09 juin 2021

5 x Non le 13 juin: réduction des gaz à effet de serre et du porte-monnaie

Finissons le tour d'horizon des votations du 13 juin par le plus insigne des objets proposés au vote, la fameuse Loi fédérale sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (loi sur le CO2).

Ce n'est pas que le reste ne soit pas important - les initiatives mettant l'agriculture en coupe réglée auront des conséquences délétères sur la vie d'un secteur économique entier, et les autres textes ont des effets symboliques forts. Mais aucun d'eux n'aura plus d'impact sur la vie des Suisses et le niveau de prospérité du pays que la Loi sur le CO2.

Précisons en préambule que cette loi, acceptée ou non, n'aura pas le moindre effet sur le climat. Rien, zilch, nada. Comme je l'ai expliqué face au Conseil Communal de Renens, si on se place du point de vue des émissions mondiales annuelles de pollution, dès le premier janvier à midi, la Chine communiste a pollué plus que la Suisse pendant toute l'année. La Suisse compte pour moins d'un demi-pourcent des émissions de gaz à effet de serre mondiaux. Si la loi passe et produit des effets vertueux, la diminution à l'échelle mondiales ne sera même pas mesurable. Même si la Suisse disparaissait dans le néant (peut-être le rêve secret de certains...) l'atmosphère terrestre ne verrait pas la différence.

Du point de vue climatique, pour ceux qui y croient, la Loi sur le CO2 n'aura aucun effet. Nous sommes donc dans le registre symbolique. Il faut "faire quelque chose", "donner un signe". D'autant plus que l'on sait parfaitement que la véritable pollution mondiale a lieu ailleurs qu'en Suisse.

C'est assez logique: le Suisse est un grand défenseur de l'environnement, bien avant que l'écologie politique n'arrive avec ses gros sabots et ses discours aux relents de marxisme. Les Suisses aiment traditionnellement l'ordre, la propreté et un cadre de vie sain. La population suisse a fait de gros efforts en faveur du recyclage, de la qualité de l'eau, de l'air et des sols depuis des dizaines d'années. La tentation est grande pour les ayatollahs verts, pour lesquels rien n'est jamais assez, de vouloir aller toujours plus loin grâce aux méthodes de coercition que permet la loi. Il est assez effrayant qu'ils aient réussi à rassembler une majorité parlementaire en faveur de leur funeste projet, mais nous y reviendrons.

Si on se place d'un point de vue global, pourtant, la démarche est absurde. La pollution - en particulier la pollution atmosphérique - ne connaît pas les frontières. En comparaison internationale, la Suisse est un pays remarquablement propre ; dans la plupart des autres pays, tout reste à faire. Pourquoi vouloir traquer les derniers restes de saleté en Suisse lorsque les dépotoirs se multiplient ailleurs? Dans des pays où en plus la main-d’œuvre est abondante et les investissements bon marché?

Pour une fraction du coût que la Loi sur le CO2 imposera aux ménages helvétiques, il serait possible de faire bien mieux en s'attaquant à la pollution là où elle se trouve - hors de nos frontières. Et la vraie question serait alors la légitimité de cet interventionnisme.

Sans effet sur la pollution globale et essayant de juguler la pollution là où elle est la moins élevée et la plus chère à combattre, la Loi sur le CO2 manque clairement sa cible sur un plan écologique. Mais elle réussit parfaitement à démolir la classe moyenne.

L'hypocrisie au centre du dogme

"Je m'en fiche que l'essence coûte plus cher, je n'ai pas de voiture." Combien d'entre vous ont entendu ce genre de remarque mariole à l'occasion d'une discussion sur la Loi sur le CO2 ? Les Suisses ont la chance unique de pouvoir voter sur les taxes qui s'apprêtent à les frapper ; et ce scrutin devient aussi, en quelque sorte, une mesure réaliste sur les capacités de raisonnement qu'on prête aux citoyens. Si l'on en croit les sondages, le résultat n'est guère brillant.

L'individu qui n'a pas de voiture utilisera quand même de l'énergie pour se déplacer - un transport en commun, un train, une paire de chaussures. Que ce soit celles-ci ou le vélo électrique dont il se vantera auprès de ses amis pour étaler sa fibre "verte", tout aura été fabriqué en Chine et transporté jusqu'à nos latitudes par un cargo propulsé au fioul lourd, puis par camion. Même le boulgour bio-équitable-de-saison du commerce tendance de quartier y aura été livré par camion. Ainsi que les matériau et outils des artisans venus installer l'isolation de son logement. Ou ses achats sur Internet. Ou les produits fabriqués par la société par laquelle il est employé. Ou l'iMac sur lequel il consulte l'actualité et travaille à distance. Ou les smartphones avec lesquels certains coordonnent leurs actions "coup-de-poing" écologistes.

Le mode de vie du plus bobo des citadins, du plus engagé des écologistes, repose entièrement sur les énergies fossiles. Même s'ils n'ont pas de voiture. Même s'ils exècrent la voiture.

La grande force des écologistes politiques est d'avoir monopolisé le débat public pour faire croire que le CO2 est une sorte de poison, alors que, vital pour les plantes à l'origine de toute la chaîne alimentaire, il n'existe que sous la forme de traces dans l'atmosphère. Ils sont parvenus à imposer la conclusion que toute activité humaine, produisant nécessairement du CO2, est du même coup néfaste. Misanthropes, ils ont une approche entièrement négative de l'Humanité. Elle ne peut expier le crime de son existence qu'en s'abandonnant entièrement à la Cause de Gaïa - une cause qu'ils professent à l'envi mais qu'ils adoptent eux-mêmes bien peu dans leur vie privée. Le méprisant "faites ce que je dis et pas ce que je fais" est leur marque de fabrique et ruine toute leur crédibilité.

L'énergie, un point faible pris pour cible

Les écologistes savent bien qu'ils ne peuvent pas tout interdire, même si l'envie les démange. Leur approche, à coup de taxes, consiste à rendre chères les énergies compétitives, et à gaver de subventions celles qui ne le sont pas. Avec ces ajustements, ils parviennent à donner l'impression d'une équivalence, comme si toutes les options se valaient, faussant la perception du plus grand nombre. Mais pour finir, l'énergie bon marché n'existe plus pour personne. Le résultat est une baisse du niveau de vie de la population entière.

