28 novembre 2019

Le Cirque de la Destitution

Suivant les recommandations de la frange la plus extrémiste de leur parti, les Démocrates ont finalement lancé une procédure de destitution - Impeachment en VO - de Donald Trump. Mal leur en a pris, semble-t-il. L'opération vire au désastre.

Pour en parler, rien de mieux que de citer un spécialiste ; voici donc un éditorial de Greg Jarrett sur ce cirque de la destitution, publié la semaine dernière sur FoxNews.

 


 

Trump devrait espérer que le Carnaval de Destitution d'Adam Schiff ne se termine jamais

Le Carnaval de Destitution du Représentant Adam Schiff, Démocrate de Californie, entre dans une nouvelle semaine avec une parade de témoins qui n'ont à offrir que leurs opinions sans fin et des ouï-dire sur un cas de corruption "donnant-donnant" [Quid Pro Quo] d'où la corruption est absente.

Tout comme le titre de la farce comique d'Herman Wouk en 1965, La Fête Continue, le Président Trump peut espérer que cette idiotie de destitution se poursuive éternellement. Ou du moins jusqu'à ce que la saison des élections présidentielles soit bien avancée l'an prochain. Le maintien de sa résidence au 1600 Pennsylvania Avenue lui sera assuré.

Schiff, qui préside le comité du renseignement de la Chambre, représente le Grand Manitou du cirque de destitution, rappelant de manière frappante Norman Paperman, le personnage principal de Wouk. Ses singeries malheureuses sont le matériau du burlesque et de la bouffonnerie. Si quelque chose peut aller mal, ça ira mal. Personne ne semble prendre le pauvre Norman au sérieux. Sauf Norman.

Ainsi en est-il avec Schiff. Il est obsédé, sévère, égocentrique et si puissamment aveuglé qu'il ne semble pas pouvoir reconnaître le lent effondrement de son rêve de destituer Trump de ses fonctions. Les Américains prêtent attention à ses audiences pour la même raison que nous avons tendance à être captivés par des vidéos montrant des bâtiments en train d'imploser. Ou des accidents ferroviaires. Il y a quelque chose d'irrésistiblement attrayant à contempler des catastrophes en gestation.

Il n'y a aucune chance que le Président soit expulsé du bureau ovale par le Sénat. Pourtant, il est presque certain que la Présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et son bedeau de carnaval, Schiff, rassemblent leurs forces partisanes pour destituer Trump. Après tout, cette destitution fut préconçue et préprogrammée au moment même de l'élection de Trump. Il ne fallait plus qu'un prétexte. Toute excuse, même fausse, ferait l'affaire.

Pendant très longtemps, les Démocrates et les médias complices dans leur haine de Trump étaient convaincus que le Procureur spécial Robert Mueller les délivrerait de leur mal fantasmé. Ils ont attendu avec impatience pendant 22 mois, tout en condamnant presque quotidiennement le Président dans le tribunal de l'opinion publique, portant contre lui des accusations fabriquées de toute pièce et des récits non vérifiés.

Qu'importe qu'il n'y ait jamais eu aucune preuve crédible d'un complot criminel de "collusion" échafaudé par Trump et le Président russe Vladimir Poutine dans les entrailles du Kremlin. La piste russe de la "chasse aux sorcières" perdura jusqu'au jour où le rapport Mueller confirma qu'il s'agissait d'un canular. Les Démocrates et les médias eurent une crise d'apoplexie, terrassés par le chagrin et l'incrédulité. Ils le sont toujours.

Depuis lors, la cabale de recherche et de destruction de Trump s'est efforcée d'inventer une autre ruse ou un artifice pour se débarrasser de son ennemi politique. La "chasse aux sorcières" de l'Ukraine en est la suite inévitable, bien qu'elle soit deux fois plus ridicule. Les preuves prétendument incriminantes ne sont aucunement des preuves.

Café à thème

La semaine dernière, la caste bavarde des diplomates a pris une place centrale dans le Carnaval. Comme un «klatch» [une réunion à thème] chez Starbuck, ils ont diffusé toutes sortes de rumeurs et d'indices basés sur des ragots de troisième et quatrième main - un type a raconté à un gars, qui me l'a confié ensuite, que le type d'origine "présumait" qu'il y avait un "donnant-donnant". C'était mercredi.

Vendredi, l'abrutissante absurdité évolua en spéculation de degré encore supérieur alors qu'une nouvelle diplomate, qui avoua ne pas avoir de connaissance directe sur la question centrale, raconta en pleurnichant son histoire selon laquelle elle aurait été limogée en tant qu'ambassadrice en Ukraine. Si elle avait un motif sérieux de plainte, elle aurait dû se tourner vers les ressources humaines, non pas s'épancher devant une procédure d'enquête en destitution menée par le Congrès. Elle avoua finalement qu'elle ne savait rien de la corruption ni d'une "quelconque activité criminelle".

Le républicain Devin Nunes, de Californie, se contenta de formuler l'évidence en déclarant: "Je ne suis pas tout à fait sûr de ce que l'ambassadrice fait ici aujourd'hui." C'est un bon résumé.

Il s'avère que Marie Yovanovitch fut renvoyée à Washington deux mois entiers avant la conversation téléphonique de Trump avec le Président ukrainien Volodymyr Zelensky au centre du prétendu "donnant-donnant". Cela n'a pas empêché le conseil juridique des Démocrates de superposer sur écran vidéo géant la transcription de l'appel et de demander à Yovanovitch son interprétation du contenu et des intentions du Président.

Yovanovitch est typique des personnes imbues d'elles-mêmes qui garnissent le service des Affaires Étrangères de notre pays. Par exemple, elle déclara: "La relation étrangère des États-Unis avec l'Ukraine est la plus importante de toutes".

Sérieusement? Ces diplomates sont convaincus que l'univers tourne autour d'eux. Ils se trompent en croyant que ce sont eux qui dictent la politique étrangère, et non pas le Président.

Si Trump ose faire quelque chose qui ne leur plaît pas, ils cherchent à le saper. Ils sont la force maligne qui hante notre gouvernement.

Cette semaine, huit autres "témoins" présumés monteront au manège du Carnaval Schiff. Eux aussi vont faire tourner des conjectures et des opinions fondées sur du ouï-dire. En tant que témoins, ils sont en grande partie superflus.

La conversation Trump-Zelensky n'a pas besoin d'interprétation. Avec une transcription accessible à tous, elle parle d'elle-même. Nulle part il n'y fait mention d'exigence, de menace, de condition ou de pression sur des "contreparties" liant l'aide militaire américaine à une enquête sur Joe Biden et son fils. Cela a été corroboré par des déclarations de Zelensky.

Un diplomate, Bill Taylor, réussit à offrir quelque chose de pertinent et de concret lorsqu'il déclara au comité qu'il avait eu trois réunions avec le Président ukrainien à la suite de l'appel téléphonique et que le sujet du "donnant-donnant" n'avait jamais été abordé. Cela constitue la preuve la plus solide qu'il n'y ait jamais eu jusqu'ici.

Trump taquine

La semaine dernière, Pelosi demanda à Trump de témoigner dans ce carnaval. Peut-être pensait-elle que cela faisait une bonne phrase toute faite.

Lundi, Trump tweeta une réponse à "Nancy la nerveuse" qu'il pourrait accepter son offre de témoigner "à propos de cette chasse aux sorcières de Destitution".

Les médias partirent instantanément en vrille et commencèrent à saliver de cette perspective. Ils tombèrent dans le piège. Ou dans le panneau.

