va bien.

Quant à Notre-Dame, le hasard est taquin: la cathédrale est en feu la semaine même le la condamnation d'une certaine Inès Madani… Pour avoir tenté de faire sauter Notre-Dame avec des bonbonnes de gaz en 2016.

Oui, les églises de France sont sous pression. Et la destruction de Notre-Dame fait des heureux - je vous laisse deviner qui. Des gens qui laissent éclater leur joie dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Faillite des élites

Notre-Dame a brûlé. Vous savez, l'œuvre d'art. Le monument historique. Les réactions de certains hauts responsables démocrates américains ont un point en commun:

france,catholicisme,islam,faillite

...Vous n'y trouverez ni le mot "église", ni le mot "catholique". Un problème de saisie au niveau du clavier, sans doute.

Notre-Dame était certes un joyau architectural de l'art gothique, une mémoire du passé, un symbole de Paris, une attraction touristique majeure, tout ce que vous voudrez, mais c'était aussi, et surtout, une église. Une véritable église, ouverte au public, à la prière et au culte. Pas une ex-église, une église reconvertie en musée ou quoi que ce soit d'autre. Une église catholique.

Et ça, il leur est impossible de l'écrire!

Le virus mental qui affecte la gauche américaine a traversé l'Atlantique depuis longtemps. La nouvelle polémique qui enfle désormais en France concerne la reconstruction de Notre-Dame. Rien n'oblige à reconstruire la toiture à l'identique, rappellent avec empressement les serviteurs de la France de Macron. État entendu que la réalité d'une "éventuelle contrainte" ne peut aller se chercher que dans l'examen de traités internationaux ; le peuple français n'a pas, et ne doit jamais, avoir son mot à dire!

Alors qu'Emmanuel Macron lance un programme "ambitieux" de reconstruction en cinq ans (rappelons que Notre-Dame fut construite entièrement en 60 ans, avec la technologie disponible au XIIIe siècle…) quelques personnes en viennent à se poser la question: si le but est de reconstruire ce qui a été détruit par le feu, pourquoi l'Elysée souhaite-t-il lancer un concours ouvert "aux plus grands architectes internationaux"? Mais s'inquiéter de cela, c'est probablement être "d'extrême-droite"…

Sur France-Info, un architecte interviewé se lâche: bien sûr qu'il faut profiter de l'occasion pour faire quelque chose de différent! Et utiliser les matériaux modernes d'aujourd'hui, l'acier, le béton! Tant pis si ça choque! Les générations futures pardonneront volontiers, comme elles pardonnent aujourd'hui des merveilles architecturales parisiennes comme le Palais Beaubourg, la Tour Montparnasse, les Colonnes de Buren ou l'Opéra Bastille…

france,catholicisme,islam,faillite
Notre-Dame 2.0 va avoir de l'allure.

Par une inconséquence coupable, la toiture de Notre-Dame a été détruite sous l'égide du Président Macron. Tout porte à croire que l'homme-enfant parvenu, désespéré de laisser une trace dans l'histoire, trouvera dans la réfection de la toiture de la cathédrale le moyen d'en faire le symbole de son passage au pouvoir.

Avec une inauguration prévue en 2024, nous saurons assez vite ce qu'il en est. En attendant, beaucoup d'autres églises brûleront en France d'ici la fin de l'année et lors des suivantes, dans des incendies forcément accidentels et le plus grand silence médiatique.

20 mars 2019

De Christchurch à Utrecht

Christchurch en Nouvelle-Zélande. Un "extrémiste de droite", Brenton Tarrant, ouvre le feu dans deux mosquées de la ville, provoquant 50 morts et autant de blessés, des victimes de 3 à 77 ans. Il s'agit du massacre le plus meurtrier en temps de paix dans ce pays depuis plus d'un siècle.

Dans la tête d'un terroriste anti-musulman

Brenton Tarrant a préparé son coup. Peu avant la tuerie - qu'il filme et diffuse en direct sur les réseaux sociaux - il publie en ligne un manifeste de 74 pages expliquant qui il est et pourquoi il a conduit cette attaque, tout en affirmant avoir été inspiré par le tueur norvégien Anders Breivik.

Capture.JPG
Le tireur a marqué les noms de suprémacistes blancs sur ses armes et ses chargeurs

Le texte contient un dialogue avec lui-même à travers une série de questions réponses, la première d'entre elle demandant: "qui êtes-vous"? Citant l'Independent:

"Je suis un homme blanc ordinaire, âgé de 28 ans. Né en Australie d'une famille de travailleurs à bas revenus.

Mes parents sont d'origine écossaise, irlandaise et anglaise. J'ai eu une enfance ordinaire, sans grand problème. J'avais peu d'intérêt pour l'enseignement dispensé à l'école, parvenant tout juste à décrocher mon diplôme."

Il ajoute: "Je suis juste un homme blanc ordinaire, d'une famille ordinaire. Qui a décidé de se mettre debout pour donner un futur à son peuple."
Il se décrit comme une personne "renfermée et principalement introvertie" et admet qu'il est raciste, ajoutant qu'il est "éco-fasciste par nature".


Éco-fascisme? Selon Tarrant, les maux de l’humanité sont tous causés par la surpopulation. Et les peuples ethniquement européens seraient les seuls à ne pas "surpeupler la planète". Quant au choix de sa cible, elle est essentiellement due au hasard:

Selon lui, la Nouvelle-Zélande n'était pas le premier choix pour une attaque ; il dit qu'il y vint temporairement seulement pour planifier son coup et s'entraîner.
Sur la planification de l'attentat, il écrit: "J'ai commencé à planifier le concept de l'attaque il y a environ deux ans et l'attaque précisément contre les lieux de Christchurch trois mois avant."