L'augmentation du prix à la pompe augmentera les prix de tout ce qui est transporté par camion - donc, de tout. Pourtant, ce n'est là que la partie émergée de l'iceberg. La hausse des prix diminuera aussi les capacités exportatrices de nos entreprises, puisque leurs coûts seront plus élevés.

Les locataires verront s'envoler leur facture de chauffage, puisqu'elle leur incombe. Et s'ils protestent pour avoir un remplacement de la chaudière, ils donneront une excuse idéale aux propriétaires qui ne souhaitent rien d'autre que de mettre dehors au prétexte de travaux ceux qui louent à un tarif inchangé depuis trente ans. De grandes déconvenues attendent ceux qui pensent qu'ils paieront moins de frais de chauffage. Ce sera peut-être vrai, mais seulement pour le nouveau logement au loyer doublé dans lequel ils auront été obligés de déménager.

Gagner et trahir, le choix du PLR

Comme le dit l'adage, "les solutions de la gauche sont si bonnes qu'elles doivent être imposées de force". Et en termes d'imposition et de taxes, les Suisses vont être servis. Cependant, et les partisans du texte insistent là-dessus, les taxes sont incitatives. L'argent collecté sera reversé. Et voilà comment la gauche a réussi, au-delà de ses supplétifs habituels du centre, à amener le PLR à tourner casaque pour obtenir une majorité au parlement helvétique.

Évidemment, c'est une arnaque. Les taxes que vous payez ne vous seront évidemment pas rendues telles quelles, sinon, il n'y aurait nul besoin de les prélever.

Une partie des taxes sur les billets d'avion et sur les huiles minérales sera "reversée à la population" en passant par les caisses des assurances-maladie, structures dont on connaît la transparence, et la propension à mal payer leur personnel, leurs comités de direction, et leurs lobbyistes. Le reste sera attribué à une nouvelle structure, un Fonds pour le climat, une entité bureaucratique dont on peut être sûr qu'elle rémunèrera royalement les copains politiques qui se distribueront les sièges à pourvoir.

Un fonds qui justifie son existence tant que le climat mondial est prétendument "déréglé", c'est la planque ultime, éternelle et plaquée or.

Non seulement l'administration prélèvera sa dîme au passage, mais la direction du Fonds pour le climat va aussi investir. L'argent public sera donc reversé à des régions de montagne, des entreprises développant des technologies "respectueuses du climat"... La redistribution de cette manne donnera lieu à des arbitrages que l'on imagine déjà juteux, en coulisses. C'est qu'il va falloir bien défendre les dossiers, voyez-vous.

Voilà comment tant des élites économiques du PLR, siégeant au Parlement se sont subitement laissées convaincre de ne pas barrer la route à la Loi sur le CO2. Tant de chefs d'entreprise qui se frottent les mains de tous ces mandats pour isoler des maisons et des immeubles! De vendre des chaudières à gaz et des pompes à chaleur avec une marge juteuse royalement payée par les contribuables! À ce tarif, ils poseraient même des éoliennes au sommet du Cervin!

Les médias ont été prompts à expliquer ce revirement de Petra Gössi soudainement convaincue de "l'urgence climatique", et éventuellement de ses prétendus dividendes électoraux. À mon avis, la vérité est ailleurs, et fort simple: le PLR s'est fait acheter. L'argent n'a pas d'odeur, et le PLR nous montre qu'il n'a pas non plus de principes. La perspective de goûter au capitalisme de connivence - dans lequel le PLR a déjà mordu à pleine dents avec la LAMal - a séduit à l'interne, mais principalement les dirigeant du parti, ceux qui en profiteront. D'où les tensions, pour le moins, avec la section jeune et sa base électorale.

C'est un peu le problème avec le capitalisme de connivence: quand on n'est pas une des souris dans le fromage, on y trouve moins son compte.

Un superbe test démocratique

Notez bien que toute la Loi sur le CO2 est d'une totale vacuité. Tout ce qu'elle présente pourrait tout à fait être entrepris sur une base privée et personnelle. Les compagnies aériennes proposent déjà des compensations volontaires du CO2 émis par le trajet lors de la prise du billet, par exemple. Et l'argent récolté par les taxes pourrait tout aussi bien être versé directement par ceux qui approuvent le texte, en direction d'un Fonds pour le Climat géré de façon privée (et qui rendrait davantage de comptes ainsi, d'ailleurs).

Je me réjouis du référendum sur la Loi sur le CO2. Il permet de vérifier dans les urnes le sentiment réel de la majorité des votants quant à l'idéologie verte lorsqu'elle se concrétise, inévitablement sous la forme de taxes et d'interdictions. À l'inverse de tant de votations cruciales mais d'une portée lointaine ou symbolique, la Loi sur le CO2 apporte du concret, très vite, et pour chacun d'entre nous.

Si elle est rejetée, elle signera l'arrêt de la "vague verte" tant vantée par les médias, qui rivaliseront alors de formules apocalyptiques (enfin, celles qu'ils leur restent après l'abandon du projet d'Accord-cadre avec l'UE, la plaie est trop fraîche) pour rendre compte de son échec. On glosera sur "l'égoïsme du Suisse face aux enjeux planétaires", la Suisse qui "fait cavalier seul à contre-courant sur le réchauffement", "l'impassibilité du Helvète devant notre maison qui brûle" et autres variations sur le thème, jusqu'à la nausée. Mais le référendum aura aussi démontré l'indépendance d'esprit des citoyens face à des élites enfermées dans leurs délires, et leurs complices des médias qui matraquent le mantra jour après jour. Les dindes auront refusé de voter pour Noël.

Si elle passe, les taxes seront mises en place au plus tôt, au nom de l'urgence climatique n'est-ce-pas, et elles frapperont. Fort. C'est le but. Faire mal, pour altérer les choix de la population par la contrainte. Le Fonds pour le climat se retrouvera à la tête d'une véritable fortune extorquée de force et donnera naissnce, d'ici quelques années, à divers scandales de népotisme, de trafic d'influence et de corruption, je suis prêt à prendre les paris. La population suisse s'appauvrira et se plaindra que tout devient cher, y compris et surtout ceux qui n'avaient, pourtant, même pas de voiture! Mais je me doute bien que les médias trouveront des boucs émissaires pour détourner l'attention...

Dans les deux cas, j'espère que le vote final, qu'il soit Oui ou Non, verra un résultat marqué. Il est important que les décisions soient prises avec force lorsqu'elles sont suivies de conséquences. Les mauvais choix doivent être douloureux, et ici, ils le seront.