Trump n'a aucune intention d'accorder ainsi de la dignité à un processus indigne. Il ne faisait que taquiner ou piéger Pelosi, comme il a l'habitude de le faire.

Mais vous pouvez probablement vous attendre à un autre tweet dans lequel le Président proposera de témoigner si Schiff transforme son enquête en débat contradictoire respectant à la fois l'équité fondamentale entre l'accusation et la défense et le respect de la légalité en permettant aux Républicans d'appeler leurs propres témoins et de permettre un contre-interrogatoire des témoins démocrates, sans les coups de marteau [de Schiff].

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"COUPABLE! Et Maintenant le Procès..."
La couverture du New York Post du 13 novembre illustre sans doute le sentiment général.
(Cliquez pour agrandir)

Trump sait qu'une telle offre sera rapidement rejetée par Schiff. Cela démolirait le Carnaval. Les Républicans appellent le faux "lanceur d'alerte" à témoigner, ainsi que Schiff lui-même. Leur "complicité" présumée dans la composition de la plainte de dénonciateur (qui ne représente pas une plainte légitime au regard de la loi) pourrait bien impliquer Schiff en tant que force motrice qui conçut le canular de l'Ukraine comme prétexte pour attaquer Trump. Le président des débats ne prendrait jamais le risque d'être exposé ainsi à la vérité.

Voyez-vous, Schiff est un homme désespéré. C'est à la mesure de son désespoir qu'il a lu à Yovanovitch un tweet de Trump la critiquant publiquement, puis lui a presque demandé si elle se sentait intimidée. La réponse était prévisible.

Schiff a alors laissé entendre que le tweet pourrait constituer un motif d'inculpation pour "intimidation de témoin". Oubliez le fait que Schiff a lui-même créé l'incident en informant le témoin du tweet, qui ne répond toujours pas aux critères légaux "d'intimidation de témoin", lesquels impliquent des menaces physiques, de la corruption ou l'emploi d'une contrainte pour le forcer à mentir. Mais ni les faits ni la loi n'ont jamais empêché Schiff d'inventer une bonne histoire.

Comme Brad Blakeman l'a noté dans un récent éditorial de Fox News Opinion, "Les Démocrates cherchent déjà un moyen de sortir de la procédure de destitution". Le représentant Jeff Van Drew, DN.Y., l'un des deux Démocrates à avoir voté contre l'enquête en cours, a déploré que "c'est censé être bipartisan… c'est censé être juste". Lui et d'autres membres de son parti savent que les manigances de Schiff ont démoli le processus.

Cependant, il est peut-être trop tard pour inverser le cap et aménager l'arrêt du Manège de la Destitution. Le chef de la majorité [au Sénat] Mitch McConnell, Républicain du Kentucky, a déclaré à la presse que le Sénat ne condamnerait jamais Trump pour sur des pseudo-preuves aussi fragiles, mais qu'un procès complet semblait inexorable si la Chambre des Représentants votait en faveur de la destitution.

Les Américains ont un sens aigu de l'équité. Ils commencent de plus en plus à se rendre compte que le spectacle de clown de Schiff est l'antithèse d'une procédure juste, équitable et impartiale. Plus il durera longtemps, plus les Démocrates seront susceptibles de subir de graves réactions politiques qui profiteront finalement au Président en exercice.

Pour cette raison, Trump peut espérer que le carnaval ne s'arrête jamais.

 


 

Cet éditorial est intéressant parce qu'il tombe juste, et se retrouve corroboré par les sondages. Les Américains trouvent terriblement ennuyeuses les auditions publiques menées par la Chambre des Représentants.

En Suisse, les médias rapportent fidèlement le point de vue exclusif de la gauche, comme la groupie Valérie de Graffenried pour Le Temps qui évoque des "auditions publiques dévorantes" et ose même prétendre que les  auditions publiques sont "passionnantes" alors que les chiffres d'audience montrent clairement le contraire. Alors que l'enjeu est bien plus important, elles sont encore moins suivies que le processus de nomination du juge Kavanaugh. La journaliste désinforme effrontément en affirmant de l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'Union Européenne Gordon Sondland qu'il "accuse" Trump, omettant par exemple ce petit échange:

Turner - C'est selon votre témoignage ici aujourd'hui, Ambassadeur Sondland, que vous avez des preuves que Donald Trump a lié la demande d'enquête [contre Burisma] à l'aide [militaire américaine]? Parce que je ne pense pas que vous disiez cela.

Sondland - Je l'ai répété à plusieurs reprises, Monsieur le membre du Congrès, je le présumais.

Turner - Donc personne ne vous l'a dit. Giuliani ne vous l'a pas dit. Mulvaney ne vous l'a pas dit. Personne. Pompeo. Personne d'autre sur cette planète ne vous a dit que Donald Trump liait l'aide à cette enquête?

Sondland - Je pense que j'ai déjà témoigné.

Turner - Répondez à la question. Est-ce correct? Personne sur cette planète ne vous a dit que Donald Trump liait l'aide à cette enquête - parce que si la réponse est oui, alors le président de la commission a tort et les gros titres de CNN sont faux. Personne sur cette planète ne vous a dit que Donald Trump liait l'aide à cette enquête. Oui ou non?

Sondland - Oui.


Il ne fait aucun doute que les témoins - uniquement à charge puisque imposés exclusivement par les Démocrates - ont tous en commun de détester Trump. Ils pensent qu'il a organisé un marchandage donnant-donnant avec l'Ukraine, mais, à moins de renverser quelques siècles de tradition juridique, une opinion n'est pas une preuve. Un témoin se doit de rapporter des faits observés. Ses sentiments, pour sincères qu'ils soient, n'ont pas de valeur dans un procès.

Alors que les Démocrates ne font défiler que des témoins acquis à leur cause, mènent les débats, contrôlent les questions que la minorité républicaine a le droit de poser et disposent d'une confortable majorité dans les votes, ils n'arrivent même pas à convaincre le grand public de la culpabilité de Trump. Non seulement l'opinion publique est de plus en plus convaincue de l'innocence du Président, mais ce changement de cap de l'opinion affecte principalement les "indépendants", la grande masse des citoyens qui ne sont affiliés ni aux Démocrates ni aux Républicans.

(Pour ceux qui se demandent comment les médias peuvent affirmer continuellement le contraire, voilà comment: les instituts de sondage "engagés" ont l'habitude de manipuler leurs résultats en y incluant une proportion exagérée de sondés d'obédience démocrate, ce qui permet d'affecter "favorablement" le résultat final.)

Pire, l'ampleur de ce changement pourrait précipiter le basculement de swing states en 2020, ces fameux états fédéraux où ni les Démocrates ni les Républicans ne disposent d'une majorité solide. Et cette perspective inquiète de plus en plus les politiciens démocrates. Brenda Lawrence du Michigan est ainsi la première Démocrate de la Chambre des Représentants à annoncer publiquement le retrait de son soutien à la procédure de destitution, et tout indique qu'elle ne sera pas la dernière.

Les Démocrates sont coincés. Engagés à ce point dans l'hyperbole, renoncer à prononcer la destitution serait une explosion en plein vol du narrative dont ils gavent l'opinion publique depuis des mois. Jouer la montre lasserait encore plus le public qu'il ne l'est déjà aujourd'hui. Mais poursuivre pourrait être encore pire. L'inculpation de Trump par Adam Schiff dans la Chambre des Représentants amènerait le dossier à se poursuivre au Sénat.