Il donne aussi son avis sur l'actualité politique.

Quant à savoir s'il soutient le Brexit, il écrit: "Oui, bien que pas pour  les raisons politiques officielles. La vérité est que, finalement, les gens doivent faire face au fait que cela n’avait rien à voir avec l’économie.

C'était le peuple anglais ripostant contre l'immigration de masse, les changements culturels et le globalisme, et c'était une chose grande et merveilleuse."

Quant à savoir s'il soutient le Président Trump, il écrit: "Comme le symbole d'une identité blanche renouvelée dans un but commun? Certainement. Comme législateur et leader? Mon Dieu non."


D'autres détails filtrent dans la presse anglaise, notamment l'Indépendant:

Brenton Tarrant affirme également que son idée d'attaque lui a été inspirée par les attentats islamistes, pour se "venger" d'un attentat terroriste commis en Suède et faisant une jeune fille parmi les victimes.

"Deux ans avant l'attaque [de Christchurch], cela a radicalement changé mon point de vue. La période allait d'avril 2017 à mai 2017", écrit-il. "Le premier événement qui a marqué le début du changement a été l'attaque terroriste de Stockholm le 7 avril 2017. Je ne pouvais plus tourner le dos à la violence. Quelque chose était différent cette fois. Cette différence était entre Ebba Akerlund... Ebba se rendait à pied à la rencontre de sa mère après l'école quand elle fut assassinée par un attaquant islamiste."

Expliquant son plan pour le massacre, le tireur écrit qu'il agit "avant tout pour montrer aux envahisseurs que nos terres ne seront jamais leurs terres, que nos foyers sont à nous, et que, aussi longtemps que vit un homme blanc, ils ne conquerront JAMAIS nos terres et ne remplaceront jamais nos peuples."


Radicalisé en France. La "seconde étape" de sa radicalisation vient d'un séjour en France. Citant Ouest-France:

La victoire d’Emmanuel Macron contre Marine Le Pen lors de la présidentielle française de 2017, est celle, selon lui, d’un "ancien banquier internationaliste, mondialiste, anti-blanc" contre une "mollassonne" et "timide". Il juge d’ailleurs le parti de Marine Le Pen "complètement incapable de créer un réel changement".

Il fait le portrait d'une France peuplée d’envahisseurs "non-blancs", qu’importe la taille de la ville. Les Français y sont décrits comme "pessimistes", le pays comme "en perte de culture et d’identité" et l'auteur du Manifeste déplore la pauvreté des "solutions politiques offertes".


En observant dans un cimetière militaire "les croix blanches" à l’horizon, Brenton Tarrant dit avoir "éclaté en sanglots", précise LCI.

D'autres détails filtrent encore dans les médias, mais sont moins rapportés. Le terroriste conçoit parfaitement la possibilité qu'il meure au cours de l'attaque. Mais s'il y survit, dit-il, il se fera un plaisir de "contribuer à être à la charge de l'État tout le reste de sa vie," une façon supplémentaire d'afficher sa haine des gouvernements comme celui de Nouvelle-Zélande.

Manque de chance, le pays a aboli la peine de mort pour tous les crimes en 1989. Et maintenant des gens manifestent pour la rétablir. Apparemment l'idée que certains crimes méritent une peine adéquate (re)fait gentiment son chemin.

Traitement médiatique

Les quelques extraits ci-dessus montrent que le terroriste, son acte et sa personnalité ont intéressé les médias aux plus haut point, bien qu'ils soient gênés de "faire de la publicité" à l'acte et à son auteur. Les médias évoquent la réaction de Néo-zélandais qui offriraient des millions de dollars de dons aux victimes, se couvriraient la tête ou achèteraient en réaction de la viande halal. On attendra la symétrie des musulmans qui offriraient des millions de dollars à des victimes de l'islam, rejetteraient le voile ou achèteraient du porc comme protestation après un attentat islamiste...

Il ne fallut que quelques heures avant que la polémique sur le contrôle des armes ne surgisse. "Ils n'apprennent jamais", se lamenta Leesa K. Donner sur LibertyNation.

La Nouvelle-Zélande applique déjà une politique assez stricte de contrôle des armes à feu. Posséder une arme au pays des Kiwis n’est pas un droit, mais un privilège accordé à ceux qui sont prêts à obéir à toutes les lois sur les armes à feu. Et elles sont nombreuses. Tout le monde doit avoir une licence et faire vérifier ses antécédents. Ils doivent tous suivre un cours sur la sécurité - la possession légale d'une arme à feu est un processus long et ardu. Si vous pouvez imaginer une loi sur le contrôle des armes à feu, la Nouvelle-Zélande l'a probablement déjà dans ses tablettes.


1,2 millions de citoyens disposent déjà d'une arme, dans un pays vaste et peu peuplé qui contient plus de moutons que d'humains. Il ne sera pas facile de désarmer tout le monde ; mais comme le rappelle la chroniqueuse, "cela n'aurait eu aucun effet sur la tuerie de Christchurch de toute façon".

L'ONU devient d'extrême-droite. Suivant un scénario rodé, l'assassin est associé aux personnalités politiques gênantes du moment ; les médias français sont à deux doigts d'accuser Marine Le Pen de complicité dans la tuerie. Ici, pas de déséquilibré, pas de "piste terroriste possible", pas de padamalgam - c'est tout le contraire.

