04 août 2020

Quand les médias romands nous parlent de Q

Fin juillet, le grand public romand a découvert l'existence de Q par un barrage médiatique tout azimut. La plupart des rédactions se contentèrent de recopier un article directement fourni par l'AFP, mais d'autres ajoutèrent leur grain de sel.

Sur l'intervalle de quelques jours, tous les médias romands (20 minutes, Le Matin, la Tribune de Genève, 24 heures, la RTS...) ont évoqué Q et le mouvement QAnon. La concentration des médias dans des groupes favorise ce genre de pratique ; pourtant, certains articles sont signés, prouvant l'implication des rédactions dans le traitement du sujet, et on comptera dans le lot l'information officielle issue des médias payés par la redevance obligatoire.

Comme d'habitude, nos médias romands ont une guerre de retard. Il est trop tard pour stopper le mouvement QAnon. Vous savez qu'un mouvement est devenu mainstream quand on peut trouver des t-shirt à son effigie jusque sur Amazon.

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Un Breadcrumb de Q.

Néanmoins, cette synchronisation est étonnante. Rien ne la justifie dans l'actualité. La seule évocation précédente de Q sous nos latitudes est liée à la volonté de Twitter de bannir des milliers de comptes associés à la mouvance quelques jours plus tôt - mais il s'agit d'un non-événement pour le grand public.

Tous ces articles, enfin, on la même construction: le mouvement QAnon est une théorie du complot d'extrême-droite, pro-Trump, et il ne faut absolument pas croire ce qui s'y raconte. La politique américaine et internationale est-elle dominée par une super-classe mondialiste et probablement pédophile? Non, puisqu'on vous le dit. Plus important encore, il est essentiel ne pas chercher à en savoir plus...

...Et ce sera de toute façon difficile.

Que sont Q et QAnon?

Pour l'acte d'accusation, on pourra aisément se reporter à l'un des liens fournis plus haut dans cet article, qui disent tous peu ou prou la même chose. Mais pour l'internaute décidé à se faire sa propre idée, il sera difficile d'en savoir plus.

En effet, toutes les recherches sur Google visant à trouver des informations de première main sur QAnon, comme les fameux "fragments" publiés par Q, ne renvoient qu'à des articles d'opinion ou des coupures de presse dénonçant le mouvement. Il est tout simplement impossible d'accéder aux informations fournies par QAnon à travers Google.

Quand Google trafique ses résultats pour vous empêcher d'accéder à l'information, vous pouvez être sûr de tenir un vrai sujet.

Heureusement, pour l'instant encore, d'autres moteurs existent et permettent d'accéder à des informations non tronquées. Revenons-en donc à notre mouvement Q... Pour une approche plus factuelle du sujet, on peut se tourner vers le blog American Thinker qui publia en début d'année une présentation claire du phénomène.

Q apparut la première fois en Octobre 2017 sur un forum anonyme appelé 4chan, postant des messages impliquant un accès à des informations secrètes quant à des événements à venir. Plus de 3'000 messages plus tard, Q a brossé un portrait dérangeant et aux multiples facettes d'un syndicat du crime global qui opère en toute impunité. Les suiveurs de Q au sein de la communauté QAnon analysent soigneusement les moindres détails de chaque message, qui sont consultables ici et ici.

Les médias mainstream ont publié des centaines d'articles attaquant Q et le dénonçant comme une théorie du complot d'extrême-droite, en particulier dès lors que le Président Trump sembla donner des indices d'une connivence avec lui. Lors d'un rallye en Caroline du Nord en 2019, Trump prit soin d'attirer l'attention du public vers un bébé dont la grenouillère arborait un Q majuscule.

Dans les dernières semaines, le tempo de mise en avant de Q par Trump s'est accéléré, le Président allant jusqu'à retweeter des followers de Q jusqu'à vingt fois en une journée. Trump a mis en avant des adeptes de Q dans ses publicités et a employé une des phrases signatures de Q ("Ces gens sont dingues") dans l'un de ses meetings.