06 juin 2021

5 x Non le 13 juin: non aux mesures policières

Le 13 juin 2021, le peuple est amené à se prononcer pour ou contre la Loi fédérale sur les mesures policières contre le terrorisme (MPT). La description de la brochure de vote explique ouvertement qu'il s'agit d'un nouveau train de mesures pour agir préventivement contre le terrorisme.

Amusons-nous à lire un texte de loi

Comme dans les vieilles dissertations en philo, chaque mot doit être interprété.

  • Train de mesures...: un ensemble de règles, qui mériteraient un débat politique pour chacune d'elles. Obligation de se présenter et de participer à des entretiens, interdiction de contact, interdiction géographique, interdiction de quitter le territoire, assignation à résidence, surveillance électronique et localisation par téléphonie portable, forment ce "train".
  • ...Agir préventivement...: l'acte n'est pas accompli, ni même (au vu des exemples présentés) sur le point d'être accompli, ni dans un futur proche, ni avec certitude.
  • ...Contre le terrorisme. La définition de celui-ci est donnée dans l'article 23, alinéa 2 (la mise en gras est de moi):

Par activités terroristes, on entend les actions destinées à influencer ou à modifier l'ordre étatique et susceptibles d'être réalisées ou favorisées par des infractions graves ou la menace de telles infractions ou par la propagation de la crainte.


Les dispositions pénales face à l'infraction de ces mesures impliquent des peines allant jusqu'à trois ans de prison ou d'une amende. Certaines mesures sont délibérément adoucies par ces peines ; ainsi, la prison est exclue pour ne pas avoir respecté l'obligation de se présenter et de participer à des entretiens. La peine est aussi l'amende si le délinquant (tiens, on ne le qualifie plus de "terroriste potentiel"!) a agi par "négligence". L'excuse du "Désolé wesh mec j'savais que c'té interdi" continuera donc à tourner à plein régime (avec ses variantes: j'avais fumé un oinj / bu / oublié, etc.)

En revanche, rien n'est spécifié pour les odieux criminels qui auraient enfreint l'article 23q, la mesure concernant la surveillance électronique et localisation par téléphone mobile. On apprend dans celui-ci (fin de l'alinéa 3) que le terroriste potentiel (plus un délinquant cette fois!) "doit constamment avoir l'appareil de téléphonie avec lui, allumé et en état de fonctionnement." Les gars, il va falloir faire gaffe avec vos téléphones portables et prévoir une batterie de secours, sinon ça pourrait vous coûter cher...

Des peines (sélectivement) inapplicables

Je ne peux m'empêcher de repenser au fameux texte UDC qui demandait, avec son "initiative d'application", une concrétisation de son initiative, approuvée par le peuple, sur le Renvoi des criminels étrangers. Que n'avions-nous entendu d'experts se succéder pour expliquer à quel point le texte était mal rédigé et inapplicable! Quelques années plus tard, on pourrait ressortir pas mal de ces critiques sur ces MPT adoubées par la majorité des brillantes élites siégeant au législatif de notre pays.

Le parallèle avec les deux objets n'est pas anodin. Le texte de loi sur les MPT donne une immense latitude aux juges pour décider des montants d'amendes, des peines et de leur application. Comme on a pu s'en rendre compte en Suisse avec le renvoi des criminels étrangers, les juges ont rarement eu la main lourde, surtout en Romandie. Il n'est donc pas absurde de croire que la magistrature fera preuve d'encore plus de clémence à l'égard d'individus qui se présenteront fatalement comme innocents. Ils ne savent pas ce qu'ils font, n'avaient pas compris de quoi on parlait, voyaient tout ça comme une plaisanterie... N'oublions pas que selon la loi même, ces gens-là seront de simples suspects. Le faisceau de présomption et le doute raisonnable sont difficiles à surmonter lorsque la négligence devient une excuse acceptable et mentionnée explicitement.

Alors que les juges sont d'une douceur stupéfiante face à des criminels de sang, comment s'attendre à ce qu'ils soient ferme contre des individus simplement soupçonnés de terrorisme?

Mais tout dépend de l'individu en question, naturellement. Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir, disait La Fontaine, est devenu aujourd'hui "selon que vous serez de gauche ou de droite". À ceux qui en doutent, rappelons-nous qu'un like sur Facebook est susceptible de vous traîner au tribunal. En Suisse, les tueurs ne vont pas en prison mais un commentaire douteux peut vous valoir une condamnation confirmée jusqu'au Tribunal fédéral.

Urgence climatique ou casseurs dans les manifestations, contre automobilistes ou quidams se réunissant trop nombreux dans une fête privée sous le régime anti-Covid, nous avons vu ces derniers temps l'émergence visible d'une justice divisée. Il y a la justice pour la gauche, les camarades et alliés, clémente, où les délits sont justifiables et excusables au nom de l'idéologie. En face, il y a la justice pour le reste (et particulièrement pour la droite), impitoyable de sévérité, monolithique et sans appel.

Espionnons tout le monde!

Le terrorisme auquel tout le monde pense est le terrorisme musulman. Mais les mots "musulman", "islamiste" ou même "islam" n'apparaissent pas à une seule reprise dans l'argumentaire en faveur de la loi. On peut penser à une certaine pudeur de la part de gens qui ne voudraient pas "stigmatiser". On peut s'interroger sur le sens de ne pas nommer une idéologie qu'on imaginerait ciblée par ce genre de mesure. Il est aussi possible de penser qu'on fait fausse route.

Comme vous l'aurez compris, je ne suis pas trop en faveur de cette loi. J'ai donc lu avec attention le commentaire de mon collègue de parti M. Yvan Perrin, qui écrit pour la soutenir. M. Perrin est ancien policier, et un homme intègre ; il pense donc comme un policier intègre. Je n'en attendais pas moins de lui, mais ce n'est peut-être plus le raisonnement par défaut d'un grand nombre de gens au sein de l'État, et depuis un bon moment.

Il y a une grande confusion, entretenue à dessein selon moi, entre ce que le grand public appelle "terrorisme", et ce que les autorités constituées appellent "terrorisme". Par exemple, et c'est devenu un triste thème de plaisanterie, il n'y a plus d'attentats terroristes islamistes dans l'actualité, seulement les agissements de "déséquilibrés". Sauf s'ils ne sont pas musulmans. S'ils ne sont pas musulmans, leur nom apparaît jusque dans le titre de l'article. Ils sont sains d'esprit du début à la fin ; aucune circonstance atténuante n'est applicable ; et leur culpabilité s'étend à tous ceux qu'ils connaissent et qui ne sont pas de gauche.