Le manifeste du terroriste est aussi jeté aux orties, puisqu'il expose la théorie du Grand Remplacement qui ne saurait être qu'un délire issu de l'esprit fiévreux d'un militant d'extrême-droite. Dommage que celle-ci soit officiellement disponible sur le site de l'ONU sans compter les innombrables déclarations des responsables de l'organisation encourageant les migrations massive de population du Tiers-monde comme moyen "d'équilibrer" la démographie de l'occident vieillissant.

Pendant ce temps au Nigeria... Certains internautes pointent du doigt un certain déséquilibre: ainsi, Breitbart.com rapporte que 120 chrétiens ont été tués au Nigeria par des islamistes durant les trois dernières semaines. Quels médias mainstream ont évoqué ces massacres? La réponse est rapide: aucun.

Les réseaux sociaux font l'objet de furieuses polémiques. Un Internaute s'insurge ainsi que 122 attentats terroristes islamistes aient eu lieu dans les 30 derniers jours, provoquant 859 morts dans 21 pays. Mais Facebook veille à ce que l'information ne s'affiche pas facilement:

ergdsfgadad.png
L'outrage semble surtout être vis-à-vis des opinions politiques de Facebook...

Et si l'ont prend des statistiques plus anciennes, on en serait à 34'717 morts  dans le monde depuis le 11 septembre 2001 - en prenant uniquement en compte les attentats islamistes terroristes identifiés comme tels et non pas les attaques, coups de poignards, écrasement par véhicule et autre égorgements proférés par de simples "déséquilibrés".

"Peut-être que la vie des musulmans vaut plus que celle des chrétiens?" demandent des Internautes. Je ne pense pas que cela soit le cas, simplement parce que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme islamiste. Selon moi, la particularité de la tuerie de Christchurch vient de la personnalité du tueur et de ses motivations.

Les services de sécurité du monde entier sont sur la sellette, et la Nouvelle-Zélande ne fait pas exception. Elle emploie d'immenses ressources pour mener la vie dure à Kim Dotcom de Megaupload, doubla son budget depuis 2012, mais s'avéra incapable de déceler un profil comme celui du terroriste de Christchurch. Alors, à quoi sert tout cet argent?

Dans la tête d'un terroriste musulman

L'attaque terroriste de Christchurch monopolisa les médias, mais elle ne fut même pas la dernière de ces jours. Une actualité chasse l'autre, comme on dit. Lui succéda, le 18 mars, une "fusillade" à Utrecht, aux Pays-Bas. L'auteur serait un certain Gökmen Tanis, Turc de 37 ans passé par la Tchétchénie et en contact avec des individus partis faire le djihad au sein de l'État Islamique.

tram outside.jpg

Bien que le mode opératoire et la personnalité du tueur fassent partie des grands classiques, on parla longtemps d'acte terroriste "possible", l'autre possibilité étant le "déséquilibre", tant il est commun de se promener en ville en ouvrant le feu sur les individus croisés en chemin.

On n'en sait encore peu sur Gökmen Tanis, mais certains détails de son passage à l'acte sont clairs, même si les médias évitent d'en parler. Le passage à l'acte de Gökmen Tanis à Utrecht pourrait être consécutif à celui de Brenton Tarrant à Christchurch.

Autrement dit, face à un déséquilibré ouvrant le feu sur des musulmans innocents, un autre déséquilibré à l'autre bout du monde ouvrirait le feu sur des civils innocents.

Ainsi, Gökmen Tanis aurait publié sur un compte Twitter lui appartenant une photographie du fusil utilisé par le tireur de Nouvelle Zélande.

Une guerre civile qui ne dit pas son nom

Un autre Bretton Tarrant serait difficile à déceler tant il fut banal avant son passage à l'acte. Il existe probablement des centaines de milliers, voire des millions de Bretton Tarrant d'avant Christchurch de par le monde. La plupart ne passeront heureusement jamais à l'acte, mais d'autres, si.

De même, il existe des centaines de milliers, voire des millions de Gökmen Tanis d'avant Utrecht de par le monde. La plupart ne passeront heureusement jamais à l'acte, mais d'autres, si.

Le but de l'exercice n'est pas de compter la proportion des uns et des autres, mais de comprendre que les Bretton Tarrant et les Gökmen Tanis sont tous deux persuadés d'être en guerre, une guerre totale. Ils n'hésitent pas à s'attaquer à des civils désarmés dans des tueries plus ou moins improvisées, fut-ce à 20'000 kilomètres l'un de l'autre, dans un échange mortel.

Les gens normaux sont saisis d'horreur face à leurs actes, mais une partie de l'opinion publique peut aussi penser que nous nous dirigeons petit à petit vers une guerre civile en bonne et due forme. Elle éclatera réellement si une proportion suffisante de gens le pensent ainsi - en particulier des leaders politiques - peu importe le désir de paix de la majorité.

La masse critique n'est pas encore atteinte, mais lorsque les opérations punitives commencent à s'enchaîner de part et d'autre du globe, la trajectoire devient franchement inquiétante.