Q a fait remarquer que les médias n'ont jamais pris la peine de poser à Trump la question évidente: "Que pensez-vous de Q?" Pour les partisans de Q, la raison pour laquelle cette question n'est jamais posée est évidente. Ils ont peur de la réponse.

Dans l'intervalle, l'influence de Q continue de s'étendre. Des manifestants à Hong-Kong, en Iran, en France, ont arboré des symboles Q et scandé des citations de Q. Les révélations de Q unifient les gens qui veulent la liberté partout dans le monde.

Si vous n'êtes pas familier de Q ou que vous ne le connaissez qu'à travers les attaques perpétrées contre lui dans les médias, j'aimerais fournir une brève introduction à ce phénomène extraordinaire. J'ai suivi Q depuis son premier message, et j'ai été de plus en plus impressionné par la précision, l'ampleur et la profondeur de ses communications. Les sympathisants de Q ont découvert longtemps avant les autres la détente avec la Corée du Nord, le dégonflement des mollahs d'Iran, et l'implication de l'Ukraine comme foyer de corruption pour la classe politique américaine. Ils en savaient beaucoup sur les activités de Jeffrey Epstein avant que celles-ci ne soient connues du grand public et prévoient des révélations encore plus choquantes. Comme Q se plaît à l'affirmer, "Le futur prouve le passé". Alors que les prédictions de Q se vérifient, elles donnent rétroactivement une crédibilité à l'entier de l'édifice.

Les partisans de Q pensent que Q est une opération de renseignement militaire, la première de son espèce, dont le but est de fournir au public des informations secrètes. Beaucoup pensent que l'équipe Q a été fondée par l'Amiral Michael Rogers, précédent directeur de la NSA et ancien commandant de l'unité de Cyber-Commandement des États-Unis. Certains soupçonnent Dan Scavino, Directeur des Médias Sociaux de la Maison-Blanche, de faire partie de l'opération, la grande tenue des écrits de Q reflétant une expertise en communication.

Q est une nouvelle arme dans la guerre de l'information, contournant les médias hostiles et le gouvernement corrompu pour communiquer directement avec le public. Q est en quelque sorte le pendant du flux Twitter de Trump. Alors que Trump communique brusquement et directement, Q est cryptique, détourné et subtil, n'offrant que quelques indices qui réclament une recherche et une mise en perspective.

Voilà comment les choses fonctionnent. Q publie des messages (également connus sous le nom de "largage" ("drop") ou de "miette" ("crumb")) sur un forum anonyme en ligne, messages qui sont ensuite discutés, analysés et critiqués par les habitués du forum. (Le forum en question a changé plusieurs fois au cours du temps à cause d'attaques massives). Des centaines de comptes des médias sociaux diffusent ensuite les derniers posts de Q à un public intéressé qui partage ensuite ses recherches, analyses, et interprétations quant à ces nouvelles informations. (...)


Q est donc la source des messages - reconnaissable parce que, même anonymes, certains forums identifient les messages postés d'une même origine avec une clef unique. QAnon est le nom donné à la communauté d'individus qui prêtent attention à ces messages.

Les deux doivent être distingués. Q est un individu (ou un petit groupe d'individus) parfaitement anonyme et lâchant des informations cryptiques sur Internet, que chacun peut décider de croire ou de ne pas croire. QAnon est une masse immense d'individus, chacun avec ses croyances, ses opinions et ses préjugés, interprétant les énigmatiques messages de bien des manières.

La distinction permet de comprendre la facilité avec laquelle les médias défaussent Q pour mieux se concentrer sur QAnon et tenter ainsi de les couler tous les deux. Avec assez d'opiniâtreté, on pourra trouver dans n'importe quelle communauté humaine assez vaste un ramassis de bêtises, d'exagérations, de déclarations à l'emporte-pièce, d'antisémitisme ou de folie. Les journalistes n'hésitent donc pas à mettre en exergue les croyances les plus délirantes de certains membres de QAnon pour en faire des symboles de l'absurdité, et de l'extrémisme, et discréditer ainsi le mouvement Q dans son ensemble.