Là-bas, les Républicans pourraient se livrer à un procès contradictoire en bonne et due forme - en convoquant des témoins impliqués comme Joe et Hunter Biden, Eric Ciaramella, le pseudo-lanceur d'alerte originel, Devon Archer, le beau-fils de John Kerry et des officiels ukrainiens à des heures de grande écoute. Ils pourraient les amener à discuter du donnant-donnant qui eut lieu sous Obama lorsque Joe Biden fit lui-même un chantage pour faire virer le procureur ukrainien inquiétant son fiston. Tout ça sous l’œil des caméras pendant une année d'élection présidentielle.

Le Cirque de la Destitution est en train de virer au cauchemar pour la gauche américaine, et nous n'en sommes qu'au début.

12 août 2019

L'opportun suicide de Jeffrey Epstein

"J'ai été très surpris du suicide de Jeffrey Epstein, mais peut-être pas autant que Jeffrey Epstein lui-même", déclara sarcastiquement un Internaute au matin de l'annonce de l'événement. Le décès impromptu du milliardaire pédophile déclenche encore d'innombrables réactions - la plupart du temps atterrées, quelquefois humoristiques.

Jeffrey Epstein, 66 ans, aurait été retrouvé mort dans un "suicide apparent" dans sa cellule du Centre Correctionnel de Manhattan samedi matin. Son corps emporté sur une civière à environ 7h30. Jeffrey Epstein avait été mis sous surveillance anti-suicide après avoir été retrouvé dans sa cellule presque inconscient et "avec des marques sur le cou" le 23 juillet. Si deux sources pénitentiaires avaient alors évoqué une tentative de pendaison, une autre rétorqua qu'Epstein aurait pu s'infliger ces blessures lui-même pour favoriser un transfert. Une quatrième déclara en revanche que la possibilité d'une agression n'était pas à exclure, notamment de la part de l'ex-officier de police Nicholas Tartaglione, suspecté d'avoir tué quatre hommes et enterré leurs corps dans une histoire de trafic de cocaïne. Déjà beaucoup de mystères...

Depuis, les informations les plus contradictoires circulent. Jeffrey Epstein n'aurait pas été mis en surveillance dans une cellule anti-suicide, mais dans une cellule simple depuis le 29 juillet. Ou encore, il n'aurait pas bénéficié du niveau de surveillance requis faute de personnel, ramenant les visites toutes les demi-heures à une seule pour la nuit samedi matin. Les images de vidéo-surveillance seraient manquantes, ou il n'y aurait pas eu de caméras là où il était installé.

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Comme le résume lapidairement un internaute:

  • Le prisonnier Jeffrey Epstein fait une tentative de suicide.
  • Il est mis sous surveillance anti-suicide.
  • Il se suicide avec succès.
  • Circulez, il n'y a rien à voir.

Le suicide d'un suspect aussi important que Jeffrey Epstein, alors même qu'il est incarcéré dans une prison sous surveillance anti-suicide et qu'il a fait une première tentative quelques semaines plus tôt, reste un constat difficile à avaler. Évidemment, les médias romands ne s'étonnent de rien ; pour eux, il n'y a aucun problème, et ceux qui pensent autrement ne sauraient être que des complotistes. Pourtant, même en Europe, Le Figaro évoque un "suicide apparent". Et aux États-Unis, la polémique fait rage dans les médias, y compris au sein des rédactions alignées à gauche.

Les différentes morts de Jeffrey Epstein

combinaison_cornichon.jpgLe suicide est la première cause de mortalité des détenus américains - la deuxième étant l'overdose. D'après un agent de correction américain anonyme, le suicide d'Epstein n'aurait jamais dû être possible dans un milieu carcéral conforme:

Je suis agent de correction. Cela n'aurait jamais dû être possible. Au cours du processus d'admission, en raison de la nature de ses crimes et de sa célébrité, il aurait déjà dû faire l'objet d'une surveillance particulière. Après la première tentative, il aurait été dans une cellule spéciale. Il porterait ce que nous appelons une «combinaison cornichon», c’est une combinaison verte que vous ne pouvez ni déchirer ni attacher à rien. Ses couvertures seraient du même matériau. Il ne recevrait que des produits d'hygiène sous surveillance. La seule chose autorisée dans sa cellule serait un livre et des documents judiciaires. Nous serions alors surveillés au plus près. C'est un énorme échec du système pénitentiaire. Je veux une enquête poussée sur la façon dont cela a pu se produire.


De même, les cellules anti-suicide sont prévues pour empêcher toute accroche, saillie, ou matériau dont on pourrait se servir pour se pendre. Les cellules contiennent un ou deux prisonniers, et font l'objet d'une ronde toutes les demi-heures. Les prisonniers sont délivrés de toute ceinture, ficelle, lacet, cordelette qui pourrait servir à les étrangler ; et même les fournitures présentes dans la pièce sont étudiées pour empêcher qu'on ne puisse se pendre avec - M. Epstein pesait tout de même 90 kilos.

Pour l'instant, aucun détail ne filtre quant à son autopsie. Officiellement, on ne sait donc pas encore de quoi il est mort. S'il s'est pendu, le grand public aimerait sans doute savoir avec quels ustensiles il est parvenu à ses fins dans ce milieu particulier. Il semble difficile à croire qu'il soit parvenu à cacher sur lui de quoi se pendre alors qu'il était déjà incarcéré depuis des semaines.

Il pourrait bien sûr avoir été aidé par un complice. Des journaux expliquent que les caméras - si elles n'ont pas été débranchées - ne filmaient pas les cellules mais les couloirs attenants ; on pourrait donc voir si quelqu'un a apporté quelque chose au prisonnier.

Tout ceci participe de l'idée qu'il ait voulu se donner la mort et qu'un tiers l'ait soutenu dans sa démarche. Mais cette situation ne correspond pas à son comportement jusque-là. Selon le témoignage de gardiens, il s'était peu à peu accoutumé à la vie carcérale, et après sa première "tentative de suicide" il se serait plaint à des collègues de cellule que quelqu'un souhaitait sa mort. Les esprits les moins curieux s'empresseront de défausser tout ces aspects gênants comme des rumeurs sans fondement, mais il reste un détail troublant.

Epstein souhaitait attendre son procès en liberté surveillée, un privilège qui lui avait été refusé compte tenu des risques de fuite. Le jugement d'appel de ce refus de remise en liberté était imminent. Pourquoi s'être suicidé avant de connaître la nouvelle décision?

Une disparition bien commode

Beaucoup de gens très haut placés se sentent sans doute soulagés de la disparition du milliardaire. Au moins il ne parlera pas. Mais se pourrait-il qu'ils aient pris une part plus active dans son suicide?

L'hypothèse est évidemment gênante à notre époque où remettre en question la vérité officielle est de plus en plus un acte de dissidence (il n'y a pas si longtemps la même attitude permettait de gagner des oscars). Il faudrait également que les gens qui veuillent l'éliminer aient le bras très, très long.

Ou peut-être pas tant que ça. Il se trouve par exemple que Colleen McMahon, le juge en chef du SDNY (la cour de district qui contrôle les dossiers et les détenus du centre où était incarcéré Epstein), fut nommé à son poste par un certain Bill Clinton. Et Shirley Skipper-Scott, le gardien du MCC, fut nommé au sien par Colleen McMahon.

Si les médias de gauche doutent de la véracité du suicide, c'est uniquement pour mieux essayer d'en faire porter le chapeau à Trump, dont ils se sont échinés à bâtir l'image de "bon ami d'Epstein" depuis l'arrestation du pédophile, bien qu'elle ne corresponde pas à la réalité. Et d'autres penchent plus pour une élimination par le clan Clinton.