29 janvier 2019

"Salafistes", la vérité qui dérange

Salafistes, un film documentaire de François Margolin et Lemin Ould Salem sur les milieux du même nom, est une œuvre qui sort de l'ordinaire. Vous pourrez la voir à New York, mais pas à Paris: le gouvernement a décidé de la censurer. Le film-documentaire tourné il y a deux ans et demi en Mauritanie, au Mali et en Tunisie est en revanche sur les écrans américains cette semaine, depuis le 25 janvier à New York, la semaine suivante à Los Angeles, puis dans une trentaine de villes américaines. Le film a aussi été diffusé en Irak et en Tunisie, en prime-time, à la télévision.

Mais en France vous ne le verrez pas, ni au cinéma, ni ailleurs. Vous n'en entendrez sans doute quasiment pas parler. Dans le Pays des Lumières, le gouvernement interdit de diffuser des films qui dérangent... Fussent-ils coproduits par France 3 et Canal+, deux chaînes de télévision françaises.

france,islam,terrorisme

La raison est évidente: le contenu pose problème. François Margolin n'a pourtant pas fait de son documentaire une apologie des salafistes, pas plus qu'un procès à charge que les journalistes auraient descendu en flammes avec tant de plaisir en narrant ses "relents d'extrême-droite". Non, le cinéaste est simplement allé à la rencontre des salafistes. Il les a interrogés. Il les a laissé parler.

Pourquoi laisser simplement s'exprimer des salafistes devient si terrifiant que les pouvoirs publics français frappent le résultat d'anathème?

Pour le comprendre, il faut lire une longue interview du réalisateur parue sur le site du Figaro, dont voici de larges extraits. Sur le documentaire lui-même, pour commencer, François Margolin explique sa technique à un journaliste qui reprend le reproche de "faire l'apologie du terrorisme":

[Mon choix en tant que réalisateur] était d'écouter leurs propos. C'est ma façon de faire des films depuis toujours, tout comme c'est celle d'un Raymond Depardon ou d'un Claude Lanzmann. On est plus impressionné par les propos quand on les entend directement, sans avoir un professeur de sciences politiques qui vous dit quoi penser, en vous répétant que «ce n'est pas ça l'Islam» ou que «si le terroriste a agi comme cela, c'est parce qu'il ne cherche qu'à se révolter contre l'oppression sociale qu'il subit, ou contre le colonialisme qu'ont enduré ses parents»…

Il faut entendre les propos de ces dignitaires religieux, même s'ils sont désagréables et, souvent, condamnables. Ce ne sont pas des propos bruts, comme on l'a dit ici ou là ; nous avons passé des mois sur le montage pour qu'on comprenne ce qu'il y a dans la tête de ces gens, qui disent eux-mêmes qu'ils ont déclaré la guerre à l'Occident. On nous a reproché d'avoir voulu donner une image calme et posée de ces gens que nous avions filmés, mais ils sont comme cela. Ils sont sûrs d'eux et de la justesse de leur propos. Ils ne croient d'ailleurs pas tellement au monde ici-bas mais plutôt au paradis! Nous voulions dépasser les idées reçues, en finir avec la culture de l'excuse. Et, contrairement à ce que disait un Premier ministre à l'époque, comprendre ce n'est pas justifier.


François Margolin ne fait pas dans l'angélisme et ne se place certainement pas dans la neutralité.

Je pense depuis toujours qu'il faut écouter nos ennemis, surtout si on veut les combattre. Et surtout, en finir avec les œillères, voir que la guerre a commencé, au moins depuis le 11 septembre 2001. Je pense que si on avait écouté ce que disent les gens dans le film, on n'aurait pas pu empêcher les attentats, bien sûr, mais on aurait pu mieux comprendre le pourquoi des cibles des attentats.

Les chefs djihadistes y affirment qu'ils activeront leurs réseaux dans le monde dès que cela sera possible, en particulier si l'État islamique est attaqué. Ce qu'il s'est effectivement passé. Et qu'ils auront pour cibles les lieux où l'on boit de l'alcool, ceux où l'on écoute de la musique, ceux où les filles sont court vêtues etc. Ils assument pleinement leur idéologie.


La censure du film est en fin de compte le symptôme d'un déni bien français, et le réalisateur s'offre même le luxe d'en faire l'inventaire.

On nie totalement ce qu'il se passe en banlieue, on nie que certaines cités sont interdites aux policiers, on nie que les jeunes filles musulmanes, qui travaillent à Paris ou vont y faire du shopping, sont obligées d'avoir d'autres vêtements quand elles rentrent le soir en banlieue à cause des «grands frères», on nie que les enfants juifs du 9-3 doivent aller à l'école tous les matins dans d'autres départements, on nie que la défense du frère de Mohamed Merah a été payée par des gens qui se sont cotisés dans les cités de la banlieue toulousaine… Tout cela concourt à une forme d'acceptation globale de l'islamisme en général par les autorités. On accepte des choses inacceptables. C'est une honte par rapport à ce que sont les valeurs de la France. (...)

J'ai été très surpris de l'accueil du film par la presse. Au départ, nous avons été reçus partout, dans les médias télés ou radio, et, à partir du jour où il y a eu cette prise de position de la ministre de la Culture [Fleur Pellerin, à l'époque], la plupart des médias ont suivi la «ligne officielle du parti», certains en retournant leur veste, beaucoup d'autres, en ne défendant même plus la liberté d'expression.

Cela a été la même chose pour beaucoup de sociétés d'auteurs, pour la plupart des associations de producteurs ou de réalisateurs. Des organismes toujours très prompts à réagir quand un réalisateur russe se fait emprisonner ou quand un réalisateur iranien est empêché de tourner… Cela dérange visiblement moins quand c'est en France, étrangement… J'ai en revanche été très fier de la défense de personnalités importantes comme Claude Lanzmann ou les frères Dardenne.