Cette technique du grand-n'importe-quoi étendu à une communauté est aussi pratiquée par certains auteurs prétendant écrire sur le phénomène Q. Qu'il s'agisse de leurs propres délires ou d'une volonté de ridiculiser le tout, ils saupoudrent allègrement leurs analyses d'influence extraterrestre et de clonage humain... Ce qui est tout de même un comble pour un processus visant à faire réfléchir l'auditeur par lui-même.

En effet, Q est délibérément cryptique et anonyme. Il n'a aucune posture d'autorité, ne peut se prévaloir d'aucun titre, n'a aucune existence officielle. Q n'existe que par ses messages. Et la seule façon de comprendre quoi que ce soit est de les mettre en perspective et de procéder à ses propres recherches.

Beaucoup de gens détestent Q, y compris des partisans de Trump, mais il faut reconnaître que ses méthodes visent plutôt à élever le débat dans un univers médiatique où le prêt-à-penser est devenu la seule norme.

L'État profond et la pédophilie institutionnelle

Q étant humain, il n'est ni omniscient, ni infaillible.

Et Q n'est même pas pro-Trump.

Q affirme que nous sommes dans une configuration extraordinaire, permise par l'élection (et peut-être la réélection) de Trump. Un accident qui rend certaines choses possibles - notamment le déracinement de l'État profond.

Malgré son nom, l'État profond n'a rien d'abyssal. Il s'agit du petit nombre de gens à la tête des organisations qui financent les carrières des politiciens et des officiels de haut niveau. Ceux qui en Suisse emploient des lobbyistes, par exemple. De la sélection des "meilleurs" candidats à leur éventuelle nomination, puis à la canalisation que permettra ces gens lorsqu'ils en nommeront à leur tour d'autres à d'autres postes dans d'autres organisations, ils peuvent influer sur la société à une échelle démesurée, pendant des décennies.

Comme ils sont souvent à la tête de grands groupes internationaux (qu'ils soient économiques, politiques ou prétendument philanthropiques) ou de grandes fortunes, les membres de l'État profond n'ont souvent qu'un intérêt mineur pour les affaires locales. Ils font la promotion de politiques globales dépassant, ou effaçant au besoin, les concepts éculés à leurs yeux de nations et de peuples.

Une partie de cette élite est pédophile - la perversion suprême de ceux qui affichent ainsi qu'ils peuvent tout se permettre.

Donald Trump n'est pas pédophile.

Là se situe, pour eux, le danger.

Il y a plus d'un an, j'avais évoqué le sujet de l'inquiétante pédophilie des élites. L'affaire Epstein avait révélé les liens entre un milliardaire pédophile condamné et toute une frange de la jet-set avide de plaisirs interdits sur une île privée - incluant des personnalités de premier plan.

On aurait pu croire, faussement, que l'affaire Epstein était américano-américaine - ou au moins, limitée au monde anglophone. C'est oublier un peu vite que Ghislaine Maxwell, la maquerelle d'Epstein, est d'origine française, de culture française, et de nationalité française.

Pour aborder le volet français (voire européen) du sujet, un article fascinant de France-Culture, "Quand des intellectuels français défendaient la pédophilie", permet de faire le point.

Jean-Paul Sartre, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Gilles et Fanny Deleuze, Francis Ponge, Philippe Sollers, Jack Lang, Bernard Kouchner, Louis Aragon, André Glucksmann, François Châtelet et bien d'autres encore, de Félix Guattari à Patrice Chéreau ou Daniel Guérin ; tous font partie des 69 intellectuels français qui, aux côtés de l'écrivain Gabriel Matzneff et du romancier, journaliste à Libération et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem ont signé une tribune publiée le 26 janvier 1977. D'abord dans Le Monde puis dans Libération pour défendre trois hommes incarcérés depuis plus de trois ans pour avoir abusé sexuellement de mineurs de moins de 15 ans. (...)