On s'amuse, on rigole, mais quand M. Perrin écrit ceci...

Cette loi a été conçue pour s'attaquer au point faible des réseaux djihadistes, principale menace actuelle. Pour bien comprendre la chose, souvenons-nous que le Larousse donne du réseau au sens qui nous occupe la définition suivante : "Réseau : organisation clandestine dont les membres travaillent en liaison les uns avec les autres : Un réseau d'espionnage. Un réseau de résistance."

La notion déterminante, "dont les membres travaillent en liaison" constitue le fil conducteur de la MPT. Il s'agit en effet de travailler sur la communication. Le texte prévoit la possibilité de placer sous contrôle certaines personnes soupçonnées d'activités terroristes, ce qui autorise écoutes, observations, assignation ou interdiction de périmètre, ceci afin de contrarier l'indispensable liaison entre membres. Pour organiser un attentat impliquant plusieurs protagonistes, collaboration, coordination donc communication sont essentielles. Les ordres viennent parfois de loin, comme de l'Etat islamique dans certains cas. Couper les liens unissant les djihadistes permet d'entraver leur action, à tout le moins de réduire leur dangerosité aux actes isolés.


...On se demande: qu'en est-il d'un réseau non-djihadiste? Les mots djihad ou djihadiste n'apparaissent pas davantage dans l'argumentaire des autorités. Et quand on sait que la loi cible quiconque se rend coupable de l'odieux crime de "propager de la crainte" (cf. la mise en gras dans le texte de loi au premier paragraphe) je crois que le lecteur moyen commence à comprendre que les MPT vont taper beaucoup plus loin que les réseaux islamistes...

Merci mais non merci!

Les Mesures Policières de lutte contre le Terrorisme définissent celui-ci de façon extensive et souple. Elles permettent d'espionner et de contraindre des gens sur des motifs très légers, de simples soupçons. Si tout va bien, elles serviront à lutter contre les réseaux terroristes islamistes en Suisse ; si tout va mal, elles continueront de les ignorer et serviront à bien d'autres buts. Enfin, elles inversent la charge de la preuve: c'est à l'individu suspect de prouver son innocence.

Pour toutes ces raisons, je voterai Non aux Mesures Policières de lutte contre le Terrorisme le 13 juin.

Notez que cela ne fait pas de moi un supporter du terrorisme. Je pense juste que la Suisse dispose déjà de tout l'arsenal législatif nécessaire pour faire en sorte que notre pays ne soit plus la base arrière du terrorisme en Europe. Par exemple, l'acquisition du statut de réfugié exclut la poursuite d'un activisme politique en échange de l'asile. Pourquoi ces lois ne sont pas appliquées?

De plus, le renvoi des criminels étrangers, associé au motif suffisant d'abus dans le recours aux aides sociales, suffirait à expulser hors du pays d'innombrables sympathisants des terroristes qui vivent au crochet de la collectivité de notre pays. Non seulement cela se ferait sans avoir besoin d'espionner tout le monde, mais cela permettrait aussi d'assainir les comptes de nos assurances sociales. Et cela a déjà été approuvé par le peuple.

29 mai 2021

5 x Non le 13 juin: la loi COVID-19

De tous les objets soumis au vote le 13 juin, la Loi COVID-19 sera sans doute celle qui réunira le plus grand nombre de voix en sa faveur. Non seulement les sondages - s'ils sont authentiques - affirment que la population a plébiscité l'action du Conseil Fédéral pendant les événements sanitaires de 2020, mais en plus le texte est soutenu par l'ensemble de la classe politique.

Ce n'est en rien une raison pour l'approuver. En effet, la Loi COVID-19 représente une énorme avancée du pouvoir administratif et politique sur la population, à titre permanent.

Lorsque l'épidémie de Coronavirus a essaimé de Wuhan dans le monde entier, nous affrontions une maladie dont nous ne savions rien. Tous les pays avançaient à l'aveuglette, guidés seulement par les cris de panique orchestrés depuis la Chine pour ruiner ses ennemis en surchargeant leur service de santé. La partition a été parfaitement jouée ; l'Occident a détruit son économie en se préparant à l'Apocalypse, à coup de confinements et d'interdictions professionnelles, aidé par les complicités locales. Mais, comme à chaque fois, l'Apocalypse n'est pas venue.

Le Conseil Fédéral et la classe politique se sont arrogés des pouvoirs de catastrophe même en l'absence de catastrophe, et veulent les pérenniser. Les variants, l'existence de régions du monde où la vaccination est en retard, et l'ouverture des frontières permettant un afflux de voyageurs au statut sanitaire douteux (et qu'il n'est bien entendu pas question de tester à l'arrivée) seront des excuses merveilleuses pour ne jamais sortir de la crise.

Nous en avons la preuve à travers le portrait fait par l'OFSP, et résumé dans Le Matin, des dix mille morts du Covid-19 en Suisse. Le seuil a été franchi en avril de cette année, ce qui est tout de même modeste pour un fléau biblique. Le canton le plus touché en proportion a été le Tessin avec 249 morts pour 100'000 habitants (la mortalité naturelle est de plus de 1'000 morts par 100'000 habitants). L'âge médian des victimes est de 84 ans, supérieur à l'espérance de vie. 97% des victimes du Covid-19 souffraient d'une comorbidité, c'est-à-dire d'une maladie grave. Les plus fréquentes étaient une maladie cardio-vasculaire (62%), l’hypertension (61%) et les maladies rénales chroniques (28%).

Il ne s'agit pas de minimiser les drames personnels vécus par beaucoup de familles, les hospitalisations et la gravité de symptômes parfois très pénibles. Lorsqu'il se déclenche de façon sévère, le Covid-19 n'a rien d'anodin. Cependant, à l'échelle d'une population, nous sommes très loin des 3 à 5% de de mortalité de la grippe espagnole.