Notez que la première interdiction du film a été prononcée par le Ministre de la Culture (!) sous la Présidence Hollande et qu'elle a été reconduite par son successeur de la Présidence Macron. La volonté de balayer les problèmes sous le tapis transcende la couleur politique affichée... Mais le réalisateur n'est pas dupe de la manœuvre. Il ne s'agit pas d'une méprise mais d'un calcul politique parfaitement assumé dans les hautes sphères. Les élites veillent à endormir la population sous des doses toujours plus massives de Padamalgam, tandis que les politiciens sont simplement dans des calculs électoralistes, car en France, le poids démographique des musulmans pèse déjà. Et il est important de maintenir tout ce petit monde sous contrôle.

[En] y réfléchissant, je trouve qu'il se passe avec les Gilets jaunes quelque chose du même ordre [que le traitement du terrorisme islamiste] sur la question de ce qu'on appelle les fake news. On accuse beaucoup les Gilets jaunes de diffuser des fausses informations mais on ne dit rien quand des ministres -de l'Intérieur, en général- disent en permanence quand il y a un attentat, que le «cas est plus complexe qu'on ne le croit», qu'il «ne faut pas parler trop vite de terroriste» -même si l'attentat est revendiqué par l'État Islamique - ou qu'il s'agit d'un «déséquilibré», ou d'un «type qui a des problèmes sexuels», comme à Nice, ou encore «d'un repris de justice», comme récemment à Strasbourg.

Or, on se rend compte en général, par la suite, que c'était le fait d'une personne bien entraînée, qui avait préparé son action depuis des mois, et avait fait allégeance à l'État islamique. Mais, cela est dit quelques semaines plus tard et cela fait un entrefilet en bas de page dans les quotidiens. Les fake news sont souvent utilisées par ceux qui prétendent les combattre.


Mais au-delà de toutes ces polémiques, il reste le propos du film, les entretiens avec les salafistes, leur relation avec l'Occident, le traitement de la lutte contre le terrorisme par les gouvernements occidentaux. Et faute d'accepter d'identifier correctement l'ennemi, de le nommer, de le désigner, il n'y a aucun progrès.

Mon propos n'est évidemment pas de dire que tous les Musulmans sont des terroristes, mais il va à l'encontre de la doxa qui voudrait qu'il ne s'agisse que de fous, qu'on pourrait guérir avec des pilules rouges ou bleues, ou par des électrochocs, comme on faisait dans le temps, avec les dissidents, en Union Soviétique. En France nous sommes en plein déni. On est dans la psychiatrisation du terrorisme. Et c'est [la démolition de cette approche] qu'a voulu interdire le gouvernement. Or, comme on le voit dans «Salafistes», très clairement, on a affaire à des gens dotés de raisonnements, qui obéissent à une logique. C'est un terrible désaveu que de constater que tout est beaucoup plus compliqué que de simples problèmes psychiatriques. (...)

[Il] y a une vraie volonté [politique en France] de vouloir nier que le salafisme est une tendance profonde et ancienne, très répandue dans l'histoire de l'Islam, de manière récurrente à travers les siècles, et qui perdure dans certains États, que certains adorent au plus haut niveau de L’État, comme l'Arabie Saoudite de Mohammed Ben Salman.


Dont acte. Et face à tous ceux, musulmans ou non, qui clament que l'islam-ce-n'est-pas-ça ou qui expliquent que les terroristes ne sont pas de véritables musulmans, le réalisateur répond par une simple question:

"Au nom de quoi a-t-on le droit de dire à des djihadistes: Vous n'avez aucun rapport avec les textes dont vous vous réclamez, avec la foi que vous proclamez?" -- François Margolin


On attendra, longtemps hélas, la réponse des "musulmans modérés".

Salafistes, 2016, 1h 15 minutes, à voir dans tous les bons cinémas les pays qui ne pratiquent pas la censure politique. En attendant qu'il finisse par fuiter sur Internet, vous pouvez vous contenter de la bande-annonce.

21 décembre 2018

Trekking mortel au Maroc

Ce sont les plus récentes victimes notables du moment, et gageons que ce ne seront pas les dernières: deux touristes scandinaves, une Danoise et une Norvégienne, ont été agressées et tuées par des islamistes au Maroc. Leurs corps ont été découverts lundi sur un site isolé dans le Haut-Atlas. L'une d'elles a été décapitée, l'autre égorgée.

islam,terrorisme,maroc
Les deux victimes sont Louisa Vesterager Jespersen, 24 ans, du Danemark, et Maren Ueland, 28 ans, de Norvège.

"Le DFAE modifie ses recommandations aux voyageurs", rappelle, pince-sans-rire, l'encadré en fin d'un article sur l'enquête sur le site de la RTS. Le DFAE, très suisse, est toujours à l'heure lorsqu'il s'agit d'annoncer les dangers une fois qu'il est trop tard.

Deux vidéos circulent sur Internet ; l'une d'elle montre le meurtre d'une des deux touristes en direct, vraisemblablement filmée par un des agresseurs, l'autre montre les quatre suspects arrêtés depuis faisant allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l'État islamique. Un détail qui vient aussi rappeler que l'État islamique a cessé depuis longtemps d'être un ennemi qu'on combat avec des tanks en Syrie, à plus de 4'000 km de là.