Le 23 mai 1977, dans les pages "Opinions" du Monde, 80 intellectuels français parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Jacques Derrida, Philippe Sollers et même Françoise Dolto, signent un autre texte pour demander que la loi décriminalise les rapports sexuels entre les adultes et les enfants de moins de 15 ans.
De nombreux journaux se font l'écho de ce mouvement pro pédophile, qui aux Pays-Bas est devenu un mouvement politique. Libération en tête, avec même des petites-annonces sans ambiguïté, (...) mais aussi Le Monde ou encore France Culture. Le 4 avril 1978, l'émission "Dialogues" (enregistrée en 1977) invite Michel Foucault, le romancier et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem et le juriste Jean Danet, tous trois signataires de la pétition qui demande la décriminalisation de la pédophilie. Durant une heure et quart, en public dans le studio 107, ces intellectuels vont défendre l'idée que des pédophiles sont incarcérés à tort parce que les enfants qu'ils ont abusés étaient consentants. (...)

Des publications comme Gai Pied, journal radical pro homosexuel dans lequel écrivent Jean-Paul Aron, Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, aux côtés de l'écrivain Tony Duvert - pédophile revendiqué - et de Renaud Camus, deviennent ainsi des tribunes pour les pédophiles (la revue sera finalement suspendue en 1992).

Figure de mai 1968, Daniel Cohn Bendit raconte alors ses gestes sexuels sur des enfants. Dans le livre Le Grand bazar (publié en 1975 chez Belfond), où il évoque son activité d'éducateur dans un jardin d'enfants "alternatif" à Francfort. Puis en avril 1982, sur le plateau d'Apostrophes, où il déclare notamment : "La sexualité d'un gosse, c'est absolument fantastique, faut être honnête. J'ai travaillé auparavant avec des gosses qui avaient entre 4 et 6 ans. Quand une petite fille de 5 ans commence à vous déshabiller, c'est fantastique, c'est un jeu érotico-maniaque..."


Mais voilà, la société civile ne suit pas. L'intellectuel, les intellectuels, ne parviennent pas à guider le peuple. Tant pis! Il faudra attendre, dans l'ombre.

Une question: combien de ces individus ont vu leurs carrières brisées, leurs statues déboulonnées, leurs hommages retirés, leurs chaires de complaisance dissoutes?

S'il y a un aspect encore plus fascinant que la façon dont tout une coterie "d'intellectuels de gauche" français a pu déballer ouvertement ses penchants pédophiles pendant des années en toute impunité, c'est la façon dont ces gens se sont fait tout au long de leur vie servir la soupe par les médias et les autorités politiques, littéraires, universitaires... Et même la magistrature, qui jamais ne vit là-dedans matière à enquêter.

Ces gens n'ont jamais été inquiété durant toute leur carrière. Ils ont pu continuer à nuire, et nuisent encore aujourd'hui.

Le défi de notre temps

Même si certains dignitaires de haut rang doivent mal dormir ces jours en attendant que Ghislaine Maxwell soit à son tour éliminée, la pédophilie ne s'est jamais aussi bien portée dans certains cercles. Rappelons-nous encore de l'époque très récente où quiconque voulant s'en prendre à Polanski était un "extrémiste", coupable d'une "cabale", d'un "acharnement judiciaire", contre un individu qui a drogué, violé et sodomisé une fille de treize ans alors qu'il en avait quarante-trois...

Le revirement de l'opinion publique est très récent, suscité par de sordides exemples, comme l'affaire d'Outreau en France, l'enlèvement de Maddie ou les viols collectifs de Telford en Angleterre, ou l'affaire Epstein aux États-Unis.

Q et QAnon ont le mérite de transmettre des informations dérangeantes sur certaines pratiques d'une élite dégénérée, comme par exemple la chambre d'hôtel la plus chère du monde, et de les diffuser au sein du grand public.