Cela n'a pas empêché le Conseil Fédéral d'emprunter la voie d'urgence, même lorsque l'Apocalypse sanitaire s'est fait attendre. Nous avons eu droit aux pieux mensonges sur l'inefficacité des masques jusqu'à ce qu'ils deviennent soudain obligatoires ; le CF a détruit délibérément des pans entiers de l'économie comme l'hôtellerie, la restauration ou la culture ; des subventions ont été accordé à des entreprises sur une base sélective, comme la presse. Mais à côté, certaines dispositions basiques pour endiguer la pandémie, comme la simple prise de température des passagers arrivant d'un avion, n'ont jamais voulu être considérées.

Il ne s'agit pas de dire que le Conseil Fédéral a eu tout faux, même s'il n'est de loin pas exempt de critiques. Mais bon nombre de ses décisions prises en urgence n'avaient aucun rapport avec la santé, ou même une situation d'urgence. L'Administration traîne des pieds pour le retour à la normale. Aujourd'hui, même si des millions d'habitants du pays sont désormais vaccinés ou guéris de la maladie, les règles absurdes de "distanciation sociale" ou de port du masque sont toujours en vigueur.

Le 13 juin, il ne s'agit pas de juger si ce qui a été fait jusqu'ici était bon, ou même accompli au nom d'objectifs sincères. Même si le Non l'emporte, les aides financières engagées jusqu'ici seront maintenues jusqu’au 25 septembre 2021, et plus loin encore si les parlementaires le décident. La voie politique normale existe toujours.

Le 13 juin, il s'agit de décider si le Conseil Fédéral a le droit, "au nom de l'urgence", de permettre de discriminer l'accès aux lieux publics selon la vaccination. D'autoriser le traçage informatisé des contacts et des déplacements de chacun. De suspendre les droits populaires, comme ils l'ont été en 2020 et malgré le vote par correspondance, au nom de la situation sanitaire. De déclarer qui peut se déplacer où et comment, et accepter ou refuser de tels déplacements. De limiter le nombre d'individus qui peuvent se réunir entre eux, même dans un lieu privé. De décréter arbitrairement quelles entreprises, comme des stations de ski, des cinémas, des compagnies aériennes, des hôtels ou des restaurants, peuvent travailler et accueillir des clients et sous quelles conditions - toujours au nom d'une prétendue "science".

Pour cette raison, il me paraît important de ne pas normaliser la situation que nous vivons. Nous avons dépassé depuis longtemps le stade de la santé publique pour passer subrepticement à autre chose. Et c'est pour cela que je vous invite à voter Non sur ce sujet le 13 juin.

23 mai 2021

5 x Non le 13 juin: les initiatives agricoles

Peu avant l'été, le peuple suisse sera invité à se prononcer sur pas moins de cinq objets en votation fédérale:

  • Initiative populaire Pour une eau potable propre et une alimentation saine
  • Initiative populaire Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse
  • Référendum contre la Loi COVID-19
  • Référendum contre la Loi sur le CO2
  • Référendum contre la Loi fédérale sur les mesures policières de lutte contre le terrorisme (MPT)

Le volume de la demande démocratique montre que dans le domaine politique aussi, la calamiteuse époque du confinement est en train de refluer. Il était temps. Comme le titre de ce billet l'indique, je m'apprête à voter Non cinq fois, et j'espère que nous serons nombreux à agir ainsi. Aujourd'hui, jetons un œil aux deux initiatives au menu.

Pour une eau potable propre et une alimentation saine remporte facilement la palme du plus bel intitulé marketing. Qui serait assez benêt pour refuser une eau potable propre et une alimentation saine? Faut-il réfléchir davantage? Les initiants espèrent bien que non, nous verrons ce qu'il en est le 13 juin...

Le texte soumis au vote demande à ce que la Confédération "contribue substantiellement à la sécurité de l'approvisionnement en denrées alimentaires saines et en eau potable propre". Cet article vient remplacer l'actuel qui mentionne "la sécurité de l’approvisionnement de la population" de façon plus générale. On introduit donc la notion d'eau potable propre, par opposition à l'eau potable impropre, un oxymore dont on se demande bien à quoi il ressemble. Quant aux denrées alimentaires "saines", elles viendront remplacer les poisons que chacun trouve au rayons fruits et légume frais des commerces du pays...

L'astuce de l'initiative est d'utiliser comme levier la formidable implication de l'administration (et donc des contribuables) dans la production agricole helvétique. Les subventions à l'agriculture seraient donc subordonnées à un ensemble de nouvelles exigences comme "la préservation de la biodiversité", "une production sans pesticide" et "des animaux pouvant être nourris avec le fourrage produit dans l'exploitation", entre autres.

En réalité, il s'agit d'échanger une production quantitative (selon l'article sur la sécurité de l’approvisionnement alimentaire approuvé en 1996 par 78% des voix) pour une production qualitative, prenant le postulat que toute agriculture industrielle est foncièrement mauvaise. Beaucoup de gens pensent ainsi, illustrant de façon criante à quel point les innombrables règlements pour une production indigène helvétique digne et respectueuse des sols et des animaux n'auront servi à rien. Les agriculteurs sont vent debout contre un texte visiblement rédigé en milieu urbain et qui ne tient pas compte, c'est un euphémisme, de la réalité du métier.

Cette initiative idéalise une agriculture figée quelque part au milieu du XIXe siècle et essaye de l'appliquer telle quelle aujourd'hui. Cette agriculture idéalisée n'assurerait jamais les besoins de la population actuelle.

En guise de "protection de l'eau et des sols", l'abandon de toute forme de production agricole de masse aurait le triple effet de diminuer drastiquement la production indigène, d'augmenter les importations de pays plus souples sur leurs normes de production, et au final de renchérir de façon considérables les prix déjà considérables de la nourriture en Suisse.

La Suisse produirait moins de denrées, importerait le reste de pays se livrant à l'agriculture de masse avec moins de contraintes que nous, et le consommateur paierait plus cher. Ce n'est plus un autogoal, c'est le coup du chapeau!

Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse a le mérite de dire plus clairement les choses - avec cette fois-ci le raccourci simpliste "produit chimique = poison".

Si le texte a l'avantage d'être moins tourmenté que l'initiative précédente, elle lance à la Suisse un certain nombre de défis, dans tous les domaines. Pour comprendre, prenons quelques minutes pour lire la définition d'un pesticide dans Wikipédia...

Un pesticide est une substance utilisée pour lutter contre des organismes considérés comme nuisibles. C'est un terme générique qui rassemble les insecticides, les fongicides, les herbicides et les parasiticides conçus pour avoir une action biocide. Les pesticides s'attaquent respectivement aux insectes ravageurs, aux champignons, aux « adventices » et aux vers parasites.