Le Maroc est un paradis, selon le dogme même de l'islam: sa population est musulmane à 99%. Il est donc normal que des touristes viennent visiter le paradis, et parfois, qu'ils terminent leur séjour au paradis. Leurs agresseurs s'étant comportés en bons islamistes se voient quant à eux promettre le paradis. C'est paradis pour tout le monde.

On peut naturellement se demander ce qui a pu pousser les deux victimes à se promener dans un endroit aussi dangereux que l'arrière-pays marocain - et pas à cause des éboulements.

Il y a des gens qui ne se doutent de rien. En 2018, avec ce que nous voyons tous les jours sur la planète. Ne riez pas, ce genre d'individu existe, et dans des proportions remarquables. Leur niveau de conscience est maintenu en-dessous du seuil de réveil par des médias compétents et une dose quotidienne de padamalgam. Au vu du niveau d'endoctrinement qui a court dans les pays du nord de l'Europe, il n'est pas impossible que les victimes aient appartenu à cette catégorie. Les gens qui ne se doutent de rien apprennent vite, lorsqu'ils survivent.

Il y a des gens qui veulent faire un exemple. Oui, c'est vrai, vu de loin, deux jeunes femmes blondes de type nordique faisant du trekking dans une région sauvage d'un pays profondément musulman s'apparente à une forme de suicide... Ou pas. Après tout, y aller soi-même, quel meilleur moyen de démontrer que tous ces médisants se trompent? Prouver que la réalité n'est pas l'image déformée que renvoient ces sales sites d'extrême-droite (et la rubrique faits-divers de beaucoup de médias) et donner une belle leçon de vie à tous ces gens peureux, racistes, à la prudence malsaine!

Rappelons-nous de Pippa Bacca en 2008:

islam,terrorisme,marocElle avait 33 ans. Artiste conceptuelle milanaise, elle s’était embarquée dans un projet insensé [sic!] qui a tourné au drame : Giuseppina Pasqualino di Marineo a été retrouvée morte en Turquie, violée et assassinée. La police a arrêté celui qu’elle soupçonne d’être son meurtrier, un Turc qui l’avait prise en autostop dans la ville industrielle de Gebze, à une heure de route d’Istanbul.

La jeune femme, plus connue sous le nom de Pippa Bacca, était partie avec une amie, toutes deux vêtues d’une robe de mariée, pour traverser les zones de conflit des Balkans et du Proche-Orient, afin de démontrer les valeurs communes de la Méditerranée, et de donner un signe de « confiance entre êtres humains ». Elles devaient se rendre en autostop de Milan à Jérusalem, en passant par les pays de l’ex-Yougoslavie, la Turquie, le Liban, la Syrie, la Palestine et Israël.

Pour ce projet intitulé « Brides on Tour », elles devaient porter la même robe blanche du début à la fin, et celle-ci, avec toutes les tâches de ce long périple, devait figurer au cœur d’une exposition à leur retour en Italie, avec toute la documentation filmée et écrite de ce voyage symbolique. Pippa Bacca portait effectivement cette robe lorsque son corps a été retrouvé vendredi près de Gebze, étranglée.


Pippa Bacca était bien une artiste d'avant-garde, mais pas forcément de ce qu'elle aurait voulu.

Il y a des gens qui chantent des louanges de l'islam-religion-de-paix, et qui se garderaient bien de faire un tour dans un pays comme le Maroc. Une longue phrase pour illustrer le sens du mot "hypocrite".

Il y a des gens, enfin, qui ont un vague sens des réalités et qui choisissent mieux leurs destinations. Ce n'est peut-être pas très glorieux (ceux qui portent ce genre de jugement sont de type Pippa Bacca ou des hypocrites) mais ces gens finissent souvent vivants leurs vacances, ce qui est un gros plus.

Je ne dis pas que chaque touriste visant à passer une semaine au Maroc ou en Turquie doive réactualiser son testament. Mais il faut avoir voyagé, un peu, ou avoir au moins fait preuve de curiosité sur Internet pour comprendre que le monde est un endroit dangereux. Les populations locales sont souvent arriérées, parfois hostiles. Les raisons sont multiples, que ce soit par jalousie, idéologie, ou simplement ne pas avoir grand-chose à craindre en s'en prenant à des étrangers de passage.

Le monde est sillonné de chemins déserts où croiser un type à pied revient à se demander s'il a un couteau et s'il va s'en servir, et à espérer que non. Dans de nombreux pays, les touristes sont assimilés à du gibier - soit à plumer, soit à tuer, selon la culture des autochtones et le niveau de police local. Même dans les pays "touristiques", les touristes sont souvent parqués pour leur propre bien dans des zones précises. Ils ne se mêlent à la population locale qu'en groupe, avec des guides et une bonne escorte.

Les pays occidentaux sont des oasis de sécurité, de paix et de politesse. Ils le sont eux-mêmes de moins en moins, grâce à la convergence que permet l'immigration de masse en provenance du tiers-monde. La grande faiblesse de la population occidentale en général et des Suisses en particulier est de croire que parce qu'on est gentil et honnête, les autres le sont aussi. Les naïfs le sont toujours moins, mais restent très nombreux.

En vacances dans leur cursus universitaire d'éco-philosophie, Louisa Vesterager Jespersen et Maren Ueland ont sans doute été surprises de se faire attaquer. Avant d'être submergées par la peur, avant de réaliser que leur destin était scellé, avant d'être égorgées, au tout début de l'agression, pendant une seconde, elles ont peut-être froncé les sourcils en se disant que tout cela ne collait pas. C'était cliché. Elles assistaient de l'intérieur à une scène correspondant aux pires stéréotypes qu'elles avaient choisi de ne pas croire.