Choisissez votre complot, camarades! Deux hashtag sont tendance en ce moment, #TrumpBodyCount et #ClintonBodyCount. Mais ils ne sont pas équivalents. Le premier semble avoir été inventé précisément pour contrer le second, et on peut le voir selon l'origine du Trend par Google. L'attribution du "suicide" à Trump semble venir uniquement de Calfornie, et des gens font beaucoup d'effort pour obtenir du buzz sur cette version...

Que les Républicains et les Démocrates se renvoient la responsabilité du suicide organisé de Jeffrey Epstein n'a aucune importance, si la dispute peut au moins permettre d'enquêter pour accéder à la vérité. Le grand public - américain tout du moins - ne se laisser plus compter des fables de "dysfonctionnement" qui virent de plus en plus au grotesque. À un certain stade, ce sont ceux qui refusent de douter de la version officielle qui passent définitivement pour des imbéciles.

11 juillet 2019

Jeffrey Epstein, l'affaire de pédophilie du siècle

Jeffrey Epstein est un nom peu connu de ce côté de l'Atlantique. Les médias européens travaillent à y remédier mais d'une façon assez particulière, comme vous allez voir. En attendant, aux États-Unis, la mèche du plus gros scandale de pédophilie de l'histoire est allumée. L'explosion à venir laissera des traces.

Un milliardaire pédophile légendaire

Jeffrey Epstein, 66 ans, fait carrière dans la banque privée Bear Stearns avant de fonder son propre cabinet de gestion. Discret sur ses clients, il entretient un carnet d'adresse extrêmement fourni l'amenant à côtoyer les personnalités riches et célèbres du monde - politiciens, hommes d'affaires, vedettes de cinéma. Il acquiert ainsi de précieux mandats de gestion qui le rendent richissime.

Autant que son goût de la fête, son attirance pour les femmes très jeunes, voire trop jeunes, n'est un secret pour personne. Avant les années 2000, il achète l'île de Petit Saint-James dans les Îles vierges américaines. Il commence à la transformer - en éliminant la végétation indigène, en entourant la propriété de palmiers imposants et en plantant deux énormes drapeaux américains à chaque extrémité. L'homme a choisi ce lieu pour sa discrétion ; lorsque des guides amènent les plongeurs dans des lieux proches de l'île, les agents de sécurité se déploient sur les rives. Mais on se doute de ce qui s'y passe. L'île est surnommée Pedophile Island par les habitants des îles voisines.

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Un temple bizarre, une des multiples constructions aménagées par Jeffrey Epstein sur son île

L'éloignement de son repaire ne pose pas de problème à notre homme, car il dispose de son Boeing 727 personnel. L'avion, dont il se sert également pour faire la navette de filles mineures entre New York et Palm Beach, est plaisamment surnommé "Lolita Express", selon le roman où un homme manœuvre pour coucher avec une fille de douze ans. Il est équipé d'un lit. Un employé est à bord pour s'assurer que des victimes mineures soient toujours "disponibles pour assouvir les besoins du patron" dès son arrivée.

L'avion ne sert pas qu'à Epstein. Il transporte aussi des invités de marque. Nous y reviendrons.

260px-Jeffrey_Epstein_mug_shot.jpgJeffrey Epstein se fait finalement rattraper par la justice. Classé délinquant sexuel, il est inculpé pour prostitution sur mineure. Il passe un accord avec le procureur de Floride dont la teneur est tenue secrète, même de ses victimes. Alors qu'il encourt des décennies de réclusion, la peine est extraordinairement douce. Dix-huit mois de prison, dont il ne fait que treize. Son aménagement de peine lui permet de passer ses journées à son bureau. Sa cellule privée est la plus luxueuse qui soit.

Dire qu'Epstein a bénéficié d'appuis en haut lieu serait un euphémisme. Nous y reviendrons aussi.

Après cet épisode, Jeffrey Epstein se fait plus calme, mais à peine. Il passe bien moins de temps aux États-Unis. Il y est arrêté récemment pour trafic de drogue et complot, lors d'une brève halte à New-York. L'affaire est relancée: entre 2002 et 2005, loin de simplement coucher avec des mineures, il aurait payé des filles de 14 ans non seulement pour des faveurs sexuelles mais aussi pour en recruter d'autres. Il s'agirait donc de proxénétisme aggravé avec des mineures. Il aurait aussi frappé certaines de ses victimes, et peut-être pire encore. Du matériel pédophile a été retrouvé sur ses appareils électroniques. Une soixantaine de jeunes filles auraient été victimes de son réseau.

Plaidant non coupable sur les accusations de proxénétisme sur mineure et de proxénétisme en bande organisée sur mineures, il encourt une peine de 45 ans de prison en cas de condamnation. Il est assez riche pour se payer de bons avocats ; ceux-ci rejettent les chefs d'accusation en affirmant qu'ils tombent sous le coup de l'accord extrajudiciaire de 2008. La justice répond que cet accord valait pour l'État de Floride et non pour celui de New-York où il vient d'être arrêté. Et tous les projecteurs se braquent sur cet étrange accord extrajudiciaire de 2008 signé avec le procureur de Floride.

Pourtant, même la relance de cette affaire, maintenant en 2019, ne doit rien au hasard.

Jeffrey Epstein, un modèle d'affaire original

L'histoire prend une tournure ahurissante. Elle est en plein développement.

Nous disions que, dans une saine attitude de partage des ressources, Jeffrey Epstein avait l'habitude de prêter son Boeing 727 Lolita Express à des amis. Les gens qu'il fréquentait, les personnalités riches et célèbres du monde. Mais, en homme avisé, il tenait aussi des comptes de leur passage dans un petit carnet noir, qui a fuité.

Bien des politiciens, hommes d'affaires, vedettes de cinéma devinrent très nerveux avec cette histoire de milliardaire pédophile. Bill Clinton, par exemple, qui, bien que personne ne lui ait jamais rien demandé, s'est empressé après la nouvelle arrestation d'Epstein de déclarer aux médias qu'il n'était monté "que quatre fois" à bord du Lolita Express - et uniquement pour des voyages visant à promouvoir la lutte contre le SIDA.

Une telle grandeur d'âme force le respect, encore que l'ancien Président puisse choisir des moyens de transport moins polémiques, mais c'est faux. D'après le carnet de bord d'Epstein, Bill serait monté à bord du Lolita Express vingt-six fois. Et pratiquement à chaque fois qu'il était à bord, il y avait aussi des filles mineures.

Quelques-uns de ses autres passagers?

...Et Donald Trump. Mais nous y reviendrons.

Bien entendu, le fait qu'une personnalité ait fait un petit vol sur le Lolita Express ne signifie pas forcément que des actes répréhensibles selon la loi et la morale aient eu lieu. Mais si ces trajets se multiplient, on peut tout de même se poser des questions.

Comment Jeffrey Epstein est-il devenu riche? Il n'est pas trader. Mais nous savons que c'est un homme avisé, comme en témoigne son petit carnet noir, et qu'il est adepte de pratiques sexuelles déviantes, comme le sexe avec des fillettes. Se pourrait-il qu'il ait d'autres déviances, comme le voyeurisme?

Se pourrait-il qu'il ait installé, que ce soit sur son île privée ou dans son jet de luxe, des caméras pour filmer ses ébats... Ou ceux de ses invités?

Se pourrait-il qu'il ait obtenu ainsi un moyen de pression absolument fantastique contre le gratin des grands de ce monde?