Le terme pesticide comprend non seulement les « produits phytosanitaires » ou « phytopharmaceutiques » utilisés en agriculture, sylviculture et horticulture mais aussi les produits zoosanitaires, les produits de traitements conservateurs des bois, et de nombreux pesticides à usage domestique : shampoing antipoux, boules antimites, poudres anti-fourmis, bombes insecticides contre les mouches, mites ou moustiques, colliers antipuces, diffuseurs intérieurs, etc.

Dans une acception plus large, comme celle de la règlementation européenne ; ce sont des produits chimiques « fabriqués ou naturels ne contenant pas d'organisme vivant » :


Si on peut espérer que les anti-poux soient encore tolérés, les paragraphes ci-dessus donnent un bon aperçu de toute la faune parasitique qui se retrouvera libérée de toute contrainte avec ce genre d'interdiction. Ce n'est pas une vue de l'esprit: l'initiative est si contraignante que Migros et Coop craignent à juste titre que les stocks de farine soient abandonnés aux rongeurs...

Les rares producteurs suisses qui souhaiteraient encore se tourner vers l'exportation se verraient interdire de vendre leur produit sur les marchés étrangers pour non-respect des conditions d'hygiène. Mais cela ne serait pas très grave. Toutes les importations étrangères impliquant l'utilisation de pesticides de synthèse dans leur élaboration étant tout autant interdite, elles seraient aussi exclues d'office.

Les agriculteurs ne devraient pas être contre ce texte. Les survivants de la profession vendront très cher leurs produits, comme à chaque fois qu'une pénurie survient. La production indigène - qui ne couvre que 60% des besoins aujourd'hui, avec des pesticides de synthèse! - étant la seule qui subsistera, les consommateurs devront se battre comme des chiffonniers pour avoir de quoi manger...

Lorsque les fragiles équilibres de la réalité sont fracassés par l'utopie, les résultats sont toujours riches d'enseignements.

07 septembre 2020

Quand la Suisse vote sa disparition

Le 27 septembre, le peuple suisse aura l'insigne honneur d'approuver sa dissolution.

Reconnaissons l'inventivité helvétique, matérialisée dans les votations (pour le peuple) ou dans l'association Exit (pour les individus): le libre choix donné à chacun de se supprimer.

Arguties juridiques

L'initiative pour modérer l'immigration proposée le 27 septembre est une absurdité. Le peuple a déjà voté le 9 février 2014 contre l'immigration de masse. Le Oui l'a emporté, mais les électeurs n'ont pas compris la question, a-t-on dit ; et puis la mise en œuvre de l'initiative aurait posé problème, a-t-on ajouté, et enfin, à l'instar de tant d'autres textes, on a fait fi de toute application constitutionnelle, une façon pratique de jeter à la poubelle le choix des citoyens.

Un article aussi simple que "La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers" est devenu une phrase alambiquée et incompréhensible pour la classe politique à Berne, et donc inapplicable. Voilà ce qui se passe quand on élit des avocats!

"Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit!" disait Coluche. La variante suisse est plus subtile: si une votation est gênante, on revote. Les Suisses se sont volontiers gaussés des pays vivant sous le joug de Bruxelles et votant et revotant sur les Accords de Maastricht ou le Traité de Lisbonne, mais à domicile ils ne font pas mieux. Le Renvoi des Criminels étrangers est un bon exemple. On l'approuve, mais ensuite les pouvoirs publics en trahissent autant la lettre que l'esprit. Un second texte tente alors de resserrer les boulons, mais cette fois-ci il échoue. Super! Continuons à garder chez nous les violeurs, les fraudeurs et les escrocs à l'aide sociale! Faites-vous plaisir les gars!

Alors, le 27 septembre 2020, on vote pour confirmer ou infirmer le vote du 9 février 2014. Par une loi non-écrite, mais de portée supérieure à la Constitution, toute initiative déplaisant aux autorités doit être approuvée au moins deux fois. Et ça marche. La manœuvre a fonctionné avec le Renvoi des Criminels étrangers, et tout porte à croire qu'il en sera de même avec l'Immigration de masse.

Pourquoi les citoyens votent-ils différemment à quelques années d'écart? C'est comme si, effrayé de sa propre audace d'avoir osé prendre une décision contraire dans le secret des urnes, le citoyen suisse se rabattait honteusement vers la Bonne Opinion dès que l'occasion se présentait. Vous savez, la Bonne Opinion! Celle martelée par les médias, tous, absolument, du matin au soir, citant pour l'occasion d'innombrables "associations émanant de la société civile" dont on apprend l'existence deux mois avant la votation, et qui disparaissent une semaine après. Vous ne trouverez jamais un journaliste s'enquérir du nombre de leurs membres cotisants, et pour cause...

Selon moi, cette transformation de l'opinion publique entre une première votation et une deuxième - quelques pourcents suffisent à faire basculer la majorité - vient d'un travail de fond des médias. À bon chat, bon rat. Les médias suisses sont peut-être parmi les meilleurs du monde lorsqu'il s'agit de modeler l'opinion de la population. Ils apprennent de leurs erreurs et ajustent le tir, sans relâche, lorsqu'il s'agit de faire passer les messages qu'il faut.

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La relation entre le grand public suisse et ses médias (vue d'artiste)

Le Principe de Réalisme

Avouons-le, la campagne sur l'initiative pour modérer l'immigration est consternante. Du côté de des (dérisoires) partisans et de leurs affiches déchirées par principe, on enfonce les portes ouvertes: la Suisse se bétonne à tour de bras, les transports sont bondés, les mécanismes d'aide sociale s'effondrent, et les Suisses qui ont eu le plaisir de goûter au chômage réalisent que la sous-enchère salariale n'est pas une vue de l'esprit.

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Qui ignore encore tout cela? Personne. Qui souhaite une Suisse contenant 10 millions d'habitants? Personne. Pas même les adversaires de l'initiative!

Mais peu importe, finalement. Le piège se referme grâce au judicieux Principe de Réalisme, une menace cynique qui explique grosso-modo qu'il vaut mieux choisir une mort lente à une mort rapide. La mort rapide, c'est la fâcherie avec Bruxelles, les droits de douane à l'exportation, l'effondrement des accords bilatéraux, la faillite, la famine, l'apocalypse!