C'est une contre-offensive à celle opérée par ces élites pour tenter de normaliser la pédophilie, comme elles n'ont jamais cessé de vouloir le faire depuis quarante ans. Qu'on se rappelle en Suisse qu'il a fallu voter, tant la résistance institutionnelle était forte, pour faire appliquer quelque chose d'aussi évident que d'empêcher des pédophiles condamnés de pouvoir continuer à travailler avec des enfants! Une initiative qui ne réunit qu'un maigre 63% des votes des citoyens en 2014, montrant l'efficacité de l'abrutissement du grand public.

J'en arrive même à me demander si toute la sympathie étrange et pour tout dire apparemment incompréhensible des décideurs de hauts rangs en faveur de l'islam et de l'immigration musulmane de masse, ne pourrait s'expliquer simplement par la tolérance, voire l'incitation à la pédophilie dans l'islam. Pourquoi s'embêter à convaincre des populations revêches à la pédophilie lorsqu'on peut simplement les substituer par une autre qui n'a pas ces interdits moraux?

Une façon comme une autre de déplacer la fameuse Fenêtre d'Overton...

Comme on peut s'en rendre compte, la pédophilie des élites, la lutte contre cette pédophilie, et les éventuelles poursuites judiciaire qui arriveront peut-être, ou jamais, est un sujet quasiment inépuisable.

Je pense que parmi les défis de ce XXIe siècle la bataille contre la pédophilie figurera en bonne place.

Et la partie est loin d'être gagnée.

La façon dont les médias officiels présentent Q et la communauté QAnon nous donne un bon aperçu du camp dont ils défendent les couleurs.

09 août 2015

Ces avions qui disparaissent

Il arrive parfois que des avions disparaissent dans un accident quasiment sans laisser de traces. Je ne fais pas ici référence à une catastrophe aérienne comme celle du MH370, revenu par hasard sur le devant de l'actualité après que de ses débris eurent flotté jusqu'à l'île de la Réunion, mais à ces appareils dont le site de disparition est dûment identifié et qui pourtant semblent nulle part. Reste au mieux un cratère béant, et parfois presque rien.

Je fais référence par exemple au Vol 93 de United Airlines, détourné par des pirates lors des attentats du 11 septembre et perdu en Pensylvannie après une rébellion des passagers. Citant Wikipedia:

Selon les récits de témoins, l'avion a piqué brusquement du nez, est tombé comme une pierre et s’est pulvérisé au sol, le kérosène explosant en une boule de feu. Le profond cratère dessinant l’empreinte de l'avion dans le sol meuble de cette ancienne mine à ciel ouvert manifeste la verticalité de l'impact. Par ailleurs, deux ensembles de débris retrouvés au sud de l'Indian Lake et à New Baltimore, à 3 et 12 km de l'impact, se trouvent alignés avec un moteur (unique pièce de taille notable retrouvée, à 600 mètres de l'impact).


Le crash d'un Boeing 757-200, un appareil de 47m de long et 39 d'envergure, a donc livré très peu de débris.

Cette disparition fait aussi écho à celle du fameux Vol 77 d'American Airlines détourné contre le Pentagone, et dont l'absence de traces donna lieu aux théories du complot les plus délirantes - pour peu qu'on oublie délibérément l'avion disparu, les témoins visuels, les fragments retrouvés dans les décombres, les passagers décédés et autres menus détails...

accident aérien
Pentagone, 11 septembre 2001 (cliquez pour agrandir)

Mais l'attaque commença plus tôt ce jour là, à 8h46 du matin, avec l'impact d'un premier avion contre la tour 1 du World Trade Center. Si l'acte saisit d'effroi des milliers de témoins, personne n'eut la présence d'esprit de filmer l'impact de l'avion - sauf deux cinéastes français, les frères Naudet, venus effectuer un reportage sur les pompiers de New York. La première révélation de ces images n'eut lieu que six mois plus tard, lors de la première diffusion de ce qui devint un témoignage sur ce jour historique ; dans l'intervalle, de nombreux "complotistes" prétendirent là encore que la première tour n'avait pas été frappée par un avion mais par un missile et que l'absence de débris visibles en était la preuve.