Se pourrait-il que ses nombreux amis, sensibles à ses arguments, lui aient confié leur argent à l'aide d'un mandat de gestion? Comme l'explique Quantian, un utilisateur de Twitter, une fois que la victime a compris que ses ébats sont sur vidéo, le reste est simplissime:

Il suffit alors de lui demander de virer ses économies sur un fonds offshore dans un paradis fiscal (tiens, comme celui d'Epstein) et personne ne verra la liste des clients (comme pour Epstein). Bien sûr, vous ne connaissez rien à l'investissement, mais vous faites plutôt des sottises sur le trading de devises (comme Epstein), et personne à Wall Street n'a jamais échangé avec vous (comme Epstein).

Un virement de 20 millions de dollars du milliardaire X sur votre compte bancaire, sans raison évidente, soulèverait de nombreuses questions. L'IRS voudrait certainement savoir ce que vous avez fait pour le justifier. Mais des frais trimestriels de 5 millions de dollars pour la gestion d'un actif d'un milliard de dollars? Personne ne hausse le moindre sourcil.


La prospérité d'Epstein pourrait reposer sur un racket de la pire espèce, mais cela expliquerait aussi pourquoi ses victimes haut placées aimeraient tant que l'individu reste libre. Peu importe qu'il paye pour ses crimes ou non - le véritable danger est dans sa bibliothèque de vidéos, qui pourrait contenir les ébats de nombreuses personnalités de premier plan avec des prostituées mineures.

Ce n'est pour l'instant qu'une théorie, mais elle tient la route. Et elle explique aussi la suite.

Le Meilleur Ami Pédophile de Trump, ou la genèse d'une Fake News

Un événement singulier a lieu depuis quelques jours: une étonnante falsification de l'histoire se coordonne entre Wikipédia, Google, et les grands médias d'Amérique et du monde. Dans cette falsification, les liens nombreux et puissants entre Epstein et le clan Clinton et autres Démocrates disparaissent, pour être remplacés par des liens superficiels avec Trump mis au premier plan. Et seuls ces derniers subsistent.

Les pages Wikipédia sont ainsi discrètement éditées. Les recherches d'images et les associations dans Google sont subtilement modifiées. Dans Le Figaro, Jeffrey Epstein devient "le milliardaire proche de Donald Trump". Il y a des centaines d'exemples.

Pour la Suisse romande, l'article de Valérie de Graffenried dans les colonnes du Temps est un bijou du genre. Les sous-entendus subtils s'associent aux délicats arômes de passages sous silence pour concocter un magnifique bouquet de désinformation.

Comme tout bon journaliste vous le dira, tout mensonge doit être entremêlé de vérité. Il y a des faits indéniables. Ainsi, le procureur qui scella l'accord de 2007 avec Epstein est Alexander Acosta "qui est devenu ministre du Travail de Donald Trump", explique insidieusement la journaliste. La trame implantée est à peine visible. Est-ce parce qu'il a scellé l'accord de 2007 avec Epstein qu'Acosta serait devenu ministre du Travail de Donald Trump? La réponse est évidemment négative - parce qu'Acosta n'était pas le premier choix de Donald Trump pour ce poste. Et parce qu'en 2007, personne, peut-être pas même Trump, ne savait qu'il serait président dix ans plus tard.

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Une des nombreuses photos de Trump avec Epstein. Il n'existe en revanche aucun cliché de Bill Clinton en compagnie du même homme, malgré une amitié qui dure au moins depuis 1995.

Alexander Acosta n'est peut-être pas exempt de fautes et pourrait se faire rattraper par cet épisode, mais l'histoire est plus compliquée qu'il y paraît. Le juge qui valida cet accord, par exemple, était un appointé de Bill Clinton. Et Acosta a témoigné avoir subi des pressions à l'époque pour le pousser à une transaction - une source en haut lieu lui aurait ainsi affirmé qu'Epstein était "d'une catégorie supérieure" et devait être protégé "parce qu'il était lié aux services de renseignement". Or, il existe des preuves écrites d'un lien entre le FBI et notre pédophile. Et qui était directeur du FBI à l'époque? Un certain... Robert Mueller. Mais tout ceci n'est probablement que le fait du hasard.

Si Jeffrey Epstein avait été amené à "collaborer" avec des services de renseignement, on n'ose imaginer les moyens de pression dont disposeraient les fonctionnaires de ces agences vis-à-vis des puissants de ce monde, américains ou étrangers, corrompus par un voyage sur le Lolita Express.

Dans les articles européens, on ne verra pas mention des vingt-six voyages en avion de Bill. On ne verra pas les nombreuses donations d'Epstein à des organisations démocrates, des ONG de gauche et à la Fondation Clinton. On ne fera pas mention des 3,5 millions de dollars donnés par Epstein à Clinton via un compte suisse. Les relations d'Epstein avec les puissants se divisent visiblement en deux types d'associations: ceux a piéger, et ceux à soutenir en échange de protection.

Trump, en revanche, perçut assez vite Epstein pour ce qu'il était - un type intéressé par les filles jeunes, "parfois un peu trop jeunes". S'il côtoyait socialement le milliardaire comme beaucoup d'autres membres de la jet-set, il le fit chasser de son club exclusif de Mar-a-Lago après qu'Epstein se soit montré pressant envers la fille de quatorze ans d'un employé du club, avec interdiction de jamais y remettre les pieds.

En fait, il est peu probable que Trump ait jamais cherché à protéger Epstein, non seulement parce qu'il n'avait absolument aucune influence sur la politique et la justice américaine avant son élection, mais surtout parce qu'il a probablement tout à gagner à ce que les réseaux d'Epstein tombent avec le proxénète.

Un zeste de vertige

Livrons-nous à un peu de spéculation. Ressortons du placard la fameuse "théorie du complot" du Pizzagate - une page Wikipédia qu'il est bon d'archiver au vu de ce qui pourrait se produire ces prochaines semaines.

Vous ne vous rappelez pas le Pizzagate? "Une théorie conspirationniste prétendant qu'il existe un réseau de pédophilie autour de John Podesta, l'ancien directeur de campagne d'Hillary Clinton, par le biais de diverses interprétations et constructions, notamment en rapport avec une pizzeria et des courriels privés divulgués par WikiLeaks."

En fait il s'agit moins de pizzas que de mots-clés employés dans des courriers pour mentionner autre chose. Citons encore l'article de Wikipédia:

Dans sa correspondance qui paraît anodine, John Podesta mentionne plusieurs fois les mots pizzas, fromages et pâtes. Herbert Sandler, un agent immobilier demande dans un message à John Podesta intitulé fromage « tu penses que je ferais mieux de jouer aux dominos sur du fromage ou sur des pâtes? ».
Dans un autre courriel, Tony Podesta écrit à son frère « Mary n’est pas libre. Tu aimerais avoir une pizza pour une heure ? ».
Un 4channer pro–Trump (sic) lit les nombreux messages et pense déchiffrer un code utilisé pour communiquer en toute discrétion. Cheese Pizza, dont l'acronyme est CP serait utilisé pour parler de Children Pornography. Pizza désignerait une fille, domino pour domination, cheese signifierait petite fille, hot dog pour garçon, pasta pour petit garçon, glace veut dire gigolo et sauce pour orgie.
Le mot « pizza » est en effet employé comme mot de code pour désigner des notions en relation avec la pédophilie. Déjà en 2010, l'Urban Dictionary indiquait pour « Cheese Pizza » le sens de « child pornography ». En octobre 2017, un homme a été arrêté aux États-unis comme suspect d'activités pédophiles parce qu'il avait placé une annonce intitulée « "Woman/Moms that are into Cheese Pizza » et que, selon l'U.S. Attorney's Office, « Cheese Pizza » est un mot de code pour pornographie enfantine.