La mort lente, eh bien, comment dire, c'est ce que vit la Suisse depuis son passage de l'ombre à la lumière avec l'adoption de la libre-circulation il y a un peu moins de vingt ans. Toujours plus de gens, de criminalité, d'assistance de toute sorte et d'avantages au bénéfice exclusif des étrangers, toujours moins d'argent et d'espaces verts pour tout le monde, une transformation massive de la population-type du pays, jusqu'à ce que vienne votre tour d'en crever.

Cela ne vous fait pas rêver?

L'offensive médiatique contre l'initiative se résume donc à susciter la terreur du plus grand nombre. Les visions de cauchemar délivrées par des "experts" succèdent aux doctes graphiques d'import-export avec l'UE, comme si l'Europe allait se refermer comme une huître si la Suisse avait l'audace de choisir qui vient s'installer chez elle. Le 27 septembre, on ne vote pas pour une initiative. On vote pour la fin du monde, ni plus ni moins.

Qui oserait voter pour la fin du monde?

Nostalgie d'un monde perdu

La déliquescence de la Suisse est avancée. En tant que Français d'origine immigré en Suisse depuis plus de vingt ans, je peux contempler la lente descente aux enfers d'un pays qui fut autrefois souverain, respecté, et prospère.

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Une des affiches mensongères du Comité inter-partis opposé à l'initiative

Certains des plus jeunes qui voteront le 27 septembre n'auront connu au cours de leur adolescence qu'une Suisse ouverte aux quatre vents de la libre-circulation. Ils se préparent à un avenir difficile avec de sombres perspectives d'emploi et de carrière, écrasés par le loyer et les primes d'assurances, sans réaliser qu'il n'en a pas toujours été ainsi.

La libre-circulation a tellement eu le temps de s'installer que ceux qui se rappellent de la Suisse d'avant semblent parler d'une époque surannée. Je suis pourtant arrivé en Suisse à la grande époque des permis de travail, des quotas, des frontières gardées et d'une criminalité pour ainsi dire anecdotique. De vieux immigrés italiens installés à Renens depuis un demi-siècle pourraient vous en conter davantage ; mais tous ces gens sont bien parvenus à s'installer dans le pays sous ce régime, dont ils se souviennent d'ailleurs avec beaucoup de nostalgie.

Les adversaires du texte font comme si toute immigration allait cesser du jour au lendemain avec la fin de la libre-circulation. C'est absurde.

À l'époque des quotas, les autorités politiques travaillaient main dans la main avec les représentants de l'économie pour définir la quantité de main-d’œuvre autorisée à venir en Suisse annuellement dans chaque branche - donc, un arbitrage de ce que la Suisse était en mesure d'absorber, selon de multiples aspects. Jamais les services de santé n'auraient manqué d'aide-soignantes à cause des quotas, par exemple ; c'est ce qui rend l'affiche ci-dessus particulièrement mensongère.

Cette approche âprement négociée avait l'immense avantage de freiner les apôtres de la sous-enchère salariale. On ne pouvait pas faire venir n'importe qui de n'importe où pour faire n'importe quel travail moins cher, comme aujourd'hui. (Et je ne parle même pas de tous les étrangers qui viennent s'installer sans travailler du tout.)

Il fallait trouver certains spécialistes à l'extérieur, certes, une contrainte qui permettait aux jeunes diplômés suisses d'avoir d'excellentes perspectives de carrière, même sans expérience. Les Suisses moins bien formés avaient quant à eux des opportunités d'emploi et de formation, parce qu'on ne pouvait pas se contenter d'aller chercher dans le bassin de l'Union Européenne le moindre serveur, le moindre manutentionnaire, le moindre boutiquier, au moindre prix.

Cela permettait à l'époque des opportunités devenues quasiment impensables aujourd'hui. Former un employé ayant fait ses preuves pour qu'il assume de plus hautes responsabilités. Prendre un jeune prometteur à l'essai dans un poste pour lequel il apprendrait sur le tas. Proposer un emploi à un candidat de cinquante ans et plus.

Aujourd'hui, les employeurs ne se posent plus ces questions. Ils piochent l'individu le plus adapté dans toute l'Europe et les autochtones peuvent aller se faire voir. Les plateformes de petites annonces d'emploi en ligne sont prises d'assaut par 500 millions d'Européens qui savent qu'ils peuvent venir s'installer ici du jour au lendemain, les autorités y pourvoiront. Et si leur salaire n'est pas suffisant pour couvrir leur mode de vie, les mécanismes d'aide sociale financés par les contribuables prendront le relais.

Devant ces rivières d'argent de redistribution, les contribuables qui travaillent encore s'étonnent de voir année après année une pluie ininterrompue de nouvelles taxes...

La trahison de la gauche

L'ancien monde était tiraillé entre le patronat sauce libérale-radicale visant à diminuer le coût de la main-d’œuvre, et la gauche syndicaliste visant à préserver l'emploi et le haut niveau de salaire de ses membres. La droite agrarienne était quant à elle peu concernée par ces débats, tant qu'elle pouvait bénéficier de main d’œuvre saisonnière.

La bascule eut lieu en Suisse comme dans d'autres pays européens lorsque les édiles de la gauche décidèrent d'abandonner les travailleurs modestes au profit des immigrés, perçus comme un profil politiquement plus porteur.

En guise de Damné de la Terre, l'immigré est un meilleur poulain que le travailleur modeste parce que par définition il n'a même pas d'emploi en arrivant. Disponible en quantité illimitée, l'immigré a des besoins encore plus gros (nourriture, logement, vêtements, soins, éducation, formation) et donc d'une bureaucratie bien plus conséquente pour administrer toute cette aide dont il a si cruellement besoin. L'approche matérielle permit aussi à la gauche de vendre plus aisément le paradigme aux barons de l'économie semi-privée, en charge de pourvoir à ce nouveau marché juteux.

La libre-circulation serait l'arme de choix pour mettre en place ce nouvel équilibre. La classe moyenne serait quant à elle le dindon de la farce, obligée de financer par l'impôt sa propre disparition, vilipendée par les médias pour sa mal-pensance, martyrisée au quotidien par des doses de plus en plus fortes de vivre-ensemble...