Si le 11 septembre 2001 fournit un nombre tragique de catastrophes aériennes, les interrogations du public sur les avions qui disparaissent ne se limitent pas à ces seuls attentats. Lorsque le pilote dépressif de Germanwings Andreas Lubitz décida de précipiter son appareil contre une paroi rocheuse des Alpes en mars 2015, les commentaires de divers articles sur le sujets montrèrent eux aussi une préoccupation du public sur l'absence apparente de débris. Comment l'Airbus A-320 avait-il pu être pulvérisé au point de laisser si peu de pièces derrière lui? A côté de cela, certaines catastrophes aériennes laissent des débris sur des kilomètres, n'est-ce pas étrange?

C'est en repensant à ces gens - pas toujours mal intentionnés - qu'il m'est venu en tête de retrouver une vieille vidéo, datant des premiers jours d'Internet, qui permet d'expliquer et d'illustrer ce phénomène. Bien entendu, elle est désormais sur Youtube:

La vidéo de 1988 au laboratoire américain de Sandia montre, au ralenti, l'impact d'un F-4 Phantom à quelque 800 km/h contre un mur de béton. Je ne sais pas exactement dans quel contexte ce test était fait (probablement pour "prouver" la solidité de l'enceinte d'une centrale nucléaire contre un crash aérien) mais la démonstration est spectaculaire: l'appareil, pesant plus de 14 tonnes à vide, est littéralement pulvérisé contre le béton. Il se réduit en poussière alors que chaque particule de métal qui le compose prend une trajectoire orthogonale au solide mur sur son chemin. Le nuage de poussière à l'impact n'est pas un effet de l'appareil percutant le béton ; c'est l'appareil percutant le béton. Il ne creuse pas de trou dans la surface.

Il existait à l'époque une deuxième vidéo du même laboratoire, malheureusement pas retrouvée sur Youtube, montrant un test ultérieur conduit cette fois-ci avec seulement le réacteur d'un Phantom F-4. L'argument avancé pour ce deuxième essai était que le réacteur seul rassemblait l'essentiel de la masse de l'avion entier - et avait l'avantage de coûter beaucoup moins cher! - et les images montraient les mêmes effets.

Cette vidéo explique mieux que n'importe quelle explication pourquoi un avion disparaît presque complètement à l'impact, pour peu que quelques conditions soient réunies:

  • Il doit arriver intact au point d'impact ; si l'avion se brise en altitude, les morceaux sont dispersés sur une large zone et des débris au hasard peuvent arriver au sol à peine endommagés. L'exemple le plus frappant dans cette catégorie est celui de la navette américaine Columbia, qui explosa en vol à 70 km d'altitude et dispersa ses débris sur des dizaines de kilomètres... Lesquels furent parfois récupérés par des particuliers qui les mirent en vente sur eBay, notamment une broderie intacte d'un patch de mission cousu sur une combinaison d'astronaute à bord.
  • Il doit percuter une surface solide ou raisonnablement solide. Une construction en béton renforcé comme un building ou une roche granitique, par exemple.
  • Il doit percuter la zone d'impact avec un angle proche de 90°, et évidemment à la plus haute vitesse possible, ce qui explique que des avions de tourisme légers ne se pulvérisent pas même lorsqu'ils heurtent le sol de plein fouet.

Lorsque ces trois conditions sont réunies, comme dans la vidéo du Phantom F-4 contre le mur de béton, alors l'avion est proprement réduit à l'état de poussière. Il n'en reste quasiment que de la poudre, et bien malin qui saurait identifier le type d'appareil et ce qui lui est arrivé à partir d'un sachet du résultat...

Évidemment, hors laboratoire, pareil crash n'arrive pour ainsi dire jamais ; c'est d'ailleurs préférable, permettant aux familles des victimes d'identifier les restes de leurs proches et aux enquêteurs de comprendre ce qui s'est passé. Mais les débris retrouvés sont parfois trop peu nombreux et trop peu spectaculaires pour que le grand public accepte l'idée du crash.