Qui commande des pizzas "pour une heure" puisque "Mary n'est pas libre"? Qui "joue aux dominos sur du fromage ou sur des pâtes?" Dans leur sens usuel, ces phrases n'ont absolument aucun sens.

Mais, nous sommes d'accord, et les rares esprits indépendants du grand public se sont vus suffisamment bourrer le crâne pour qu'on n'en parle plus, le Pizzagate est juste une théorie du complot, les grands médias (au-dessus de tout soupçon comme chacun sait) s'étant empressés de le démontrer.

Maintenant, entre les 26 vols de Bill à bord du Lolita Express, les étranges mails impliquant John Podesta, les protections en haut lieu dont a visiblement bénéficié Jeffrey Epstein en 2008, il paraît difficile de penser que le volet judiciaire de l'affaire ait été traité en totale indépendance.

Il va de soi que rien de tout cela ne serait jamais ressorti sous la présidence d'Hillary Clinton. Mais l'impensable s'est produit, Trump a été élu. La protection que s'accordaient les uns les autres semble se fissurer. La vérité éclatera-t-elle?

06 juillet 2019

Solidarité journalistique

Quoi de plus important que les confrères dans l'actualité? C'est ainsi que Le Temps consacre un long article et un éditorial à l'affaire essentielle du moment, qui affecte défavorablement Le Courrier.

"La presse ne méritait pas cela", écrit le rédacteur en chef Stéphane Benoit-Godet. "Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la liberté de la presse", poursuit-il.

Quelle terrible infamie vient de frapper les innocents qui travaillent au Courrier? Une censure administrative? Une descente de nervis d'extrême-droite? Un de ces coups du destin que l'on ne souhaite même pas à ses ennemis? Rien de tout cela. En deuxième instance du procès qui l'oppose à l'homme d'affaire Jean Claude Gandur, Le Courrier vient d'être condamné à... rien.

Rien, c'est encore trop pour nos hérauts de la presse écrite, jalouse de son indépendance. Alors la rédaction du Temps, notable parmi les notables s'il en est dans la presse romande, monte au créneau. On défend la famille. Maladroitement. L'empressement de M. Benoit-Godet à s'indigner dans un espace à disposition l'a sans doute amené à quelques raccourcis intellectuels, comme celui de lire l'article qui résume l'affaire dans son propre journal.

S'il l'avait lu, qu'y aurait-il trouvé?

«Gandur: mécène en eaux troubles». Publié en 2015, cet article du Courrier «constitue une atteinte illicite à la personnalité», a tranché ce mardi la justice genevoise. En deuxième instance, la Cour considère que les «nombreuses figures de style vexatoires, la forme inutilement rabaissante et le fait que la véracité de la plupart des faits n’était pas établie constituent un acharnement qui va au-delà de ce qu’autorise le devoir d’information de la presse et n’est justifié par aucun intérêt public».


Les juges, qui sont aussi des hommes de lettres, n'y vont pas de main morte. Il n'est pas question de liberté de la presse, mais de calomnie. Peut-on calomnier librement parce qu'on a une carte de journaliste? Selon le rédacteur en chef du Temps, la réponse est oui. Les juges pensent autrement. Mais replaçons l'affaire dans son contexte:

En 2015, Jean Claude Gandur [est] sous le feu des projecteurs. Lui-même collectionneur d’art, il [promet] 40 millions de francs pour le projet de rénovation du Musée d’art et d’histoire de Genève. A une condition toutefois: que le nouvel écrin accueille et entretienne une partie de ses œuvres pendant 99 ans. La polémique est vive.

C’est dans ce contexte que Le Courrier s’intéresse au fondateur du complexe pétrolier Addax and Oryx Group (AOG), actif notamment au Nigeria. Le journaliste aurait toutefois dépassé les bornes, dit la Cour, qui ne s’arrête pas là. Le portrait «tend à indiquer que le journaliste a cherché à entacher la réputation du mécène en vue d’influencer le vote», accuse l’instance judiciaire.


L'opération sera d'ailleurs couronnée de succès. Le soutien du mécène sera rejeté à 54%, contre l'avis des autorités. Bah! Si on fait fuir les mécènes, il y aura toujours des contribuables pour les remplacer. En attendant, les accusations laissent des traces. M. Gandur goûte peu d'être ainsi traîné dans la boue. Il attaque en justice Le Courrier, et gagne en première instance comme en appel.

Venons-en aux terribles dommages qui menacent d'emporter Le Courrier:

La décision de justice prévoit avant tout de contraindre Le Courrier à retirer l'article de son site et à faire paraître une rectification. Une pleine page devra être consacrée à la décision de justice, qui devra également apparaître sur son site internet. Cette obligation amène par ailleurs le tribunal à considérer que la demande de dédommagement d’un franc symbolique exigée par le mécène en première instance n’a plus lieu d’être.


Il n'y aura donc même pas de franc symbolique pour l'entrepreneur Jean-Claude Gandur, dont la "fortune personnelle est estimée à plus de 2 milliards de francs" rappelle, venimeux, Le Temps. Selon le schéma mental de la lutte des classes, toujours d'actualité dans certaines rédactions, il va de soi qu'un individu riche (hormis de gauche) est forcément une crapule coupable de quelque abominable forfait. Qu'il paye pour des crimes, ou pour d'autres, c'est de bonne guerre!

En revanche, Le Courrier, coupable de calomnie, se retrouve à devoir payer 47'000 francs de frais de justice - et voilà le nœud du problème.

La solution, pour Stéphane Benoit-Godet? "Jean Claude Gandur pourrait sortir avec panache de ce conflit en prenant les frais de justice du Courrier à sa charge et en convainquant ce dernier d’abandonner son recours au Tribunal fédéral." À la victime de payer pour secourir le coupable! Un rédacteur en chef du Temps ose tout, c'est même à ça qu'on le reconnaît.

Revenons sur terre quelques minutes. Les journalistes sont payés pour leurs écrits. En tant que professionnels, ils sont responsables de leur plume. Le Courrier est un journal d'opinion mais il y a une limite entre l'opinion et la calomnie, et le journal l'a franchie. La justice s'est chargée par deux fois de le rappeler.

Dans son délire de "pouvoir défié, même avec maladresse", M. Benoit-Godet oublie que la condamnation sanctionne avant tout des accusations sans preuve, de la médisance et des sous-entendus. Est-ce là le niveau de journalisme dont il se fait le défenseur? Ou pense-t-il que par nature les journalistes devraient être absous de toute poursuite, faisant d'eux des Übermensch légaux, statut bien peu compatible avec le libéralisme où chacun doit répondre de ses actes? La question reste ouverte.

Le Courrier, arc-bouté dans sa posture d'infaillibilité, refuse de plier. Il envisage donc un recours devant le Tribunal Fédéral, espérant tomber enfin sur un panel de juges favorables. Et pour couvrir les frais de justice à venir, il ne prévoit rien de moins qu'une participation des lecteurs...

Entre les appels à faire payer les frais du procès par ceux-là même qu'ils traînent dans la boue ou par un appel à leur public, une chose est sûre, les journalistes romands vivent dans un monde où ils ne doivent jamais être tenus pour responsables de ce qu'ils écrivent.