Cela ne les a pas sauvées.

"Être de gauche ne protège pas des islamistes", avais-je écrit à l'époque du massacre de Charlie Hebdo, avant de poursuivre: "Vous êtes encarté chez les socialistes ou les communistes? Vous êtes ami du "peuple palestinien"? Vous exécrez les juifs et souhaitez tout le mal du monde à un type comme Zemmour? Pas de problème. Vous aurez droit à la mort à votre tour, comme tous les autres chiens d'infidèles." On peut rajouter à la liste les randonneuses écervelées décidées à faire vivre le tourisme local.

Dans son article, se faisant l'écho des médias marocains, la RTS s'inquiète "des possibles répercussions du meurtre sur le tourisme, secteur clé de l'économie puisqu'il représente 10% de la richesse du pays et constitue le deuxième employeur après l'agriculture." On a évidemment bien de la sympathie pour les nombreux Marocains qui tentent de vivre honnêtement du tourisme. Dans cette perspective, l'islamisme est évidemment un problème. Mais c'est un problème marocain. C'est aux autorités politiques, religieuses et économiques du Maroc de trouver une réponse.

Les touristes n'ont pas vocation à risquer leur vie pour maintenir le PIB touristique d'un pays ou un autre - s'ils font face à un risque significatif de se faire décapiter en vacances, les moins lobotomisés d'entre eux iront simplement faire du trekking ailleurs. Les autres auront leur quart d'heure de gloire posthume dans les journaux, dans des articles dont les commentaires ont été étrangement désactivés.

16 décembre 2018

Comment lutter (réellement) contre le terrorisme islamiste

La France est encore frappée par le terrorisme. Cette fois-ci, c'est au tour de Strasbourg. Il suffit de lire la liste de 2017 ou celle qui sera faite en 2018 - l'année n'est pas terminée - pour avoir une idée de ce qui attend l'Hexagone les décennies à venir.

Mais est-ce une fatalité?

Naturellement, les gens s'interrogent. Comme le fait remarquer un Internaute taquin:

"Tous ces attentats, ces attaques au couteau, à l'arme à feu, ces camions qui foncent dans la foule, ces gens qui crient en commettant leurs méfaits... Si au moins on était capable de trouver un point commun, quelque chose qui permette de les relier... Mais non, rien de rien. Quel dommage!"


Face à l'incompétence des autorités et la veulerie des politiciens, l'ironie est une arme efficace. Ces messieurs ne sont bien entendu jamais à court d'excuses: il ne faut pas "stigmatiser", il faut "respecter les droits de l'homme", la "présomption d'innocence", "renoncer à l'amalgame", et tutti quanti... Et pendant ce temps, de l'autre côté du mur du politiquement correct, les victimes s'empilent. Les pays européens subissent des dizaines d'attaques que les médias s'évertuent de plus en plus à maquiller comme les actes de déséquilibrés, voire de simples accidents de la route.

strasbourg_attentat_2018.jpgMais pour répondre à la question un peu plus haut, non, le terrorisme islamiste n'est pas une fatalité. Nous en avons l'exemple avec l'Italie - un pays européen, en première ligne de la crise migratoire, et qui n'a pour l'instant pas eu à souffrir du moindre attentat terroriste perpétré par des fous d'Allah.

Que font différemment les Italiens? La recette n'a rien d'un mystère. Elle est livrée dans une passionnante interview donnée par Lorenzo Vidino, expert du djihadisme à l'Université George-Washington et ancien coordinateur de la Commission italienne d'étude sur la radicalisation, dans les colonnes du Temps.

Plus intéressant que l'absence d'attentat sur sol italien, Lorenzo Vidino tire de précieux enseignements du nombre de départ de combattants sur les différents fronts du djihad - des données empiriques, scientifiques. Ainsi, on compte, par ordre décroissant:

  • 350 départs de combattants d'Autriche, soit un peu moins de 40 par million d'habitant ;
  • 300 pour la Suède, soit environ 30 par million d'habitant ;
  • 190 pour la Suisse, soit 22,5 par million d'habitant ;
  • plus de 1500 pour la France, soit 22,3 par million d'habitant ;
  • 1000 pour l’Allemagne, soit 12 par million d'habitant ;
  • et seulement... 129 pour l'Italie, soit à peine plus de 2 par million d'habitant.

Certes, ces chiffres peuvent être discutés - tous les candidats au djihad en Irak ou en Syrie ne déclarent pas ouvertement leurs intentions - mais il n'y a pas de raison que ces comportements diffèrent sensiblement d'un pays à l'autre. L'écart entre l'Italie et les autres saute aux yeux: ils sont tous entre six et vingt fois plus radicalisés que la première.

Lorenzo Vidino précise encore les chiffres italiens:

C’est un chiffre incroyablement bas pour un pays de 60 millions d’habitants qui compte au moins 2 millions de musulmans. Et sur ces 129, il y a des Marocains qui ont passé des années en France avant de partir en Syrie, ou encore deux Italiens nés en Suisse – à Saint-Gall et à Zurich – et partis pour la Syrie en 2014 et 2015. On a seulement 18 citoyens italiens sur l’ensemble des départs.