Il restera des gens réfractaires aux informations présentées ici. Parmi les arguments rationnels qu'ils pourraient avancer, l'idée qu'un avion de ligne et un chasseur monomoteur n'ont "rien à voir". Si cette remarque a du vrai ce n'est pas exactement dans le sens où ils l'entendent: le F-4 du laboratoire de Sandia est beaucoup plus dense qu'un avion de ligne, dont le fuselage est creux et les moteurs de plus de 8 tonnes situés sous les ailes. Si un 777 est bien plus lourd, totalisant 143 tonnes à vide, sa densité est plus faible car la masse est répartie dans un plus grand volume.

Les avions modernes donnent une apparence de solidité et de résistance rassurantes ; malgré tout, ils restent conçus pour être le plus léger possible à l'aide de matériaux comme le carbone et l'aluminium, bien plus fragiles que l'acier et dont le point de fusion est inférieur à la chaleur de combustion du kérosène embarqué. De part leur conception et leur composition, il est possible qu'ils se désintègrent à l'impact dans certaines circonstances en cas de crash  - sans le moindre besoin de faire appel à une théorie du complot.

30 mars 2015

Andreas Lubitz, pilote suicidaire... Et islamiste?

Lorsque la tragédie de l'A320 de Germanwings s'est imposée dans l'actualité, la perspective d'une attaque terroriste était parmi les explications possibles. La disparition subite de 149 innocents dans le ciel européen correspondait à trop au mode d'action de groupes islamiques pour ne pas être relevée, ni par les autorités, ni par le grand public.

lubitz_amok.jpgSi la découverte de la boîte noire du cockpit permit d'écarter l'hypothèse d'une panne mécanique ou d'une décompression fatale aux passagers et membres d'équipage à bord, elle renvoya le facteur humain à la puissance dix. Tout le monde sait désormais que le responsable de ce carnage semble être Andreas Lubitz, un copilote de 28 ans employé de Germanwings depuis 2013 et promis à une célébrité aussi posthume que planétaire. Selon un mode opératoire glaçant le sang, il attendit que le commandant de bord Patrick Sondenheimer aille satisfaire un besoin naturel pour verrouiller la porte blindée isolant le cockpit du reste de l'appareil puis assigna une nouvelle altitude au pilote automatique et resta ensuite calmement à attendre que l'avion percute la montagne, restant sourd à toute sollicitation tant des alarmes de bord que du contrôle aérien et bien sûr que du reste de l'avion.

Terrifiants instants vécus par les victimes alors que l'équipage luttait pour tenter d'interrompre la manœuvre fatale, hurlant, suppliant, attaquant la porte à la hache.

Chaque jour apporte son lot de révélations. L'homme aurait eu un burn-out de part le passé. Il souffrait d'une diminution de l'acuité visuelle qui aurait pu mettre un terme à sa carrière. Il avait eu des problèmes sentimentaux. Il aurait dû être en arrêt maladie le jour du drame. Prenant somnifères et médicaments prescrits aux maniaco-dépressifs, il aurait consulté pour des tendances au suicide...

Comme souvent à posteriori, le faisceau de d'indice semble proprement ahurissant. Mais une interrogation demeure: Andreas Lubitz était-il islamiste?

L'hypothèse cadre trop avec le mode opératoire terroriste: la disparition soudaine et aveugle d'un avion de ligne entier avec à bord des dizaines d'innocents, le tout fomenté avec des moyens dérisoires (un seul individu aux tendances suicidaires) et laissant flotter l'inquiétude sur le monde entier. Même pas besoin de revendiquer quoi que ce soit, tout le monde y a pensé.

L'hypothèse fut formulée noir sur blanc par Geoffrey Grider dès le 26 mars, tout en précisant que c'était juste une "possibilité". Un autre article avec nettement moins de conditionnel fut publié par Michael Mannheimer sur le site PI-News (PI pour Politiquement Incorrect...) et n'y alla pas avec le dos de la cuiller:

Toutes les preuves indiquent que le copilote de l’avion Airbus, au cours de sa période d’interruption de six mois, pendant sa formation de pilote pour Germanwings, s’est converti à l’Islam, à la suite de quoi, soit obéissant aux ordres de radicaux ou Musulmans fervents, soit interprétant de son propre chef, l’ordre en le tirant du livre de la terreur, le Coran, aurait décidé de perpétrer un massacre.