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23 août 2018

Les socialistes de Renens découvrent le communautarisme

Le verdict est tombé: acquittement. Fadhil*, Conseiller communal socialiste, n'est pas reconnu coupable par la justice vaudoise de s'être livré à de la "captation de vote" lors des dernières élections à Renens.

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L'histoire remonte aux élections communales de 2016. Au-delà des résultats généraux, dont il fut rendu compte dans ce billet, le dépouillement donna lieu à une étrangeté: des dizaines de bulletins de vote socialistes biffés de la même façon avec quatre ou cinq "cibles désignées", éventuellement assortis du cumul de Fadhil. Le soupçon de manipulation est courageusement révélé au grand jour par une dénonciation anonyme... Comme l'explique alors 24Heures,

[Fadhil, candidat PS sortant], aurait manipulé des bulletins de vote pour favoriser sa réélection au détriment de rivaux de son propre parti, qui ont d’ailleurs perdu leur siège. Un recomptage est ordonné, de même qu’une enquête administrative du Canton. Conclusion: le résultat du scrutin est revu, deux élus sont réintégrés, mais l’élection de [Fadhil] est confirmée et l’enquête ne parvient pas à établir l’existence d’irrégularités.


Bien que les faits ne soient susceptibles que d'une amende, la fraude potentielle est ici suffisamment importante - on parle de 120 votes - pour attirer l'attention de tous les acteurs du Canton, médias, Conseil d'État, justice. Le procureur Christian Buffat s'empare de l'affaire et monte un dossier.

Avec l’aide d’autres personnes, que le Ministère public n’a pas pu identifier à ce jour, [l'élu socialiste] aurait cumulé son propre nom et biffé de manière systématique les noms de cinq autres candidats du PS renanais.

L’acte d’accusation précise que [Fadhil] aurait remis ces bulletins notamment à des électeurs de la communauté kurde, qu’il aurait personnellement approchés pour les amener à voter.


Le procès a lieu cette semaine, et voit passer le témoignage à charge de l'ancienne syndique communiste de Renens Mme Huguenin. La Municipale socialiste Patricia Zurcher Maquignaz fait quant à elle état de pratiques locales courantes dans la falsification d'élections:

Selon elle, [l'accusé aurait accédé] à la présidence de l’association des jardins familiaux de Renens à l’issue d’un vote où le nombre de bulletins était supérieur au nombre de membres inscrits. «Elle n’était pas présente, a répliqué [Fadhil]. Chaque fois que je réussis quelque chose, on m’accuse.»


Malgré les nombreux témoignages à charge, les preuves matérielles sont insuffisantes et le tribunal prononce l'acquittement. Il ne s'agit guère d'une surprise ; dès avril 2016, à la suite d’une enquête administrative, le Conseil d'État avait nié toute irrégularité, estimant que «le fait que quelques candidats aient été systématiquement biffés et d’autres régulièrement ajoutés ne permet pas de conclure à une fraude». La vraie fraude, c'est à partir de combien de bulletins Mesdames et Messieurs du Conseil d'État?

Maintenant que Fadhil est blanchi par la justice, il retrouve de plein droit sa place au sein du PS renanais. Entre une Municipale témoignant contre lui et des élus socialistes victimes de ces bulletins biffés mais élus tout de même, l'ambiance des prochaines séances de groupe du Parti Socialiste risque d'être encore plus lourde que pendant ces deux dernières années.

Mais toute cette histoire n'est pas là que pour rendre compte des turpitudes de la vie politique renanaise. Quelle que soit la véracité qu'on accorde à la version des uns et des autres, elles ont en commun que des dizaines d'électeurs de la communauté kurde de Renens ont accepté de suivre les instructions de l'un d'eux, et l'ont fait avec une remarquable discipline. Leur nombre a fini par peser sur le résultat de l'élection elle-même. Cette approche risque de renforcer les nombreuses tensions communautaires à Renens, celles entre les Turcs et les Kurdes n'étant pas des moindres.

La "personnalisation" du communautarisme n'était sans doute pas ce qu'avaient en tête les socialistes suisses lorsqu'ils choisirent de courtiser le vote des étrangers. Au lieu de réunir les électeurs sur des valeurs helvétiques communes comme le fait l'UDC, le parti socialiste se trouve dans une impasse. En jouant la carte des minorités, il se condamne: impossible d'être l'agrégat de toutes les minorités. Le résultat des rapports de force ethnique aura tôt fait de transformer les listes électorales socialistes en champ de bataille où chaque communauté luttera pour la suprématie en doublant les siens et en biffant le reste. Cette trajectoire ne peut que nuire aux candidats d'origine suisses, qui seront les premières victimes du feu croisé des uns et des autres.

Nul doute que les stratèges socialistes vont désormais surveiller de près les statistiques des bulletins modifiés lors des prochaines élections - et pas qu'à Renens.

*prénom d'emprunt, pour la forme.

04 juillet 2018

Pologne: les juges rouges s'accrochent

Ne comptez pas sur les médias pour raconter avec un minimum d'honnêteté ce qui se déroule en Pologne.

Prenons par exemple un article de France24:

La Commission européenne a lancé, lundi 2 juillet, une nouvelle procédure d'infraction contre la Pologne, visant cette fois à "protéger l'indépendance de la Cour Suprême" polonaise. Ce recours européen intervient à la veille de l'application d'une réforme controversée.

L'exécutif européen estime que les modifications apportées par la Pologne au fonctionnement de sa Cour Suprême portent atteinte à l'indépendance de cette instance et la primauté du droit. La Commission a souligné le "manque de progrès" dans le dialogue déjà entamé sur le sujet dans le cadre de la procédure en cours contre Varsovie sur la question plus générale du respect de l'État de droit, et a donc décidé "aujourd'hui de lancer la procédure d'infraction de toute urgence", a expliqué un porte-parole de l'institution.(...)

La nouvelle loi polonaise prévoit que le mandat d'un tiers des juges (27 sur 72) de la Cour Suprême, âgés de plus de 65 ans, expire mardi. Or, la Commission estime que la nouvelle législation "sape le principe de l'indépendance judiciaire, notamment l'inamovibilité des juges" et donc que la Pologne ne répond pas aux obligations des traités européens, est-il expliqué dans un communiqué.


Dans un autre article, le même média explique que "Varsovie mène depuis plusieurs mois des réformes controversées, visant à accroître le contrôle de l'exécutif sur le pouvoir judiciaire."

Le décor est planté:

  • d'un côté le diabolique gouvernement polonais aux accents totalitaires - n'est-il pas de droite, pour commencer? Il veut faire "main basse" sur la pouvoir judiciaire incarné par la Cour Suprême polonaise pour d'inexprimables raisons, et ne comptons pas sur les journalistes pour en rendre compte ;

  • de l'autre, les gentils juges de la Cour Suprême polonaise qui se défendent avec courage et du mieux qu'ils peuvent contre l'odieux gouvernement. Ils sont aidés en cela par les vaillants et vigilants cerbères de l'Union Européenne, toujours à l'affut des dérives autoritaristes qui pourraient germer dans un des États membres.

Il ne reste plus qu'à jouer la pièce où, on l'espère, les gentils triompheront des méchants.

Évidemment, dans la réalité, la situation est toute autre. Commençons par nous attarder - ou, pour la plupart d'entre vous, découvrons - quelle est cette fameuse réforme et pourquoi elle survient.

Pourquoi cette réforme?

Les autorités polonaises ne font pas vraiment mystère de leurs motivations devant les journalistes et même les officiels de l'Union Européenne, mais, bizarrement, leurs propos ne finissent quasiment jamais dans les pages des journaux.