Pour l'expert du djihadisme, ces chiffres sont un meilleur indicateur de l'exception italienne que l'absence d’attentats. Après tout, un individu assez motivé pour aller faire le djihad à l'étranger est probablement prêt à se livrer à des attentats sur place.

L'Italie n'a pas toujours été aussi bonne élève. Le pays abritait des mosquées professant le djihadisme, notamment à destination de la Bosnie, dans les années 1990. Mais les autorités surent réagir.

[La méthode italienne de lutte contre le terrorisme islamiste] cible avant tout ceux qu’on appelle les «mauvais maîtres», les cattivi maestri, ces mentors qui attirent les jeunes sur la voie de la radicalisation. S’ils ne sont pas Italiens, et la grande majorité ne le sont pas, ils sont expulsés systématiquement. C’est la tolérance zéro: si vous êtes radicalisé ou si vous radicalisez d’autres gens, et que vous n’êtes pas Italien, vous êtes expulsé, c’est aussi simple que cela.

Depuis le 1er janvier 2018, 109 personnes ont été expulsées d’Italie pour menace à la sécurité nationale. Depuis 2015, cela fait plus de 350 personnes expulsées, soit environ deux par semaine. C’est un outil majeur à disposition du gouvernement italien, issu d’une loi passée après les attentats de Londres en 2005. La déportation est décidée par décret ministériel, sans recours suspensif possible. Elle ne s’applique qu'aux étrangers, mais comme il est très difficile de devenir italien si vos parents ne le sont pas, cet outil s’applique bien à la majorité des cattivi maestri.

En général, le décret est signé par le ministre l’après-midi, la personne est arrêtée vers 1 ou 2h du matin et expulsée vers 5h ou 6h du matin. Parfois à la sortie de la prison où elle séjournait. La plupart des gens sont renvoyés vers le Maroc, la Tunisie, la Bosnie, le Kosovo, l’Albanie ou la Macédoine. Des pays avec lesquels l’Italie a de très bonnes relations et des accords d’expulsion qui marchent bien.


vidino.jpgLoin de l'angélisme prévalant dans d'autres pays occidentaux, la police italienne sait aussi faire preuve de curiosité - un héritage de la lutte antimafia et du terrorisme des années de plomb. "On sait que si on arrête quelqu’un, le lendemain il faut ouvrir une enquête sur son cercle d’amis ou sa famille", explique Lorenzo Vidino. Les malfrats, qu'ils soient mafieux ou islamistes, agissent en réseau.

Les Italiens auraient-ils découvert la Panacée? Oui et non. Oui, parce que les résultats sont là, indubitablement. La réussite italienne force le respect. Non, parce que la méthode perdra de son efficacité dans le temps, à cause d'une évolution démographique plus profonde qui a déjà court ailleurs sur le continent.

La démographie de l’Italie est différente de celle du nord de l’Europe. La plupart des jeunes qui sont partis pour le djihad depuis la Belgique, la France, la Suisse, etc., sont issus de la deuxième génération d’immigrants. Or cette deuxième génération n’existait pas en Italie jusqu’à très récemment. Les premiers immigrants musulmans sont arrivés en Italie comme célibataires dans les années 1990, et c’est seulement aujourd’hui qu’on voit apparaître une seconde génération née ici. L’Italie ressemble de ce point de vue à la Grèce, au Portugal ou à l’Espagne. On n’a pas eu les mêmes facteurs de radicalisation qu’ailleurs en Europe.


La distribution de passeports sans grand discernement joue aussi son rôle:

Le système des expulsions ne fonctionne pas pour les citoyens italiens, ni pour les mineurs. Un des attaquants tués lors de l’attentat du pont de Londres en 2017 était le fils d’une convertie italienne qui a voulu partir vers la Syrie et qu’on ne pouvait pas expulser. Il y a aussi eu le cas de Tommaso Hosni, qui a poignardé un policier et un militaire à la gare de Milan. Il est Italien. Un adolescent d’Udine qui tenait une chaîne sur Telegram pour l’Etat islamique n’a pas pu être expulsé non plus puisqu’il est mineur.

Il y a davantage de cas de ce genre, car de plus en plus de gens reçoivent la nationalité italienne. Donc l’arme des expulsions a tendance à s’émousser avec le temps.


Sans complaisance ni langue de bois, Lorenzo Vidino donne donc les recettes efficaces pour lutter contre le terrorisme islamiste dans un pays occidental développé et sujet à l'État de Droit:

  • refuser de laisser venir s'installer et expulser tous les individus radicalisés qui peuvent l'être ;
  • étendre les enquêtes pour démanteler les réseaux dans leur intégralité ;
  • établir des accords de réadmission avec les pays tiers ;
  • redoubler de vigilance avant d'accorder la nationalité à des gens qui deviennent de fait inexpulsables, notamment leur descendance.

C'est une vraie feuille de route. La Suisse dispose déjà de plusieurs armes législatives pour l'appliquer - comme le Renvoi des Criminels étrangers par exemple - mais la volonté politique manque. M. Vidino s'en rend parfaitement compte et livre sans concession l'image que la Suisse donne d'elle à l'étranger: "les Italiens ont tendance à penser que la Suisse est un peu molle dans le traitement de ce problème. La perception des Italiens est que les Suisses autorisent des gens problématiques à s’installer à leur frontière. Il y a eu des cas de gens expulsés d’Italie qui sont revenus s’établir en Suisse."

Faudra-t-il que le sang coule ici aussi pour les politiques se réveillent enfin?