Et le bloggueur de faire le lien avec la mosquée radicale de Brême, fermée en décembre 2014 comme foyer d'extrémisme religieux. La thèse fut reprise, amplifiée, déformée, l'indicatif remplaçant assez vite le conditionnel.

Tout ceci cadre parfaitement avec le récit de la catastrophe... Si ce n'est qu'il n'y a pas la moindre preuve.

Compte tenu de la pléthore d'enquêteurs sur l'affaire, des cris de Allahou akbar scandés dans le cockpit de l'A320 au dernier moment auraient eu peu de chance de ne pas filtrer des écoutes de la boîte noire. On aurait probablement retrouvé aussi des consultations de sites islamistes sur l'ordinateur du copilote, et certainement bien d'autres traces de sa radicalisation lors de la perquisition de son domicile, plutôt qu'un formulaire d'arrêt maladie froissé sur une table basse et des boîtes d'antidépresseurs.

Mais l'hypothèse d'une attaque terroriste cadrait si bien avec l'air du temps que les preuves furent rapidement fabriquées. Une blogueuse américaine, Pamela Geller, eut ainsi la "fierté" d'avoir fait, avant sa suppression, une photo d'écran d'une page facebook célébrant la mort en martyr d'Andreas Lubitz. Le fait qu'il ne s'agisse pas de sa page personnelle et que ladite page ait été crée à posteriori n'entra même pas en ligne de compte. Des variantes plus ou moins farfelues apparurent rapidement sur Internet, y compris en Français, célébrant le "héro (sic) de l'état islamique" mort en martyr, rassemblant des fans à mi-chemin entre un second degré douteux et une haine anti-occidentale tout à fait sincère les amenant à célébrer l'assassinat de sang-froid de 149 personnes.

Vraiment, il semble que beaucoup de monde aurait aimé que M. Lubitz eut été musulman. Mais pourquoi prendre des copies d'écrans de groupes ridicules lorsqu'on peut remonter à la source? Hélas pour les adeptes de l'attentat islamiste la page facebook originale du pilote montre des centre d'intérêt tout ce qu'il y a de plus banals:

lubitz_facebook.jpg
(cliquez pour agrandir)

A moins de considérer la musique de David Guetta comme un signe avancé de radicalisation, il y aura encore pas mal d'efforts à fournir avant de faire passer Andreas Lubitz pour un barbu un peu dingue. Certains s'y emploient malgré tout, au mépris de la vérité.

Cette volonté de faire rentrer - à coups de marteau - les événements dramatiques dans une grille de lecture simpliste de l'actualité est assez caractéristique de notre époque. Le plus fascinant est sans doute de constater que l'islamisme supposé d'Andreas Lubitz semble espéré des deux côtés de la barrière: non seulement de tous ceux qui pensent que le musulman est par définition un ennemi (alors même que des centaines de pilotes musulmans volent quotidiennement aux commandes de longs courriers...) mais également tous les sympathisants islamistes installés en Occident et qui auraient vu dans le geste de folie de ce copilote mal dans sa peau un aller simple vers le paradis du jihad.

La radicalisation supposée de l'employé de Germanwings aurait eu un deuxième avantage, dédouaner la compagnie de toute responsabilité. Selon la fable connue du loup solitaire, ses actes auraient été impossibles à déceler ni à arrêter. L'enquête montre pourtant tout autre chose et révèle d'écrasants manquements dans la surveillance psychologique des pilotes, les règles de sécurité face à un coup de folie, et le revers de la médaille d'un secret médical érigé au rang de sacré.

Qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en effraie, il est encore possible en 2015 que surviennent sur sol européen des drames sans aucun rapport avec l'islam.