Les dirigeants de la Pologne n'avancent même pas masqués. La Pologne est un pays libre. Le gouvernement polonais de droite, du parti "Droit et Justice", a été porté au pouvoir de façon tout à fait démocratique. Il a fait notamment fait campagne sur sa volonté de réformer le fonctionnement de la Cour Suprême, de la façon dont elle se concrétise aujourd'hui.

La réforme de la Cour Suprême était un élément central du programme "Ne Plus S'agenouiller" de Droit et Justice. M. Kaczynski, chef du parti et principal artisan de la réforme, était au pouvoir de 2005 à 2007. Pendant cette période, de nombreuses réformes législatives dûment approuvées par l'assemblée furent bloquées par les juges de la Cour Suprême, sans aucun journaliste occidental pour protester contre les abus de pouvoir des juges. Il en vint à réaliser que la transition démocratique commencée en 1989 était pervertie parce que de nombreux anciens apparatchiks, amis ou alliés des communistes étaient encore profondément enkystés dans tous les rouages de l'État. Il n'y eut pas de Procès de Nuremberg en Pologne, mais pas même d'éviction des institutions des communistes qui s'y réfugiaient - parmi lesquelles la Cour Suprême.

Les élus de Droit et Justice commencèrent par rénover le Tribunal Constitutionnel, qui décide si la conformité des lois et des traités vis-à-vis de la Constitution, en associant à ses quinze membres élus individuellement par la Diète un mandat unique non renouvelable de neuf ans. Une fois ce Tribunal revenu dans le giron de l'État, ils passèrent une série de mesures visant à continuer la décommunisation du reste du système judiciaire polonais, affectant ensuite la Cour Suprême et demandant la mise à la retraite des juges les plus âgés. Mais cette fois-ci ils trouvèrent sur leur chemin l'opposition pro-communiste, évidemment alliée à l'Union Européenne où la gauche internationale trouve toujours des appuis.

Lorsque le chef du gouvernement polonais Mateusz Morawiecki s'exprima aujourd'hui devant les eurodéputés à Strasbourg, il rappela que son pays luttait "encore contre le post-communisme" avec sa réforme du système judiciaire. Faisant référence au coup de force du général Jaruzelski contre Solidarnosc en 1981, il lança:

"Savez-vous que des juges du temps de l’état de siège, qui avaient prononcé des sentences honteuses, sont aujourd’hui à la Cour Suprême que vous défendez?"


Mais les eurodéputés le savent bien - c'est même pour cela qu'ils les défendent!

La politisation de la justice

Il existe plusieurs sources de loi - les productions du pouvoir législatif, dont c'est la finalité, mais aussi la jurisprudence issue de la confrontation entre la loi et les innombrables cas particuliers rencontrés au cours des procès. C'est pour cela qu'on explique que "le Droit se découvre".

Hormis quelques exceptions, la gauche et la droite ont en général des points de vue et des attitudes antagonistes quant au fonctionnement des institutions. Pour la droite, les institutions doivent répondre aux besoins qui les ont rendues nécessaires. Pour la gauche, les institutions sont des outils au service de leur idéologie.

C'est pour cela par exemple que le prétendu déséquilibre entre "conservateurs" et "progressistes" au sein de la Cour Suprême américaine n'est une vision déformée de la réalité présentée par les médias. Il n'y a pas de "conservateurs" et de "progressistes", il y a des "juges classiques" d'un côté et des "militants de gauche" de l'autre. Leurs natures respectives sont différentes. Les "juges classiques" font le job qu'on attend d'eux dans le poste qui est le leur au sein de la Cour Suprême: ils décident de la conformité des lois avec la Constitution selon la volonté exprimée dans celle-ci de limiter les pouvoirs de l'État à des tâches précises. Les "militants de gauche" eux utilisent leurs prérogatives pour appuyer toute loi venant du camp démocrate et tenter de contrecarrer toute loi venant du camp républicain, point final. Pour eux la Constitution n'est qu'un vieux morceau de papier sans intérêt.

Cette division entre "juges classiques" d'un côté et "militants de gauche" de l'autre se répète peu ou prou dans tous les pays, la Pologne comme les autres.

L'absurde combat de la Cour Suprême polonaise

En défiant la réforme comme le fit aujourd'hui l'ex-présidente de la Cour Suprême polonaise Malgorzata Gersdorf en venant quand même à son bureau, les magistrats polonais se mettent dans la situation ubuesque d'enfreindre la loi qu'ils sont chargés de faire respecter. Ils se justifient - et s'absolvent - au nom de leur conception de la justice, expliquant que la nouvelle loi est "inconstitutionnelle". Ce n'est pas de la justice, juste un abus de pouvoir visant à plier la réalité à leur volonté.

Outre qu'ils outrepassent ainsi leurs compétences - la Pologne dispose d'un Tribunal Constitutionnel chargé de statuer sur ces questions, comme nous l'avons évoqué - ils se mettent en porte-à-faux avec les pouvoirs exécutifs et législatifs de l'État polonais.

Les trois pouvoirs, exécutifs, législatifs et judiciaires sont séparés mais jamais indépendants les uns des autres. Ils se surveillent et se contrôlent mutuellement. Les juges ne peuvent pas ignorer la loi rédigée par les députés, et les élus du gouvernement doivent pouvoir être poursuivis pour des méfaits commis dans le cadre de leur mandat, comme de la corruption.

La Cour Suprême polonaise est otage d'une coterie communiste indéboulonnable qui fut placée là avant même l'effondrement du Mur de Berlin. Même les juges qui furent nommés après l'émergence de la démocratie furent cooptés au sein de cette communauté idéologique, étant entendu qu'un juge nommé à la Cour Suprême était auparavant membre d'une Cour moins élevée mais appartenant tout de même au sérail. Comme dans d'autres institutions (à l'instar de l'Université ou des écoles de journalisme) la gauche verrouille les systèmes pour y perpétuer sa mainmise même quand les vents sont contraires.

Le gouvernement de Morawiecki trouva une réponse particulièrement habile pour faire sauter le verrou, d'autant plus que l'âge de la retraite a été abaissé pour tous les Polonais. La rage des militants pro-communistes est à la hauteur de leur impuissance, car il n'y a rien d'absurde à changer la limite d'âge supérieure pour exercer. Les juges suisses du Tribunal Fédéral helvétique sont soumis à un mandat renouvelable de 6 ans, mais ne peuvent exercer au-delà de 68 ans. Qui viendrait manifester à Berne ou à Bruxelles en disant qu'il s'agit d'une odieuse mainmise du gouvernement sur le pouvoir judiciaire?

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Malgorzata Gersdorf, 66 ans cette année.

De même, les nouveaux juges sont nommés par le gouvernement en place et approuvés par l'assemblée - comme dans d'innombrables pays comme la Suisse ou les États-Unis. Le seul moyen de faire pencher en profondeur l'équilibre idéologique de la justice consiste à gagner les élections pour disposer des deux autres pouvoirs, sur la durée.

En refusant de se soumettre à la loi, les juges de la Cour Suprême polonaise et leur ex-présidente Malgorzata Gersdorf ne font rien d'autre que clamer à la face du monde que le pouvoir dont ils disposent devrait résider dans leurs seules mains et s'y perpétuer, sans rendre de compte à personne, comme une caste d'inspiration divine.

Si quelqu'un trahit l'état de droit en Pologne ce n'est pas le gouvernement, mais bien ces gens-là.