Honnêtement, la transformation du pays est déjà très avancée. Sur le plan de la pure observation sociologique, il suffit de prendre le train ou le bus aux heures de pointes ; d'écouter les langues parlées autour de soi dans la rue ou au sortir des écoles ; d'égrener la longue litanie des revendications communautaristes ; de contempler les statistiques des prisons ; de contempler les mosquées qui se remplissent et les églises qui se vident - en attendant qu'elles brûlent, comme en France. Certes, ce phénomène concerne bien plus les villes que les campagnes, mais les campagnes ne resteront pas éternellement à l'abri. Elles subiront le même sort que le reste, avec juste un peu de retard.

Le vote du 27 septembre 2020 est un baroud d'honneur, pour ceux qui en ont encore. Il est peu probable d'ailleurs qu'il change quoi que ce soit, même si l'initiative pour modérer l'immigration est acceptée. La classe politique suisse a refusé le vote du 9 février 2014 et les citoyens ne lui en ont pas tenu rigueur ; il est donc tout à fait improbable que le traité de libre-circulation avec l'Union Européenne soit dénoncé, même si le Oui l'emporte.

04 février 2020

Les votes liberticides du 9 février

Le 9 février arrive à grands pas - nous sommes déjà dans la dernière ligne droite de la votation qui présente deux objets au peuple: l'initiative "Davantage de logements abordables", et le référendum contre l'Interdiction de la discrimination en raison de l'orientation sexuelle. (Les Vaudois auront aussi la chance de voter pour Juliette.)

prise de position,votation du 9 février 2020Le premier de ces deux textes, "Davantage de logements abordables", semble promis à l'échec selon les sondages. Il n'y a donc pas de raisons de s'y attarder outre mesure. L'initiative issue de la gauche demande grosso modo que 10% des nouveaux logements construits soient à "loyer modéré". Comme d'habitude, mais c'est inévitable lorsqu'on dépose une initiative fédérale, le règlement devra avoir un effet sur toute la Suisse ; les Cantons et Communes qui n'ont pas encore le merveilleux droit de spoliation préemption devront s'en doter afin de mener à bien leur nouvelle mission.

Pour utiliser correctement une formule souvent creuse, l'initiative pointe du doigt les bons problèmes mais y apporte de mauvaises solutions. Ici, le problème est la cherté des loyers. Le logement est cher en Suisse, en particulier dans certains centres urbains. Mais, on le sait parce que l'évolution des prix le montre clairement, cette pression est due à l'immigration de masse depuis 2002 et la libre-circulation (exemple dans le Canton de Vaud). Les gens le savent très bien. Essayer de construire des logements à bas coût (et de qualité inférieure, on ne va pas se mentir) sans s'attaquer au problème de base de l'afflux d'immigrés en Suisse ne résoudra évidemment rien. De plus, et j'en ai des exemples jusque dans ma ville de Renens, l'attribution de ces logements préférentiels ne sera certainement pas à l'avantage des Suisses, mais plutôt à celui des immigrés, forcément plus mal lotis.

Bref, poubelle.

Le second objet porté au vote est nettement plus intéressant, le référendum contre l'Interdiction de la discrimination en raison de l'orientation sexuelle. La loi combattue fait de toute "incitation à la haine ou à la discrimination" [C'est moi qui souligne] une personne en fonction de son appartenance sexuelle un crime puni jusqu'à trois ans de prison. Les "LGBTQI+" (selon le dernier acronyme connu) rejoindront donc ainsi le club des populations protégées, comme le sont déjà les étrangers, les personnes de couleur et les musulmans.

(C'est vrai, le texte de loi mentionne de façon large "l'appartenance raciale, ethnique ou religieuse" ou "l'orientation sexuelle", mais j'attends encore la moindre condamnation contre quiconque insulte un Suisse, un blanc, un chrétien, et, à partir du 9 février, un hétérosexuel.)

Le texte est détaillé mais vise très, très large. Un "geste" est ainsi un motif suffisant pour enfreindre la loi...

Je pourrais rappeler que les lois de censure provoquent l'abêtissement du discours et renforcent précisément les préjugés contre les gens qu'elles sont censées défendre, mais ce serait prêcher dans le désert. Ces propos ne toucheront déjà plus grand-monde en Suisse - ce qui reste de son peuple a déjà capitulé.

Le problème n'est pas dans la diffamation ou l'insulte mais dans la pénalisation de la simple critique. Sera-t-elle encore permise? Selon la brochure, l'appréciation en sera laissée au tribunaux - une étape certainement agréable à vivre, même en ressortant acquitté. Les associations en chasse contre les pensées déviantes le savent fort bien. La suite est assez facile à deviner, puisqu'elle a déjà cours dans d'autres pays. La criminalisation de la pensée anti-LGBTQI+ donnera le champ libre à tous les promoteurs de toutes les sexualités les plus invraisemblables (je n'ose parler de perversion) pour en faire la publicité, et surtout, l'imposer aux enfants.

Le 10 février, si je publie ce genre d'image...

prise de position,votation du 9 février 2020
Gay Pride à Dublin, 2019 (source)

...Et que j'estime que ce n'est pas un très bon spectacle à offrir aux mineurs au second plan, serai-je coupable d'une odieuse Crimepensée?

Pourra-t-on encore dire qu'une image de ce genre est malsaine?

Pourra-t-on critiquer la promotion de dessins animés LGBT auprès des plus jeunes?

Pourra-t-on critiquer une école pro-trans où des enfants de 4 ans sont punis pour avoir "attribué un genre" à leurs camarades?

Pourra-t-on critiquer l'enseignement forcé des thèses LGBT jusque dans les écoles catholiques, comme en Irlande?

Comme la plupart des gens, je n'ai que faire des comportements que des adultes consentants adoptent dans leur intimité. Mais ce que nous votons le 9 février va beaucoup plus loin que cela. Il sera intéressant d'ailleurs de voir ce qui se passera lorsque surviendra une confrontation entre deux groupes protégés par la même loi contre la discrimination et l'incitation à la haine - on devine ici la collision inévitable entre les exubérants LGBT et certains musulmans à l'esprit un tout petit peu plus borné sur le sujet. Comme le résume une image:

prise de position,votation du 9 février 2020

Les deux populations étant courtisées à l'identique par les mouvements de gauche, certaines assemblées de parti promettent d'être animées lorsqu'il faudra donner priorité aux uns ou aux autres.

Grâce au vote de la majorité des Suisses, les conséquences à moyen terme du vote de ce dimanche seront très instructives.